Darras tome 27 p. 435
26. Mais revenons au Pape Lucius lui-même.
L’indignation que lui causaient les criminelles violences du fils de l’empereur
à l’égard du clergé fidèle d’Allemagne, lui suggéra le ferme dessin de
protester avec éclat. Puisque l’empereur, faisant sa propre cause de la cause de
Rodolphe, l’intrus de Trêves, laissait Henri multiplier les plus indignes
traitements contre toute personne suspecte d’être favorable à l’archevêque
légitime, le Pontife résolut de donner à Volmar la consécration de ses propres
mains. Cette nouvelle changea l’irritation de Frédéric en fureur. A la menace
d’une rupture complète, il ajouta des menaces plus terribles encore, qn’on eut
la prudence de ne pas ébruiter1. Le dénûment, l’exil, les
persécutions qui changeaient cet exil en captivité sous la main du despote, se
joignant à l’extrême vieillesse, épuisèrent les dernières forces de Lucius. Il
s’éteignit le 21 novembre 1183 à Vérone, où il fut enseveli le lendemain, dans
l’église cathédrale 2.
§ V. URBAIN III ET BARBEROUSSE.
27. L’élection de tous les papes, jusqu’à Lucius III, s’était faite avec le concours du clergé et du peuple de Rome. Les schismatiques et les factieux avaient longtemps exploité cette situation, pour susciter des troubles en essayant de livrer l’héritage à des imposteurs. En 1179 le concile de Latran exclut le clergé et le peuple de l’élection des Papes ; le pouvoir de la faire fut restreint aux cardinaux seuls, et l’élu devait réunir les deux tiers des suffrages. C’est en vertu de cette loi nouvelle, appliquée pour la première fois, que Lucius avait reçu la tiare. Cette sage institution fut le salut de l’Eglise, dans la crise difficile où la jetait la mort de son pasteur. L’année précédente, grâce aux nouveaux cardinaux promus, l’Esprit du cénacle était rentré dans le Sacré-Collége pour le régénérer de son souffle. Avant que Frédéric pût intervenir, dès le 23 novembre, les cardinaux élurent l’archevêque de Milan, cardinal-prêtre du
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1 Arnold. Lubac. Chron. Slav. III. 10.
2 Joan.
Franc. Tikct. de Nobilit. Veron. Anliquit. V, 2. —
Oxcrnn. Ciwwi.VII,
pag. ISi. — Raduiph. de diceto. Imag.
Ilist. jiag. C29.
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titre de Saint-Laurent in Damaso, Hubert ou Lambert Crivelli qui se trouvait à Vérone, et qui fut couronné le 1er décembre sous le nom d’Urbain III 1. Hubert Crivelli était né à Milan même, et, comme tout vrai Milanais, nourrissait en son cœur une aversion profonde pour les césars d’Allemagne, oppresseurs de sa patrie. II avait été archidiacre de Bourges, avant d’être archidiacre et plus tard archevêque de la basilique ambrosienne; il avait puisé dans l’air généreux de la France cette fierté de sentiments que le péril et l’obstacle excitent toujours sans jamais l'étonner. Comme prêtre, il s’était mêlé à la lutte de Saint-Thomas, et, puisque Dieu lui confiait le dépôt de l’Eglise à l’heure ou elle était sans asile et sans liberté, il embrassa résolument son devoir renfermé dans ce dilemme: être un libérateur ou un martyr. Trop de causes de rupture existaient entre le sacerdoce et l’empire, pour qu’il fût possible d’éviter une recrudescence d’hostilités. La lutte s’ouvrit par la suspense dont furent frappés le patriarche d’Aquilée et ceux qui, sans l’assentiment du Pape, avaient prêté leur ministère au mariage et au couronnement d’Henri VI, le 17 janvier 1186.
28. Le mariage d’Henri VI avec Constance de Sicile, d’un jeune prince de vingt ans avec une héritière qui en avait plus de trente, cachait mal l’ambitieux dessein d’une annexion qui devait priver la Papauté d’un point d’appui deux fois séculaire. Le pape qu’on ne consultait pas, pouvait-il laisser violer impunément son droit de suzerain de Sicile? et dans l’affaire du diocèse de Trêves, devait-il, au mépris de l’élection régulière de Volmar, tolérer l’intrusion de Rodolphe? Non, assurément; quand il sacra Volmar le jour de la Pentecôte, 1er juin 1186, en faisant son devoir de Vicaire de Jésus-Christ, il obéissait uniquement aux mobiles surnaturels de son ministère. Qu’est-il besoin, pour expliquer sa conduite, de lui supposer, avec certains auteurs modernes, des mobiles humains et des passions terrestres, le désir de venger ses parents en humiliant Frédéric qui les avait jadis maltraités à la prise de Milan? Etait-ce donc aussi pour des motifs humains qu’après son élection au Sou-
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1. Gervas. Chro7i. 1185. — Rad. de Diceto. Imag.
Hist. pag. 629.
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verain
Pontificat, à l’exemple de Léon IX et d’Alexandre II, il garda l’archevêché de
Milan? ou plutôt ne voulait-il pas mettre les peuples à l’abri des caprices
d’un despote qui les eût privés des secours spirituels1? Suivons
ici, sans crainte, le sentiment d’Arnold de Lubeck: «Zélateur de la justice,
dit-il avec raison, Urbain III faisait son devoir, sans trembler devant un
pouvoir terrestre. Il protestait au sujet des États de Malthilde, que
l’empereur avait envahis contre toute justice, affirmait-il hautement. Il lui
reprochait encore une autre iniquité : à la mort d’un évêque, l’empereur
s’appropriait ses dépouilles, et ne laissait que des murs au successeur, qui se
voyait ainsi réduit à des expédients fâcheux pour se procurer le nécessaire. Un
autre grief, c’est qu’il avait dispersé un grand nombre de communautés de
femmes, sous prétexte de désordres intérieurs, et qu’au lieu de les remplacer
par d’autres plus régulières, il gardait leurs revenus. Pour tous ces motifs,
il éclata une violente scission, dans laquelle les prélats prirent parti les
uns pour les autres contre le Saint-Siège 2. »
29. Dans le nord de la Péninsule, toute la politique de Frédéric consistait dans l’asservissement des républiques italiennes en exploitant avec habileté leurs jalousies. C’est ainsi qu’après s’être servi de Crémone pour réduire Milan, il venait maintenant d’employer le concours de Milan pour réduire Crémone. Henri VI, qui menait alors les opérations militaires en Lombardie, ne laissait échapper aucune occasion de persécuter le clergé fidèle. « Un jour, il mande un évêque , etbrusquement lui pose cette question : Dis-moi, clerc, de qui tiens-tu l’investiture épiscopale? Et l’évêque de répondre ? Du seigneur Pape. La même question s'étant renouvelée dans les mêmes termes, lorsqu’elle se renouvela pour la troisième fois, l’évêque dit : Seigneur, je ne possède point de fiefs impériaux ; c’est donc du Pape que je tiens le diocèse que j’administre.
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1. Radulpii.de Dicet. Imag. Hist. pag. G29 et sqq. — Arx. Lubec. Chron. III,
16 et sqq. —Gest. Trevir. 94. — Puricel. Monument. Basilic. Ambv. mini. 605, pag. 1019. — Magn. Chron. Belg. pag. 201. — Xeubrig. Ill, cap.ult. — Fazel.
VI, 3. Rob. de Mont. Append, ad Sigeb. 1186.
2. Ans. Lub. Chron. Slav. Ill,
16.
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p438 LUCIUS III, URBAIN III, GRÉGOIRE VIII ('H81-1187).
Là-dessus, fureur du roi, et sur son ordre le pauvre évêque, après avoir été roué de coups, est foulé aux pieds dans la fange. Cette indignité révolta tout le monde, rien de pareil ne s’étant vu depuis l’empereur Dèce1. » Un autre jour, Henri rencontra un serviteur d’Urbain, porteur d’une somme considérable. Il s’empare de L’or, et pour faire injure au Pape, il renvoie l’homme avec le nez coupé 2. Urbain III persistait dans ses justes griefs, et, loin d’incliner à la faiblesse, faisait même gronder sur la tête de l’empereur la menace d’une excommunication. Il n’était pas d’ailleurs sans compter de nombreux partisans dans le clergé d’Allemagne. A leur tête marchait Philippe, archevêque de Cologne, qui ne faisait pas mystère de son vif mécontentement sur ce que, à la mort des évêques, le fisc engloutissait leurs biens 3. Ces plaintes trouvaient de l’écho dans les archevêques de Mayence et de Trêves, Conrad et Volmar, et dans une douzaine d’évêques, dont le plus intrépide était Bertold, évêque de Metz. Quand Volmar eut été sacré par le Pape, Bertold, pour l’acceuillir avec plus d’honneur, alla le recevoir, non-seulement à la limite, mais en dehors même de son diocèse. Il s’était par cette noble conduite attiré la colère de Frédéric, qui l’avait fait arracher de son siège ; il s’était vu dans la nécessité de chercher un asile à Cologne, auprès de Philippe.
30. Frédéric se promit d’avoir raison à tout prix de la fermeté d’Urbain III. Il regagna l’Allemagne avec le projet d’isoler le Pontife du clergé de l'empire. Il déchaîna les Romains et les troupes de son fils sur la Campanie et les pays d’alentour. Le plus grand nombre des villes du Pape et la majeure partie de ses domaines tombèrent au pouvoir du farouche Henri, qui avait mission de venger les injures de l’empire, c’est-à-dire de consommer la spoliation et la ruine de la papauté. La dévastation compléta l’œuvre de l’asservissement, et les aigles victorieuses du conquérant rendirent impossible toute communication avec Vérone et le Saint-Siège. Enfin, les défilés des Alpes et les passages par où l’on entre en
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1 Arn. Lub. Chron. Slav. ibid.
2 Co.ntik. Aqbicinct. ann. 1166.
3 Auxold. Lub. Chron. Slav. III, 10.
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Italie furent surveillés avec la dernière rigueur1. Ces mesures préventives eurent leur complément dans un édit qui défendait les appels dans tout l’empire germanique, pendant qu’on les empêchait par la force pour les autres pays. On jetait dans les cachots quiconque essayait de se rendre auprès du Pape. On punit de mort la plupart de ceux qui tentèrent cette généreuse entreprise malgré tant de dangers ; un petit nombre ne furent renvoyés qu’aprcs qu’on leur eut coupé les mains et la langue, ou fait subir les plus barbares mutilations. Le 11 février 1187, en arrivant à Ratisbonne, Frédéric « trouva dans presque tous les évêques de Germanie,» dit un témoin oculaire,2 « une sourde indisposition ; » et le même auteur caractérise par le mot de conjuration cette unanimité de sentiment dans l'épiscopat germanique. On a voulu voir là une sorte de ligue en faveur d’Urbain III, provoquée par ses manifestes et ses émissaires ; il n’y avait guère que le désir de faire cesser la spoliation des évêchés de l’empire par le fisc. Il suffira, pour s’en convaincre, d’observer l’attitude de l’épiscopat pendant le cours de cette affaire, et surtout de comparer la conduite de l’archevêque de Cologne, à qui le Saint-Siège avait délégué son autorité pour le temps où les communications seraient interceptées, avec celle qu’avaient tenue avant lui d’autres légats, Conon de Préneste par exemple, pour la défense de la Papauté.
31. Le malheur d’Urbain III fut de se tromer sur l’esprit de la
ligue,
et d’après les vaines espérances qu’il en concevait, de différer le coup de
foudre décisif qui pouvait seul terrasser le
césarisme3. Le fourbe empereur, lui ne se trompa point sur la portée
du mouvement qu'il avait à combattre, et partout où l'appareil de la puissance
eût envenimé le différend, il fit
intervenir la ruse4. A peine est-il
de retour dans ses Etals, qu'il fait demander une amicale entrevue à Philippe
de Cologne, le chef des mécontents. S'il a
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1 Joax. de Ceccan. Chvon. ann. SC. — Gest. Trcvir. 99.
2 Watteii.
II, pag.
CC9.
3. Aiinold. Lubec. Chron.
Slav. III, 17.
4 « Imperator paulatim episcoposa conjurationepotenter ctcallidc distraxit.»
Wattericii II, pag. G69.
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pu enfermer le Pape dans Vérone, il n’a pu en même temps y retenir son autorité captive : elle a franchi les Alpes, elle l’a suivi dans son empire. Il est impatient de connaître les intentions de l’homme qui en a le dépôt, de savoir quelles mesures il faudra prendre en face de ce nouvel adversaire. Après d’amères plaintes sur les poursuites acharnées dont il se dit l’objet de la part d’Urbain, il demande à Philippe jusqu’à quel point il peut compter sur lui- mème. « Seigneur, » répondit l’archevêque, « inutile de vous laisser le moindre doute à mon sujet ; je serai toujours, sachez-le bien, du parti de la justice. Maintes fois vous m’avez vu homme de cœur à votre service ; en quoi vous avez la preuve de ma constante loyauté dans l’avenir. Maintenant, pour vous parler net au nom de tout l’épiscopat, si vous vouliez nous traiter un peu plus doucement et alléger en prince généreux le fardeau qui nous est imposé, nous n’en ferions éclater que plus d’empressement à vous servir en toutes choses. Ainsi nous sommes, il nous semble, chargés de certaines redevances qui, sans être injustes, nuisent au prestige de nos fonctions. Ainsi encore le seigneur Pape croit-il avoir un juste grief contre vous, en ce qu’à la mort des prélats vous confisquez les biens des Églises, si bien qu’après cet enlèvement, le nouvel évêque ne trouve que les murs. En considération de la justice et en vue de notre fidélité à vous servir, que votre clémence impériale nous fasse grâce à cet égard, et nous serons les humbles médiateurs de ce qui est juste entre vous et le Seigneur Apostolique; dans le cas contraire, nous ne saurions faire un pas hors du chemin de la vérité1. »
32. Paroles mal inspirées, qui séparaient imprudemment les plaintes de quelques évêques des intérêts généraux de la papauté, et qui donnaient le pas à de mesquines querelles d’intérieur sur le grave conflit des deux puissances ! L'astucieux monarque savait maintenant le moyen de se rattacher les évêques, en leur faisant pour un temps quelques insignifiantes concessions ; quant aux foudres de l’Église, il n’avait certainement pas à craindre de les voir
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1 Arnold. Lubéc. Chron. Slav. Ibid.
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p441 CHAP. VIII. — URBAIN III ET BARBEROUSSE.
éclater dans la main de l’archevêque de Cologne, et l’épiscopat allemand, placé entre le glaive et l’apostasie, serait heureux d’en être quitte au prix du premier expédient venu. On laissait dans la lutte, au champion du césarisme contre la papauté, une telle supériorité de position, qu’il ne prit même pas la peine de dissimuler le dessein d’en faire l’abus le plus coupable. Sa réponse au légat fut le programme et l’apologie de l’Empire contre le Sacerdoce. « C’est une vérité reconnue, dit-il, que les empereurs d’autrefois, nos prédécesseurs, avaient le droit de donner l’investiture épiscopale aux personnes choisies par eux selon leur bon plaisir et en dehors de toute influence étrangère. Nous avons trouvé ce droit modifié par eux et nous ratifions cette concession volontaire. Mais cette imperceptible étincelle de notre droit, qui nous a été transmise, nous ne permettons pas qu’on veuille l’amoindrir. Contentez- vous de votre juridiction telle que vous l’avez trouvée, en ce qu’on vous abandonne l’élection des évêques selon le mode que vous appelez canonique. Sachez pourtant qu’au temps où tout se faisait par la volonté seule de l’empereur, on trouvait dans les membres du sacerdoce plus de sainteté qu’à cette époque, où ils sont intronisés par élection. C’est que les empereurs ne donnaient l’investiture qu’aux candidats d’un mérite éprouvé ; à présent, dans vos élections, c’est la faveur qui l’emporte, et l’esprit de Dieu n’y est pour rien. »
33. Après cet impudent langage, l’orgueilleux despote porta le dernier coup à son adversaire, en lui défendant avec arrogance de paraître à la diète de Geilenhusen, où il allait convoquer les prélats de son empire. Le légat fut déconcerté ; il oublia son caractère et répondit : « Qu’ilsoit fait selon votre bon plaisir 1 ! » Devant cette servile complaisance l’Histoire indignée passe en détournant les yeux, de peur d’être entraînée au-delà d’une impartiale sévérité. Après deux mois et demi d’habiles négociations, lorsque Frédéric fut assuré du triomphe, il réunit, au commencement de mai, les évêques et les princes à Geilenhusen. Les contemporains nous ont conservé son
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artificieuse harangue : « Prélats, évêques et princes, dont les cœurs sont le sanctuaire de la justice, écoutez-moi, de grâce. Vous n’ignorez pas sans doute avec quel acharnement le seigneur Pape me persécute. En quoi cependant j’ai démérité de ses bonnes grâces, je ne le vois point. Ce dont j’ai la certitude, c’est d’avoir tout fait pour ne jamais l’aigrir, c’est de n’avoir jamais rien fait contre son ordre ou sa volonté. Jamais non plus je ne lui ai rien demandé arbitrairement. Quand il a élevé quelque accusation contre moi, j’ai répondu sans me fâcher et sans contester, rendant compte de toutes choses avec une humble soumission. Fort de l’innocence constante de ma conduite, je ne me trouble pas. S’il plaît au seigneur Pape de me recevoir comme un fils chéri et obéissant, je l’accepte à mon tour, pour l’honneur et le respect dus au Saint- Siège Apostolique, comme un père chéri et vénéré. Mais il ourdit pour ma déchéance quelque trame, qu’il faudrait qualifier non seulement d’inique, mais encore d’insensée; je compte sur les faveurs de la clémence divine, je compte sur vos conseils et vos secours pour me défendre sans peur contre toute embûche. Voilà ce que j’avais à dire en ce qui me concerne.
34. « Pour ce que vous avez à faire en ce qui vous regarde, vous devez y réfléchir à deux fois. Il n’est pas juste, dit le seigneur Pape, que les décimes aillent aux mains d’un laïque quel qu’il soit, puisque Dieu les a évidemment attribués à ceux qui servent l’autel ; et, comme il se fonde sur l’autorité des Ecritures, il prétend qu’en cette matière leur témoignage ait le dernier mot. Certes, nous savons tous que c’est aux prêtres et aux lévites que Dieu attribua les dîmes et les offrandes, primitivement ; mais, lorsque au temps de la Chrétienté les ennemis des Eglises les entourèrent d’attaques incessantes, ces dîmes furent cédées en fief inamovible par les Eglises elles-mêmes aux hommes les plus nobles et les plus puissants, afin de trouver en ces hommes une protection qu’elles ne pouvaient pas trouver dans leur propre sein. Il est injuste, affirme encore le Pape, que n’importe qui s’arroge le patronnage sur les biens ou les personnes ecclésiastiques. Les Eglises ayant été fondées avec le libre consentement ou avec les dons des empereurs et des princes,
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poursuit-il, leurs affaires ne sauraient être librement administrées par les prélats seuls. Quoique ceci ne touche que les prélats, j’ose croire qu’il y aurait bien des difficultés à changer une chose dont l’usage qui date de la plus haute antiquité a fait une coutume, et bien plus dont cette coutume même, en suivant la pente des générations, a fait un droit traditionnel. Qu’il me suffise de ces courtes remarques sur ce qui vous concerne. Pour moi, je viens savoir quel fond je puis faire sur vous, directeurs des Eglises, à l’occasion de ce différend ; ce que j’ai de votre part à espérer ou à craindre. Et, comme la loi divine ordonne de rendre à Dieu, ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César, je vous demande de montrer envers le Seigneur Pape l’obéissance due au vicaire de Jésus- Christ, afin que vous ne lésiez point le droit établi par Dieu1. »