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IV. “EST RESSUSCITE DES MORTS”
La confession de la foi en la résurrection de Jésus‑Christ est pour les chrétiens l'expression de la certitude que cette parole est vraie, qui semblait n'être qu'un beau rêve “L'amour est plus fort que la mort» (Ct 8, 6). Dans l'Ancien Testament, cette affirmation figure dans une hymne à la puissance de l'eros. Mais cela ne veut aucunement dire que l'on puisse simplement l'écarter comme exagération lyrique.
Dans la prétention illimitée de l'eros, dans ses apparentes outrances et démesures, c'est un problème fondamental,
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et même le problème fondamental de l'existence humaine qui trouve son expression, en tant que s'y manifestent l'essence et le paradoxe interne de l'amour: l'amour exige d'être infini, indestructible; il est pour ainsi dire un appel d'infini.
Or il se trouve qu'en même temps cet appel est une visée irréalisable; l'amour exige l'infini, mais ne peut le donner; il prétend à l'éternité, mais en réalité il fait partie du monde de la mort, avec sa solitude et sa puissance de destruction. C'est à partir de là seulement que l'on peut comprendre ce que signifie la « résurrection ». Elle est le triomphe de l'amour sur la mort.
Elle constitue en même temps la garantie de ce qui seul peut créer l'immortalité, c'est‑à‑dire être dans l'autre qui subsiste encore lorsque je suis retombé en poussière. L'homme est l'être qui ne vit pas lui‑même éternellement, qui est nécessairement voué à la mort.
Humainement parlant, ne subsistant pas lui‑même toujours, il ne peut survivre qu'en continuant à subsister dans un autre. Les affirmations de l'Écriture sur le lien entre péché et mort sont à comprendre dans cette perspective.
Car il apparaît clairement à présent que la tentative de l'homme « d'être comme Dieu », son aspiration à une « autarcie » où il subsisterait uniquement en lui-même, représentent en réalité sa mort, car c'est un fait que lui-même ne saurait subsister toujours.
Quand l'homme ‑ et c'est là la véritable essence du péché ‑ veut pourtant, en méconnaissant ses limites, ne dépendre que de lui‑même et être pleinement autonome, il se livre par là même à la mort.
Or l'homme se rend tout de même compte que sa vie, à elle seule, ne résiste pas au temps et qu'il doit donc tendre à être en d'autres, pour demeurer, par eux et en eux, sur la terre des vivants. Deux voies surtout ont été essayées.
Tout d'abord, la survie dans ses propres enfants: de là vient que le célibat et la stérilité étaient regardés chez les peuples primitifs comme la plus terrible des malédictions; ils signifient la ruine inéluctable, la mort définitive. A l'inverse, le plus grand nombre possible d'enfants offre également le plus de chance de survie, il est l'espérance d'immortalité et donc la véritable bénédiction que l'homme peut espérer.
Une autre voie s'ouvre, quand l'homme découvre que sa survie dans les enfants est tout de même très peu authentique et personnelle; il souhaite voir subsister davantage de lui‑même.
Il se réfugie alors dans l'idée de la gloire qui doit réellement le rendre immortel lui‑même, en
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lui garantissant la survie dans la mémoire des autres à travers les siècles.
Mais cette deuxième tentative de l'homme pour se procurer à lui‑même l'immortalité par 1'«être‑dans‑les‑autres » est vouée au même échec que la première: ce qui demeure, ce n'est pas lui-même, mais un simple écho, une simple ombre.
Et ainsi l'immortalité que l'homme se procure lui‑même n'est en réalité qu'un Hadès, un shéol, plus proche du néant que de l'être.
L'insuffisance des deux voies vient du fait que l'autre, qui maintient mon être après ma mort, ne peut pas en réalité maintenir mon être même, il n'en conserve que l'écho; et d'autre part, plus radicalement encore, l'autre à qui j'ai pour ainsi dire confié ma survie ne subsistera lui‑même pas toujours ‑ lui aussi retombera en poussière.