Darras tome 14 p. 95
17. Gondebaud lui dut vraisemblablement la conservation de sa monarchie. Clovis, en effet, après le meurtre de Godégisèle, ne recevant plus les subsides qui lui avaient été promis par le traité d'Avignon, reprit les armes et se ligua avec son redoutable beau-frère Théodoric, roi d'Italie, pour accabler un prince trois fois fratricide et deux fois parjure 1. Les troupes italiennes s'avan-
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1 Gondebaud avait successivement mis à mort ses trois frères Chilpéric, père de sainte Clotilde, Gondomir et Godégisèle. Une première fois, il s'était parjuré vis-à-vis du roi des Francs, en faisant poursuivre sa nièce, après
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cèrent sur les Alpes, pendant que les Francs infligeaient aux Burgondes une sanglante défaite. La médiation de Théodoric et sans doute l'intervention des gallo-romains arrêtèrent seules les progrès de Clovis, qui se contenta de la cession du castrum de Divio (Dijon), et exigea des garanties pour le paiement exact du tribut. Gondebaud sentait l'infériorité que son arianisme officiel lui donnait vis-à-vis des populations catholiques de la Gaule, en présence de la race franque. Tous les évêques, dans leurs relations quotidiennes avec ce prince, revenaient sans cesse sur ce point. Nous avons un monument authentique qui nous fait très-bien comprendre la situation, et nous le reproduisons en entier, parce qu'il est l'un des plus intéressants pour notre histoire nationale. C'est le procès-verbal d'une conférence tenue en présence de Gondebaud, l'an 4991, entre les évêques catholiques et les prélats ariens. Voici cette pièce. « Le Seigneur qui veille sans cesse sur son Église, inspirait alors merveilleusement le cœur du vénérable Rémi, et lui suggérait les mesures les plus salutaires pour le peuple entier des Gaules. Ses miracles et sa parole convertissaient des multitudes de païens, qui renversaient leurs temples, et foulaient aux pieds les idoles. Par son influence, les évêques de la Burgondie se préoccupaient du moyen de détruire l'erreur arienne, et de ramener toutes les Gaules à l'unité de la foi. Afin de pouvoir se concerter à ce sujet sans exciter aucun soupçon, Etienne, évêque de Lugdunum, écrivit à un grand nombre de ses collègues et les invita à la fête de saint Just (2 septembre 499 2), laquelle attirait chaque année un concours immense de pèlerins, à cause
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l'avoir solennellement accordée pour épouse à Clovis ; une seconde fois en refusant le tribut annuel formellement stipulé par le traité d'Avignon.
1 C'est à tort selon nous que M. du Roure, dans son histoire de Théodoric, a remplacé cette date par celle de l'an 501. Baronius, Labbe, Mansi, de même que tous nos historiens nationaux, sont d'accord pour fixer cette conférence à l'an 499. Ils ont incontestablement raison, puisque Gondebaud y fait allusion à la ligue secrètement conclue entre Clovis et Godégisele. Or, en 501, Godégisele avait péri dans le sac de Vienne, et n'inquiétait plus la puissance de Gondebaud, sou frère et son meurtrier.
2. Nous avons vu précédemment un récit de la fête de saint Just par Sidoine Apollinaire. (Cf. tora. XIII de cette Histoire, pag. 406 et suiv.)
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des miracles qui s'y opéraient par l'intercession du glorieux martyr. Avit de Vienne, AEonius d'Arles, les évêques de Massilia (Marseille) et de Valence, avec plusieurs autres de leurs collègues, se rendirent à cette invitation. Arrivé à Lyon, Etienne les conduisit à Sarbiniacum (Savigny 1?) où se trouvait alors le roi Gondebaud, afin de le saluer. Les ariens, qui étaient en grand nombre à la cour, usèrent de toute leur influence pour les empêcher d'être admis à l'audience royale, mais le Seigneur déjoua leurs intrigues. Gondebaud voulut les recevoir. Avit 2 prit la parole, bien qu'il ne fût ni par l'âge ni par la dignité hiérarchique le premier des évêques présents ; mais tous lui déféraient cet honneur par respect pour son mérite et ses vertus. Si votre excellence, dit-il au roi, veut procurer la paix de l'Église, nous sommes prêts à démontrer par les textes de l'Évangile et des apôtres la vérité
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1 Nous reproduisons l'identification donnée par Fleury et jusqu'ici adoptée. Savigny, bourgade de seize cerits habitants, dans le département du Rhône, eut au moyen âge une abbaye célèbre, qui jouissait des droits régaliens. Elle est située à cinq lieues O.-N.-O. de Lyon, dans le canton de l'Arbresle. Nous ne dissimulerons pas toutefois que cette identification nous parait peu satisfaisante, et ne se prête nullement aux conditions du récit. En effet, quelques lignes plus loin, le narrateur, après avoir raconté la première entrevue des évêques catholiques avec Gondebaud à Sarbiniacum, dit que le lendemain ce prince revint à Lyon par la Saône : Crastina die, rex per Sagonam rediens ad urbem. Or, Savigny est aussi loin de Lyon que de la Saône dans l'intérieur des terres, et il est absolument impossible d'imaginer une combinaison topographique pour s'embarquer sur la Saône à Savigny. Nous inclinons à croire que le Sarbiniacum du chroniqueur est Albigny, petit village sur la Saône, à 11 kilomètres au nord de Lyon. Il doit son nom à Septimius Albinus, compétiteur de Sévère à l'empire. La bataille où fut tué Albinus eut lieu eu cet endroit; l'on y retrouve encore les restes d'un camp retranché, qui, à l'époque de Gondebaud, devait être une villa gallo-romaine. On aura d'abord écrit S. Albiniacum; puis, par transformation populaire, Sarbiniacum.
2. Le texte porte domnus Avitus, de même qu'en parlant de saint Rémi il le nomme domnus Remigius. C'est la preuve que ce procès-verbal fut rédigé, peu après la célèbre entrevue, par un auteur contemporain. Nous ferons observer également que, pour la première fois, il offre l'exemple du domnus, abréviation de dominus, qui est passé depuis en usage et s'est traduit dans notre langue par le dom, affecté plus particulièrement chez nous aux Bénédictins, et donné en Italie et en Espagne à tous les membres du clergé séculier et régulier, ou même comme titre d'honneur à certains laïques. Le bréviaire a retenu cette loculion dans la Jubé, domne, benedicere.
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absolue de la foi catholique, en sorte qu'il ne puisse rester l'ombre d'un doute sur la fausseté de la doctrine arienne. Vous avez ici des hommes versés dans la science théologique, ordonnez-leur de venir conférer avec nous. Vous serez vous-même juge de la conférence. — Si votre foi est véritable, répondit Gondebaud, pourquoi les évêques Francs, vos collègues, n'empêchent-ils pas Clovis de me faire la guerre, et de se liguer avec mes ennemis pour me perdre? La foi se traduit par les œuvres; elle ne s'accorde ni avec la convoitise du bien d'autrui, ni avec la soif du sang. — Avit répondit humblement, avec une douceur et une modestie angeliques: Nous ignorons dans quel but et pour quel motif le roi des Francs vous fait la guerre. Mais l'Écriture enseigne que les royaumes sont souvent détruits parce qu'ils ont abandonné la loi divine. Le Seigneur suscite de toutes parts des ennemis contre ceux qui se déclarent les siens. Revenez donc avec votre peuple à la loi de Dieu, et Dieu rendra la paix à vos états. — Est-ce que je ne professe pas la loi de Dieu? s'écria Gondebaud. Quoi ! parce que je n'admets pas qu'il y ait trois dieux, vous oseriez prétendre que je suis un païen ! Moi aussi j'ai lu l'Écriture sainte ; je n'y ai pas trouvé trois dieux, mais un seul. — A Dieu ne plaise, ô roi, répondit l'évêque, que nous professions une pareille doctrine ! « Ton Dieu est un, ô Israël !» dit l'Écriture. Mais ce Dieu, un dans son essence, forme une trinité de personnes. Le Fils et le Saint-Esprit sont un seul Dieu avec le Père. La substance divine est la même entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, en sorte que le Dieu qui a parlé autrefois par les prophètes, puis par la bouche de son propre Fils, et qui ne cesse de nous diriger par son Esprit-Saint, est un seul et même Dieu en trois personnes distinctes, consubstantielles et coéternelles. Telle est la foi que nous professons, et dont nous sommes prêts à fournir la démonstration. — Gondebaud écoutait avec une attention calme et paisible ces paroles de l'évêque, qui continua en ces termes : Si votre éminente sagesse daignait s'appliquer à reconnaître la vérité dogmatique de notre enseignement, quelle source de grâces et de prospérités pour vous-même et pour votre peuple ! La paix et l'abondance couron-
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neraient les tours de vos forteresses1. Tant que vos conseillers s'obstineront à rester les ennemis du Christ et de la foi catholique, ils attireront sur votre royaume et vos sujets des calamités et des revers. Les périls seraient conjurés, nous l'espérons du moins, si, exauçant notre requête, vous donniez l'ordre à vos évêques de conférer publiquement avec nous de ce grave sujet en présence de votre sublimité. Tous alors pourraient se convaincre que le Seigneur Jésus est vraiment le Fils éternel du Père éternel, en union avec l'Esprit-Saint coéternel à l'un et à l'autre, et que ces trois personnes divines sont un seul et même Dieu, béni dans les siècles des siècles, avant tous les temps, sans commencement ni fin. —Après avoir ainsi parlé, Avit se prosterna aux pieds du roi en versant un torrent de larmes. Les autres évêques firent de même. Gondebaud, vivement ému, s'inclina pour les relever. Il leur donna l'assurance qu'il prendrait leur avis en considération et leur ferait bientôt connaître sa réponse2.»
18. « En effet, dès le lendemain, le roi étant revenu par la Saône à Lugdunum (Lyon), fit mander au palais Etienne et Avit. Il sera fait comme vous le désirez, leur dit-il. Mes évêques acceptent la conférence et sont prêts à vous démontrer que nulle personnalité ne peut être coéternelle ni consubstantielle à Dieu. Cependant, pour éviter l'agitation et le trouble, je ne veux pas que la discussion ait lieu devant tout le peuple. Mes sénateurs et quelques autres personnages que je désignerai moi-même y assisteront seuls. De votre côté, choisissez ceux que vous voudrez y admettre, mais en petit nombre. La séance se tiendra demain, en cette salle même de mon palais. — Avit et Etienne ayant pris congé du roi revinrent annoncer cette nouvelle à leurs collègues. Or, on était à la vigile de la solennité de saint Just (1er septembre). Les évêques eussent désiré remettre la conférence au lendemain de la fête, mais ils ne voulurent pas même le proposer, dans la crainte de compromettre par le moindre délai le bien qui pouvait résulter d'une pareille conjoncture. Tous
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1 Psalm. cxxi, 7. — 2 S. Avit,, Collai, coram Gondebaldo advers. Ârianos; Pair, lat., tom. LIX? col, 387.
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ensemble ils passèrent la nuit en prières au tombeau de saint Just, afin d'obtenir, par l'intercession du glorieux martyr, la bénédiction du Seigneur sur la grande entreprise. Or, durant cette nuit, le lecteur ayant commencé selon la coutume par la récitation d'un passage des livres de Moïse, il tomba sur cette parole : « J'endurcirai le cœur du Pharaon, je multiplierai les signes et les prodiges sur la terre d'Egypte, mais il ne vous écoutera pas 1. » Quand, après le chant des psaumes, le lecteur ouvrit le livre des Prophètes, il rencontra tout d'abord ce verset d'isaïe : « Aveugle le cœur de ce peuple, ferme-lui les yeux et les oreilles, de peur qu'il ne voie, n'entende, ou ne comprenne la vérité2. » D'autres psaumes furent ensuite chantés, et le lecteur ouvrit l'Évangile. Le passage qui lui tomba sous la main fut celui-ci: « Malheur à toi, Corozaïn ! malheur à toi, Bethsaïda ! car si les villes de Tyr et de Sidon avaient vu les miracles qui se sont accomplis au milieu de vous, elles eussent fait pénitence sous la cendre et le cilice 3. » Enfin, à l'ouverture du livre contenant les épîtres apostoliques, le lecteur rencontra ce texte : «Secundum autem duritiam tuam et impœnitens cor, thesaurizas tibi iram in tempore irœ 4 » Les évêques remarquèrent cette triple coïncidence et connurent que Dieu permettait la série fort significative de ces passages, pour leur faire comprendre que le cœur de Gondebaud s'endurcirait contre la vérité. Cette pensée les remplit de tristesse et d'amertume, et ils achevèrent cette nuit dans les larmes. Le lendemain, à l'heure fixée, accompagnés d'un certain nombre de prêtres et de diacres, et de quelques catholiques émi-nents, tels que Placidus et Lucanus qui remplissaient des charges considérables dans la milice royale, ils se rendirent au palais. De leur côté, les ariens avec leurs partisans prirent séance. Lorsque tous furent assis en présence du roi, Avit, au nom des catholiques,
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1 Exod., VU, 3, 4. — 2. Isa., VI, 10. — a Matth., xi, 21.
3. Rom., u, 5. — L'office public décrit ici par le chroniqueur répond assez exactement aux trois nocturnes de nos Matines actuelles. On voit que le texte des leçons n'était point encore fixé et que le lecteur le prenait au hasard dans l'ordre suivant : Livres historiques et prophétiques de l'Ancien Testament, Évangile et Épîtres des apôtres.
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et l'évêquc Bonifacius, au nom des ariens, commencèrent la discussion. Avit appuya la foi véritable sur les témoignages de l'écriture: il le fit avec tant d'éloquence qu'on eût dit un autre Tullius (Gicéron). Le Seigneur inspirait visiblement chacune de ses paroles, et leur donnait une grâce qui séduisait tous les cœurs. Les ariens étaient consternés; Bonifacius, leur orateur, qui avait apporté jusque-là une grande courtoisie dans la discussion, ne trouva rien à répondre. Il se borna à entasser objections sur objections, comme s'il eût voulu, en prolongeant la controverse, fatiguer la patience du roi. Avit le pressa de répondre d'abord aux arguments qu'il venait de faire valoir. Serré de près par la logique de son adversaire, Bonifacius ne put trouver aucune raison acceptable, et se lança dans des récriminations calomnieuses. Il accusait les catholiques de pratiquer l'art des magiciens et d'enseigner l'idolâtrie. Gondebaud voyant son embarras leva la séance, et dit que le lendemain on reprendrait la discussion, pour laisser à Bonifacius le temps de préparer ses réponses. Tous les évêques se retirèrent donc avec les autres catholiques. Comme l'heure n'était pas encore avancée, ils se rendirent à la basilique de Saint-Just, célébrant les louanges du Seigneur et remerciant la miséricorde divine qui leur avait ménagé un pareil triomphe sur ses ennemis 1. »
19. «Le lendemain (3 septembre), les évoques catholiques, avec le même cortège que la veille, se présentèrent au palais. Aredius se tenait à l'entrée et voulut les empêcher d'entrer. De telles conférences, dit-il, n'ont d'autre effet que de soulever les esprits de la multitude. Elles ne peuvent amener aucun résultat avantageux. — L'évêque de Lugdunum, Etienne, connaissait Aredius. Il savait que ce personnage, bien qu'il professât intérieurement notre foi, affectait de se montrer favorable aux ariens pour se maintenir dans la faveur de Gondebaud. Ne craignez rien, lui répondit-il. Loin de produire les funestes effets que vous redoutez, une discussion qui n'a d'autre but que la recherche impartiale de la vérité, sera au contraire un élément de concorde et de paix. La vérité, outre qu'elle
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1 Avit., Collât, cor. Gondebaldo; l'atr. lat., tom. LIX, col. 388-390.
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est l'unique voie du salut, a des charmes et des attraits qui unissent tous les cœurs. — Etienne ajouta que le roi lui-même leur avait fixé l'heure et le lieu du rendez-vous, en sorte qu'Aredius n'osa plus résister. Ils entrèrent donc. En les voyant, Gondebaud se leva de son trône, vint à leur rencontre, et, se plaçant entre Etienne et Avit, il leur parla de ses griefs contre son frère Godegisèle et de l'alliance conclue entre ce prince et le roi des Francs. Les deux évêques lui répondirent que le meilleur moyen d'assurer la paix était de s'unir dans les questions de foi. Ils lui offrirent franchement leur intervention dans ce sens, s'il voulait lui-même travailler au rétablissement de l'unité catholique. Gondebaud ne répondit rien. Chacun reprit sa place comme la veille. Avit, recommençant la discussion, exposa avec lucidité la doctrine catholique, et prouva avec une admirable éloquence que nous n'adorons pas trois dieux. Ce discours avait pour but de détruire les allégations calomnieuses que Bonifacius avait précédemment avancées contre notre prétendue idolâtrie. Lorsqu'Avit eut cessé de parler, Bonifacius se leva pour lui répondre ; mais il ne fit que reproduire le torrent d'injures et d'outrages dont il nous avait déjà abreuvés. Il vociférait avec une telle fureur, qu'il finit par ne plus pouvoir articuler une parole, et retomba épuisé sur son banc. Le roi attendit assez longtemps que l'orateur arien eût repris ses forces; enfin il se leva, en lançant à Bonifacius un regard indigné. Prince, dit Avit en montrant les autres évêques ariens, si votre sublimité daignait permettre à ceux-ci de continuer la discussion, on pourrait arriver à conclure. — Gondebaud ne répondit pas, et les ariens qui l'entouraient gardèrent de même le silence, tant ils redoutaient la science et la sagesse d'Avit. Celui-ci reprit alors : Si aucun de vous ne se sent la force de répondre à nos arguments, pourquoi ne pas franchement vous réunir à nous dans la foi véritable? — Les ariens accueillirent cette parole par des murmures. Avit, sûr de la vérité et plein de confiance dans le Seigneur, dit à Gondebaud : Puisque nos raisons ne peuvent les convaincre, j'ai la certitude que Dieu ne refusera pas un miracle pour confirmer la vérité de notre foi. Que votre sublimité ordonne que les évêques ariens et nous, tous ensemble, nous
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nous rendions au tombeau de saint Just. Là, nous interrogerons ce glorieux martyr sur la vérité de notre foi et Bonifacius sur la vérité de la sienne. Jésus-Christ décidera lui-même par la bouche de son serviteur. — Cette étonnante proposition surprit le roi; il paraissait incliner à l'admettre; mais les ariens s'écrièrent qu'un pareil expédient constituerait un sacrilège. Recourir à des incantations et à des pratiques de magie, dirent-ils, ce ne serait pas prouver notre foi, mais tomber dans la malédiction encourue jadis parSaul1. Nous avons pour nous le texte des Écritures. Il est plus fort que tous les prestiges. — Ils répétèrent ces exclamations pendant quelques minutes avec un tumulte et une fureur incroyables, hurlant plutôt que criant [boantes potius quam vociférantes). Le roi, qui s'était déjà levé de son siège, prit par la main Etienne et Avit. Il passa avec eux dans son appartement, et quand ils furent seuls, il les embrassa avec tendresse, leur demandant de prier pour lui. Les deux évêques connurent alors les perplexités et les angoisses de son cœur. Cependant, comme le Père de toute vérité n'avait pas appelé2 ce prince, Gondebaud ne put arriver à la foi du Fils, et ainsi se vérifia la parole de l'Apôtre : Non est volenlis, neque festinantis, sed miserentis Dei3. A partir de ce jour un grand nombre d'ariens se convertirent et furent baptisés. Ainsi le Seigneur glorifia notre foi en présence de tout le peuple, par l'intercession de saint Just4. »