L’Esprit de la liturgie 22

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-------- L'association de l'amour et du chant est apparue dans l'Ancien Testament de façon relativement étrange, par le biais du Cantique des cantiques, qui est en soi un recueil de chants d'amour tout à fait humains. --------

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------- l'on y voyait en filigrane le mystère d'amour de Dieu et d'Israël. Dans la langue des prophètes, le culte des dieux étrangers était assimilé à une «fornication » (dans un sens très concret, puisque les rites de fertilité incluaient la prostitution sacrée). À l'inverse, l'élection d'Israël leur apparaît comme une histoire d'amour entre Dieu et son peuple, scellée par l'Alliance. C'est donc à travers le vocabulaire caractéristique de celle‑ci ‑fiançailles, mariage, etc. ‑ que l'amour humain a pu servir de métaphore aux actes de Dieu en Israel. Jésus reprend cette tradition dans une de ses premières paraboles, où il se présente comme l'époux. Quand on lui demande pourquoi ses disciples ne jeûnent pas, contrairement à ceux de Jean et aux pharisiens, il répond: «Sied‑il aux compagnons de l'époux de jeûner pendant que l'époux est avec eux? Tant qu'ils ont l'époux avec eux, il ne leur sied pas de jeûner. Viendront des jours où l'époux leur sera enlevé; et alois ils jeûneront, en ce jour‑la » (Mc 2, 19‑20). C'est là une prophétie de la Passion mais aussi l'annonce des Noces, un thème récurrent dans les paraboles de Jésus. À travers la Passion, tout se dirige vers les Noces de l'Agneau, qui constituent le centre de l'Apocalypse. Comme ces Noces se présentent sous la forme d'une liturgie céleste qui semble depuis toujours anticiper la liturgie terrestre, les chrétiens ont vu dans l'Eucharistie la venue de l'Époux et l'anticipation des noces de Dieu avec l'homme. La communion sacramentelle correspond à l'union de l'homme et de la femme dans le mariage: de même qu'ils ne seront «qu'une seule chair», de même nous tous, dans la communion, devenons «un pneuma », ne faisons qu'un avec Jésus. Le mystère nuptial de l'union de Dieu avec l'homme qu'annonçait l'Ancien Testament se réalise dans le sacrement du corps et du sang du Christ, de façon très concrète, à travers sa Passion (voir Ep 5, 29‑32; 1 Co 6, 17; Ga 3, 28). Le chant de l'Église sort des profondeurs de l'amour pour Dieu: « Cantare amantis est», dit saint Augustin, chanter est le propre de celui qui aime. Et ce chant a, lui aussi, une dimension trinitaire: parce que l'Esprit Saint, dans la

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Trinité, est l'amour, il est à l'origine du chant. Esprit du Christ, nous entraînant dans l'amour du Christ, il nous conduit au Père.

 

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--------- Avec le psautier, les communautés chrétiennes issues de la synagogue avaient adopté la manière de chanter d'Israël. Mais bientôt apparurent de nouveaux hymnes, de nouveaux chants, d'origine chrétienne. D'abord le Benedictus et le Magnificat, encore imprégnés de l’Ancien Testament, puis des textes entièrement centrés sur le Christ, principalement le prologue de Jean (1, 1‑18), l'hymne de l'épître aux Philippiens (2, 6‑11) et le chant de la première épître à Timothée (3, 16). --------- nous savons qu'au début du IIe siècle le Gloria appartenait au noyau de la liturgie chrétienne. --------

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-------- Le développement de la foi chrétienne se traduisit aussi par l'apparition de nouveaux cantiques «pneumatiques», considérés par l'Église comme des dons de l'Esprit.

 

   Cet enthousiasme exposa la jeune Église à certains dangers. ------- Par le biais des hymnes notamment, le gnosticisme exerça une forte tentation sur la foi nouvelle, au péril de la dissoudre dans une mystique indéfinie. ------- Le 59e canon du concile de Laodicée bannit du culte tant les compositions personnelles que les écrits non canoniques et le 15e canon réserva le chant des psaumes au choeur des psalmistes exclusivement. -------

 

-------- dans les régions slaves, sans doute sous l'influence de l'occident, le chant monodique s'amplifia jusqu'à la polyphonie, donnant naissance à cette tradition de choeurs d'hommes qui, par la dignité sacrale de leur chant et leur puissance contenue, touchent au coeur et font de l'Eucharistie une authentique fête de la foi. En Occident, la psalmodie traditionnelle atteint une telle perfection dans le chant gré­gorien que celui‑ci devint le modèle de référence permanent de la

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musica sacra. Le Moyen Âge tardif développa la polyphonie et réintroduisit les instruments dans le culte. ----------

 

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