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97. Malgré la sagesse de la solution définitive il était évident pour tout le monde que le patriarche de Jérusalem prétendait se faire le patron de Pélage. On en eut bientôt une nouvelle preuve. «Quarante sept jours après la conférence, reprend Orose, comme on célébrait la solennité des Encénies (Dédicace, 15 septembre 415), dans la basilique de la Résurrection, j'y assistai, et selon la coutume je me présentai à l'évêque Jean qui allait monter à l'autel, pour lui offrir mon hommage. Mais au lieu d'une salutation, il me lança brusquement cette apostrophe : Que venez-vous faire ici ? blasphémateur! — A son geste et à l'accent de sa voix, on aurait pu croire que mon contact allait le souiller. Il semblait m'appliquer le mot d'Isaïe : « Ne m'approchez pas, car je suis pur et sans péché 5 ! » Fort du témoignage de ma conscience qui ne me reprochait rien : Où, quand, devant qui ai-je blasphémé? demandai-je. — Je vous ai entendu moi-même, dit-il, affirmer que, même avec le secours de Dieu, l'homme ne saurait être sans péché. —Je pris alors à témoins les prêtres mes frères qui nous entouraient, et qui tous avaient assisté à la conférence, et je m'écriai : Jamais je n'ai tenu le langage que l'évêque me prête3! » — La scène finit là. Orose, stupéfait, repassait dans son esprit tous les incidents de la conférence; il n'y trouvait rien qui justifiât l'accusation du patriarche, et plus que jamais il soupçonnait une fraude des interprètes. En réalisé, le fond de ce débat roulait toujours sur la misérable équivoque du « secours de Dieu, » que les catholiques prenaient comme un synonyme de la grâce proprement dite, et que Pélage entendait dans le sens des forces naturelles que l'homme tient de Dieu par la création. Le patriarche, fort peu versé dans les matières théologiques, était de bonne foi la dupe des subtilités du moine breton.
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1. Paul. Oros., Apologetkut contra Pelagium, n. 3-6; Patr. ht., totû. XXXI, toi. 1116-1178. — 2. Isa., lxv, 5. — 3. Oros., Apolog., d. 7.
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98. Il avait à cœur de justifier entièrement son protégé des accusations portées contre lui, soit indirectement par le concile de Carthage, soit directement par les évêques Héros et Lazare. Ces derniers, peu satisfaits de la conférence de Jérusalem, avaient rédigé ce qu'on appelait alors un libellus, c'est-à-dire un mémoire juridique, où les propositions formulées par l'hérésiarque et son disciple Cœlestius étaient résumées dans les quinze formules suivantes : «I. Adam devait mourir, soit qu'il eût ou non péché. II. Sa transgression n'atteignit que lui seul, et ne se communiqua point au genre humain. III. La loi mosaïque conduisait au ciel, non moins que l'Évangile. IV. Les enfants à leur naissance sont exactement dans l'état où se trouvait Adam avant son péché. V. De même que la mort et la prévarication d'Adam sont étrangères au fait de la loi de mort qui pèse sur le genre humain, ainsi la résurrection du Christ n'a pas eu pour résultai de faire jouir tous les hommes du privilège de la résurrection. VI. Les enfants morts sans baptême entrent en possession de l'éternelle vie. VII. Les riches baptisés ne peuvent être admis au royaume de Dieu qu'autant qu'ils auront renoncé ici-bas à la possession de tous leurs biens. VIII. La grâce de Dieu, le secours divin, ne nous sont pas immédiatement donnés pour chacun de nos actes; nous les tenons virtuellement du libre arbitre, de la loi et de la science. IX. La grâce de Dieu nous est accordée suivant nos mérites. Voilà pourquoi il faut placer la source de la grâce dans la volonté de l'homme, soit que celui-ci en soit digne ou non. X. On ne peut donner le nom d'enfants de Dieu qu'à ceux qui sont réellement exempts de tout péché. XI. L'imperfection de nos facultés, l'ignorance humaine ne suppose aucun péché; elle découle fatalement de notre nature et ne dépend point de notre volonté. XII. La notion du libre arbitre ne peut subsister avec la nécessité pour l'homme d'un secours de Dieu. Chacun de nous, par sa propre volonté, a le pouvoir absolu d'agir ou de ne pas agir. XIII. La victoire que nous remportons sur nous-mêmes ne vient pas du secours de Dieu, mais de notre libre arbitre. XIV. L'apôtre Pierre dit que nous sommes appelés à devenir les co-participants de la nature divine (divinœ naturœ con-
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sortes)1. Donc, l'âme humaine peut être sans péché, aussi bien que Dieu lui-même. XV. Le pardon est accordé aux pénitents non point selon la grâce et la miséricorde de Dieu, mais selon les efforts de l'homme qui s'en rend digne par son repentir 2. » De toutes ces propositions pélagiennes, signalées par Héros et Lazare, une seule apparaît ici pour la première fois, c'est l'obligation pour les riches baptisés de renoncer à tous leurs biens s'ils veulent parvenir au royaume des cieux. Par ce rigorisme exagéré qui transformait en un précepte de nécessité l'un des conseils évangéliques, le moine breton espérait sans doute populariser sa doctrine au sein des classes laborieuses et pauvres, dont l'instinct naturel est la haine des riches. Ce trait nous frappe d'autant plus que la Gaule, où les deux évêques d'Aix et d'Arles avaient recueilli leurs documents sur l'erreur pélagienne, est restée historiquement la patrie des patarins, des vaudois, de la jacquerie et du socialisme. Tant il est vrai que les générations, à quelque distance qu'elles soient placées sur l'échelle des siècles, sont solidaires les unes des autres!
99. Le libellus d'Héros et de Lazare fut officiellement remis au métropolitain de Césarée, Eulogius, qui se trouva ainsi dans l'obligation d'examiner juridiquement l'affaire. Le patriarche Jean de Jérusalem avait intérêt à ne pas récuser cette médiation. On lui reprochait une partialité trop visiblement accusée pour le moine breton. L'appel interjeté au pape saint Innocent I, dans la conférence de Jérusalem, pouvait amener des révélations cruelles pour l'amour-propre de ce haut dignitaire. A tout prix, il fallait les prévenir par une réhabilitation solennelle de Pélage, dans un concile où le métropolitain de Jérusalem n'aurait point la présidence. Ce sont là de tristes calculs. L'histoire les a enregistrés. Jean de Jérusalem ne se doutait pas qu'il abdiquait ainsi de gaieté de cœur, pour un intérêt de vanité personnelle, l'honneur dogmatique de l'église
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1 II Petr., i, 4. — 2. S. August., Lib. de gestis Pelagii passim ; Patr. lat., tom. XUV. col. -319-360. Cf. Garnèr., Append. ad Marium Menât.; Patr. lat., tem.XLVMjCOl. 330.
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de Jérusalem, demeurée jusque-là, malgré tant de luttes et de persécutions, pure de tout soupçon d'hérésie1. Il se prêta donc volon-
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1 C'est la remarque parfaitement juste que fait ici le docteur allemand Wôrter, dans un ouvrage capital intitulé : Der Pelagianismus (Fribourg en Brisgau ; Wagner, 1866). Nous ne saurions trop recommander l'étude de ce consciencieux travail. L'auteur trace d'abord le parallèle qui vient à l'esprit de tous les lecteurs entre le pélagianisme du Ve siècle et la réforme du XVIe. Car d’un côté et de l'autre, dit-il avec sa terminologie allemande, c'est le point de vue anthropologique du dogme chrétien qui est en question. L'anthropologie attaquée ébranle la christologie et entraîne ainsi la sotériologie.»………..termes techniques dont l'esprit germain a pris l'habitude, l'auteur exprime parfaitement la gradation de l'erreur pélagienne qui s'attaque d'abord à la véritable notion de l'homme déchu, pour altérer ensuite le dogme de l'inarnation et celui de la rédemption. « Ce fut, dit M. Wörter, le pélagianisme, qui, dans l'histoire du dogme, amena au premier plan de la discussion le point de vue anthropologique. C'est à ce moment que l'église d'Orient céda à celle d'Occident le principal rôle dans les matières d'érudition dogmatique. Au XVIe siècle, apparaissent de nouveau les vérités anthropologiques, attaquées d'un côté par la réforme, affirmées de l'autre par les décrets du concile de Trente, clôturant ainsi l'ère doctrinal du moyen âge, et marquant le point de départ d'une nouvelle période théologique. Ici encore c'est l'église d'Occident qui reprend pour des siècles l'hégémonie dans les progrès de la science religieuse, après que les tentatives d'union de l'église d'Orient, au XVe siècle, avaient pris sur le théâtre de l'histoire une place importante, mais trop tôt abandonné». » M. Wörter a saisi très judicieusement le caractère des deux époques historiques, et fait connaître les circonstances extérieures qui favorisèrent le développement du pélagianisme au Ve siècle et celui de la réforme au XVIe. « Le mouvement politique des deux époques vient, dit-il, se refléter dans les deux mouvements parallèles des esprits. Le pélagianisme correspondait au besoin de réaction qui se faisait sentir dans les âmes, en présence des lâchetés et des apostasies d'une époque de décadence, où le monde romain ouvert aux barbares tendait les bras à ses futurs vainqueurs. Il fallait alors réagir énergiquement sur des volontés abâtardies, et faire croire que l'énergie personnelle du libre arbitre suffisait à conjurer tous les périls, à opérer non-seulement le salut dans le temps, mais le salut dans l'éternité. Cette exagération du pouvoir purement humain rencontra une alliance toute naturelle dans les efforts du cénobitisme et du monachissse contemporain, lesquels élevaient l'âme au-dessus d'elle-même par une discipline héroïque, et faisaient, si l'on peut parler ainsi, descendre l’ordre surnaturel dans l'ordre de la nature. La réforme trouva le monachisme en possession de la science, de la perfection, de la vertu; elle voulut le déposséder de ce domaine, au nom d'un serf arbitre qui ne laissait pas l’homme libre de suivre les mouvements de la grâce, mais qui soumettait à son examen et à son appréciation individuels les moyens les plus propres à
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tiers à la tenue d'un concile, dont le lien fut indiqué par le métropolitain de Césarée à Diospolis, l'ancienne Lydda, et qui
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opérer le salut. » Ce parallèle de M. Wôrter est parfaitement juste. Nous n'en dirons pas autaut de ses vues sur l'origine du pélagianisme. II suppose que nous n’avons pas de données historiques suffisantes dans les documents anciens, pour nous faire une juste idée de cette origine. En conséquence, il rejette à priori la thèse de saint Jérôme qui rattachait ie dogme pélagien à la philosophie de Pythagore et de Zénon, et à la double erreur des manichéens et des origénistes. Il écarte de même les témoignages si explicites de Marius Mercator qui rattachent la doctrine pélagienne aux enseignements de Théodore de Mopsueste. Loin de procéder ainsi par élimination, nous croyons que l'histoire doit au contraire faire le plus grand cas des renseignements contemporains. Nous admettons donc complètement les vues de saint Jérôme sur l'origiue du pélagianisme, par la raison fort simple que cet illustre docteur, témoin oculaire et d'ailleurs autorisé par une science et un génie exceptionnels, était mille fois mieux placé pour juger la question que ne le saurait être, à une distance de quinze siècles, n'importa quel autre érudit. C'est pour la même raison que nous admettons également la donnée de Marius Mercator. Ce dernier était disciple de saint Augustin, qui l'appelait son fils (S. August., Patr. lat., tom. VI, col. 139), qui entretenait avec lui une correspondance régulière (S. August., tom. II, col. 869, Epist. cxcin), qui enfin lui adressait une réfutation en règle du pélagianisme (Ibid.). En vérité, il n'y aurait plus d'histoire, si l'on pouvait ainsi rejeter les monuments les plus authentiques et reconstruire le passé uniquement par voie de conjectures, sans tenir compte des textes contemporains. M. Wörter ne semble pas avoir accordé assez d'attention aux divers fragments de Théodore de Mopsueste qui nous sont parvenus, et qui, en dehors de l'appréciation de Marius Mercator, établissent nettement par eux-mêmes une incontestable parenté avec le dogme pélagien. Nous signalerons notamment les textes latins de cet évêque de Cilicie, reproduits sous forme d'appendice à la fin des « Dialogues » de Saint Jérôme contre les pélagiens. (S. Hieronym., Theodor. Mopsuest. Fragmenta; Patr. lat., tom. XXIII, col. 5S9-598.) On peut y ajouter une quantité d'autres passages grecs de l'évêque de Mopsueste, retrouvés de nos jours et publiés par le cardinal Mai. [Script. Veter. nova Collectio, tom. VI, 1832; cf. Patr. greee, Theodor. Mopsuest. Oper., tom. LXV1, col. 123-t0i9.) Nous rappellerons encore la fameuse réponse de Cœlestius au concile de Carthage, quand on lui demandait de citer le nom des prêtres catholiques qui lui avaient enseigné sa fausse doctrine sur la grâce. Il répond catégoriquement qu'il la tient du «prêtre Rufin, lequel demeurait à Rome chez l'illustre Pammachius. » (S. August., Lib. rfi Peccat. original., cap. m; Patr. lat., tom. XLIV, col. 387.) Or il est historiquement démontré que le Rufin dont il s'agit n'était nullement Rufin d'Aquilée, comme on l'a cru fort longtemps, mais un homonyme syrien, disciple de Théodore de Mopsueste et précepteur de Pélage. Enfin, ce qui tranche pour nous la question, c'est l'attitude même de Théodore de Mopsueste, lequel vivait encore à
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s'ouvrit le 23 décembre 415 1. Quatorze évêques de Palestine s'y réunirent sous la présidence d’Eulogius. Les plus connus, outre Jean de Jé- rusalem, étaient saint Porphyre de Gaza, Eleutherius de Jéricho, Zobœnus d'EIeuthéropolis, et Eleutherius de Sébaste. Héros et Lazare, les deux prélats accusateurs, avaient été convoqués; mais une maladie survenue à l'un d'eux 2 les retint, ou peut-être la crainte de se voir, comme Orose, à la merci d'interprètes sans conscience qui dénatureraient sciemment le sens de leurs paroles. C'était en effet, au milieu des obscurités intrinsèques de la matière, une difficulté sérieuse que celle de discuter en latin avec des orientaux, ne comprenant que le grec. De ce côté, l'avantage était tout entier pour le moine breton qui possédait parfaitement l'idiome hellénique. Les juges devant lesquels il parlait lui savaient bon gré de s'exprimer dans leur langue : ils inclinaient à trouver irréprochable une doctrine formulée en un grec élégant et pur. Pélage avait encore à sa disposition d'autres ressources. Il n'hésitait jamais à désavouer toutes les propositions compromettantes. Avec cette souplesse de conscience et d'élocution, il ne pouvait que sortir à son honneur de l'épreuve qu'on lui fit subir à Diospolis. On lui demanda s'il était vrai qu'il eût affirmé que nul ne saurait être sans péché, s'il n'a la science de la loi. « Oui, répandit-il, je l'ai écrit, mais dans un sens différent de celui qu'entendent mes adversaires. Je n'ai pas dit que celui qui a la science de la loi soit impeccable, mais seulement qu'il est aidé par la loi à se préserver du péché, selon la parole du prophète Isaïe : Legem in adjutorium dédit3. » Les pères trouvèrent celte réponse
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l'époque des luttes théologiques sur la grâce. Il ne craignit pas d'offrir à Pélage condamné par le Saint-Siège non-seulement l'hospitalité de sa demeure, mais le patronage de ses écrits. En dehors de ce point particulier, l'ouvrage du Dr Wörter sur le pélagianisme mérite de fixer l'attention, et nous faisons des voeux pour qu'on le traduise bientôt en français.
1 Nous suivons ici la chronologie du pélagianisme très-exactement dressée par le P. Garnier. (Append. ad opéra Murii Mercat., Pair, inl., tom. XLVIII., col. 327.1 — 2. S. Angust., De gestix Pelag., cap. xxxv, tom. cit.
3 La texte d'Isaïe est cité ici selon la version des Septante qui portait en grec : N^nov yàp tî; po^Oîistv êSmxsv. (Isa., vin, 20. Édit. des Sept, de M. l'abbé Jager.) Saint Jérôme, dans la Vulgate, traduisant d'après l'hébreu, n'a pas
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satisfaisante. Il se tira de même de toutes les autres difficultés. On lui objecta qu'il avait affirmé que l'homme pouvait, par sa seule volonté, être impeccable. « Jamais je n'ai dit cela, répondit-il. — Donc, vous êtes prêt à anathématiser cette proposition? reprirent les pères. — Je l'anathématise. » On lut les propositions de Cœlestius relatives à l'état du premier homme avant son péché, à la négation de la déchéance originelle, à l'inutilité du baptême pour les enfants. « Ce n'est pas moi qui ai tenu un pareil langage, répondit Pélage. Adressez-vous à Cœlestius, puisque ces textes sont de lui. — Mais condamnez-vous ces propositions? dirent les pères. — Je les condamne formellement, reprit l'hérésiarque. Je me soumets du fond du cœur aux décisions de la sainte Église catholique ma mère, je crois tout ce qu'elle enseigne, je réprouve tout ce qu'elle condamne. Si quelqu'un pense autrement, qu'il soit anathème! » En présence d'une pareille déclaration, il n'y avait plus ni hérésie ni hérésiarque. Les pères rendirent grâces au ciel d'une conversion si inespérée; Jean de Jérusalem triomphait, et Pélage, souriant modestement aux félicitations dont il était l'objet, écouta la sentence qui le déclarait innocent de toutes les accusations portées contre lui. « Le moine Pélage comparaissant devant nous et répondant en personne à nos interpellations, dirent les pères, a spontanément donné son adhésion à tous les dogmes de la sainte Église, et anathématisé toutes les erreurs qu'elle condamne ; nous le déclarons rétabli dans la communion catholique. » Ce résultat, mandé aussitôt par lettres synodales à toutes les églises d'Orient et d'Occident, fut accueilli diversement, selon qu'on connaissait plus ou moins la fourberie et les ruses du moine breton. Saint Augustin s'écriait avec transport : « Pélage est sauf, mais le pélagianisme est tué! » Saint Jérôme, mieux instruit par les évêques gaulois d'Aix et d'Arles du véritable caractère de Pelage, disait tristement : « Le moine a menti, et les évêques ont enregistré son mensonge 1 ! »
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laissé subsister cette expression. Il traduit ! ad legsm magis et tttlimontumt ifîibt. sacr., Vuigal.; Isa., vm, 20.). » Pair. îat, tom. XLV1II, col. 331.
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p367 CHAP. III CONDAMNATION DES PELAGIENS.
§ II. Condamnation des Pélagiens.
5. Le court pontificat de saint Zozime fut entièrement absorbé par deux questions considérables : l’une dogmatique, celle du pé-lagianisme qui agitait l'Orient et l'Occident, et mettait en péril l'intégrité de la foi dans tout l'univers catholique; l'autre disciplinaire et purement locale, qui intéressait la hiérarchie ecclésiastique des Gaules et les traditions relatives aux origines de la foi dans notre patrie. Pélage avait, on se le rappelle, adressé d'Orient au pape saint Innocent I un mémoire justificatif qui ne parvint à Rome qu'après l'installation de Zozime. Quelques fragments nous en ent été conservés par saint Augustin. « On me reproche, disait I'hérésiarque, de nier l'efficacité du baptême administré aux enfants, et la nécessité pour tous de participer aux mérites de la rédemption du Christ, s'ils veulent parvenir au royaume des cieux. On me fait un crime d'enseigner qu'il est possible à l'homme d'éviter le péché sans le secours de Dieu et par les seules forces d'un libre arbitre qui n'a nul besoin ce l’adjutorium de la grâce. Cette lettre me justifiera, j'espère, aux yeux de votre béatitude. J'y déclare ma croyance purement et simplement. Je dis que notre libre arbitre est entier soit pour le bien soit pour le mal, et que ce libre arbitre est toujours aidé dans toutes les bonnes œuvres par le secours divin. Je dis que la puissance du libre arbitre appartient également à tous les hommes, sans distinction de chrétiens, juifs ou gentils. Chez tous également, et par nature, le libre arbitre subsiste: chez les chrétiens seuls il est aidé par la grâce. Dans les autres, la liberté est nue et désarmée pour le bien, dans les chrétiens elle est fortifiée par le secours du Christ. Qu'on veuille bien lire une lettre adressée par moi au saint évêque de Nole, Paulin, il y a douze ans 1; elle a été publiée ainsi
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1 Nous n'avons plus cette lettre de Pélage à saint Paulin. Saint Augustin, qui l'avait lue, nous apprend qu'elle roulait presque exclusivement sur les forces naturelles du libre arbitre, et qu'elle glissait sur la question de la grâce, comme si l'auteur eût également craint d'en passer le nom sous silence et d'en affirmer le dogme Christianam vero gratiam tanta brevitate
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qu'une autre que j'écrivais naguère en Orient à la vierge Démétriade 1 ; enfin qu'on se reporte à mon dernier ouvrage sur le libre arbitre 2 que les controverses actuelles m'ont forcé de publier, et l'on se convaincra de la mauvaise foi de mes adversaires. Presque à chaque ligne j'y professe la doctrine parallèle du libre arbitre et de la grâce. On m'accuse de refuser le baptême aux enfants, c'est une calomnie non moins manifeste. Je la repousse de toute mon énergie. Jamais je n'ai enseigné ni cru qu'on pût arriver au royaume des cieux sans la rédemption du Christ. Et qui donc serait assez ignorant de la doctrine évangélique pour sou-
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penlringit, ut nihil alind videatur quam eam tacere timuisse. (S.Augusi., Dï gratin Chrisli, cap. XXXV; Patr. lat., loin. XL1Y, col. 318.)
1 Nous avons parlé au chapitre précédent, n° 96, de la lettre de Pélage à Démétriade. Elle nous a été conservée, et fut longtemps attribuée à saint Jérôme par une tactique des pélagiens qui voulaient plus tard mettre leurs erreurs sous le patronage d'un père de l'Église. (Cf. Patr. lat., tom. XXX, col. 15-45.) « J'ai lu cette lettre, dit saint Augustin. Elle est écrite avec tant d'artifice qu'elle me fit illusion. Ce fut plus tard, et par les autres écrits du même auteur, que je compris l'équivoque pélagienue, consistant à parler de la grâce tout en ruinant les bases de ce dogme. Islam tant legi, mthique pêne persuaderai hanc illxxm graliam, de qua quœstio est, confiieri. Sed cum in manui meas et alia venissent, quœ poslerius latiusque conscripsit, vidi quemad-modum potnerit eliam illic gratinm nominare, sub ambigua gaeralitale quid sen-tiret ubscoiidens, gratiie tamtn vocalulo frangens invidiam, offensicnemque decli-uims. (S. Angust., De grai. Chrisli. cap. XXXVII, tom. cit.)
2. Nous n'avons plus cet important traité de Pélage. Il se divisait en quatre livres. Quelques courts fragments en ont été conservés par saint Augustin, qui les cite dans son livre De gratia Christi. Ils se trouvent réunis tom. XLVIII, Patr. /al., col. CH-613. L'hérésiarque, dans cette production comme dans toutes les précédentes, avait eu grand soin de maintenir son ambiguité favorite. Il parlait de la grâce, mais sans la définir, laissant à ses disciples le soin de l'expliquer selon la formule de la secte, c'est-à-dire de la loi et de la doctrine chrétienne que Dieu avait ajoutée comme secours aux forces de la nature. Tel est le jugement porté de ce livre par saint Augustin: Qualuo>-tunt liliri operis hujus et hos legi... Sedin his eliam qucnumqne pro gralia videtvr-dicere, qua juvamur ut dec/inemus a malo bonumque faciamus, ita dici:, ut ttullo rr.odo a verborum ambiguilate discedut quam discipuli? sic possit expjnere, lit nullum auxilium gratiœ credant, nisi in lege et doctrina... Sed hoc ailjutorium legis uique doctrinœ eliam prophelicis fuisse iemporibus, adjutorium autem çratia-, qua proprie gratia nuncupatur, in Christi arbitratur esse exemplo ; quoâ nihilominus ad doctrinam pertinere perspicitis, quœ nobis evangelica prusdicatur. (S. August., De gratia Christi, cap. su, tom. cit.)
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p369 CHAP. III. — CONDAMNATION DES PÉLAGIENS.
tenir de pareils blasphèmes? Qui serait assez impie, assez cruel pour bannir les enfants du royaume céleste, en les privant du bonheur de la régénération dans le Christ, en les empêchant de renaître pour une immortalité certaine, eux que leur naissance condamne à l'incertitude de leur sort futur? » Tels étaient les principaux passages de l'apologie pélagienne. Le pape Zozime en fit immédiatement transmettre une copie à saint Augustin. «Quand je la lus pour la première fois, dit l'évêque d'Hippone, j'éprouvai un vif sentiment d'allégresse. Il me semblait que Pélage avait toujours été orthodoxe, ou du moins qu'il l'était redevenu 1. » Si le génie d'Augustin, familiarisé depuis tant d'années avec les ruses du pélagianisme, fut lui-même ébloui par l'apparente orthodoxie de l'hérésiarque, les théologiens d'Italie demeurés jusque-là en dehors de la controverse devaient à plus forte raison s'y laisser prendre. Le mémoire justificatif était accompagné d'un libellus fidei ou profession de foi, en vingt-six articles rédigés avec non moins d'habileté circonspecte et cauteleuse. « Nous confessons et croyons, disait Pélage, qu'il n'y a qu'un seul baptême ; nous tenons pour certain que ce sacrement doit être administré avec les mêmes paroles soit aux enfants, soit aux adultes. Nous anathématisons les blasphémateurs qui prétendent que Dieu a donné aux hommes certains commandements qu'il leur est impossible de pratiquer. Nous professons l'existence du libre arbitre, mais nous disons qu'il a toujours besoin du secours de Dieu; nous condamnons également et ceux qui soutiennent, comme Manès, que l'homme ne saurait éviter le péché, et ceux qui, avec Jovinien, affirment que l'homme ne pèche jamais. Nous disons que l'homme a toujours le pouvoir soit de pécher, soit de ne pécher point, parce qu'il conserve toujours l'usage de son libre arbitre. Telle est, très-bienheureux pape, la foi que nous avons apprise au sein de l'Eglise
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1 R(n,vwi »î'sit ad ieat'H mémorial popnm Innoccntium, et quoniom in corporr W>t non 'nverKruri!,saitCto papa Zozimo r'alœ sunt {littera) alque ail nos indn di-r:c!tr. si. Angust., De peccat. original., u° 19; l'air, lut., lo:n. XL1V, cril 'ÙO't.) l'.n ut ;.'»»<> nos cum primum ea legimut, recta vc! correcla piopemorftim gmdi-remui. (lljid., n° ZO )
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catholique, telle est la doctrine que nous avons toujours professée et que nous professons encore. S'il m'est arrivé par ignorance ou par témérité d'errer en quoi que ce soit, je n'ai qu'un désir, c'est d'en être repris par vous qui tenez la foi et le siège de Pierre. Si au contraire cette déclaration confessionnelle reçoit l'approbation de votre autorité apostolique, ce sera à mes adversaires de reconnaître leur ignorance, leur mauvaise foi, ou leur propre hétérodoxie 1. »