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CHAPITRE V
1. Règle et prudence d'Augustin dans les visites et les autres devoirs d'urbanité qu'il devait accomplir. - 2. Il écrit à Pauceaire en faveur de la paroisse de Gemanica.- 8- Il s'occupe de l'Eglise entière autant que ses forces le lui permettent. - 4. Il se plaint d'avoir à s'occupe der terminer des différends.
1. Continuons à exposer la conduite et les soins du saint évêque dans l'administration de l'Église: « Il gardait dans ses visites la règle prescrite par l'Apôtre, il n'allait voir que les orphelins et les veuves dans leur affliction; lorsque les malades le demandaient pour qu'il vînt prier Dieu pour eux et leur imposer les mains, il accourait. Quant aux monastères de femmes, il ne les visitait que dans une extrême nécessité. Il disait qu'un serviteur de Dieu devait observer dans sa vie et dans sa conduite certaines maximes qu'il tenait d'Ambroise de sainte mémoire à savoir: de ne faire pour personne aucune demande de mariage, de ne pas appuyer de sa recommandation ceux qui veulent entrer dans la carrière militaire, et de n'accepter dans son pays aucune invitation aux festins. Et il rendait raison de chacune de ces maximes. Il fallait craindre qu'une union malheureuse n'attirât sur l'auteur de cette union la malédiction des deux époux. Toutefois, quand les parties étaient d'accord, le prêtre devait se rendre à leur invitation pour confirmer et bénir leurs mutuelles promesses. Quant au refus de recommander ceux qui se destinaient à la carrière militaire, c'était de peur qu'ils ne compromissent, par leur mauvaise conduite, la recommandation qui les avait produits. Il fallait craindre enfin que l'occasion fréquente des festins hors de chez soi ne fît perdre la tempérance (1). » Nous verrons plus bas le vigilant évêque étendre à tout son diocèse les devoirs qu'il remplissait à Hippone la Royale.
2. Il y avait, dans son diocèse une paroisse appelée Germanicia dont le pasteur, nommé Secondin, avait toujours été bien vu du peuple. Un certain Paucaire y étant venu écrivit à Augustin que les habitants étaient prêts à le charger d'accusations. Ce Paucaire à ce qu'il paraît, se disputait avec un autre la possession de ce bourg, ce qui faisait beaucoup souffrir les habitants. N'ayant pas trouvé dans cette affaire Secondin favorable à ses desseins, il avait appelé des donatistes, dans ce bourg, où il n'y en avait pas auparavant, pour l'accuser ensuite. Augustin écrivit à Paucaire qu'il était étonné de ce que les habitants de Germanicia se plaignissent de Secondin; que néanmoins il ne pouvait mépriser l'accusation dirigée contre lui si c'étaient des catholiques qui la portaient; mais que s'il n'était accusé que par des hérétiques, il ne pouvait ni ne devait en tenir compte ; qu'en conséquence Paucaire devait, avant tout, expulser les hérétiques dont on ne comptait pas un seul dans ce bourg avant lui, qu'après cela seulement il entendrait la cause du prêtre comme il faut l'entendre. En même temps il lui recommande de ne point souffrir que la maison de Secondin soit pillée et dévastée, ou que lui-même soit chassé de son église. Enfin il l'engage à terminer cette affaire au plus vite, de peur que les habitants n'en soient affligés plus longtemps.
3. Il pensait que le soin de la seule église d'Hippone à laquelle Dieu l'avait attaché comme esclave, disait-il (2), était son unique office. Aussi ne s'en éloignait-il jamais que malgré lui (3). Le peuple de son côté supportait toujours avec peine son absence (4), et, comme c'était une population tout à fait faible elle se laissait aller jusqu'au scandale et à la plus dangereuse irritation. C'est pourquoi il ne s'éloignait jamais de la ville (5). Bien plus, s'il était absent de corps, son esprit et son cœur étaient toujours avec eux. Jamais il ne quittait la ville, dit-il lui-même, par un abus de sa liberté, mais seulement quand la nécessité l'y contraignait pour s'acquitter de ses devoirs envers les autres membres de l'Église (6). C'était la raison qui, presque tous les ans, le conduisait à Carthage, fréquemment dans d'autres
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(1) PossiD., vie dAugust., eh. xxvii. (2) Lettre cxxiv, Lettre cxxiv, n. 2. (6) Lettre cxxii, n. 1.
n. 2. (3) Lettre xxxiv, n. 5. (4) Lettre cxxir, n. 1. (5)
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endroits, et quelquefois jusqu'en Mauritanie (1). Il se serait volontiers exposé aux dangers et aux fatigues d'un voyage par mer à cause de l'Église, pour se rendre à la cour impériale comme ses collègues le faisaient si sa mauvaise santé ne s'y était opposée (2). Il n'agissait dans les autres diocèses qu'autant que les évêques des lieux le lui permettaient ou l'en chargeaient (3). Il ne manquait pas d'assister, autant que possible, aux conciles qui se célébraient dans les diverses provinces, où le conduisait l'amour qu'il avait de servir la gloire du Christ non ses intérêts et de travailler dans la mesure de ses forces, à ce que la foi de l'Église catholique demeurât intacte et sa discipline inviolable (4). Lorsqu'il s'agissait de synodes composés d'évêques délégués ou lorsqu'on chargeait quelques évêques de juger au nom de l'Église certaines controverses, il était habituellement nommé pour représenter les évêques de Numidie. Quelquefois aussi, il assistait à des sacres d'évêques ou à des dédicaces de basiliques, comme on peut le voir, dans sa lettre à l'évêque Nobilius (5), qui l'avait invité à la dédicace de son Église. Il décline cette invitation en alléguant pour excuse la longueur de la route, la saison rigoureuse et son âge avancé. Toutefois il dit qu'il se rendra volontiers à son désir, si sa faible santé le lui permit.
4. L'Apôtre en déclarant que les fidèles ne doivent pas faire juger leur cause par les tribunaux du siècle, mais bien par les sages et les saints de l'Église du lieu où ils se trouvent, imposa aux évêques la nécessité d'entendre les causes étrangères à l'Église (6). Les empereurs chrétiens ont plus d'une fois confirmé ce pouvoir des évêques. Pris pour juge par les chrétiens ou même par des sectaires, il remplissait avec soin son office, et s'acquittait avec religion d'une charge qu'il tenait pour une oeuvre de piété. Il avait en même temps devant les yeux ce qu'un autre avait dit à ce sujet : Qu'il aimait mieux juger des inconnus que ses amis, parce que, dans le premier cas, celui en faveur de qui la justice l'obligeait à prononcer pouvait être acquis à son amitié, au lieu que dans le second il courait le risque de perdre l'amitié de celui qu'il condamnait (7). Il vaquait à cette fonction jusqu'à l'heure de son dîner, et quelquefois tout le jour, lorsqu'il jeûnait. Ce ministère était très fatigant et très pénible pour lui qui ne se plaisait que dans la contemplation de la vérité (8). Aussi s'en plaint-il en différents endroits en disant qu'il aurait mieux aimé travailler manuellement pendant quelques heures chaque jour, que se voir ainsi embarrassé dans les complications et les ennuis des procès (9). Mais il ne pouvait refuser ce service à ses frères surtout aux faibles. Toutefois ce labeur n'était pas absolument sans quelque consolation pour lui : il espérait que la vie éternelle serait le fruit de sa patience. «Nos prières sont souvent troublées et appesanties par les nuages et les tumultes des occupations séculières. Car encore que nous n'en ayons point pour nous-même, nous en sommes tellement accablé par ceux avec qui nous vivons, qui après nous avoir forcé de faire mille pas avec eux, nous entraînent, ensuite mille pas plus loin, que c'est à peine si nous avons le temps de respirer. Nous espérons cependant que celui devant qui montent les gémissements de ceux qui sont dans les fers, nous délivrera de toutes nos peines, par le secours de vos prières, si nous persévérons avec fidélité dans le ministère où il a daigné nous établir; et qu'il nous rendra la récompense qu'il nous a promise (10). » Lorsqu'il parlait au peuple, il exhortait ceux à qui l'on suscitait d'injustes procès à s'en débarrasser à prix d'argent, ce qu'il faisait ordinairement, autant qu'il était possible, dans les causes qu'on lui déférait. « Si quelqu'un, dit-il dans un sermon, veut t'éloigner de Dieu, par des procès, tu n'auras pas le cœur tranquille, tu n'auras pas le calme de l'âme, tes pensées seront bouleversées, tu t'irriteras contre ton adversaire. Tu as perdu ton temps. Ne vaut-il pas beaucoup mieux perdre ton argent et
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(1) Lettre exem, n. 1. (2) Lplti,e exxii, n. 1. (3) Lettre xxxiv, n. 5. (4) POSSID., eh. xxi, (5) Lettr, CCLXIX. (6) Travaux de< A1oine~. n. 37. (7) POSSID., xix, Lettre xxxiii, n. 5. (8) Comment. de,9 Psanmes, cxvjìi, Serm., xxiv, n. S. (9) Travam Monast., n. 37. (10) Lettre XLVW, n, I.
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racheter le temps perdu? Mes frères, si dans vos procès et dans vos affaires que vous me donnez à juger, je conseille à un chrétien, de perdre une partie de son bien pour racheter le temps, combien plus, lui dirai-je avec confiance, de rendre le bien d'autrui. Mais ce sont deux chrétiens que j'entends, le calomniateur qui veut susciter un procès à l'autre et le dépouiller ou le forcer à composition, se réjouit à ces paroles de l'apôtre: «Rachetez le temps. Car les jours sont mauvais (Ephés.',V, 15).» Je suis injuste pour ce Chrétien se dit-il, mais bon gré mal gré il me donnera quelque chose pour racheter le temps, car il a entendu l'évêque. Dis-moi, si je dois lui dire à lui : Perds quelque chose pour avoir la paix, ne te dirai-je pas à toi, calomniateur, fils du diable, homme pervers, pourquoi cherches-tu à voler le bien d'autrui? Tu n'as pas le droit pour toi tu n'es qu'un homme de chicane. Puis il ajoute: Tu te moques peut-être de cela en empochant l'argent de l'autre. Ris, ris et moque-toi : je donnerai de l'argent, moi, mais il en viendra un qui te le redemandera (1).» Il exhortait les plaideurs à transiger à l'amiable, même lorsque la cause n'était pas douteuse, et qu'il n'y avait pas à hésiter entre le droit de l'un et celui de l'autre, toujours pour éviter le procès. Ce fut probablement au sujet de ces affaires qu'il obtint du peuple, d'être dispensé de rendre la justice pendant cinq jours de chaque semaine; mais après avoir commencé par suivre cette règle pendant quelques jours, on ne tarda pas à l'assaillir pour le forcer de s'occuper de ces intérêts humains avant et même après-midi (2). Enfin, en 426, il se déchargea de ce soin sur le prêtre Héraclius qu'il désigna pour son successeur. Il s'efforçait de faire servir l'ennui de cette occupation qu'il supportait avec patience, non seulement à son propre salut mais encore à celui des plaideurs. En les écoutant, il examinait l'état intérieur de leur âme, et les divers sentiments de leur cœur, et, selon le soin qu'ils apportaient à leurs affaires, et à poursuivre leur droit, il observait s'ils avançaient ou reculaient dans la foi et les bonnes œuvres. Et lorsque l'occasion favorable se présentait de le faire, il enseignait aux parties la vérité de la loi divine, la leur inculquait de toute son âme et avec zèle, et les exhortait à rechercher la vie éternelle. Il ne recherchait pour récompense, dans le soin qu'il apportait à examiner les différends des autres qu'à amener les plaideurs à rendre à Dieu et aux hommes ce que nous leur devons en vertu de la loi chrétienne. «Et il agissait en ce cas comme la sentinelle du Seigneur chargée de la garde de la maison d'Israël, en annonçant la parole, en pressant les hommes à temps, à contretemps, en les reprenant, les suppliant, et les menaçant, toujours avec patience et longanimité, et en donnant tous ses soins à instruire ceux qui étaient capables d'instruire les autres (3) ». Voilà comment il profitait de toutes les occasions, pour instruire les autres, soit en public, soit en particulier.
CHAPITRE VI
1. Augustin s'applique avec zèle à la prédication de la parole divine. - 2. En l'entendant, le manichéen Firmus se convertit à la foi du Christ. - 3. Choses dignes de remarque dans ses sermons. -4. Il prêchait en latin à Hippone, - 5. La coutume d'écouter la parole de Dieu assis, lui paraît bien préférable à celle des églises d'Afrique où on l'écoutait debout.
1. L'épiscopat d'Augustin procura, aux Églises d'Afrique, selon l'opinion et le jugement de Paulin lui-même, l'immense avantage d'entendre la parole de Dieu de sa bouche (4). « N'étant encore que prêtre, il annonçait l'Évangile du mieux qu'il pouvait, évêque ce fût avec plus de zèle encore, avec plus de ferveur et d'autorité, qu'il prêchait, non dans un seul pays, mais partout où on l'en priait, la parole du salut, à la joie et à l'accroissement de l'Église (5). » Voici encore en quels termes Possidius montre son ardeur infatigable pour la prédication: « Jusqu'à sa dernière maladie, il ne cessa de prêcher au peuple la parole de Dieu avec autant de zèle, de force, de pré-
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(1) Serm. CLXV31, eh. ni, n. 4. (2) Lettre ccxui. n. 5. (3) POSS'D., xix. (4) Lettre xxxii, n. 2. (5) POSSID., IX
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sence et de liberté d'esprit (4). » Même lorsqu'il était jeune, on faisait de lui une telle estime que, partout où il se trouvait, s'il fallait adresser la parole au peuple, c'était toujours lui qu'on chargeait de le faire: on lui permettait bien rarement de garder le silence et d'écouter les autres (2). Plein de réserve et de modestie, il se contentait de sa seule Église d'Hippone et ne s'occupait des affaires ecclésiastiques des autres villes qu'avec la permission ou sur l'ordre de leurs évêques (3). Nous avons vu déjà qu'il consacrait à préparer ses sermons tout le temps dont il pouvait disposer (4). Le sermon trois cent cinquante et unième parait avoir été écrit mot pour mot et appris à la lettre . Quelquefois, il prêchait d'abondance. Lorsque nous parlerons de ses traités sur saint Jean, nous verrons qu'il prêcha pendant cinq jours de suite. Il fit deux sermons dans le même jour sur le psaume quatre-vingt-huitième, le premier le matin, le second l'après-midi. Jamais il ne s'abstenait du ministère de la parole, même lorsque la maladie semblait devoir faire expirer sa voix sur ses lèvres : il recouvrait ses forces en parlant (5). Il brûlait d'un si grand désir de voir son, peuple avancer dans la vertu, qu'il paraissait insensible à la fatigue et à la douleur.
9. Il s'inspirait quelquefois des événements du moment pour dire au peuple ce que Dieu lui inspirait. Par exemple si le lecteur, qui souvent était un enfant, lui lisait un psaume pour l'autre (6), il n'hésitait pas à traiter, devant les fidèles, un autre sujet que celui qu'il avait préparé, c'est ce qu'il ne manquait pas de faire, lorsqu'il sentait, par un mouvement intérieur du cœur, que c'était la volonté de Dieu (7). Quelquefois Dieu lui suggérait un sujet autre que celui qu'il avait préparé (8). Possidius en rapporte un exemple remarquable : « Je me rappelle, dit-il, ainsi que plusieurs autres frères et serviteurs de Dieu qui vivaient avec nous et le saint homme, dans l'Église d'Hippone, qu'un jour, étant tous réunis à table, il nous dit: « Avez-vous remarqué que le commencement et la fin de mon discours prononcé aujourd’hui dans l'Église, n'ont pas été comme à mon habitude; et qu'au lieu de finir d'expliquer le sujet que je m'étais proposé je l'ai laissé en suspens? " « En effet, » répondîmes-nous, « nous l'avons remarqué et nous en avons été frappés sur le moment. Je crois, reprit-il, que le Seigneur qui dispose à son gré de nous et de nos discours aura voulu, par un oubli et un écart de pensée de ma part, instruire et guérir quelque pécheur égaré qui se trouvait dans le peuple; car je suis passé brusquement à un autre sujet et, sans résoudre ou développer la question commencée, j'ai terminé mon discours en attaquant l'erreur des manichéens dont je n'avais pas l'intention de parler, au lieu de continuer le sujet que je m'étais proposé. » Or, voilà que le lendemain, si je ne me trompe, ou deux jours après, un négociant nommé Firmus, vint dans le monastère où nous étions, avec saint Augustin, et, se jetant à ses pieds, se mit à fondre en larmes en le conjurant de demander avec ses saints compagnons, au Seigneur, de lui pardonner ses péchés. Il confessa qu'il avait embrassé la secte des manichéens depuis plusieurs années et qu'il leur avait donné inutilement pour eux ou pour ceux qu'ils appellent les élus, de grandes sommes d'argent; mais que, par la miséricorde de Dieu le dernier sermon d'Augustin dans l'Église, l'avait converti et rendu catholique. Alors le vénérable Augustin et nous tous qui étions présents, nous lui demandâmes ce qui l'avait le plus frappé dans ce sermon, il nous le dit. En nous rappelant alors la marche de ce discours, nous fûmes saisis d'étonnement et d'admiration en voyant la profondeur des desseins de Dieu, pour le salut des âmes; et rendant gloire à son saint nom, nous le bénîmes en le voyant opérer le salut des hommes lorsqu'il le veut, par où il les veut et comme il le veut, au su et à l'insu de ceux dont il se sert pour cela. Cet homme embrassa ensuite le genre de vie des serviteurs de Dieu, renonça au commerce, et fit de grands progrès parmi les membres de l'Église. Dieu permit qu'on le demandât plus tard dans un autre pays, pour l'élever au sacerdoce qu'il fut con-
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Ibid., xxxi. (2) Rétract., prol., 11. (3) Lettre xxxiv, n. 5. (4) Lettre LXXV, 11, 5. (5) Serm., XL11, eh. in. (6) Serm., CCCLII, Ch.I, IL 1. (7) Serm., LII, eh. viii, n. 29. (8) SerM., LXXI, ch. v. a, 8.
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traint de recevoir. Il garda et conserva toujours la sainteté de la profession monastique. Peut-être vit-il encore dans les pays d'outre-mer(1).»
3. Dans sa vieillesse, les sermons étaient plus sérieux, mais moins longs (2). Quelquefois, à bout de forces, par suite d'une trop grande fatigue, il était obligé d'interrompre son sermon, comme il arriva un certain jour de Pâques, à cause de l'épuisement que lui avait causé le jeûne de la vigile (3). Souvent il s'arrêtait au milieu d'un sermon pour ne pas surcharger ses auditeurs. Quelquefois il s'abstenait de parler, pour donner au peuple le temps de graver profondément dans son esprit ce qu'il avait dit (4). Mais comme le peuple écoutait ses paroles avec autant d'avidité que de fruit, sa faim, loin de s'apaiser, ne faisait que s'accroître, aussi était-il contraint de céder à ses pieux et salutaires désirs. Le peuple lui prouvait son désir et le soin qu'il prenait de l'écouter, tantôt en lui montrant qu'il comprenait les choses les plus difficiles qu'il expliquait, tantôt en devinant ce qu'il allait dire, et le plus souvent en l'interrompant par de bruyants applaudissements. Augustin éprouvait, il est vrai, la plus grande joie à voir ainsi éclater leur soif et leur amour de la vérité, mais sa modestie et son humilité en étaient effrayées. Quand le sujet était plus grave, sans s'arrêter à leurs applaudissements, il continuait à parler jusqu'à ce qu'il vit les larmes couler de leurs yeux (5). «Presque jamais, dit-il, mon sermon ne me plait : je préfère beaucoup plus celui que j'entends bien souvent au-dedans de moi avant de commencer à expliquer ma pensée par la parole. Comme je la rends moins bien que je ne la vois, je m'attriste de ce que ma langue ne répond pas à mon esprit: en effet, tout ce que je comprends, je veux que tous ceux qui m'écoutent le comprennent et je sens que je ne parle pas de façon à produire cet effet. Très souvent, l'intuition saisit l'âme, comme un éclair rapide, mais l'élocution est lente, longue et en diffère beaucoup, et, tandis qu'elle se développe, l'idée première rentre dans son sanctuaire. Cependant comme il en reste quelques traces imprimées d'une manière admirable dans la mémoire, elle persiste pendant la courte durée des syllabes que j'articule et ces traces m'inspirent les mots qui les expriment. Pour moi, désirant vivement être utile à mes auditeurs, je voudrais parler comme je comprends sur le moment même, puisque je ne peux le faire d'après ma première pensée. Mais trompé dans ce désir, mon cœur souffre et, comme si je travaillais en vain, j'en éprouve du chagrin et ce chagrin rend mon discours plus languissant, plus embarrassé qu'il ne l'était avant que je le ressentisse. Cependant le zèle de ceux qui aiment à m'entendre me prouve souvent que mes humbles paroles n'ont pas été aussi froides qu'il me le semblait, et je vois à la satisfaction qu'ils témoignent, qu'ils en retirent quelque utilité; pour moi, je mets tous mes soins à ne point manquer à remplir ce ministère où je les vois si bien accepter ce que je leur présente (6). » Parmi ses sermons au peuple, il y en a certainement plusieurs qui ont été composés pour ceux qui, par suite des devoirs de leur charge et leur office, doivent parler dans l'Église et n'ont point le temps de préparer leurs discours. Tels sont les deux adressés à un diacre de Carthage, dans le livre de la manière de catéchiser les ignorants, et peut-être aussi le CCXIVe de la collection de ses Sermons, car il disait qu'il serait très utile de multiplier ainsi les prédicateurs de la vérité (1). Il n'hésitait pas à violer les règles de la grammaire dans ses discours pour se faire mieux comprendre des esprits grossiers et ignorants. Toutefois, bien que dans ses traités il se soit un peu relâché dans son style, il ne se négligeait cependant pas au point de tomber dans la trivialité. Il ne regardait pas comme la partie la moins importante de l'art oratoire, celle de se mettre à la portée de son auditoire, et aimait mieux offenser la grammaire que n'être pas compris du peuple (8). Il goûtait assez ce mot d'un orateur, qu'une certaine négligence dans le style ne manque pas de
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(1) POSSID, XV. (2) SCPM., CŒL, n. 3. (3) Serin " cccxx. (4) Serin., CCLLII, n. 1. ch. 1. (5) De la doctrine chré-' tienne. liv. IV, n. 53. (6) De l'art d'enseigner les ignorants n. 3-4. (7) De la doctrine chrétienne liv. IV, ch. xxix, n. 72. (8) Commen. des Psaitines xxxviii, n. 20.
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charme, pourvu qu'elle ne tombe pas dans une absence complète d'ornements qui rende le discours insipide; « car, disait-il, la marque des bons esprits, est d'aimer dans les paroles la vérité, non les paroles. « À quoi sert, en effet, une clef d'or si elle ne peut ouvrir ce qui est fermé? Et pourquoi dédaigner une clef de bois qui le peut, car ce que nous cherchons, c'est à ouvrir ce qui est fermé (1). » Enfin très souvent, comme il le fait remarquer, un discours même simple, quand il résout les plus difficiles questions, surtout s'il n'est pas absolument sans quelque ornement exempt de toute recherche et, pour ainsi dire, naturel, excite de tels applaudissements qu'on ne voit pas bien en quoi il peut être appelé simple (2). C'est ainsi qu'il lui arrivait très souvent de parler au peuple.
4. Il est hors de doute qu'il faisait ses sermons au peuple en latin tels que nous les avons; car il est à croire qu'à Hippone la Royale, ville célèbre, cité romaine, en possession du droit de colonie et port de mer où abondaient une multitude d'étrangers (3), le peuple en général savait le latin. Dans un de ses sermons, Augustin rend en latin un proverbe carthaginois, en disant : " je vous le donnerai en latin, parce que vous ne savez pas tous le carthaginois (4). " Il recherchait les clercs qui connaissaient la langue latine et, ce qui peut paraître étonnant, il se plaint d'en manquer et de voir le progrès de la prédication évangélique en souffrance à cause de cela. C'est par cette raison qu'il ne voulut jamais que le diacre Lucille qu'il parait avoir élevé, s'éloignât de lui. Ce Lucille était frère de Novat probablement évêque de Sétif, qui le recommanda à Augustin pour l'utilité de son diocèse. Mais, comme l'église de Sétif n'avait pas besoin de ministre parlant latin, Augustin pria Novat de considérer les besoins de son église et de lui laisser Lucille pour toujours. Novat y consentit de la meilleure grâce du monde, tout en disant, il est vrai, qu'il est dur de refuser un frère à son frère, mais qu'il était obligé d'imposer silence à son affection, et que la pensée de la charge épiscopale et du salut des fidèles lui faisait accepter ce sacrifice. Il est probable que Novat a redemandé son frère au moment où il devint évêque (5). Ce fait se place donc avant 401, époque où Novat assista à la conférence de Carthage.
5. Le saint docteur, dans le livre IV sur la doctrine chrétienne, donne les règles à suivre dans les instructions publiques; quant à celles qui concernent les entretiens privés, surtout les instructions à donner aux catéchumènes, il le trace dans le livre intitulé : De la manière de catéchiser les ignorants. Dans ce livre, on lit que, dans l'Église d'Afrique, le prédicateur était assis pendant que les auditeurs restaient debout. Mais, dans certaines églises d'outre-mer, le peuple écoute assis. Augustin préfère cette coutume parce que la fatigue et la difficulté de rester debout empêchent d'écouter attentivement la parole de Dieu (6). Il existe un sermon de Césaire attribué autrefois à Augustin, où le prédicateur dit que, quelques jours auparavant, il avait prié les malades et les infirmes de s'asseoir pendant la lecture des actes des martyrs et de l'Écriture Sainte, qui était un peu longue; mais, que presque toutes les femmes, même bien portantes, prirent la coutume de s'asseoir au mépris des convenances, comme pour mieux écouter ce qu'on lisait, mais, en effet, pour s'étendre comme sur leur lit, et pour causer entre elles (7). Le prédicateur les en reprend dans son sermon, et rappelle avec quel respect et quelle convenance elles doivent écouter la parole de Dieu. Comme il y a peu de monde dans les instructions particulières, Augustin écrit qu'on ne peut tolérer l'arrogance des prédicateurs qui ne voudraient point permettre à ceux qui les écoutent, de s'asseoir; il avait remarqué que la fatigue en portait plusieurs à se retirer, bien qu'ils donnassent un autre prétexte pour le faire. Il avait lui-même éprouvé, en instruisant un paysan, combien on doit se prémunir contre cela (8). On
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(1) De la doct. Chret. Livre, IV, ch. x. n. 26. (2) Ibtd., n. 56, (3) Lettre xxxv, n. 3; De la Cité,'de Dieu, XXII, eh. viii; Lettre de Pétill., II, eh. LXXXiii, n. 184. (4) Serm., CLXVII, eh. 3,1,,ti. 4. (5) Lettre Lxxxiv, n. 1, 2. (6) De 1-'irist. des Ignor., n. 9. (7) AuGusnN~, append, Sernz., cccn. 1. (8) De insi. des igno~-aeits, n. 19.
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remarque qu'il avait coutume de finir ainsi ses sermons : « Tournant nos regards vers le Seigneur Dieu, Père Tout-Puissant, -etc.»
CHAPITRE VII
1. Augustin s'élève contre les vices. - 2. Sa prudence et sa charité pour reprendre les pécheurs. - 3. Il évite avec plus de soin la société des chrétiens corrompus que celle des païens.- 4 Il n'approuve pas l'excommunication d'une famille entière à cause de la faute d'un de ses membres.- 5 Il admet un astrologue au nombre des pénitents- 6 Il instruit Lampade qui tenait beaucoup à l'astrologie.
1. On a remarqué que les Africains sont enclins à la luxure, à l'ivrognerie et aux jurements. Aussi, Possidius nous apprend-il qu'Augustin fit tous ses efforts pour déraciner du milieu de son peuple cette coutume invétérée (1). On a en effet quelques sermons de lui contre ces vices. Il avait toujours différé de parler de ces défauts, de peur de rendre ses auditeurs plus coupables en les éclairant. Mais, à la fin, il craignit de ne point répondre, lui-même au devoir qu'il croyait lui être enjoint d'en haut, quand on lui lisait l'Épître de saint Jacques (2). Il attaque aussi, en différents endroits, l'ivrognerie. Un jour, comme il allait réprimander des ivrognes, il leur dit: « Si vous ne m'écoutez pas je ne me tairai cependant point, pour sauver mon âme. Mais je ne veux pas me sauver sans vous (3). " Pour ce qui concerne la luxure, il s'efforce avant tout de montrer aux maris qu'ils sont enchaînés à leurs femmes par les mêmes liens de fidélité qu'ils exigent d'elles (4). Mais, sur ce point, les lois romaines différaient beaucoup des préceptes de l'Évangile, aussi, presque tous les hommes tombaient-ils dans cette dépravation de mœurs que couvrait le voile complaisant du silence. Mais Augustin aima mieux dévoiler la vérité, et, par là, s'exposer à la haine de ceux qui refusaient de la suivre, que la dissimuler et faire la faute de se taire quand elle lui ordonnait de parler. Tel est l'argument principal du sermon des Dix Codes, probablement appelé ainsi parce qu'il compare, dans ce sermon, les dix commandements de Dieu, avec le psaltérion aux dix cordes de l'Écriture.
2. Il observait exactement les préceptes de l'Apôtre à Timothée, touchant la prédication de la parole divine; et, pour intimider les autres, il ne craignait pas de reprendre publiquement ceux qui péchaient publiquement (5). Chacun le louait pour cela. Mais son zèle s'exerçait tout d'abord contre lui-même. Toutefois, ces vices étaient tellement communs, qu'il osait à peine les attaquer et les combattre peu à peu et sans fiel, bien qu'ils fussent publics, dans la crainte de provoquer la colère des pécheurs et de passer pour novateur (6). Pour les fautes secrètes, surtout pour celles qui entraînent avec elles des conséquences graves, telles que l'homicide et l'adultère, si la charité ne lui permettait pas de les reprendre en public, il ne laissait pas cependant de s'en occuper. Il avertissait en particulier, ceux qui s'en rendaient coupables, leur rappelait le jour du jugement et les portait au repentir par la crainte qu'il leur suggérait. Il essayait de son mieux d'amender ces coupables sans recourir à la sévérité des juges. Aussi, arrivait-il que ceux qui avaient connaissance de ces crimes se plaignaient de ce qu'il ne les dénonçait pas aux tribunaux, ne réfléchissant pas que la prudence le lui défendait quelquefois, et que d'ailleurs lui-même ne les connaissait pas tous.
3. Il s'abstenait quelquefois de la société des Chrétiens de mœurs corrompues, pour leur faire honte et les porter, de cette façon, à réformer leur conduite. Il aimait mieux ordinairement la société des infidèles et des païens que celle des chrétiens criminels, suivant en cela les exemples de l'Apôtre (7). Il recourait à l'excommunication pour les crimes qui nécessitaient cette peine, autant que la paix de l'Eglise le permettait et qu'il le croyait lui-même utile aux pécheurs. Car, pour les ivrognes, par exemple, vice bien commun et fort répandu, Augustin n'osait point les frapper
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(1) Poss., vie d'AUGUS., eh. xXV. (2) Serni., CLXXX, 011. XII, n- 14. (3) Serm., xvii, eh. ii, n. 2. (4) Serm., ix, eh. ix, n. il, 12; Serin, cccxcir, eh. v, n. 5. (5) Poss., Vie d'August., eli. xix. (6) Serni, xvii, eli. iii, n. 3 : Leltre aux Galat., Expos, n. 35, (7) Comment. sur les Psaumes., e, n. 8.
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d'anathème et les séparer de l'Église, quoiqu'ils le méritassent bien; mais, comme ces sortes de pécheurs ne comprenaient pas assez la gravité de leur faute, il craignait que les châtiments ne les rendissent pires. C'est pourquoi il se contentait souvent de les admonester (1) dans un sermon. S'adressant aux maris qui violaient la foi conjugale, il disait : « Que ceux qui savent que je connais leurs fautes s'éloignent de la communion, s'ils ne veulent point que je les repousse de la Table sainte (2).» Il est vrai que cette phrase semble avoir été intercalée dans ce sermon que nous avons cru devoir mettre au rang des douteux, car nous la retrouvons dans le sermon CCCLI, où saint Augustin s'exprime ainsi: "Nous ne pouvons éloigner de la communion, bien que cet éloignement ne soit pas mortel, mais médicinal, que ceux qui ont fait un aveu spontané ou qui, dans un jugement civil ou ecclésiastique, ont été convaincus et nommément condamnés (3).» Bien qu'il fût parfois très vivement ému des crimes atroces commis par certaines personnes contre l'Église, il n'osa cependant jamais frapper d'anathème leur famille entière avec elles, ne voyant pas comment on pouvait le faire légitimement, bien que d'autres le fissent (4).
4. Comme certaines personnes, après avoir violé le serment qu'elles avaient fait sur l'Évangile, s'étaient réfugiées dans l'Église, pour chercher, dans cette maison de vérité, un asile contre leur mauvaise foi, un magistrat, chrétien fidèle, nommé Cassicien, vint à l'Église avec une escorte en rapport avec sa dignité, pour engager l'évêque diocésain Auxilius, à ne point favoriser ces parjures. Évidemment il ne demandait rien que de juste. Cependant, Auxillus, qui n'étant encore que catéchumène, avait eu avec Cassicien des relations d'amitié, s'irrita tellement, d'après le rapport écrit des faits, qu'il frappa d'anathème Cassicien, et toute sa famille, soutenant qu'il avait violé le seuil sacré de l'Église, et en avait arraché les coupables par force. Cassicien en écrivit à Augustin pour se plaindre, et l'assura que les coupables, pressés par leur propre conscience, étaient sortis de l'Église de leur plein gré, et sans aucune violence de sa part. Auxilius était jeune encore et il y avait à peine un an qu'il était évêque. Augustin, au contraire, l'était déjà depuis longtemps. Il écrivit cependant à Auxilius, en lui disant qu'il était bien désireux d'apprendre de lui sur quelle raison l’on peut s'appuyer pour excommunier toute une famille, pour la faute d'un de ses membres, en ajoutant que, s'il ne pouvait justifier cette pratique par de bonnes raisons, c'est pécher que de la suivre. Il le prie, ensuite, si Classicien est innocent, de réparer l'erreur où la fragilité humaine l'a entraîné, et de le relever des censures. " Ne croyez pas, leur dit-il, que notre qualité d'évêque nous mette à l'abri d'émotions injustes; croyons, au contraire, que notre vie est très exposée au milieu des piéges de la tentation, parce que nous ne sommes que des hommes (5). » Un évêque, Auxilius de Nurco, assistait à la conférence de Carthage. Si c'est le même que le précédent, cette lettre a dû être écrite au plus tard en 412. Il est difficile de croire qu'elle soit beaucoup antérieure à cette date; car Augustin, en 412, avait seulement 17 ans d'épiscopat et 57 ans d'âge, ce qui ne lui permettait guère de parler à Auxilius comme un vieillard à un jeune homme, et comme un vieil évêque à un évêque d'un an à peine. Il répondit à Cassicien, qui lui avait écrit à ce sujet, et lui découvrit ses sentiments et sa pensée en ces termes: « Avec la grâce de Dieu, je viens éclaircir ce point dans votre assemblée, et dussé-je même pour cela écrire au Siège apostolique, je veux savoir à quoi m'en tenir au sujet de ceux qui, pour le péché d'un seul, frappent d'anathème toute sa famille, c'est-à-dire nombre de personnes, d'autant plus qu'il est à craindre, dans ce cas, que beaucoup ne meurent sans baptême; je veux savoir encore si on ne doit pas éloigner de l'Eglise ceux qui y viennent pour y violer la parole qu'ils ont donnée par serment. Il faut que la règle à suivre dans ces circonstances soit fixée
et établie d'un commun accord. Je puis certai-
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(1) Serm., xvii. eh. iii, n, 3. (2) Sprm., cccxcii, ch. v, n. 5. (3) Serm., ccoLi, ch. iv, n. 10. (4) Lettre ccL, n.
2. (5) Ibid.. n. 3.
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nement dire sans trop m'avancer que, si un fidèle est frappé d'un injuste anathème, l'anathème atteint moins celui contre qui il est lancé que celui qui le lance. Car l'Esprit Saint, qui réside dans les saints, et par qui chacun est lié ou délié, ne peut infliger à personne une peine imméritée, puisque c'est par lui qu'est répandue dans nos cœurs la charité qui n'agit jamais mal (1) "
5. Dans ses sermons, Augustin attaque les superstitions ridicules de l'asbologie judiciaire. Il se plaint de ce qu'un grand nombre de chrétiens s'y étaient adonnés, au point de dire, même en sa présence, comme s'il n'y avait aucun mal en cela, qu'ils n'oseraient se mettre à certains jours, en route; ce péché était si commun, qu'à peine on avait le courage de le reprendre. C'est ce qui arrache à Augustin ces paroles :" Malheur aux péchés des hommes, car nous n'avons d'horreur que pour les fautes extraordinaires (2). » Toutefois, lorsque ceux qui pratiquaient cet art vain et impie (on les nommait mathématiciens), voulaient se convertir, il les assujettissait à la pénitence publique, et il ne les recevait qu'après bien des demandes et de longues épreuves. Nous en avons un exemple remarquable à la fin de son sermon sur le psaume LXI : « La soif de l'Église dont je vous parle, dit-il, va jusqu'à vouloir boire cet homme que vous voyez, » et il leur montrait un astrologue pénitent. Vous saurez qu'il y en a beaucoup parmi les Chrétiens qui bénissent Dieu du bout des lèvres et le maudissent au fond du cœur. Cet homme, autrefois chrétien et fidèle, revient en pénitent, et poussé par la crainte de la puissance de Dieu, il se convertit à la miséricorde du Seigneur, il était fidèle quand il a été séduit par l'ennemi, et il a été longtemps astrologue : séduit, il a séduit à son tour; trompé, il a trompé, il a attiré, il a abusé les autres, il a fait une foule de mensonges contre Dieu, qui nous a donné le pouvoir de faire le bien et d'éviter le mal. Cet homme disait que dans l'adultère, ce n'est point notre volonté, mais Vénus qui pèche; que dans l'homicide, c'est Mars, non pas nous, qui pêche; que ce n'est pas Dieu mais Jupiter qui fait le bien; et bien d'autres sacrilèges monstrueux. Quelles sommes pensez-vous qu'il a pu ainsi soustraire aux Chrétiens ? Combien lui ont acheté ses mensonges? Enfin, il eut horreur lui-même du mensonge, et en séduisant les hommes, il se sentit lui-même séduit par le diable : il fit pénitence et se convertit à Dieu. Nous pensons que c'est la crainte dont son âme est remplie qui l'a converti. Que dire en effet. Si cet astrologue se convertissait du paganisme, ce serait une grande joie; cependant il pourrait paraître ne se convertir que pour devenir clerc dans l'Église. C'est un pénitent; il ne demande que la miséricorde, et je dois le recommander à votre amour et à votre vigilance. Vous le voyez, aimez-le de coeur et veillez sur lui du regard. Voyez-le, connaissez-le, et partout où il passera, montrez-le à vos frères qui ne sont pas ici; cette conduite à son égard est de la miséricorde, et empêchera le séducteur de reprendre son cœur, et d'opposer de la résistance. Prenez garde à vous, que sa vie ne vous échappe point, que ses voies vous soient connues, afin de pouvoir, par votre témoignage, nous assurer qu'il est réellement converti à Dieu. Sa vie, en effet, ne sera plus un mystère, ainsi placé sous vos regards et offert à votre commisération. Vous savez ce qui est écrit dans les Actes des Apôtres, que beaucoup d'hommes perdus, des hommes adonnés comme lui à cet art, des disciples de ces doctrines criminelles, apportèrent tous leurs livres aux Apôtres, qui en brûlèrent un si grand nombre que celui qui en fit l'estimation la porte à une somme d'argent considérable (Act., xix,19). Il en fut ainsi pour la gloire de Dieu, afin que ces hommes déjà perdus ne restent point rejetés de celui qui a recherché ce qui avait péri. Cet homme était donc perdu; et maintenant il est recherché, retrouvé, ramené : qu'il apporte avec lui, pour les brûler, les livres qui devaient le livrer lui-même aux flammes ; qu'il les jette au feu, et passe lui-même au lieu du
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(1) Tiré des leti. à Cassicien, apr. la lett. CCL, tome, II,~page, 1334* (2) Enchir-e n. 21
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rafraîchissement. Sachez cependant, mes frères, qu'il est venu frapper à la porte de l'Église avant les fêtes de Pâques; car c'est avant la Pâque qu'il est venu demander à l'Église le remède du Christ. Mais l'art auquel il s'était adonné, étant suspect de mensonge et de fourberie, on l'ajourna, de peur qu'i1 ne vînt pour tenter les autres et qu'il ne fût exposé lui-même à un plus grand péril. Priez pour lui, au nom du Christ, offrez pour lui, au Seigneur notre Dieu, votre prière d'aujourd'hui. Nous savons, nous sommes certain que votre prière effacera toutes ses impiétés. Que le Seigneur soit avec vous (1). "
6. Un certain Lampade ajoutait quelque foi à cet art. Augustin s'en aperçut en conversant avec lui, puis d'une manière plus assurée, par une lettre qu'il reçut de lui, il lui répondit en peu de mots (2) que les lois divines et humaines, et les devoirs publics et domestiques étaient complètement renversés et anéantis par les opinions perverses de l'empire du destin et de la vertu des astres sur les actions humaines, et que les astrologues eux-mêmes n'étaient pas assez fous pour régler leur maison sur les décisions et d'après les règles de cette science qu'ils vendaient si cher aux autres. Il prie aussi Lampade de lui dire en répondant à sa lettre ce qu'il pense de sa lettre, et il ajoute que si elle ne satisfait point son désir, il lui enverra un livre spécial sur ce sujet. Il le prie toutefois d'attendre que ses loisirs lui permettent de l'écrire, et l'engage à ne pas craindre de lui rappeler de temps en temps sa promesse.