Croisdes 27 B

Darras tome 23 p. 546

 

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  57. Au camp des Turcs la nouvelle fut connue presque en même temps : les chroniqueurs orientaux signalent la découverte d'une relique par les chrétiens assiégés dans Antioche comme un des inci­dents qui eurent le plus d'influence sur le résultat de la guerre des croisades 1. L'intervention divine, niée par les Turcs, admise par les croisés, allait s'affirmer par des faits éclatants. Ce que l'épée de Jeanne d'Arc trouvée dans l'église Sainte-Catherine de Fierbois fut plus tard pour le salut de la France, la sainte Lance trouvée à Antioche par le pauvre clerc Pierre Barthélémy le fut pour le triomphe des chevaliers du Christ. « Avant d'aller présenter la bataille au for­midable ennemi qu'on avait jusque-là désespéré de vaincre, dit Guillaume de Tyr, les princes réunis en conseil décidèrent qu'on en­verrait un message à Kerboghah pour lui poser cette alternative : «Ou d'abandonner aux chrétiens la possession d'Antioche, cité qu'ils occupaient et que Dieu lui-même avait mise entre leurs mains, ou de se préparer au combat pour subir le jugement du glaive. » D'une commune voix, le vénérable Pierre l'Ermite fut dé­signé pour cette mission. On lui adjoignit comme interprète un homme prudent et expérimenté, nommé Herluin, versé dans la con­naissance de la langue des Perses et de tous les idiomes de l'Orient. Les instructions écrites qui leur furent remises portaient que, dans le cas où l'émir opterait pour la guerre, on devrait lui proposer le choix entre un combat singulier ou une bataille générale. —- Des parlementaires furent envoyés aux avant-postes pour demander une suspension d'armes et un sauf-conduit. Kerboghah les accorda sur-le-champ ; et, convoquant tous ses chefs et satrapes, il attendit sous sa tente la députation des assiégés. Pierre l'Ermite se présenta avec une contenance assurée devant l'émir, et, sans saluer ce com­mandeur des infidèles, lui parla ainsi: « L'assemblée sainte des princes chéris de Dieu renfermés dans Antioche m'envoie dire à votre hautesse d'avoir à cesser le siège d'une ville que la clémence

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1.Ibn-Giouzi voit dans ce fait, qu'il rapporte d'ailleurs exactement, une su­percherie combinée entre un moine et le comte de Toulouse. Abdulfarage parle aussi de cette découverte ; mais il substitue à la lance tantôt le bâton de saint Pierre, tantôt les clous du crucifiement. (Cf. Bibl. des croisades.)

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divine nous a restituée. Le bienheureux Pierre prince des apôtres, le fidèle et prudent dispensateur de notre foi, avait jadis, par la puissance de sa parole et par la grandeur des miracles qui accom­pagnaient sa prédication, arraché Antioche à l'idolâtrie : il y établit le siège de la chrétienté naissante. La violence et l'industrie vous mirent naguère en possession de cette ville. Dieu nous l'a rendue ; elle fait partie de notre héritage séculaire et nous devons la trans­mettre aux générations chrétiennes de l'avenir. Nos princes vous proposent donc l'alternative ou de lever le siège, ou de vous pré­parer à soutenir contre eux, d'ici à trois jours, les diverses formes de luttes usitées entre les chevaliers. Dans ce dernier cas, ils vous of­frent l'option : soit un combat singulier où vous lutteriez seul contre l'un d'entre eux, soit une rencontre d'un nombre déterminé de guer­riers d'élite, soit enfin une bataille générale. » Kerboghah accueillit ces paroles avec un sourire de mépris. « Mon pauvre Pierre, mi Petre, dit-il à l'ermite, il ne me semble pas que ceux qui vous ont envoyé soient en situation de me dicter des lois. Je ne me crois nul­lement obligé, pour répondre à leur caprice, de faire aucune espèce de choix, quand eux-mêmes, enveloppés par nos armes victorieuses, n'ont plus la liberté d'un seul mouvement. Allez dire à ces témé­raires, qui n'ont pas même conscience de leur position, la résolution définitive de Kerboghah. Tous les chrétiens de l'un et de l'autre sexe qui seront encore dans la force de l'âge auront la vie sauve et se­ront envoyés comme captifs au sultan des Perses mon maître ; tous les autres seront abattus par le fer musulman, comme des arbres inutiles, et leur mémoire disparaîtra sans laisser de trace. Si je n'eusse préféré les laisser mourir de faim et épargner un tel carnage à mon glaive, j'aurais déjà renversé les murs d'Antioche et éteint la résistance des chrétiens dans leur propre sang 1. » Après cette réponse, Pierre l'Ermite prit congé de son superbe interlocuteur et revint à Antioche. L'immense multitude des croisés l'attendait aux portes. Princes, chevaliers, soldats, pèlerins, lui demandaient de faire connaître le résultat de sa mission. Godefroi de

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1.GuiUelm. Ty., 1. VI, cap. iv, col. 367.

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Bouillon le le fit placer sur une éminence, d'où il pouvait être plus facilement entendu, et se tint à ses côtés. L'ermite commença donc son récit, reproduisant tous les détails de la conférence avec l'émir. Quand il en vint aux menaces d'extermination prononcées par Kerboghah: « Passez sur les injures ! » lui cria Godefroi de Bouillon, qui crai­gnait une impression de découragement dans les rangs de l'armée. L'ermite comprit et se hâta de proclamer le résultat définitif: « Refus de toutes nos propositions, même celle de fixer la bataille au troisième jour. » Ce fut alors un enthousiasme indescriptible dans l'immense assemblée. Point de délai ! Demain ! demain ! Dieu le veut! » criaient toutes les voix. Au nom des princes, Godefroi de Bouillon prit la parole et déclara que le lendemain, IVe des ca­lendes de juillet (28 juin 1098), veille de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul, la grande bataille commencerait au point du jour. Des acclamations unanimes de victoire accueillirent cet ordre solennel, et chacun courut se préparer au combat1. »

 

58. « Avec une allégresse triomphale, reprend Guillaume de Tyr, chaque croisé rentré dans sa demeure se mit à fourbir ses armes,  casque, cuirasse, bouclier, cotte de mailles. Les chevaux étaient difficiles à se procurer : chacun se pourvut d'une monture quelcon­que, pour figurer à son rang dans les légions. Nul ne dormit cette nuit-là. Les prêtres commencèrent, ainsi que le jour de Noël, la cé­lébration des messes au premier chant du coq. Tous les soldats, tous les pèlerins se confessèrent et communièrent, parce que tous, pèlerins et soldats, voulaient prendre part à la bataille, et chacun d'eux se promettait d'y faire des exploits. Avant de participer au corps et au sang du Seigneur, les ennemis de la veille, ceux qui nourrissaient contre leurs frères d'anciens ressentiments.se don­nèrent le baiser de paix dans une réconciliation sincère. Ainsi s'ac­complissait la parole du divin Maître : « A ce signe, tous vous recon­naîtront pour mes disciples, si vous gardez inviolablement l'amour les uns pour les autres5. » Quand les divins mystères furent accom-

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1.Guillelm. Tyr., 1. VI* cap. xvi, col. 368.

2.Joann. XIII, 35.

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plis, quand toutes les légions se furent rassasiées de l'aliment cé­leste, une telle force leur fut communiquée surnaturellement, que les faméliques de la veille, ces hommes qu'on avait vu pâles, déchar­nés, exsangues, ayant à peine la force d'ouvrir les yeux et de rele­ver la face ; ces hommes qui cherchaient naguère un coin obscur pour se cacher, s'étendre et dormir, sans soucis de l'honneur ni du devoir militaire ; ces mêmes hommes avec une vigueur jusque-là inconnue brandissaient leur lance et leur épée, s'élançaient au com­bat ou plutôt à la victoire, car nul ne doutait du triomphe défini­tif. Dans cette multitude immense, il n'était si pauvre ou si obscur pèlerin, qui ne méditât des prodiges de vaillance et ne comptât sur une moisson de lauriers. Les prêtres revêtus de leurs ornements sacrés parcouraient les rangs, une croix à la main, invoquant la pro­tection des saints, animant les guerriers, promettant l'indulgence et la remise entière de leurs péchés à tous ceux qui allaient, au péril de leur vie, défendre, dans la grande bataille la foi de leurs pères et la religion du Christ. Les évêques accomplissaient le même ministère près des princes et des chefs. Tous ensuite, groupés autour du légat apostolique, joignirent leur bénédiction à celle qu'il donna so­lennellement à toute l'armée. Adhémar de Monteil, ce fidèle servi­teur du Christ, s'offrit en ces jours au Seigneur, comme un vivant holocauste, pour le salut du peuple, redoublant de jeûnes, d'oraisons et d'aumônes, afin d'appeler la protection de Dieu sur ses fils spiri­tuels1. » Aux premières lueurs du jour, tous les combattants, mar­chant comme un seul homme, arrivèrent à la porte du Pont. Ils étaient divisés en douze corps de bataille. Le premier sous les ordres de Hugues le Grand qui portait l'étendard de Saint-Pierre, formait l'avant-garde: il était suivi immédiatement des troupes flamandes du comte Robert et des légions de Normandie du vaillant Courte-Heuse. En tête du quatrième corps, composé des troupes du comte de Tou­louse, marchait le légat apostolique, précédé de la sainte Lance. «J'avais l'honneur de porter la relique précieuse, dit Raimond d'Agiles2, et j'ai

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1 Guillelm. Tyr., 1. VI, cap. xvi, col. 369.

2. Raimund. de AgH-, cap. ivn, col. 61S.

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pu constater la protection dont elle nous couvrit dans cette mémorable bataille. Enveloppés d'ennemis, aucun de ceux qui marchaient comme moi dans la troupe d'Adhéinar de Monteil ne reçut de blessure ; les flèches des Turcs tombaient im­puissantes à nos pieds. Seul le vicomte Héraclius, porte-étendard de l'évêque, fut blessé, mais après que, remettant sa bannière à un autre chevalier, il nous eût quittés pour aller signaler sa valeur à l'avant-garde 1. » Le comte de Toulouse était alors malade : on ne lui permit point de prendre part à la grande bataille. Il demeura, avec un nombre suffisant de troupes, dans la tour construite en face de la citadelle, afin de prévenir la sortie que l'émir turc Schems-Eddaula pourrait tenter sur ce point. Le septième corps était commandé par Godefroi de Bouillon et son frère Eustache de Boulogne ; le huitième par Tancrède; le neuvième par Hugues de Saint-Paul, Thomas de la Fère et Baudoin du Bourg; le dixième par Rotrou du Perche, Evrard de Puiset, Drogo de Moncy ; le onzième par Isard comte de Die, Raymond Pelet de Narbonne, Gas­ton de Béarn, Guillaume Amaneu sire d'Albret ; enfin le douzième, le plus nombreux, formant arrière-garde, et chargé de défendre l'entrée du pont du Fer, était commandé par Boémond. Un ordre général, communiqué à toutes les troupes comme un présage de victoire, interdisait de commencer le pillage du camp ennemi avant que les chefs en eussent donné le signal. Sortis dans cet appareil à la première heure du jour, les croisés débouchèrent dans la plaine, espérant surprendre l'ennemi. Mais Schems-Eddaula qui, du haut de la citadelle, suivait tous leurs mouvements, avait hissé un dra­peau, signal convenu, pour informer Kerboghah de la sortie des chrétiens. L'émir de Mossoul prit immédiatement ses dispositions de guerre. Pendant que le gros de son armée écraserait les croisés, dans la plaine située à l'est de la ville, choisie par eux pour champ de bataille, une colonne d'expédition commandée par Kilidji-Arslan, le vaincu de Nicée, et par l'émir de Jérusalem, Soukman-lbn-Ortok,

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1 Héraclius de Polignac, frère puîné de Pons, mourut de sa blessure, le 9 juillet 109S, si l'on doit croire une Histoire manuscrite de la famille de Po­lignac, citée par Dom Vaissette.(Hist.génèr. du Languedoc,]. XV, chap.Lixiu.)

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devait les tourner du côté de l'ouest pour venir au pont du Fer couper leurs communications avec la ville et les broyer, suivant l'expression des chroniqueurs, comme entre deux meules de mou­lin. En même temps deux mille cavaliers turcs étaient lancés au galop le plus rapide, pour refouler l'avant-garde des croisés qui, sous les ordres de Hugues le Grand, serrés autour de l'étendard deSaint-Pierre, débouchaient dans la plaine. En ce moment une pluie fine et légère tomba d'un ciel depuis deux mois embrasé. « C'est Dieu qui nous envoie sa rosée céleste ! » s'écrièrent nos combattants, dit Guillaume de Tyr. Rafraîchis par cette ondée, ils volèrent au combat. Les deux mille cavaliers turcs, reçus à la pointe des lances qui les frappaient en plein visage, furent presque tous tués: nos chevaliers, quittant leurs montures débiles et épuisées, montèrent sur les chevaux frais des ennemis vaincus. Celte manœuvre se re­nouvela à chaque nouveau succès obtenu par les divers corps. Ker­boghah, du haut du contrefort de la montagne Noire où il s'était posté, voyait se développer les masses profondes de notre infante­rie, prenant leurs positions de bataille sous la bannière des princes et des barons. Il se fit amener des captifs chrétiens, et leur demanda le nom des chefs à qui appartenaient tous ces étendards armoriés. En entendant énumérer les vasselages de France, de Normandie, de Flandre, de Lorraine, de Provence, d'Italie, d'Angleterre, d'Allemagne, il eut peur. « Par une faveur particulière de la Providence, ajoute Guillaume de Tyr, bien qu'il ne fût resté dans l'intérieur d'Antioche qu'un fort petit nombre de soldats, comme toute la population désarmée couvrait les remparts, chan­tant, avec ceux des prêtres et des moines qui n'avaient pas accompagné nos légions, les psaumes et les litanies ; de loin ils faisaient l'effet d'une multitude de combattants plus nombreuse en­core que celle de nos légions groupées dans la plaine. Kerboghah crut donc avoir sur les bras des troupes à peu près aussi fortes que les siennes. Il envoya alors offrir à Godefroi de Bouillon un com­bat singulier d'un certain nombre de Turcs contre autant de che­valiers. « Il est trop tard !» répondit le duc ; et le combat s'enga­gea1. L'infanterie

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1.Chanson d'Antioche, VIIIe chant, § XXVI, éd.  Paulin-Paris, t. II, p. 230 et

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des croisés eut bientôt raison des Charges de ca­valerie des Turcs. Ceux-ci, malgré leurs régiments d'archers qui faisaient pleuvoir des milliers de flèches, la plupart impuissantes, grâce aux boucliers et aux cottes de mailles des Latins, furent mis en déroute. De nouveaux bataillons, envoyés par Kerboghah, eurent le même sort. Godefroi de Bouillon, Tancrède, Hugues de Vermandois, aux premiers rangs, fauchaient de leur terrible épée les soldats turcs, comme des épis de blé. Soudain un courrier, lancé au galop de son cheval, pénétra au milieu de la mêlée et vint prévenir le glorieux duc et le prince Tancrède que Boémond, attaqué à re­vers près de la porte du Pont par des forces supérieures, se trou­vait dans le plus grand péril. Les troupes de Kilidji-Arslan et de l'émir de Jérusalem venaient d'accomplir leur mouvement tournant : elles fondaient sur Boémond et son arrière-garde. « Si vous réussis­sez, leur avait dit Kerboghah, forcez la porte du Pont ; entrez dans la ville, et hissez notre drapeau sur le rempart. Si vous êtes re­poussés, mettez le feu aux grandes herbes desséchées qui couvrent la plaine, afin d'empêcher l'ennemi de vous poursuivre. » Godefroi de Bouillon et Tancrède, ralliant leurs meilleurs cavaliers, volèrent au secours de Boémond. Ils le trouvèrent environné de Turcs, au milieu desquels il se défendait comme un lion. Kilidji-Aslan avait juré de venger en ce jour sa double défaite de Nicée et de Dorylée. L'émir de Jérusalem, comprenant que le sort de la Palestine et de la cité sainte dont il était gouverneur dépendait de l'issue du combat d'Antioche, montrait là même énergie. Mais, d'une seule charge de leur irrésistible cavalerie, Godefroi de Bouillon et Tan­crède les culbutèrent. Dans leur fuite précipitée, les deux émirs n'ou­blièrent pas la recommandation de Kerboghah ; ils mirent le feu aux touffes d'oliviers, de lauriers-roses, d'herbes sèches et de ro­seaux qu'ils rencontraient sur leur passage. Une immense fumée s'éleva bientôt entre eux et les croisés. Kerboghah avait attendu ce signal pour s'enfuir avec ses trésors, abandonnant lâchement son armée. Il courut ventre à terre jusqu'aux rives de l’Euphrate, se jeta dans une barque de pêcheur, et ne se crut en sûreté qu'en met­tant le pied sur le territoire du Khorassan. A son exemple, les Turcs se débandèrent dans toutes les directions. Tancrède poursuivit

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les fuyards jusqu'au-delà de Hareg : il ne revint à Antioche, couvert de sang, de sueur et de poussière, qu'au milieu de la nuit. Le camp des vaincus était tombé tout entier aux mains des croisés. Il regor­geait d'or, d'étoffes précieuses, de chevaux, de bétail, d’approvi-sionnements de toute sorte. Les quinze mille chameaux qui y fu­rent capturés mirent près d'une semaine pour transporter à Antioche l'immense butin. La plus curieuse des dépouilles fut la tente de Kerboghah. « Elle estoit faite, dit l’Estoire d'Éracles1, en la forme d'une cité ; tours y avoit et créneaux de diverses couleurs, ouvrés de bonne soie. Du maître-palais mouvoient5 allées es autres tentes, faites comme rues en une grande ville; plus de deux mille hommes eussent pu seoir dans la grande salle. » Cette tente mer­veilleuse fut envoyée par les soins de Boémond à Bari, et offerte en hommage à la basilique de Saint-Nicolas3. Ainsi, dit Guillaume de Tyr, un peuple pauvre et affamé triompha, avec l'aide de Dieu, d'une immense multitude d'hommes vaillants: le Très-Haut confon­dit en une seule bataille tout l'Orient soulevé contre ses serviteurs4. » Cent mille infidèles avaient péri dans le combat ; les chrétiens ne comptèrent que quatre mille morts. La nuit suivante, les vainqueurs accablés de fatigues dormirent sous les tentes des Turcs, et man­gèrent le repas préparé pour leurs ennemis3. Ils rentrèrent le ma­tin à Antioche(29 juin 1098), au chant des hymnes consacrés par l'Église à la mémoire des bienheureux apôtres Pierre et Paul, dont cette date ramenait la fête. Reçus en triomphe par la population, les guerriers se rendirent à la basilique de Saint-Pierre, où Adhé-mar de Monteil célébra les saints offices et rendit à Dieu de solen­nelles actions de grâ-

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1 Livr. VI, chap. xxn. Cf. Historiens des Croisades.

2. Rayonnaient.

3Belli saçri historia, cap. lxxxiv.

4. Guillelni. Tyr., 1. VI, cap. xxi, col. 374.

5 Miles fatigatus, quia longe ab urbe erat, ad tenioria quse suorum erant ini-micorum rediit, multumque quod ad edendum sibi su/fictebat invenit. Ante enim quam tirnor Dei venisset in corda Turcorum, in sartaginibus et cacabis et lebetibus et in ollis paraveranl carnes ad obsonium ; sed miseris quse parave-runt, non licuit coquere nec tollere. Robert. Monach., 1. VIII, cap. ni, col. 731.)

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ces. Le soir, Schems-Eddaula vint apporter à Boémond les clefs de la citadelle d'Antioche. «Après les prodiges dont je viens d'être témoin, dit le fils d'Ak-Sian, je reconnais que le Christ est le Dieu véritable. Trois cents de mes soldats, les plus jeunes et les plus braves, partagent ma croyance,  et vous demandent comme moi d'être faits chrétiens. Les autres persistent dans leur ancienne foi. Accordez-leur la vie et la liberté. » Il fut fait ainsi. Adhémar de Monteil instruisit les nouveaux convertis, et leur conféra le baptême solennel dans la basilique de Saint-Pierre1. »

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon