LETTRE XXIV (1)
Saint Paulin écrit à l'évêque Alype pour lui accuser réception des livres de saint Augustin, et pour s'excuser de lui envoyer un peu tard l'histoire d'Eusèbe. Il témoigne le désir de connaître la naissance et la vie d'Alype. Il lui donne quelques renseignements sur lui‑même, et lui envoie un pain en signe de communion.
A NOTRE HONORABLE SEIGNEUR ET BIENHEUREUX PÈRE ALYPE, PAULIN (2) ET THÉRÈSE, PAUVRES PÉCHEURS.
1. C'est une vraie charité, une affection parfaite que celle dont vous avez bien voulu en-
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(1) Ecrite l'an 394. ‑ Cette lettre était la 35e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la 24e se trouve maintenant la 201e.
(2) Saint Paulin était évêque de Nôle. Quoique illustre par la dignité consulaire et par celle de sénateur, quoique distingué par sa naissance, par ses talents et son immense fortune, rien ne put l'empêcher de se donner tout à fait à Dieu et à la perfection chrétienne. Il se retira du monde avec Thérèse son épouse qu'il ne regarda plus que comme sa
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tourer notre humilité, ô Seigneur vraiment saint, vraiment bienheureux et digne de tous nos vœux. Nous avons reçu par Julien, un de nos serviteurs, revenant de Carthage, les lettres où votre sainteté se montre à nous d'une manière si visible, qu'il nous semblait non pas connaître pour la première fois, mais reconnaître votre charité pour nous. Cette affection et cette charité émanent de celui qui, dès l'origine du monde, nous a prédestinés pour lui, de celui en qui nous étions faits, même avant notre naissance, « car c'est lui qui nous a faits et non pas nous qui nous sommes faits nous-mêmes (Ps., xcix, 3), » de celui qui a créé tout ce qui devait être un jour. Formés par sa prescience et son opération la similitude des volontés, dans l'unité de la foi ou dans la foi de l'unité ; nous avons été tellement unis ensemble par cette affection et cette charité qui ont devancé notre connaissance, que notre esprit, par une sorte de révélation nous a fait connaître l'un à l'autre, même avant que nous nous fussions vus par les yeux du corps. C'est pourquoi nous nous en félicitons, et nous nous en glorifions dans le Seigneur qui, seul et toujours le même, produit partout dans les siens sa charité, par l'opération du Saint‑Esprit qu'il répand sur toute chair, réjouissant ainsi par l'abondance de son fleuve céleste, la cité qui lui appartient, où, sur un siège apostolique, il vous a établi parmi les princes de son peuple. Nous aussi nous étions brisés, lorsqu'il nous a tirés de la poussière de notre pauvreté pour nous faire partager vos honneurs. Mais nous nous félicitons encore bien plus de la bonté avec laquelle le Seigneur nous a permis d'habiter dans votre cœur, où il nous a mis si profondément que nous avons le droit de croire à votre très‑particulière affection. Aussi en retour de vos dons et de vos bons offices, nous est‑il permis de vous aimer en toute confiance et de tout notre cœur.
2. Comme gage de votre affection et de votre sollicitude pour nous, nous avons reçu l'ouvrage en cinq livres de notre frère Augustin, de cet homme saint et parfait en Notre Seigneur Jésus‑Christ, et donc(t) nous admirons tellement les écrits, que les paroles nous semblent en avoir été dictées par l'Esprit Saint. Encouragés par l'accord qui règne entre vous et nous, nous avons pris sur nous de lui écrire à lui‑même, persuadés que vous daigneriez excuser auprès de lui notre faiblesse, et nous recommander à sa charité. Nous vous prions de
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sœur, et reçut, à l'âge de trente‑huit ans, le baptême à Bordeaux lieu de sa naissance, des mains de saint Dauphin qui en était évêque. Il fût fait prêtre à Barcelone, le jour de Noël, vers l'an 392, par l'évêque Lampius qui fut presque forcé par le peuple de lui donner les ordres, comme il le dit lui‑même au no 4 de cette lettre : per vim inflammatœ subito plebis sacratus, etc. Personne n'ignore l'affection que saint Paulin et saint Augustin ont toujours eue l'un pour l'autre, et combien le nom du premier se mêle souvent au souvenir du second. Saint Paulin fut instruit dans la piété et la pratique des vertus chrétiennes par saint Martin et saint Ambroise. Après avoir distribué tous ses biens aux pauvre, il se retira à Nole, en Italie, dont il fut fait évêque vers l'an 409. Il y mourut à la fin du mois de juin de l'au 431.
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p301 SAINT PAULIN A L'ÉVÊQUE ALYPE.
saluer en notre nom, avec le même zèle et la même affection, tous les saints dont vous avez daigné nous transmettre les témoignages de bienveillance, tant ceux qui, dans le clergé, sont associés aux travaux évangéliques de votre sainteté, que ceux qui, dans les monastères, imitent votre foi et vos vertus. Car bien que vous viviez, au milieu du peuple sur lequel vous avez été établi, vous veillez sans cesse, comme un pasteur attentif sur le troupeau du Seigneur. Cependant, après avoir rompu avec le siècle, et vous être affranchi de l'esclavage de la chair et du sang, vous vous êtes fait à vous-même un désert, en vous séparant de la multitude, pour vivre dans la société d'un petit nombre d'amis.
3. Par un échange de bienveillance, quelque inférieure qu'elle soit à la vôtre, je me suis, selon vos ordres, procuré l'histoire générale d'Eusèbe, évêque de Césarée (1). Je n'ai pu répondre plus tôt à votre demande; parce que je n'avais pas ce livre, mais d'après vos instructions, je l'ai trouvé à Rome entre les mains de notre saint père Domnion, qui me l'a accordé avec d'autant plus d'empressement, que j'ai dit que c'était pour vous. Comme vous avez daigné m'indiquer l'endroit où vous êtes, j'ai, d'après votre avertissement, écrit à notre père Aurèle, votre vénérable collègue dans l'épiscopat, afin que, si vous étiez à Hippone, il daignât vous y envoyer notre lettre avec la copie de l'ouvrage d'Eusèbe, quand il aura fait terminer cette copie à Carthage. A cet effet, nous avons prié les saints hommes Comite et Evode, dont vos lettres nous ont fait connaître la bienveillance, de faire au vénérable Aurèle la même recommandation, afin que notre père Domnion ne fût pas longtemps privé de son exemplaire, et que vous en eussiez une copie, que vous ne fussiez point obligé de rendre.
4. Puisque, contre mon attente et sans l'avoir mérité, vous me comblez des marques de votre tendresse, je vous prie, en échange de cette Histoire des temps, de m'apprendre celle de votre sainteté. Quelle est votre famille, quel est le lieu de votre naissance, comment le Seigneur vous a inspiré votre vocation, quand et comment, après avoir quitté le sein de votre mère et avoir renoncé aux biens de la chair et du sang, vous êtes entré dans le sein de cette autre mère à qui seule est réservée la joie de donner des enfants à Dieu ? N'oubliez pas de m'apprendre aussi comment vous avez été élevé à la royauté du sacerdoce. En me disant
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(1) Les meilleures éditions des lettres de saint Paulin, portent episcopi Cœsariensis, au lieu de episcopi constantinopolitani, qui se lit ici dans le texte latin des Bénédictins.
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que c'était à Milan, lorsque vous y reçûtes le baptême, que notre humble nom était parvenu jusqu’à vos oreilles, vous avez, je l'avoue, éveillé ma curiosité, et le désir de vous connaître entièrement. Ma joie sera bien plus grande si c'est Ambroise qui vous a attiré à la foi, ou consacré au sacerdoce, et si nous avons ainsi le même père. Pour moi, j'ai été baptisé à Bordeaux par Dauphin, et ensuite ordonné prêtre à Barcelone, en Espagne, par Lampius, qui fut presque obligé de céder à la volonté du peuple, dont la violence éclata tout à coup. Cependant c'est la tendresse d’Ambroise qui m'a nourri et élevé dans la foi, c'est lui qui soutient et échauffe encore mon zèle dans l'ordre du sacerdoce. Enfin, il a voulu que je fisse partie de son clergé, de sorte que, malgré la distance qui me sépare de lui, je suis censé être prêtre de son église.
5. Mais afin de ne rien ignorer de ce qui me concerne, apprenez que je suis un ancien pécheur; qu'il n'y a pas longtemps encore que j'ai été tiré des ténèbres et des ombres de la mort, pour respirer l'esprit qui donne la vie ; qu'il n'y a pas longtemps que j'ai mis la main à la charrue, et que j’ai commencé à porter la croix du Seigneur. Aussi pour la porter jusqu'au bout, ai‑je besoin d'être aidé par vos prières ; et vous aurez mis le comble à vos bienfaits si, par votre intervention, je deviens capable de soutenir mon fardeau. Le saint qui assiste celui qui souffre, (car je n'ose pas dire son frère) sera élevé en honneur comme une grande cité. Pour vous, vous êtes comme cette grande ville de l'Evangile bâtie sur la montagne, vous êtes cette lampe allumée sur le chandelier, toute brillante de la lumière des sept dons du Saint‑Esprit. Mais nous, nous sommes cachés sous le boisseau de nos péchés. Visitez‑nous par vos lettres, faites jaillir sur nous quelques rayons de cet éclat dont vous brillez du haut du chandelier d'or. Votre éloquence éclairera le sentier où nous marchons. L'huile de votre lampe se répandra comme une sainte onction sur notre tête ; et notre foi deviendra plus ardente et plus vive, lorsque le souffle de votre bouche aura donné la nourriture à notre esprit et la lumière à notre âme.
6. Que la paix et la grâce de Dieu soient avec vous, et que la couronne de justice vous demeure en ce jour, ô Seigneur, notre père très‑chéri, très‑vénérable et très‑digne de nos vœux! Bénis soient les compagnons et les imitateurs de votre sainteté! Nous vous prions de saluer, avec une vive affection et une grande soumission, tous nos frères, (si toutefois nous osons les nommer ainsi), tant ceux qui sont dans les églises que dans les monastères, à Carthage, à Tagaste, à Hippone, et ceux qui, dans la foi catholique, consacrent leurs services au Seigneur, dans toutes vos paroisses et dans tous les lieux de l'Afrique qui vous sont con-
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p303 SAINT PAULIN A SAINT AUGUSTIN.
nus. Si le livre même du saint père Domnion vous est remis, daignez me le renvoyer dès que vous l'aurez fait transcrire. Mandez‑moi aussi laquelle de mes hymnes vous avez lue. Nous envoyons à votre sainteté un pain en signe de communion et comme un symbole de la substance de la Sainte Trinité; vous en ferez une eulogie si vous daignez en accepter l'offrande (1).