La foi chrétienne hier et aujourd’hui 118

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II. “LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR”

 

a) Le contenu de l'espérance néo‑testamentaire de la résurrection

 

   Cet article de la résurrection de la chair nous pose un singulier dilemme. Nous avons découvert à nouveau que l'homme est indivisible; nous vivons notre corporalité avec une intensité nouvelle, et nous la reconnaissons comme indispensable pour réaliser l'être de l'homme.

 

A partir de là, nous pouvons mieux comprendre le message biblique qui ne promet pas l'immortalité à une âme séparée, mais à l'homme tout entier.

 

C'est ce sentiment qui, dans notre

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siècle, a poussé surtout la théologie protestante à s'opposer expressément à la doctrine grecque de l'immortalité de l'âme, que l'on considérerait à tort comme une idée chrétienne.

 

Il s'y exprimerait en réalité un dualisme foncièrement opposé au christianisme; la foi chrétienne ne connaîtrait que la résurrection des morts, opérée par la puissance de Dieu.

 

Mais alors, des objections se présentent immédiatement à l'esprit: si la doctrine grecque de l'immortalité est problématique, l'affirmation biblique n'est‑elle pas pour nous encore plus difficilement concevable?

 

Pour ce qui concerne l'unité de l'homme, c'est bien, mais comment se représenter à partir de notre vision du monde actuelle, une résurrection du corps?

 

Car, cette résurrection impliquerait, semble‑t‑il, un ciel nouveau et une terre nouvelle; elle exigerait des corps immortels, sans besoins alimentaires, un état de la matière radicalement différent.

 

Mais tout cela n'est‑il pas parfaitement absurde, absolument contraire à notre intelligence de la matière et de ses propriétés, et donc inexorablement mythologique?

 

   Il me semble que de fait l'on ne peut trouver une réponse qu'en recherchant avec soin les véritables intentions de l'affirmation biblique et en reconsidérant en même temps le rapport entre les conceptions bibliques et grecques.

 

Car le contact entre les deux conceptions les a toutes deux modifiées, et recouvert ainsi les intentions originelles de l'une et de l'autre voie par une nouvelle vision d'ensemble, que nous devons d'abord déblayer si nous voulons retrouver le point de départ.

 

L'espérance de la résurrection des morts représente tout d'abord simplement la forme fondamentale de l'espérance d'immortalité de la Bible; dans le Nouveau Testament, elle n'apparaît pas vraiment comme une idée complémentaire d'une immortalité de l'âme antécédente et indépendante, mais comme l'affirmation fondamentale sur la destinée humaine.

 

Certes, il y avait déjà dans le judaïsme tardif des amorces pour une doctrine de l'immortalité d'inspiration grecque, et c'est là probablement une des raisons pour lesquelles on en est arrivé très vite, dans le monde gréco‑romain, à ne plus comprendre dans toute leur ampleur les implications de l'idée de résurrection.

 

On en vint à considérer la conception grecque de l'immortalité de l'âme et la prédication biblique de la résurrection des morts comme apportant chacune une demi‑réponse à la question de la destinée éternelle de l'homme, et on les ajouta l'une à l'autre.

 

A l'idée grecque de l'immortalité

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de l'âme, la Bible aurait ajouté la révélation de la résurrection des corps à la fin des temps, pour que ceux‑ci puissent partager à jamais la destinée de l'âme, pour le meilleur et pour le pire (damnation ou béatitude).

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon