Darras tome 42 p. 55
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17. En présence de pareilles folies, on pense bien que le Syllabus ne pouvait pas passer inaperçu ou sans protestations. On reprocha, de prime abord, au Pape, dans les journaux, de créer un divorce entre le catholicisme et le libéralisme moderne ; on feignit de ne pas voir qu'il ne faisait que le constater, ce divorce, et que, peut-être, il y avait quelque mérite et quelque grandeur à proclamer purement et simplement la séparation, surtout en présence des triomphes du libéralisme. On devait donc accuser Pie IX de troubler la paix du monde, et, en effet, il la troublait, mais comme la sentinelle trouble le repos du camp ennemi, comme le médecin trouble le repos du malade en promenant le scalpel entre la chair vive et la chair que corrompt la gangrène.
« Pie IX, dit le docteur Laforêt, a sondé d'une main ferme et sûre les plaies qui rongent nos sociétés, il les a mises à nu : pourquoi au lieu de s'irriter contre cette révélation douloureuse sans doute, mais nécessaire à notre guérison, ne pas l'accepter avec reconnaissance? Parcourons attentivement cette liste d'erreurs dressée par le Pape, nous les reconnaîtrons aisément; nous comprendrons sans effort que ce sont bien des erreurs et que la société doit rompre avec elle si elle veut vivre (1). »
18. L'Encyclique
et le Syllabus furent reçus, d'abord dans
tout l'univers catholique, avec d'unanimes applaudissements. Il n'y eut d'opposition et de réclamation nulle part, pas même en
Prusse, d'où l'honnête Bismarck, tout entier à sa conspiration contre l'Europe
chrétienne, flattait le Pape, lui promettant son appui contre les libéraux et
les révolutionnaires, flattait Victor-Emmanuel, lui promettant son appui contre
Mazzini et Pie IX, et
flattait, en même temps, les révolutionnaires, promettant de leur assurer la
victoire contre le libéralisme et l'Église. En France, malgré les sentiments
pieux et les convictions très fermes de tous les catholiques sincères, malgré
les sympathies de tous les gens de bien, il en fut tout autrement. Par le fait
du
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(1) Monseigneur Laforèt : Le Syllabus et les plaies de la société moderne. p. 25.
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gouvernement impérial, il y eut, dans la presse, contre l'acte du Souverain Pontife, une espèce d'émeute. Le 1er janvier 1865, jour où l'on a l'habitude d'offrir ses bonnes grâces, le ministre de la justice et des cultes, Baroche, adressait, aux évêques, la lettre suivante :
« Le Conseil d'État est saisi de l'examen d'un projet de décret tendant à autoriser la publication dans l'Empire, de la partie de l'Encyclique du 8 décembre dernier, qui accorde un Jubilé pour 1865 et promulgue de nouveau la lettre apostolique du 20 novembre 1846, précédemment publiée en vertu de l'ordonnance du 31 décembre suivant.
« Quant à la première partie de l'Encyclique et au document qui y est annexé sous le titre de Syllabus complectens prœcipuos nostrœ œtatis errores, etc. Votre Grandeur comprendra que la réception et la publication de ces actes qui contiennent des propositions contraires aux principes sur lesquels repose la Constitution de l'Empire, ne sauraient être autorisées. Ils ne peuvent donc être imprimées dans les instructions que vous croiriez devoir adresser aux fidèles pour le jubilé et à toute autre occasion.
« Vous jugerez sans doute convenable, de transmettre au clergé de votre diocèse les recommandations nécessaires, pour qu'il s'abstienne en cette circonstance de tout discours qui prêterait à des interprétations regrettables.»
Le signataire de cette lettre, Jules Baroche, était un bourgeois, un avocat, autrefois libéral, maintenant homme-lige de l'autocratie, dans le fond révolutionnaire, acquis surtout aux actes tyranniques envers l'Église. Le pauvre homme devait mourir en exil après avoir vu s'effondrer l'empire; et son fils, Ernest Baroche, jeune homme de grande espérance, devait tomber, sous une balle, en défendant Paris contre ces Prussiens dont les agissements de l'Empire avaient favorisé le triomphe. En attendant ces extrémités, qu'il prévoyait d'autant moins qu'on y touchait, Baroche se livrait pour le service de Napoléon III, à ses ardeurs de libérâtre-tyran. Mais sa lettre, qui n'était, par le
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fait, qu'un acte fort inattendu d'intimidation, n'eut pas le succès auquel son auteur, avec ou malgré tous ses crachats, pouvait prétendre. Dès le lendemain, le ministre recevait et les journaux publiaient les courageuses et décisives réponses des évêques. Il y a, dans toute l'histoire, peu de manifestation aussi instructive. Nous devons en suivre le cours et en recueillir les enseignements.
19. Dès le 2 janvier, le docte, éloquent et vaillant évêque de Poitiers, Louis-Edouard Pie écrivait : « Je viens de lire avec un douloureux étonnement la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser à la date d'hier.
« Que, conformément à une légalité qui n'a pas été explicitement abrogée, le gouvernement impérial imitant la façon d'agir du premier Empire, eût interdit à tout imprimeur et à tout journaliste de publier l'Encyclique du 8 décembre avec son annexe, la mesure aurait donné lieu aux observations et aux réclamations respectueuses de l'épiscopat, mais du moins la situation aurait été nette et logique.
« Mais après que la presse a pu impunément divulguer, commenter, dénaturer, couvrir d'injures et de dérision cette Lettre apostolique, qu'il soit défendu aux seuls évêques, c'est-à-dire aux promulgateurs naturels et officiels de tout écrit doctrinal du Vicaire de Jésus-Christ, de faire imprimer cet écrit et de l'adresser aux fidèles de leur diocèse, en rétablissant le vrai sens, la portée exacte et précise de l'enseignement qu'il contient, ce serait là un procédé aussi contraire aux lois de la logique qu'à celles de l'équité naturelle.
« Quoi! après avoir laissé libre carrière aux accusateurs ignorants et passionnés de la parole pontificale, l'interdit serait jeté à ses interprètes et défenseurs! Je ne puis croire que le gouvernement de l'Empereur persiste dans une pareille détermination.
« Il n'entre pas dans ma pensée d'aborder en ce moment le fond de la question. Quelques mots seulement.
« Votre Excellence affirme que l'Encyclique et son annexe contiennent des propositions contraires aux principes sur les-
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quels repose la constitution de l'Empire. » Je ne le crois pas; à moins que ce que la constitution du second Empire appelle « les principes de 89» ne soit la teneur même de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : dogmatisme trop décrié, trop contestable et dans tous les cas, trop spéculatif, pour que les hommes sérieux et pratiques en aient voulu faire la base d'un établissement politique.
« Mais, en fut-il ainsi, j'oserai dire à Votre Excellence que, dans le domaine absolu des doctrines, cette contradiction de l'Eglise devrait encore être supportée à double titre par un gouvernement qui veut être à la fois chrétien et libéral. Le protestantisme de l'Église établie est incontestablement la base de la constitution anglaise, et je ne sache pas qu'il soit défendu à l'épiscopat catholique d'Angleterre de publier les constitutions pontificales qui contiennent des propositions contraires à la doctrine protestante.
« Pour ce qui est des conclusions pratiques, Votre Excellence sera la première à reconnaître que pas un mot, dans les deux pièces dont il s'agit, n'est de nature à porter les fidèles à la désobéissance et à la rébellion envers le pouvoir établi.
« Dans tout ce qui précède, j'ai fait abstraction d'une foule de considérations plus hautes et plus décisives, et j'ai voulu me poser principalement au point de vue du gouvernement lui-même. Voulez-vous qu'il soit dit qu'à l'heure où tous les efforts réunis tendent à faire prévaloir la maxime de l'Église libre dans l'Étal libre, le gouvernement français dispute à l'Église la liberté d'émettre des propositions qui contrarient les théories de l'État?
«Ma parole, je le sais trop, ne peut avoir la prétention d'être entendue comme une parole amie et bienveillante. Cependant ma conscience me dit que mon langage est autant celui du loyal français que de l'évêque catholique, et je ne prévois aucun avantage ni pour le gouvernement et la dynastie de l'Empereur, dans les conséquences de la mesure qui fait l'objet de ma légitime et respectueuse représentation. Aussi n'hésitè-je point à
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vous prier de mettre cette lettre sous les yeux de Sa Majesté avec l'expression de mon respect. »
Le même jour, l'évêque de Montauban, Jean-Marie Doney, écrivait à son tour :
« J'ai reçu votre lettre par laquelle, sous la date du 1er janvier, époque à laquelle on a coutume de ne faire guère que des choses agréables, vous informez les Évêques qu'ils aient à s'abstenir de publier la dernière Encyclique du souverain Pontife, attendu qu'elle renferme des propositions contraires aux principes sur lesquels repose la Constitution de l'Empire.
Je conviens que plusieurs des doctrines qu'on professe en ce moment et qu'on regarde de bonne foi, sans doute, comme un fondement assuré pour les gouvernements modernes, sont en opposition directe avec celles que l'Église catholique a toujours professées, et que Pie IX vient encore de proclamer avec une franchise, une netteté et un courage qui annoncent bien une certaine grandeur d'âme. Il semble être à deux doigts de sa perte, et il parle comme les Boniface VIII et les saint Grégoire VIl.
Mais la cause de l'Église ne tient pas à ce que la bulle dont il s'agit soit publiée en ce moment par l'autorité épiscopale dans tous les diocèses de France. Les doctrines qu'elle renferme sont connues suffisamment de tous ceux qu'elle intéresse et qui ont charge de les faire valoir. Nous attendrons donc de meilleurs temps, des temps semblables aux dix ou douze années qui viennent de s'écouler, et qui n'ont pas laissé d'être glorieuses pour l'Empire, malgré la liberté dont ont joui les Évêques pendant cet intervalle. Nous avons en effet le temps pour nous, mais je regrette cette mesure que le Gouvernement a cru devoir prendre. Dans tous les cas, elle n'est pas née de l'esprit de progrès; c'est, au contraire, le retour vers un passé que nous avions le droit de croire entièrement oublié et mis de côté. Jusqu'ici, ce passé n'avait profité à personne (l'histoire en fait foi), et le nouvel Empire ne s'était pas mal trouvé d'y avoir renoncé. Pourquoi faut-il qu'il change sa ligne de conduite au moment même
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où toutes les forces morales réunies ne sont pas de trop pour la société, menacée par la franc-maçonnerie, l'esprit révolutionnaire et la démagogie ! »
Le lendemain, l'Archevêque de Cambrai, René Régnier, écrivait au même ministre :
« J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser, à la date du premier de ce mois, pour m'informer que la première partie de l'Encyclique du 8 décembre et le document qui y est annexé sous le titre de Syllabus complectens prœcipuos nostrœ œtalis errores, etc., ne peuvent être imprimés dans les instructions que je croirais devoir adresser aux fidèles pour le Jubilé ou à toute autre occasion.
« Je ne puis que répéter ici ce que, dans une circonstance analogue, j'écrivais, il y a dix-huit ans, à l'un de vos prédécesseurs:
« Sans entrer, au sujet de cette prohibition, dans une discussion de principes dont Votre Excellence connaît toute la gravité, je dois faire remarquer que, dans mon diocèse comme partout ailleurs, l'article Ier de la loi du 18 germinal an X est devenu, par la liberté de la presse, d'une exécution impossible.
« Les actes du souverain Pontife dont le Conseil d'État s'occupe sont entre les mains de tous les fidèles. Depuis longtemps déjà ils sont imprimés et publiés par la voix des journaux, qui pendant plusieurs jours en ont fait, dans tous les sens, le texte de leurs commentaires.
« Qu'il soit loisible aux mécréants et aux hétérodoxes de toute nuance et de toute secte de traduire, de répandre, de censurer ces actes émanés de l'autorité la plus vénérable qui soit sur la terre sans que le Gouvernement puisse ou veuille s'y opposer, nous ne nous en plaindrons pas. Mais ce que nous aurions droit de trouver étrangement anormal, ce serait, que, entre tous les citoyens français, entre les ministres de tous les cultes reconnus en France nous fussions les seuls à qui il fût défendu de communiquer à nos diocésains, sans l'autorisation du Gouvernement, des pièces qui ne regardent que nous et les fidèles de notre communion.
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« Les ministres des cultes dissidents peuvent en toute liberté, à la porte de nos cathédrales, par leurs prédications, et dans toute l'étendue de nos diocèses par leurs brochures, commenter ces rescrits à leur manière, et même les travestir à leur guise ; ils peuvent légalement les transmettre par les colporteurs qu'ils stipendent, non seulement à leurs coreligionnaires, mais encore à nos catholiques, et nous serions les seuls qui n'en pourrions parler, jusqu'à ce qu'une ordonnance royale nous eût préalablement ouvert la bouche!
« Ce serait une anomalie trop évidente pour qu'elle pût longtemps durer. L'égalité de tous les cultes devant la loi cesserait à notre détriment, et sous ce rapport, il y aurait évidemment pour le catholicisme entrave au lieu de protection.
« J'ajouterai que la mesure restrictive de la liberté de notre culte qui m'est signifiée par Votre Excellence doit d'autant plus nous étonner et nous contrister, que la diffusion des doctrines les plus antichrétiennes rencontre en ce temps-ci moins d'obstacles.
« Aujourd'hui, en effet, chacun a la liberté, autant et aussi souvent qu'il veut la prendre, de nier Dieu lui-même et de faire de la progagande athée dans des écrits auxquels il donne toute la publicité qu'il lui convient.
« Est-ce trop demander que de réclamer la même latitude pour l'enseignement catholique ?
« L'interdiction formulée par Votre Excellence, au sujet de l'Encyclique du 8 Décembre et du Syllabus qui y est annexé, a un caractère de gravité tout exceptionnel et qui ne peut échapper à personne ; elle s'applique non pas seulement à quelque prescription disciplinaire, mais à une instruction doctrinale du souverain Pontife.
« Au reste, on peut, sans doute, et en certaines contrées, gêner les communications du Vicaire de Jésus-Christ avec les fidèles qu'il a mission divine d'instruire et de diriger dans l'univers entier, mais nulle part, et dans aucun cas, les gouverne-
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ments humains ne pourront ni ôter à sa parole la force de lier les consciences, ni faire cesser pour les Évêques l'obligation de transmettre, autant qu'il est en eux, ses instructions à leurs diocésains. »
Conformément à la lettre ministérielle du 1er janvier, le cinq du même mois, le gouvernement impérial publiait un décret recevant la dernière partie de l'Encyclique, relative au jubilé universel, mais sans aucune approbation des clauses, formules ou expressions qui pourraient être contraires aux lois de l'Empire, ainsi qu'aux libertés, franchises et maximes de l'Église gallicane. Ce décret montrait, de mieux en mieux, l'inanité du gouvernemeut et la parfaite insanité de ses conseils. L'acte pontifical avait, pour objet, de combattre les erreurs contraires à l'ordre social. Le gouvernement français, particulièrement miné par les sectateurs de ces funestes doctrines, se croyait contraint de lier les mains à ses défenseurs et de se rendre complice de ses ennemis. Tel était l'aveuglement de l'Empire, qu'il se détruisait de ses propres mains et n'avait pires ennemis que ses ministres. Encore prenait-il, pour s'engager, un terrain absurde. Par le fait de ce que l'on appelle la sécularisation du gouvernement, le pouvoir politique, ne donne, et en droit, ne peut donner, aux actes doctrinaux du Saint-Siège, non seulement aucune valeur spéculative, mais aucune force pratique. Les actes qu'il accepte et les actes qu'il refuse, ont dans la société, acceptés ou rejetés, la même autorité légale; insérés ou non au Bulletin des lois, ils sont dénués de tout caractère politique. Au point de vue de l'Église et en droit canonique, l'interdiction ne se comprend pas davantage ; car les actes du Saint-Siège n'ont pas besoin pour obliger, de la publication ; la publication à Rome, dans les formes déterminées, est nécessaire, mais suffit pour obliger, aussitôt qu'un décret est connu, les consciences catholiques. L'Encyclique et le Syllabus, publiés déjà par tous les journaux du monde, étaient suffisamment notifiés, et sans la provocation ministérielle, les évêques eussent pu parfaitement s'abstenir. Mais en
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présence d'une injonction brutale et déraisonnable, le silence n'était plus de mise. Par la circulaire, qui obligeait au mutisme, les évêques étaient obligés à la parole, et il faut le dire à la louange de l'épiscopat français, pas un seul évêque n'y manqua ; et si un seul eût hésité, telle était l'unanimité des sentiments catholiques, que cet évêque eût été immédiatement couvert d'ignominie. La circulaire du jacobin bourgeois, Jules Barocbe, devait ainsi, par l'intervention de la Providence, soulever une tempête, favorable seulement à la propagation de l'acte qu'on voulait étouffer et tout particulièrement défavorable au gouvernement qui entendait par là se garantir.
19. Deux évêques, Pierre de Dreux-Brézé, évêque de Moulins, déjà honoré des animadversions de l'Empire, et Gésaire Matthieu, cardinal-archevêque de Besançon, que ses antécédents ne paraissaient pas réserver à ce rôle, trouvèrent, sans concert préalable, un moyen assez simple pour ne rien imprimer sur l'Encyclique et déférer à la circulaire-Baroche en violant ses ordres. Le dimanche 8 janvier, les deux prélats montèrent dans la chaire de leur cathédrale, lurent l'Encyclique, firent adhésion publique au Syllabus et déclarèrent l'acte pontifical ainsi publié dans leur diocèse. Le gouvernement, spirituellement berné aux applaudissements de la France qui amnistiera toujours un trait d'esprit, ne sut pas s'exécuter avec grâce. Un recours d'appel comme d'abus contre les deux prélats, fut porté au Conseil d'État. Le Conseil d'État, troisième corps politique de l'Empire, dont la création était tout entière à la nomination de l'Empereur, était l’alter ego du gouvernement ; quand le gouvernement citait un évêque devant le Conseil d'État, il le citait devant lui-même et se constituait ainsi, au mépris de toute équité, juge et partie. L'appel comme d'abus, injuste sous l'ancienne monarchie, était à peine concevable même quand il s'agissait d'affaires civiles où se trouvaient engagés des ecclésiastiques ordinairement soustraits à la justice séculière ; sous les gouvernements rationalistes, avec le régime de la liberté des cultes, devant un conseil composé de protestants, de juifs,
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de libres penseurs et de libres faiseurs, il n'est plus, sur une question de foi, qu'une absurdité révoltante, une arme qui ne blesse, au reste, que ceux qui s'en servent. Il n'y a guère de plus grand abus que l'appel comme d'abus. On trouve néanmoins toujours quelque conseiller servile pour présenter le rapport sur ces appels. Le conseiller qui opina dans la circonstance fut un sieur Langlois, homme distingué en matière de finances et qui devait, suivant l'ordre ordinaire, s'éteindre misérablement dans l'aventure mexicaine. Dans son rapport, il trouve le moyen de glisser toutes les âneries solennelles qui font l'unique mérite de ces pièces; par exemple, des rodomontades sur 89 qui a soustrait l'État à la prépotence du clergé; puis, par une logique qui se contredit de la manière la plus honteuse, la nécessité de défendre l'État contre les empiètements du clergé. Sans doute l'État était menacé, mais ce n'était point par l'acte des deux évêques et il y avait mieux à faire que se garer contre la liberté de l'Église. Mais Napoléon était engagé, il soutint la gageure. Le 8 février parurent deux décrets, prononçant qu'il y avait abus dans le fait « d'avoir donné lecture en chaire de la partie de la Lettre «encyclique dont la réception, la publication et la mise à exécution n'ont pas été autorisées par nous dans tout l'Empire français».