Le baptême de Jésus, un signe de solidarité avec les pécheurs qui se convertissent

Le baptême de Jésus, un signe de solidarité avec les pécheurs qui se convertissent

Quand Jésus est arrivé sur les rives du Jourdain d’une façon inattendue, il s’est d’abord présenté « avec une humilité extraordinaire, qui rappelle la pauvreté et la simplicité de l’Enfant déposé dans la crèche, et anticipe les sentiments avec lesquels, au terme de ses jours terrestres, il arrivera à laver les pieds des disciples et subira l’humiliation terrible de la croix »[1]. Ensuite, il s’est abaissé et mêlé à la foule anonyme des pécheurs. Depuis lors, il s’est ainsi approché auprès des pécheurs jusqu’à se laisser compter parmi eux. Ce n’est qu’au début de son débat avec Jean Baptiste qu’il devient distingué de la multitude des pécheurs. Jusque-là, Jean Baptiste avait baptisé des pécheurs. Mais voici que vient vers lui une personne sans péché pour être baptisé. Dans un premier temps, Jean Baptiste « tente de dissuader Jésus, mais celui-ci insiste. Cette insistance manifeste l’intention qui l’anime : sa solidarité avec les pécheurs »[2], aspirant à la justice c’est-à-dire à adhérer sans réserve à la volonté de Dieu. Nous trouvons cela dans une réponse que Jésus a adressée à Jean qui lui détournait du baptême : « ‘‘Laisse-moi faire pour l’instant : car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. Alors il le laisse faire (Mt 3, 15). L’idée fondamentale du terme rendu ici par justice est celle de conformité (de fidélité) à la volonté de Dieu »[3].

Dans le monde où se trouve Jésus, cette « justice » est la réponse de l’homme à la Torah, l’acceptation de l’entière volonté de Dieu, la volonté de prendre sur soi le « joug du royaume de Dieu », pour utiliser une formule connue. Le baptême de Jean n’est pas prévu par la Torah mais Jésus reconnaît ce baptême en utilisant ce mot qui exprime l’adhésion sans réserve à la volonté de Dieu, l’acceptation docile de son joug. Puisque l’humble consentement à ce baptême implique la reconnaissance de la faute et une demande de pardon pour connaître le renouveau, cette adhésion à l’entière volonté de Dieu dans un monde marqué par le péché exprime aussi la solidarité avec les hommes devenus coupables, mais aspirant à la justice[4].

Les personnes qui recevaient le baptême de Jean Baptiste renonçaient aux péchés du passé et commençaient aussitôt une vie radicalement nouvelle d’adhésion sans réserve à la volonté de Dieu. Comme nous venons de le voir, l’adhésion sans réserve à la volonté de Dieu signifie en d’autres termes accomplir toute justice. Ainsi, nous comprenons que même si les pécheurs qui venaient à être baptisés ne faisaient pas auparavant ce qui était juste, ils aspiraient de cette façon à accomplir désormais toute justice. Jésus, regardant cette file des personnes aspirant à la justice de Dieu, il s’est associé à eux, il a été au même endroit qu’eux, il s’est mis du côté d’eux, Lui qui est sans péché, il s’est laissé traiter comme un pécheur (Cf. 2 Co 5, 21), devenant solidaire avec ces pécheurs qui tentaient de se convertir. Le Fils de Dieu, lui qui est sans péché, se place parmi les pécheurs, montre la proximité de Dieu sur le chemin de la conversion de l’homme[5]. Selon Benoît XVI,

Jésus se montre solidaire avec nous, avec notre difficulté à nous convertir, à abandonner nos égoïsmes, à nous détacher de nos péchés, pour nous dire que si nous l’acceptons dans notre vie, il est capable de nous relever et de nous conduire à la hauteur de Dieu le Père. Et cette solidarité de Jésus n’est pas, pour ainsi dire un simple exercice de l’esprit et de la volonté. Jésus s’est réellement plongé dans notre condition humaine, il l’a vécue jusqu’au bout, en dehors du péché, et il est en mesure de comprendre la faiblesse et la fragilité. C’est pourquoi il ressent la compassion, il choisit de « souffrir avec » les hommes, de devenir pénitent avec nous. Telle est l’œuvre de Dieu que Jésus veut accomplir : la mission divine de panser celui qui est blessé et de soigner celui qui est blessé, de prendre sur lui le péché du monde[6].

Cette solidarité de Jésus avec les pécheurs jusqu’à prendre sur lui le péché du monde nous montre que « le chemin que Jésus entreprend, dès ses premiers pas, est un chemin d’abaissement, d’anéantissement, d’humiliation »[7]. Dans ce sens, le baptême de Jésus «  anticipe la croix, l’acceptation de la mort pour les péchés de l’homme »[8]. Quelle solidarité !

Abbé Gratien KWIHANGANA

 


[1] BenoÎt XVI, Fête du Baptême du Seigneur. Célébration de la Messe et baptême de 14 nouveau-nés. Homélie du Pape Benoît XVI. Dimanche 10 janvier 2010, Chapelle Sixtine. Texte consulté le 26 février 2022 à 00h26 min sur ce site web: https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2010/documents/hf_ben-xvi_hom_20100110_battesimo.html 

[2] CongrÉgation Pour Le Culte Divin Et La Discipline DES Sacrements, Directoire sur l’homélie, Cerf, Paris 2015, n. 132.

[3] Traduction Œcuménique de la Bible (nouvelle édition), Cerf, Paris 2004, note infrapaginale sur la page 1399.

[4] J. Ratzinger (BenoÎt XVI), Jésus de Nazareth, p. 37.

[5] BenoÎt XVI, Fête du Baptême du Seigneur. Célébration de la Messe et baptême de 14 nouveau-nés. Homélie du Pape Benoît XVI.

[6] Idem, Fête du Baptême du Seigneur. Célébration de la Messe et baptême de nouveau-nés. Homélie du Pape Benoît XVI. Dimanche 13  janvier 2013, Chapelle Sixtine. Texte consulté le 26 février 2022 à 00h57min sur ce site web https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2013/documents/hf_ben-xvi_ hom_20130113_batessimo.html.

[7] E. Bianchi, Donner sens au temps. Les grandes fêtes chrétiennes, Traduit de l’italien par Matthias Wirz, Bayard, Paris 2004, p. 37

[8] BenoÎt XVI, Fête du Baptême du Seigneur, Célébration de la Messe et baptême des nouveau-nés. Homélie du Pape Benoît XVI. Dimanche 9  janvier 2011, Chapelle Sixtine. Texte consulté le 26 février 2022 à 00h54min sur  https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/homilies/2011/documents/hf_ben-xvi_hom_20110109_batessimo.html

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