La foi chrétienne  hier et aujourd’hui 76

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   La foi chrétienne n'est pas seulement regard rétrospectif sur le passé, ancrage dans une origine qui est derrière nous dans le temps; penser ainsi reviendrait finalement à du romantisme et à une optique de simple restauration. Elle n'est pas non plus seulement une perspective sur l'éternel; ce serait du platonisme et de la métaphysique.

 

Elle est avant tout aussi regard en avant, anticipation de l'espérance. Certes, elle n'est pas que cela: l'espérance deviendrait utopie, si son but n'était que la création propre de l'homme.

 

Elle est véritable espérance par le fait qu'elle se situe dans le système de coordonnées de toutes les trois dimensions : du passé, c'est‑à-dire du passage déjà accompli; du présent de l'éternel qui unifie le temps divisé; de l'avenir, où Dieu et le monde entreront en contact et où véritablement Dieu dans le monde, le monde en Dieu, sera comme l'Omega de l'histoire.

 

   Du point de vue de la foi chrétienne, on est en droit de dire: pour l'histoire, Dieu est au bout; pour l'être, il est au commencement. En cela se dessine l'horizon très vaste du christianisme, qui le distingue aussi bien de la pure métaphysique que de l'idéologie marxiste de l'avenir.

 

Depuis Abraham et jusqu'au retour du Seigneur, la foi tend vers l'avenir. Mais dans le Christ, le visage de l'avenir s'est déjà révélé à elle: cet avenir, ce sera l'homme qui peut embrasser toute l'humanité parce qu'il s'est livré et qu'il a livré l'humanité à Dieu.

 

C'est pour cette raison que le signe de l'avenir doit être la croix, et que le visage de l'avenir dans ce monde doit être la face couverte de sang et de plaies : le «dernier homme”, c'est‑à‑dire l'homme authentique, l'homme à venir, se manifeste, durant ce temps‑ci, dans les derniers des hommes; celui qui voudra être de son côté devra se tenir de leur côté (comp. Mt 25, 31‑46).

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p166 JE CROIS EN JESUS‑CHRIST

 

NOTE ANNEXE

 

Structures de la réalité chrétienne

 

   Avant de voir en détail les différents énoncés christologiques du Symbole, qui suivent dans le texte la confession de foi fondamentale en Jésus reconnu pour le Christ, il sera bon de nous arrêter encore un instant. En traitant les questions particulières, on perd trop facilement la vue de l'ensemble.

 

Or aujourd'hui précisément, où l'on s'efforce d'entrer en dialogue avec les incroyants, nous sentons combien cette vue d'ensemble nous serait nécessaire.

 

Parfois on a l'impression, en voyant la situation de la théologie moderne, qu'elle est heureuse de ses progrès oecuméniques certes très louables ‑ et qu'elle est bien aise de pouvoir enlever de vieilles bornes (pour les replacer, il est vrai, bien souvent à d'autres endroits) au point qu'elle ne remarque plus suffisamment les problèmes immédiats de l'homme d'aujourd'hui, qui n'ont souvent que très peu de rapports avec les traditionnels points de discussion entre les Confessions.

 

Qui est capable d'expliquer brièvement à un interlocuteur, de façon compréhensible, ce que veut dire véritablement être « chrétien »? Qui peut expliquer clairement à l'autre pourquoi il croit, et lui indiquer quelle est l'orientation élémentaire, le coeur de la décision de foi ?

 

   Mais là où, ces derniers temps, on commence tout de même à aborder largement ces questions, on en arrive bien souvent à dissoudre la réalité chrétienne dans des généralités agréables, qui certes flattent les oreilles de nos contemporains (comp. 2 Tm 4, 3) mais les privent de la nourriture substantielle à laquelle ils ont

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droit.

 

La théologie manque à son devoir lorsqu'elle se contente de s'enfermer en elle‑même et dans sa propre érudition; mais elle y manque encore bien plus, lorsqu'elle invente « des doctrines au gré de ses passions » (2 Tm 4, 3) et offre des pierres au lieu de pain: ses propres discours au lieu de la parole de Dieu.

 

La tâche qui s'offre à elle ‑. entre Charybde et Scylla ‑ est donc immense. Essayons, malgré cela ou plutôt à cause de cela, de réfléchir dans ce sens et de résumer la structure fondamentale de la réalité chrétienne en quelques propositions claires et simples.

 

Même si le résultat se révèle insuffisant, il aura peut‑être quand même l'avantage de susciter chez d'autres une recherche ultérieure, et par là de nouveaux progrès .

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon