p246 FOI, VÉRITÉ, TOLÉRANCE
------ les thèmes du vrai et du bon sont effectivement inséparables. Platon avait raison de vouloir identifier le divin le plus haut avec l'idée du bien.
Inversement: si nous ne pouvons rien savoir de la vérité de Dieu, alors la vérité sur ce qui est bien et mal est tout aussi inaccessible. Dès lors, le bien et le mal n'existent pas; ne subsiste que la prise en compte des conséquences: le calcul remplace l'éthique.
Pour être encore plus clair: les
=================================
p247 VÉRITÉ‑TOLÉRANCE‑LIBERTÉ
trois interrogations relatives à la vérité, au bien, à Dieu ne sont qu'une seule et même question. ---------------
La notion biblique de Dieu reconnaît Dieu comme le bien, le Bon (cf. Marc 10, 18). Cette notion de Dieu atteint son ultime apogée dans l'assertion johannique: Dieu est amour (I, Jean 4,8).
La vérité fait un avec l'amour. Cette phrase ‑ si elle est comprise dans toute son ambition ‑ est la plus haute garantie de tolérance; elle est la garantie d'un rapport à la vérité dont la seule arme est elle‑même, et donc l'amour.
II. LIBERTE‑VÉRITÉ
La question
Dans la conscience de l'humanité d'aujourd'hui, la liberté apparaît généralement et durablement comme le bien le plus précieux, auquel tous les autres biens sont subordonnés. Dans la jurisprudence, la liberté de l'art, la liberté d'expression prime sur n'importe quelle autre valeur morale.
Les valeurs qui entrent en concurrence avec la liberté, et sont susceptibles de la limiter, apparaissent comme autant d'entraves, de tabous, c'est‑à‑dire de reliques d'interdits et de peurs archaïques. L'action politique doit passer par les fourches caudines de l'exigence de liberté.
Pour sa part, la religion peut s'affirmer dans la mesure où elle représente une force libératrice pour l'homme et
=================================
p248 FOI, VÉRITÉ, TOLÉRANCE
l'humanité.
Dans l'échelle des valeurs déterminantes pour l'homme et la dignité de son existence, la liberté apparaît comme la valeur fondamentale et le droit de l'homme par excellence.
En revanche, la notion de vérité est appréhendée avec une certaine défiance: on se souvient en effet qu'elle a été revendiquée par de nombreux systèmes et souvent instrumentalisée pour écraser la liberté.
S'ajoute à cela le scepticisme nourri par la science vis‑à‑vis de tout ce qui n'est pas explicable et démontrable: tout cela semble finalement être laissé à une appréciation subjective qui ne saurait revendiquer une validité collective.
La position moderne à l'égard de la liberté se trouve le mieux exprimée dans la formule de Pilate: qu'est‑ce que la vérité? Celui qui affirme pouvoir joindre l'acte à la parole pour défendre la vérité doit s'attendre à être taxé de rêveur ou de fanatique. --------
------- qu'est‑ce que la liberté? ------- Je crois que le contenu généralement associé à cette aspiration à la liberté est parfaitement restitué dans les mots dont Karl Marx s'est servi pour exprimer son rêve de liberté.
L'état de la future société communiste permettra «de faire ceci aujourd'hui et cela le lendemain, de chasser le matin, de pêcher l'après‑midi, de faire de
=================================
p249 VÉRITÉ‑TOLÉRANCE‑LIBERTÉ
l'élevage le soir, et d'exercer ma critique après le repas comme bon me semble...”24
C'est précisément ainsi que le sens commun perçoit spontanément la liberté, comme le droit et la possibilité de faire tout ce dont nous avons envie, et de ne pas devoir faire ce dont nous n'avons pas envie.
En d'autres termes, la liberté fixerait notre propre vouloir pour norme unique de notre agissement et que la volonté aurait la possibilité de tout vouloir et tout faire.
A ce stade, plusieurs questions nous viennent naturellement à l'esprit: de quelle liberté dispose la volonté? La volonté est‑elle rationnelle? Une volonté irrationnelle est‑elle vraiment une volonté libre? Est‑ce un bien?
La définition de la liberté issue d'un "pouvoir vouloir" et d'un "pouvoir faire" ce dont en a envie ne doit‑elle pas être complétée par le lien avec la raison, avec la globalité de l'être humain, afin de ne pas en arriver à une tyrannie de l'irrationnel?
--------