Darras tome 23 p. 127
34. Un concile des provinces de Calabre et d'Apulie fut indiqué pour le 10 septembre 1089 à Melfi, où l'entrevue d'Urbain II avec Roger et Boémond devait avoir lieu. Soixante-dix évêques et douze abbés s'y trouvèrent réunis. Tous les comtes et seigneurs s'étaient
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! Léo. Jlarsican. Fragment, operis nunc deperditi cui iitutus: Historia père-grinorum, Ruinart. (Vit. B. Urban. II, cap. 53.).
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groupés autour des deux princes réconciliés. «Roger fit solennellement hommage pour son duché d'Apulie entre les mains du pape dont il se déclara l'homme lige, promettant sous la foi du serment de garder fidélité à l'église romaine, au souverain pontife et à ses successeurs canoniquement intronisés, canonice intrantibus1. En retour le pontife lui donna par la tradition d'un étendard, l'investiture de sa terre avec le titre et le pouvoir de duc32. » C'était, on se le rappelle, en la même forme et sous la foi du même serment que Robert Guiscard avait fait hommage entre les mains de Grégoire VII. On ne voit point que le nouveau duc de Tarente Boémond ait rendu un pareil hommage au pontife, sans doute parce que dans le traité récemment conclu entre lui et son frère, il s'était engagé à tenir directement de Roger le fief ducal que celui-ci consentait à lui résigner. Après cette imposante cérémonie, qui faisait des nouveaux ducs d'Apulie et de Tarente les chevaliers liges et les défenseurs officiels du pape légitime, Urbain II promulgua et rendit obligatoire pour toutes les provinces de l'Italie méridionale la « Trêve de Dieu » qui jusque-là n'y était point encore en vigueur : Statutum est ut sancta Trevia retineretur ab omnibus subjectis3. C'était à la fois prévenir le retour de la
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1. Cette clause était devenue d'autant plus nécessaire que les efforts des schismatiques en faveur des antipapes prenaient chaque jour des proportions plus menaçantes.
2. Labbe, Concit., t. X, col. 478. M. Adrien de Brimont semble n'avoir connu ni le serment de foi et hommage prêté par Robert Guiscard à saint Grégoire VII, ni celui que le héros normand avait antérieurement prêté au pape Nicolas II, lorsqu'il reçut une première fois de ce pontife l'investiture des provinces d'Apulie, de Calabre et de Sicile à conquérir pour une part sur l'empire de Constantinople et pour l'autre sur les Sarrasins. (Cf. t. XXI de cette Histoire, Urbain II, p. 339 et XXII, p. 438). La déclaration du nouveau duc d'Apulie étonne M. de Brimont. « Il est impossible de supposer, dit-il, que Roger ne se soit reconnu volontairement le feudataire de l'Église, si l'on songe surtout que le pape eût été moins que tout autre en état de l'y contraindre. » (A. de Brimont, p. 155.) Roger ne fit que renouveler les engagements contractés à perpétuité et au nom de ses successeurs par Robert Guiscard. C'est à ces engagements d'une authenticité incontestable et rappelés à toutes les époques jusqu'à nos dernières révolutions, que se rattachaient le tribut annuel et l'hommage de la haquenée offerts le jour de Pâques aux souverains pontifes par les rois de Naples. 1
Labbe, Concil. toc. cit.
XXIII.
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guerre civile entre les deux frères, et maintenir dans les armées dont ils disposaient l'un et l'autre un concert qui pût, à un moment donné, leur permettre de s'unir pour la défense effective du saint-siége, sans que leur bonne volonté fût paralysée par des révoltes partielles, comme il était advenu au temps de saint Grégoire VII pour Robert Guiscard. Le lendemain II septembre, dans une seconde cession, le concile formula seize canons disciplinaires contre les investitures simoniaques et les désordres des clercs. Quelques dispositions spéciales apparaissent ici pour la première fois et méritent d'être signalées. Le canon Ve est ainsi conçu : «Aucun laïque ne pourra faire don à un monastère d'une église ou d'un bénéfice ecclésiastique quelconque, sans le consentement de l'évêque ou celui du pape. Si l'évêque refusait son consentement par un motif de jalousie ou d'avarice, il en serait référé au saint-siége qui prononcera en dernier ressort. » Le VIe canon porte pour corollaire l'interdiction suivante : « Aucun abbé, aucun prévôt, ne pourra sans le consentement de l'évêque recevoir les églises ou bénéfices ecclésiastiques ainsi offerts. » Pour saisir la portée de cette mesure, à laquelle saint Bruno ne dut pas être étranger, il faut se rappeler ce que nous avons dit précédemment 1 du grand nombre d'églises paroissiales ou canoniales placées alors sous la direction des abbayes, et soustraites ainsi à la juridiction directe des évêques. Saint Bruno, saint Robert de Molesmes, et les autres illustres réformateurs monastiques avaient les premiers aperçu le danger pour les monastères eux-mêmes d'étendre outre mesure leur sphère d'action, au risque de voir diminuer dans leur sein l'esprit véritable de la vocation religieuse.
35. Le concile de Melfi sanctionna cette vue surnaturelle et sainte des deux grands serviteurs de Dieu. Il y a lieu de croire que cette question pour laquelle les moines de Molesmes s'étaient mis en révolte ouverte contre saint Robert fut portée par eux au saint-siége, sinon à cette époque précise, du moins quelques années plus tard. Voici en effet la lettre que le cardinal Jean de Gaëte5 leur adressait en
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1. Cf. chapitre précédent, a» 10.
2. La lettre de Jean de Gaëte ne porte point de date et le nom de l'abbé
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1098, alors que saint Robert les eût quittés une seconde fois pour fonder définitivement à Cîteaux sa grande réforme monastique : « Au vénérable Godefroi abbé de Molesmes et aux frères de cette congrégation, Jean diacre et chancelier du saint-siége apostolique salut dans le Seigneur. En principe les lois canoniques sont formelles pour statuer que toutes les églises doivent être dans la main des évêques. Toutefois dans les siècles passés on permit aux princes séculiers de confier à des religieux l'administration de quelques églises paroissiales. Cette faculté dégénéra en abus et l'on vit des ventes d'églises faites aux monastères par les princes. Le pape Grégoire VII proscrivit énergiquement ce trafic. Mais les évêques prirent à leur tour prétexte du décret pontifical pour élever des revendications qui auraient fini par dépouiller complètement les monastères. Il fallut apporter un tempérament à cette situation. Dans le concile de l'an 1083, Grégoire VII rendit un décret aux termes duquel les donations d'églises faites antérieurement par les princes séculiers aux divers monastères sortiraient leur effet, sans être soumises à revendication, se bornant à défendre qu'elles se renouvelassent à l'avenir. Mais les troubles suscités en Europe par la persécution du pseudo-empereur Henri IV, ne permirent point de donner à ce décret de l'immortel pontife une publicité suffisante. C'est pourquoi le seigneur pape Urbain II, dans le concile qu'il tint la seconde année de son pontificat à Melfi en Apulie, statua de nouveau que la loi n'aurait point d'effet rétroactif en ce qui concerne les donations de ce genre antérieurement faites aux monastères, mais qu'à l'avenir de pareilles
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n'y est représenté que par une initiale : Venerabilis monasierii Molismensis abbati G. et Fr. Joannes sunctm sedis aposiolicic diaeonus et cancellarius salutem in Domino, Mais comme d'une part cette lettre est évidemment postérieure au concile de Melfi (l089), et que d'autre part saint Robert après son retour à Molesmes en 1085 y resta en qualité d'abbé jusqu'en 1098, époque où il commença la fondation de Cîteaux, pour revenir l'année suivante 1099, par ordre exprès d'Urbain II à Molesmes qu'il ne quitta plus ; comme il est certain en outre que durant le séjour de saint Robert à Citeaux les religieux de Molesmes vécurent sous la direction d'un abbé nommé Godefroi, nous sommes autorisé à fixer la date de cette lettre vers l'an 1098 et à rétablir intégralement le nom du destinataire.
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acquisitions ne seraient possibles qu'avec le consentement des évêques locaux ou l'autorisation directe du saint-siège. Depuis lors, les abbés ont cessé d'envahir les églises, et les évêques de poursuivre contre les monastères des revendications ruineuses. Ces procédures dont le nombre était auparavant fort considérable ont été terminées par le jugement de l'église romaine d'après ces règles. Je suis d'autant plus autorisé à vous donner cette explication des décrets synodaux de Melfi, que j'étais présent à leur promulgation1. » Le commentaire juridique donné par le cardinal Jean de Gaëte aux religieux de Molesmes devait rassurer leur conscience pour le passé, mais il réservait formellement l'avenir. Les monastères avaient le droit de conserver l'administration des églises paroissiales qui leur avaient été antérieurement unies ; mais de nouvelles annexions leur étaient interdites sans le consentement des évêques locaux ou l'autorisation spéciale du pape. Les réformateurs monastiques qui préféraient re- monter d'un seul bond à la pureté primitive de leur ordre, et fonder des établissements où les religieux seraient exclusivement voués à une vie de retraite et de prière, étaient ainsi justifiés.
36. Le concile terminé, le pontife se rendit avec les évéques et les abbés d'Apulie et de Calabre à Bari, pour la translation solennelle des reliques de saint Nicolas dans la nouvelle basilique élevée en l'honneur du thaumaturge. « Le Dieu tout-puissant, dit Urbain II dans une bulle délivrée à Bari sous la date du 9 octobre 1089, continue à glorifier son serviteur le bienheureux Nicolas, au tombeau duquel s'opèrent chaque jour de nouveaux prodiges. Amené en cette cité bénie, ajoute le pape, et par notre dévotion personnelle pour le saint confesseur et par l'invitation pressante de nos très-chers fils les ducs Roger et Boémond, nous avons eu la joie de transférer de nos mains les précieuses reliques de saint Nicolas dans leur nouveau sanctuaire au milieu d'un peuple immense dont l'allégresse éclatait à chaque pas2 . » La cité de Bari, jusque-là siège d'un évêché suffragant de
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- 1. Labbe, Concil., t. X, col. 479.
- 2. B. Urban. II. Epist. xxvi ; Pair, lat., t. CLI, col. 308. La châsse « moult parée » où le pape déposa les reliques de saint Nicolas était un présent du nouveau duc de Tarente Boémond.
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Canosa, fut à cette occasion érigée en métropole. Urbain II sacra le premier archevêque. Ce fut Élie, abbé du monastère de Saint-Benoît, qui venait d'être appelé par le choix canonique du clergé et du peuple à succéder à l'évêque Ursus mort quelques mois auparavant. La présence d'Urbain II ranimait partout la foi et soulevait l'enthousiasme des populations Il continua sa marche triomphale jusqu'aux extrémités de l'Italie méridionale. La célèbre ville de Brundusium (Brindes) si longtemps au pouvoir des Sarrasins de Sicile, avait perdu son titre épiscopal qui avait été transféré à Oria. Le pape le lui rendit, nomma un évêque et fit la dédicace de la nouvelle cathédrale. A Reggio, où le comte Roger de Sicile vint une seconde fois s'aboucher avec lui, des mesures furent concertées pour le rétablissement des évêchés dans l'île reconquise et pour la délimitation des futurs diocèses. Malte, nouvelle conquête de Roger sur les Sarrasins, reçut pour évêque le moine bénédictin Gualterio, que le pape voulut sacrer de sa main comme il avait fait pour le métropolitain de Bari1.
§ VII. Retour d'Urbain II à Rome.
37. « Bien qu'il soit contraire à la coutume de notre église romaine et apostolique de conférer des ordinations épiscopales hors de Rome, disait le pieux pontife au nouveau métropolitain, nous avons, par dévotion à saint Nicolas et par amour pour votre peuple, dérogé à l'usage et procédé à votre sacre dans votre église même2.» Cette dérogation renouvelée pour Gualterio dut être également spécifiée dans les bulles d'institution du nouvel évêché de Malte. L'œil jaloux des schismatiques suivait chacun des actes du bienheureux pape, dans l'intention de les calomnier ou de les travestir. Un chroniqueur du XIIe siècle, désigné sous le titre d'Anonymus Mellicensis
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1. Ruinart, Vit. B. Urban. //, cap. lv-lx.
2. Contra morem nostrx Bornants et apostolicx ecclcsix te. dilectissime frater, in sede propria consecravimus, beati iVioolai revtrentia et tui populi dilectione deoicti. (B. Urb. II Epitt. xxvi, toc. cit.]
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p133 CHAP. II. — RETOUR D'URBAIN II A ROME (1089-1090).
(Melick, ou Melck, abbaye bénédictine dans les états autrichiens), nous apporte à ce sujet un détail curieux qui a jusqu'ici échappé aux historiens modernes. Pendant que le bienheureux pape Urbain, dit-il, était obligé de vivre en exil, l'intrus Wibert (Clément II!), lequel d'ailleurs ne manquait pas d'esprit et savait parfaitement aiguiser une épigramme, jouant sur les mots Urbanus (citadin) et Urbs (cité de Rome), imagina de lui adresser ces deux vers :
Diceris Urbanus, cum sis projectus ab Urbe ; Vel muta nomen, vel regrediaris in Urbem.
« Vous vous appelez Urbain et vous êtes proscrit de l'Urbs ; ou changez de nom, ou rentrez dans la ville.» L'apostolique Urbain II, si grand par la sainteté et la doctrine, ne laissa point cette raillerie sans réponse. «Vous prenez le nom de Clément, répliqua-t-il, mais il n'est pas en votre pouvoir de l'être ; puisque la puissance de délier ne vous a point été conférée : »
.Clemens nomen habes, sed clemens non potes esse ;
Tradita solvendi cum sit tibi nulla potestas 1.
Authentique ou non, la réponse d'Urbain II au défi de l'intrus ne se borna point à un jeu de mots. Après sa glorieuse excursion, le bienheureux pape, confiant dans le secours du ciel et dédaignant de recourir à l'appui d'une armée que les ducs d'Apulie et de Calabre eussent volontiers mise à sa disposition, revint à Rome où il célébra les fêtes de Noël de l'an 1089. Il y séjourna jusqu'au mois de mai de l'an 1090, en dépit de toutes les attaques des schismatiques.
38. En la personne de l'archevêque de Reims Raynald (Renaud du Bellay), qui vint le visiter à l'époque même de Noël, le bienheureux
pape reçut l'hommage d'un diocèse fier de lui avoir donné naissance. Urbain II voulut dater du jour même de la solennité sainte le rescrit apostolique par lequel il confirmait les privilèges du siège
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1.Anotrym. Mellicens. Pair. Lat., t. CCXIII, col. 981.
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134 PONTIFICAT DU B. URBAIN II (1088-1099).
primatial de Reims. La parole du pontife sut en cette circonstance allier la majesté la plus auguste au sentiment attendri d'un cœur qui tressaille au souvenir de la patrie. « L'Église, dit-il, reconnaît que la puissance de lier et de délier dans les cieux et sur la terre fut dans sa plénitude confiée divinement à Pierre et à ses successeurs, quand Notre-Seigneur dit à l'Apôtre : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux1. » A Pierre également, Dieu a donné le privilège d'une foi qui ne faillira jamais et l'autorité de confirmer les autres dans cette foi. C'est le sens des paroles de Jésus Christ : « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne faillisse pas : et toi un jour converti confirme tes frères2. » C'est donc à nous qui siégeons malgré notre indignité à la place de Pierre, qu'il appartient d'exercer le ministère de la suprême judicature sur toute l'Église. « De notre bouche doit sortir le jugement, et nos yeux doivent découvrir l'équité3.» Nous avons accueilli avec faveur les justes requêtes de votre fraternité ; nous vous avons remis de nos mains le pallium et vous en confirmons le privilège par ce présent rescrit. Nous vous maintenons le titre et les pouvoirs de primat de toute la IIe Belgique, ainsi qu'en ont joui vos prédécesseurs. De plus nous conférons à vous et à vos successeurs le pouvoir premier et principal de sacrer les rois de France. Comme autrefois le bienheureux Rémi en baptisant Glovis institua en France le premier roi chrétien, ainsi vous et vos successeurs, vicaires dans l'église de Reims du bienheureux Rémi, vous aurez le principal pouvoir de sacrer et ordonner le roi ou la reine, ungendi régis et ordinandi sive réginae prima potestate fungamini. Vous présent, ou vos successeurs, aucun autre archevêque ou évêque ne pourra à la cérémonie du sacre poser la couronne sur le front du nouveau roi. En retour des prérogatives qu'il vous confère, vous rendrez au siège apostolique la soumission filiale qui lui est due, vous garderez inviolablement ses décrets, et les ferez observer par les peuples de France. Nous
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- 1. Mattli. XVIII, 13.
- 2. Luc. XXII, 32.
- 3. Psalm. XVI, 2.
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p135 chap. II. — retour d'urbain II A ROME (1089-1090).
aussi, dans un sentiment spécial d'affection et de tendresse, speciali devotionis intuitu, nous avons à cœur de maintenir dans tout son honneur, dignité et excellence, l'antique prééminence de votre église, voulant qu'elle demeure pour vous et vos légitimes successeurs telle que notre prédécesseur Hormisdas l'établit en faveur du bienheureux Rémi 1. C'est donc à votre dilection que nous faisons appel, très-cher frère Raynald, invitant votre révérence à marcher sur les traces des saints pontifes qui ont illustré le siège de Reims. Vous êtes astreint à la charge pastorale, aimez vos frères : prévenez par votre affection, suivant le précepte du Seigneur, ceux mêmes qui voudraient se faire vos ennemis ; cherchez la paix avec tous ; appliquez-vous aux œuvres de la piété sainte sans laquelle nul ne verra la gloire de Dieu; n'ambitionnez qu'un seule gloire celle de la vertu. Marchez en la présence de Dieu comme le modèle du troupeau confié à votre sollicitude comme le chef de tout le royaume d'Israël (la France), afin que témoins de vos œuvres saintes, tous rendent gloire à notre Père qui est aux cieux. Que la parole du salut soit sans cesse sur vos lèvres, et la ferveur du zèle dans votre âme. Laissez aux hommes du siècle les soucis de la terre, et fixez vos regards vers le ciel. Les vanités de ce monde ne sont rien : un seul but est digne de notre ambition, le ciel. Redisons avec David : « Je n'ai demandé qu'une seule chose au Seigneur, je la poursuivrai
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1 Totum honoris, totum dignitatis et excellentise tibi, tuisque legitimis succes-soribus manere decernimus, quidquid beato Bemigio prxdecessor noster Or misda legitur contulisse. Voir à ce sujet le texte de la lettre d'Hormisdas à 9aint Rémi ; Patr. lat., t. LXIII, col. 568. Nous en avons donné la traduction exacte au tome XIV de cette Histoire, p. 200, en faisant observer que les critiques du XVIIe siècle contestèrent l'authenticité du rescrit de saint Hormisdas. Ruinart, dans la note dont il accompagne ce passage, sans insister sur le fond de la question, se borne à dire que si la mention d'Hormisdas faite par Urbain II est contestable, en tout cas l'authenticité d'un privilège analogue accordé à saint Rémi par le pape saint Anastase II est hors de doute. Hanc concessionem ad Hormisdam refert Urbanus ex Hincmaro, qux potius ab Anastasio collata dici débet. (Not. II ad Epist. xxvu ; Patr. lat., Histoire, t. CL1, col. 3H.) On parlait ainsi à une époque où l'on ne savait pas quel soin traditionnel l'église romaine apporta de tout temps à la conservation de ses archives. La lettre d'Hormisdas à saint Rémi est authentique, ainsi que celle d'Anastase II dont nous avons également donné la traduction, t.. XIV de cette p. 38.
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p136 PONTIFICAT DU B. URBAIN II (1088-1099).
sans cesse, la faveur d'habiter sa maison tous les jours de ma vie 1 . » Que la Trinité sainte, bien-aimé frère, vous couvre de sa protection toute puissante ; qu'elle vous conduise à la fin bienheureuse de l'éternité qui n'aura point de fin 2. » Cette bulle «donnée à Rome le 25 décembre 1089 par les mains de Jean cardinal diacre de la sainte église romaine, » est un monument dont la France a le droit d'être fière et dont la cité de Reims, «la ville du sacre, » ne perdra jamais la mémoire s. Le cœur du pontife qui dicta cette lettre était vraiment français. Les touchantes recommandations adressées à Raynald nous semblent révéler la présence discrète de saint Bruno et son inspiration charitable, en retour des atroces persécutions que lui avait fait subir Manassès de Gournay, le précédent titulaire du siège de saint Rémi 4.