Darras tome 18 p. 43
30. Alcuin n'était pas seul à défendre la divinité de Jésus-Christ et l’indivisible unité de sa personne contre les sectaires d’Espagne. L’archevêque de Lyon, Leudrade, Nebridius, archevêque de Narbonne, saint Benoît d’Aniane, joignirent leurs efforts à ceux du docteur anglo-saxon et entreprirent une véritable mission dans toutes les provinces méridionales de la Gaule et les cités de Ja Marchae Hispanicae pour combattre l’erreur et préserver les peuples
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1.Ibid., col. 271, — Luc III, 22.
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de sa contagion. Quelques lettres d'Alcuin adressées à ces vénérables missionnaires permettent de croire qu’ils avaient, eux aussi, réfuté la plume à la main l’hérésie d’Élipand et de Félix d’Urgel, avant de l'attaquer sur son propre terrain par les armes de l’éloquence. Mais les ouvrages qu’ils auraient écrits contre elle sont aujourd’hui perdus. Un autre défenseur non moins illustre de la foi catholique, se signalait en même temps dans l’Italie septentrionale. C’était le patriarche d’Aquilée, saint Paulin, dont la doctrine et les vertus rappelaient celles de son homonyme, Paulin de Noie, qu’il semble avoir pris pour modèle. » Paulin d’Aquilée, né dans le Forum Julii (Frioul), vers l’an 726, d’une famille de laboureurs, avait passé ses premières années à cultiver les champs paternels. A cette rude et saine école de l’agriculture, Paulin apprit à aimer et à servir le Dieu qui donne la fertilité aux campagnes. Son intelligence vive et prompte le sollicitait pourtant à une vocation plus élevée. Il fut admis dans le collège épiscopal d’Aquilée et y fit de tels progrès qu'il en devint plus tard un des professeurs les plus distingués. Dans un rescrit daté de l’an 776, Charlemagne donne à Paulin le titre de « très-excellent docteur et grammaticus. » Ou sait que par ce mot on entendait alors, non point comme de nos jours, un « maître de grammaire, » mais un professeur de belles-lettres. Le vénérable Bède et Alcuin eux-mêmes s’honoraient de porter le titre de grammaticus. Le siège d’Aquilée étant devenu vacant par la mort du patriarche Siguald, Charlemagne y fit nommer Paulin, pour lequel il professait une vénération singulière. Le poète Erinoldus Niger raconte à ce sujet une particularité curieuse. Paulin était venu à Aix-la-Chapelle par ordre du roi pour assister au concile de l’an 789. Un jour, qu’il priait dans la basilique, Charlemagne suivi de ses fils y entra lui-même, fit sa prière et s’approchant du patriarche : Seigneur maître, lui demanda-t-il, lequel à votre avis, de ces trois nobles enfants doit me succéder dans le gouvernement général des états que Dieu m’a confiés? — Paulin arrêta d’abord ses regards sur le fils aîné du roi, nommé Charles, comme son père, et baissant la tête fit signe que ce ne serait pas lui. Venait après le jeune Pépin, déjà roi d’Italie ; un brillant cortège d’a-
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p45 DE L’ADOPTIANISME.
dolescents l’entourait. Paulin répéta le même geste. Enfin, le troisième, Louis, vint après les autres au pied de l’autel, se prosterna et se tint longtemps dans cette humble posture. « C’est celui-ci, dit Paulin, c’est lui que de tous vos fils le Seigneur a choisi pour s’asseoir sur le trône des Francs 1. » On sait que la prophétie se réalisa. L’Esprit de Dieu inspirait vraiment le saint patriarche dont il nous reste sous le titre de Liber Exhortationis, adressé, au duc Aéric ou Henri de Frioul, successeur de Rotgand, un délicieux traité dont l'élévation et le charme durent plus tard inspirer l’auteur de « l’Imitation 2. » Voici comment Alcuin parlait de ce livre, à ce même duc Aéric de Frioul, qui l’avait consulté sur des matières de direction spirituelle : « Je me borne à prier le Seigneur de vous maintenir dans cet esprit de vigilance chrétienne et de conformité à sa volonté sainte qui vous fait éviter, autant qu’il est possible à la fragilité humaine, les fautes les plus vénielles. Je ne me permettrai pas, frère vénéré, de vous rien écrire de la perfection chrétienne, quand vous avez près de vous l’illustre docteur et le plus habile maître de spiritualité, mon bien-aimé Paulin, dont le coeur est comme une source dont les eaux vives rejaillissent jusqu'à la vie éternelle. Avec un tel guide, vous marcherez d’un pas sur dans la voie de la perfection 3. » La science théologique de Paulin d’Aquilée était égale à sa vertu. Alcuin s’en fit un auxiliaire dans sa lutte contre l’adoptianisme. « Voici que des rochers de l’Espagne, lui écrivait-il, des cavernes où il fut obligé si longtemps de cacher sa tête brisée par la massue non d’Hercule, mais de la prédication évangélique, l’antique serpent essaye de se relever au grand jour. Il a fait un mélange des poisons anciens avec les erreurs nouvelles pour tuer les âmes. C’est à vous de défendre le troupeau du Christ,
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' S. Paulin. Vita. Pair. lai. tom. XCIX, col. 55. Le biographe d'Alcuin attribue la même prophétie au docteur anglo-saxon, mais ainsi que Madrisi l'a prouvé, Alcuin ne fit que répéter, en la confirmant, la prédiction du patriarche d'Aquilée.
2 Paulin. Aquileiens. Liber Exhortation^ vulijo de salularibus documentin, ad Henrkum. comité») sert ducem Forojaliensem scriplus. Pair, lai., tom. XCiX, col. 198-232.
3. Alcuin, Episl. î, Pair. Int., tom. G, col. 1 10.
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vous pasteur d’élite, gardien des portes de la cité de Dieu, vous dont la puissante main est armée de la clef de la science. Comme autrefois David prenez donc votre fronde, la pierre polie au torrent de la vérité, et d’un bras victorieux renversez les Philistins et l’orgueil de leur Goliath. Nous cependant, les mains élevées au ciel comme Moïse, nous joindrons nos humbles prières à vos héroïques exploits. L'univers a maintenant les yeux fixés sur vous; on attend votre parole éloquente et divinement inspirée, car vous êtes vraiment, selon le mot de l'Évangile « le flambeau ardent et lumineux » à la clarté duquel tous nous nous faisons gloire de marcher 1. »
31. Paulin d'Aquilée répondit à cette noble invitation, dont le style tout militaire nous fait bien comprendre ce qu’il y avait de belliqueuse ardeur même chez les théologiens de la cour de Charlemagne. Alcuin d’ailleurs n’exagérait pas le péril. La nouvelle hérésie faisait des progrès malheureusement trop sensibles. Déjà la ville de Lyon elle-même était menacée, et dans une lettre à ses « frères les Lyonnais, » Alcuin s’efforçait d’en prévenir les ravages. « Frères bien-aimés, disait-il, tenez-vous sur vos gardes, repoussez de toute votre énergie les sectaires venus d’Espagne pour semer leurs erreurs, restez fidèles à l’enseignement des pères et à la foi sainte de l’Église catholique. Il est écrit : Terminos patrum tuorum ne transgrediaris 2. Gardez-vous donc d’introduire des nouveautés impies dans le symbole de la foi ; rejetez résolument des doctrines complètement inconnues à la tradition ecclésiastique des anciens jours. Suivez la grande et large voie de la doctrine des apôtres, ne vous écartez point de ce chemin royal pour divaguer à droite ou à gauche dans des sentiers de trahison et d’apostasie 3. » Dans une lettre à Charlemagne, Alcuin insistait sur la nécessité d’organiser une résistance collective du progrès toujours plus marqué de l’erreur. «On m’apporte, dit-il, un nouveau libelle de ce malheureux Félix, j’en ai déjà parcouru quel-
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1 Alcuin, Epist. cxm, col. 343 col. 23S.
— 2 Proverb. xxu, 23. — 3. Alcuin, Ephl. xc.
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ques pages et j'y trouve des hérésies ou plutôt des blasphèmes pires encore que dans ses précédents écrits. Malheur au monde, à cause de ses scandales ! Voici donc que la divinité de celui qu'adorent les anges, est niée par les hommes sur la terre. Je ne suffirais pas seul à réfuter tant d’erreurs accumulées. J'ai besoin d'auxiliaires ; que votre piété donc se préoccupe de m'adjoindre pour une œuvre à la fois si ardue et si nécessaire des coadjuteurs doctes et habiles, afin d’écraser sous la réprobation générale les nestoriens nouveaux, avant que leur hérésie n’ait envahi l’empire chrétien dont la direction et le gouvernement vous a été confié par la divine Providence. Levez-vous, homme de la droite du Seigneur, levez-vous, noble fils de Dieu, levez-vous, soldat du Christ, pour défendre l’épouse mystique de Jésus-Christ, votre Dieu. Que ne ferez-vous pas s'il s’agissait de venger un outrage frait à la reine votre glorieuse épouse ? II s’agit maintenant de féfendre la divinité et la gloire du Sauveur Jésus qui vous a comblé de bienfaits. Cette cause est digne d’un héros tel que vous ; consacrez à son triomphe la puissance séculière remise par Dieu entre vos mains, et faites-la servir à augmenter les trésors de vos richesses spirituelles 1. Charlemagne n’hésita point dans le choix des auxiliaires que lui demandait Alcuin. Il écrivit aussitôt au patriarche d’Aquilée pour l’enrôler dans cette croisade sainte entreprise pour le triomphe de la foi catholique. « J’ai lu avec un respect profond, répondait Paulin, les paroles pleines de douceur et de grâce que m’adresse votre sublimité très-chrétienne. De votre plume découle réellement la suavité du miel. Mais en parcourant les écrits de Félix que vous me transmettez, il me semblait entendre la clameur sauvage d’un ennemi de Dieu. Infelix Félix (malheureux Félix !) des flots d'amertume et d’erreurs capables d'empoisonner le genre humain s’échappent de ses lèvres. Vous m'ordonnez, grand roi, de répondre dans la mesure de mon intelligence à cette explosion de blasphèmes. Malgré mon insuffisance et la médiocrité de mon génie, j'essaierai de venger la foi catholique indignement outragée,
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1. Alcuin, Epixl. lxxxiu, cul. 274.
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p48 PONTIFICAT DE SAINT LÉON III (703-81G).
comptant suc la grâce de celui qui a dit : Aperi os tuum, et ego adimplebo illud1.» Paulin se mit aussitôt à l’oeuvre et dans un traité divisé en trois livres, il réfuta solidement l’adoptianisme. Son style un peu trop chargé d’antithèses pour notre goût actuel n’ôte rien à la solidité de l’argumentation. En transmettant cet ouvrage à Charlemagne, Paulin s’exprimait ainsi : «Je dépose aux pieds du grand et catholique roi, maître du monde, ce fruit d’un labeur qu’il a imposé lui-même à ma faiblesse, et le soumets, comme un gage d’amitié, au jugement de l'illustre Alcuin, le prince des orateurs et des théologiens de nos jours 2 » Nous avons encore le jugement d’Alcuin sur l’œuvre du saint patriarche. Il est entièrement favorable ; voici en quels termes le docteur anglo-saxon le formulait dans une lettre adressée à l'évêque de Saltzbourg, Arnon : « Si vous avez l’occasion de voir le patriarche d’Aquilée, saluez-Ie de ma part mille et mille fois. J’ai lu le traité qu'il adresse au seigneur roi pour la défense de la foi catholique. J’en admire l’éloquence, les fleurs de la diction, la solidité des arguments, l'autorité des témoignages. Il ne reste désormais rien à ajouter à cette réfutation triomphante de l’erreur. Heureuse l’Église, heureux le peuple chrétien qui possèdent à la fois un docteur comme Paulin d’Aquilée, et un roi tel que Charlemagne ! Cependant l’orgueil d'Elipand, cet évêque ou plutôt ce pseudo-pasteur de Tolède, résiste encore ; il persévère dans son hérésie malgré la censure du siège apostolique, malgré l’autorité des docteurs et des conciles. Le vénérable évêque de Lyon, Leidrade, votre frère et mon fils3, parcourt en ce moment les contrées envahies par l’erreur. J’apprends qu'avec la grâce de Dieu sa parole est féconde et son succès merveilleux. Des serviteurs de Dieu récemment arrivés de ce pays nous affirment que plus de vingt mille personnes : évêques, prêtres, moines, hommes et femmes de toute condition ont abjuré l'hérésie entre ses mains, déplorant la séduction dont ils avaient été victimes, bénissant Dieu
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1. Palm. lxxx, 9. — Paulin. Aquil. Epist. ad Carol. Maya. Pair, lut., tom. XCIX, col. 3 t7. — 2 Ibid., col. 4GS.
3. Leidrade avait été disciple à l'école palatine,
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p49 CHAP. I. — DE l’adoptianisme.
qui les rappelle à la connaissance de la vérité et à la pure lumière de la foi catholique.
32. Ce chiffre de vingt mille abjurations obtenues par Leidrade nous donne l’idée de la rapidité ave laquelle l’adoptianisme s’était répandu dans le midi de la Gaule et du danger qu’il faisait courir à l’orthodoxie. Déjà des conciles provinciaux à Narbonne (788) à Aix-la-Chapelle (789) dans la capitale du Frioul (791), et enfin celui de Ratisbonne dans la même année avaient, en conformité avec la sentence du pape saint Adrien Ier, condamné la nouvelle secte. Alcuin faisait allusion à cet ensemble écrasant d’autorités contre lesquelles Elipand s’élevait avec une obstination incurable in damnata synodali auctoritate et apostolica censura hœresi permanet. Charlemagne résolut de porter à l’hérésie un coup dont elle ne put se relever. De concert avec le pape Adrien qui lui envoya deux légats apostoliques, Theophylacte et Etienne, il convoqua tous les évêques de ses états en un concile national qui s’ouvrit le 15 août 796 à Francfort-sur-le-Mein 1, et que nos chroniqueurs désignent d’ordinaire sous le titre de synodus universalis, ou de generalis populi Christiani conventus. Sans compter les deux légats du saint siège, tous les évêques de la Germanie, des Gaules, de l’Aquitaine, de la Bretagne et de l’Italie septentrionale y assistèrent, soit en personne, soit par leurs délégués. Saint Paulin d’Aquilée et Pierre, archevêque de Milan, tenaient un rang d’honneur dans cette illustre assemblée. Alcuin, en qualité d’abbé de Tours, saint Benoît d’Anniane, Ardo, surnommé Smaragde, abbé du monastère de Saint-Mihiel avec leurs frères et disciples Ingeila, Aimo et Georges siégèrent au concile. Félix d’Urgel avait été convoqué, mais il s’abstint de paraître. Baronius évalue à trois cents environ le nombre des pères. « Ces nombreux évêques, dit Paulin d’Aquilée, se réunirent dans la grande salle du palais sacré, in aula sacri palatii; les prêtres,
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1. Alcuin, Epist. cviii, Patr. lai., tom. G, col. 339.
2. Les Germains nommaient ce lieu Francunefurt, c'est-à-dire « gué » ou «passage des Francs. »
3. Les œuvres d'Ardo ou Smaragde, abbé de Saint-Michel, se trouvent au tom. Cil de la Pair. la!.
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diacres et tous les clercs formant couronne autour de l’épiscopium, en présence du très-pacifique et glorieux roi Charles, on présenta d’abord une lettre écrite au nom de la province de Séville par Elipand, pseudo-évêque de Tolède, auteur de la nouvelle hérésie. Par ordre du roi, lecture publique en fut faite. Le vénérable prince, se levant alors de son siège royal, s’avança sur les degrés du trône, prononça une allocution sur le point en litige, et termina par ces paroles adressées aux pères : « Maintenant il vous appartient de prononcer la sentence. Depuis plusieurs années, cette erreur grossière, pareille à une contagion pestilentielle, s’est répandue sur les frontières de mon royaume. Il est temps de lui opposer l'autorité des censures ecclésiastiques et l’inflexibilité de la foi orthodoxe.» — Quand le prince eut ainsi terminé son discours, il fut convenu qu’un délai de quelques jours serait accordé au concile, afin que chacun des pères eût le loisir d’examiner la question et de remettre par écrit son opinion entre les mains du roi 1. » Pour abréger le travail et en même temps lui donner un caractère collectif dont l’autorité fût plus considérable, les pères se répartirent en deux groupes, celui des Italiens, présidé par le patriarche d’Aquilée, et celui des autres provinces franques, sous la direction d'Alcuin. Un double travail fut donc rédigé, l’un par saint Paulin au nom des évêques de la Ligurie , de l’Austrasie, de l’Hespérie et de l’Emilie, sous le titre de Sacrosyllabus contra Elipandum 2; l’autre par le docteur anglo-saxon « au nom de tous les évêques de Germanie, des Gaules et de l’Aquitaine 3. » Ces deux mémoires adoptés l'un et l’autre officiellement par le concile devinrent la base et comme le pivot de toute la discussion dogmatique. Restait à examiner les écrits d’Elipand et de Félix d’Urgel revêtus pour la plupart de nombreuses approbations d'évêques espagnols. D'un consentement unanime, les pères s’accordaient à repousser comme une innovation coupable le terme d’adoption et le titre de fils nuncupatif employés par les sectaires pour désigner notre Seigneur
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1. Paulin. Aquil. Sacrosyllabus contr. Elipand. Pair, lai., tom. XGIX, col. 153.
2. Ibid., col. 151-166.
3. Mansi, concil., tom. XIII, p. 8S3.
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Jésus-Christ et sa génération divine. Mais une sérieuse difficulté s’éleva à propos des prétendus témoignages empruntés aux docteurs de l’Eglise et cités par les Espagnols. La plupart de ces textes ne se trouvaient point dans les éditions connues des ouvrages patristiques. Vingt fois le nom de saint Ildefonse était invoqué pour appuyer la doctrine adoptianiste. On ne trouvait cependant aucune affirmation de ce genre dans les œuvres authentiques du célèbre docteur. Fatigués d’entendre sans cesse alléguer à faux et compromettre ce grand nom d’Ildefonse, les pères s’écrièrent un jour: «Dieu le Père a dit lui-même en parlant de Notre Seigneur: « Celui-ci est mon fils bien-aimé. » Il a dit « mon fils » et non point mon fils « par adoption, » mon fils «nuncupatif. » Nous préférons ce témoignage à celui de votre Ildefonse. « On s’aperçut enfin que l’équivoque provenait des textes de la liturgie mozarabe dont les Espagnols attribuaient la provenance soit à saint Ildefonse, soit à saint Isidore de Sévile, soit même à des pères complètement étrangers d’origine à l’Espagne, tels que saint Augustin, saint Jérôme ou saint Ambroise. Cette découverte simplifia de beaucoup les opérations. Il ne s’agissait plus en effet que de montrer comment les textes liturgiques, dont nous avons fait plus haut connaître la substance, avaient été détournés de leur sens naturel par une interprétation abusive et perverse. On n’était donc plus en présence de témoignages traditionnels restés inconnus à toute l’Église sauf aux chrétientés d’Espagne. La sentence doctrinale fut alors rendue en ces termes : « Le fils de Dieu s’est fait par l’incarnation fils de l’homme ; selon la vérité de sa nature divine il est né de Dieu vrai fils de Dieu, et selon la vérité de sa nature humaine fils de l’homme, sans que la réalité de sa naissance puisse être appelée adoptive ou nuncupative. Il est vrai Dieu et vrai homme tout ensemble, dans l’unité de sa personne, fils de Dieu unique, propre et véritable dans sa double nature et non point fils adoptif ou nuncupatif, car c'es une impiété et un blasphème d’appeler fils adoptif de Dieu le père éternel son fils propre lequel lui est coéternel et consubstantiel. Nous devons croire et enseigner que dans sa double nature Jésus-Christ est le vrai et propre fils de Dieu, et nous anathémi-
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p52 PONTIFICAT I)E SAINT LÉON III (795-816).
sons l’hérésie qui soutient le contraire1. » Le sacrosyllabus de saint Paulin nous apprend que la sentence du concile de Francfort fut soumise à la ratification du saint siège et il le fait en termes assez formels pour que nous les reproduisions intégralement: «Nous frappons, dit-il, d’un éternel anathème tous les dogmes pervers des nouveaux hérétiques, avec leurs auteurs et leurs adhérents. Nous retranchons de la communion catholique et du sein de l’église orthodoxe Élipand et Félix, les déclarant apostats et indignes de pardon jusqu’à ce qu’ils aient reconnu leurs erreurs et par une pénitence sincère réparé tant de scandales. De toute l’ardeur de notre âme, nous adressons nos prières au divin pasteur, lui qui s’est livré à la mort pour le salut de ses brebis spirituelles, suppliant sa clémence de toucher leur cœur, afin qu’ils reviennent à la vraie foi et au giron de l’Eglise catholique leur mère. Quiconque après cette définition explicite que sous le souffle de l’Esprit saint le concile a unanimement adoptée, oserait encore soit en public soit en secret, professer et propager leur erreur est soumis comme eux à l’anathème, sauf en tout la réserve des privilèges juridiques du souverain pontife, notre seigneur père Adrien, très- bienheureux pape du premier siège2.
35. Dans l’intervalle des sessions conciliaires, Charlemagne avait reçu du pape les actes du VIIe concile œcuménique tenu à Nicée contre les iconoclastes. Nous avons déjà dit que la traduction latine de ces actes, peut-être trop précipitamment, peut-être trop négligemment faite, était défectueuse et fourmillait d’erreurs. Plus tard Anastase le Bibliothécaire dut en composer une nouvelle, dont la correction et l’exactitude ne laissèrent rien à désirer. Charlemagne transmit aux pères du concile de Francfort, telle qu'il la recevait, la première et fautive traduction. On y faisait tenir à saint Taraise et aux pères de Nicée un langage absolument opposé à leur pensée véritable et à leurs propres expressions. L’évêque
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1 Annal. Veter. Francor. a]). Pm-lf. Scriptor. Gtn»., loin. I, p. 301.
2. Reservato per umnia juris privilégia summi poatificU et patris nostii Adriani, prinuv sedis beatissimi papiv. Paulin. Aquil. Sacrosyllabins., Pntr. lat., tom. XCIX, col. 165.
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p53 CHAP. I. — Mi L ADOPTIANISME.
de Chypre, Constantin, avait formulé son avis en ces termes : « Je baise avec respect et j’honore les vénérables images, mais je réserve exclusivement l’adoration et le culte de latrie à la Trinité sainte. » Tous les pères de Nicée avaient adopté cette distinction, et sanctionné cette doctrine. Or, le traducteur infidèle, véritable traditeur, faisait dire à l’évêque de Chypre : «J’embrasse avec respect et j’adore les vénérables images du même culte d’adoration et de latrie que je rends à la Trinité sainte. » Les pères de Francfort ne pouvaient souscrire à une hérésie tellement monstrueuse. Dans un canon spécial, le 11e, ils s’exprimèrent ainsi : « On nous a demandé notre avis sur les définitions dogmatiques d’un concile récemment tenu par les Grecs à Constantinople. Cette assemblée a prononcé l’anathème contre quiconque ne rendait pas aux saintes images le même culte d’adoration et de latrie qui est dû à la Trinité sainte. Unanimement nous avons repoussé cette doctrine erronée, digne du servilisme byzantin1. » Eginhard, en inscrivant ce fait dans ses annales, ajoute que les pères de Francfort dans le cours de cette délibération firent entendre des reproches plus énergiques encore et dirent : « Les Grecs décorent du titre de VIIe concile œcuménique l’assemblée qu’ils viennent de tenir à Byzance sous l'impératrice Irène et son fils Constantin. Elle n’est ni un VIIe concile, ni un concile œucuménique, mais une vaine réunion, complètement superflue, que nous rejetons tous » Des erreurs matérielles de ce genre, qui vont à la fois confie la vérité intrinsèque et contre le sentiment réel de ceux qui les énoncent, prouvent mieux que tout ce que nous pourrions dire la nécessité au sein de l’Église d’un juge suprême et infaillible en matière de foi, à qui seul appartient le privilège, dont parlait le patriarche saint Paulin, de confirmer les décisions des conciles eux-mêmes.