À CŒUR OUVERT Mgr Pierre Goudreault © Anne
Van Merris Mgr Pierre Goudreault, président des évêques canadiens : quelle
vision pour l’Église au Canada ? « C’est dans ce monde sécularisé que
Dieu nous donne rendez-vous » JUILLET 30, 2026 16:31ANNE VAN MERRISÀ CŒUR
OUVERT WhatsAppMessengerFacebookTwitterPartager Share this Entry
Actuellement évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, au Québec, Mgr
Pierre Goudreault est également président de la Conférence des évêques
catholiques du Canada (CECC) depuis septembre 2025. Impliqué au sein de
l’exécutif de la CECC depuis 2019, il bénéficie d’une vision d’ensemble de
l’Église catholique au Canada, connait bien les priorités pastorales et les
enjeux auxquels les évêques canadiens sont aujourd’hui confrontés. Zenit l’a
interviewé à Rome en juin dernier, alors qu’il participait à la Rencontre des
responsables des Conseils épiscopaux continentaux sur la synodalité.Faire un
don Zenit : Quelles sont aujourd’hui les priorités pastorales des
évêques canadiens ? Mgr P. Goudreault : Il y a quatre priorités
essentielles. La première s’inscrit dans la mise en œuvre de la synodalité. La
Conférence épiscopale a mandaté une équipe nationale formée de laïcs, de
personnes consacrées et d’évêques pour consolider un réseau avec les
responsables des équipes synodales diocésaines. Le premier objectif vise à
échanger sur les meilleures pratiques qui favorisent cette mise en œuvre. Le
deuxième consiste à offrir des formations continues. Une autre priorité se
concrétise dans le dialogue œcuménique. Nous avons une dizaine de dialogues
bilatéraux et nous comptons sur la contribution du Conseil canadien des
Églises, qui renforce un dialogue multilatéral avec 26 Églises chrétiennes. La
stratégie nationale favorise une plus grande harmonie au sein des dialogues à
partir de cinq pôles d’engagement interreliés : la formation des
catholiques, l’œcuménisme spirituel, les relations et les dialogues vécus dans
la vérité, les activités communes au cœur de la vie et l’engagement œcuménique
de base. Accueil et présence auprès nouveaux arrivants en provenance d’Amérique
Latine © Mgr P. Goudreault D’autre part, les évêques sont préoccupés par
l’intelligence artificielle, qui offre des avancées incroyables mais présente
aussi de grands défis, tels que la protection des enfants ou le discernement
entre ce qui est vrai et faux sur les réseaux sociaux. Il est clair que
l’intelligence artificielle est là pour demeurer. Nous désirons donc
accompagner les catholiques afin qu’ils discernent comment bien l’utiliser.
Cela dit, l’enjeu principal consiste à bien naviguer avec elle, pour qu’elle
devienne une force et non pas une contrainte dans notre quotidien. Enfin, nous
avons à cœur de continuer le chemin de guérison et de réconciliation qui a
débuté depuis plusieurs années avec nos frères et sœurs des peuples
autochtones. En 2023, nous avons eu le bonheur d’accueillir le pape François au
Canada, venu vivre une démarche de pardon auprès des peuples des Premières
Nations, des Métis et des Inuits. Par la suite, le pape Léon XIV s’est montré
très intéressé à poursuivre ce chemin, et a accepté de réaliser le souhait du
pape François en donnant 62 artéfacts aux communautés autochtones au Canada. De
plus, les évêques ont créé le « Fonds de réconciliation » qui cumule
près de 30 millions de dollars canadiens, permettant de valoriser la culture
chez les autochtones, leur langue et leur spiritualité. Ce chemin de
réconciliation sera long, mais il est possible de le poursuivre dans l’accueil
mutuel et la vérité reconnue, afin de mieux nous connaître dans le respect et
de vivre un plus grand rapprochement. Zenit : Quels sont les principaux
défis auxquels vous êtes confrontés ? Mgr P. Goudreault : Dans le contexte
de la sécularisation et de la laïcité, l’Église a le défi de communiquer de
manière créative le message de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. Cela lui
demande aussi de prendre parole de manière appropriée dans l’espace public à
propos de certaines questions liées au respect de la dignité de la personne
humaine à toutes les étapes de la vie. C’est d’autant plus important car
certains enjeux éthiques se profilent avec des lois adoptées au Canada. Avec le
1er ministre Mark Carney : « Créer des liens avec les élus de notre
pays » © Mgr Pierre Goudreault Notre société est très sécularisée, et plus
fortement encore au Québec. La loi sur la laïcité tente d’expulser les
manifestations de foi de l’espace public. Bien que les évêques reconnaissent
que l’État soit laïc, ils estiment que les communautés de foi peuvent apporter
leur contribution au bien commun, et qu’elles ne peuvent être exclues. Ainsi,
l’annonce de l’Évangile au Canada demeure un grand défi. Certes l’État est
laïc, mais la société, elle, ne l’est pas. Elle est pluraliste. Comme Église,
il importe que nous ne craignions pas la société sécularisée. Au contraire,
nous sommes appelés à l’aimer, car c’est dans ce monde que Dieu nous donne
rendez-vous pour témoigner de sa présence. Enfin, nous gagnons souvent à
mieux connaître les défis que rencontrent les élus du pays et à créer des liens
avec eux. Au cours de l’année, nous avons rencontré certains élus, dont M. Mark
Carney, Premier ministre canadien, ainsi que d’autres députés incluant le chef
de l’opposition officielle. Ces rencontres permettent de développer des
relations de confiance, de mieux nous connaître et de partager des préoccupations
de manière constructive pour le bien commun. Zenit : Comment
l’Église au Canada a-t-elle évolué ces dernières années ? Mgr P.
Goudreault : La conversion missionnaire et la synodalité sont des aspects
qui marquent l’évolution actuelle de l’Église au Canada. Progressivement, le
peuple de Dieu prend conscience qu’il est important de développer de nouvelles
initiatives pour aller à la rencontre des personnes qui connaissent peu
Jésus-Christ ou qui ne l’ont pas encore rencontré. Ces personnes portent en
elles l’Évangile, mais elles ont besoin d’être accompagnées pour s’éveiller à
sa présence. Il y a encore beaucoup à faire sur le plan missionnaire.
Grâce à la mise en œuvre de certaines initiatives synodales, je vois aussi des
changements au niveau de la gouvernance des diocèses et des paroisses. À
plusieurs endroits, des baptisés s’exercent à vivre un leadership par l’écoute,
la consultation, le processus de prise de décision guidé par le consensus. Nous
découvrons l’importance de mieux valoriser les structures paroissiales et
diocésaines qui favorisent l’avènement d’une Église plus synodale. Depuis
presque 20 ans, nous observons aussi dans la société canadienne une plus forte
immigration, qui est une richesse. Ces nouveaux arrivants manifestent une foi
profonde et revitalisent certaines communautés paroissiales. Mais un défi
demeure pour les communautés chrétiennes d’ici : bien les accueillir, afin
qu’ils se sentent avec nous chez eux.Perspectives chrétiennes Zenit : Vous avez
évoqué la conversion missionnaire et la synodalité. Quels sont vos autres
souhaits pour l’avenir de l’Église au Canada, et quelle est votre espérance ?
Mgr P. Goudreault : Un des chantiers qu’il importe de poursuivre est la
formation chrétienne des baptisés engagés dans la mission, et tout
particulièrement des leaders des communautés chrétiennes. La formation continue
est importante pour les aider à relire leurs expériences missionnaires et à
développer chez eux de nouvelles compétences. Perspectives chrétiennes
Rencontre avec le pape Léon XIV, 15 novembre 2025 © Mgr P. Goudreault Il y
aussi la question de la justice sociale. Malheureusement, j’observe que
l’enseignement social de l’Église est peu connu chez les catholiques. Pourtant,
il est d’une grande richesse ! Nous avons la chance de compter sur l’organisme
Développement et paix – Caritas Canada qui sensibilise les Canadiens et les
Canadiennes, et les invite à participer à des actions de solidarité
internationale auprès de partenaires dans les pays du Sud. Je souhaite vraiment
que nous puissions approfondir l’enseignement social de l’Église en nous
centrant sur l’option préférentielle pour les pauvres. De plus, que ce soit au
niveau des paroisses et des diocèses, je me réjouis de constater qu’il y a de
plus en plus d’ouverture afin que, comme peuple de Dieu, nous marchions
ensemble pour participer à la mission. Certes, je rêve que nous puissions
poursuivre cette route en continuant à renouveler davantage nos approches
missionnaires et en devenant de plus en plus une Église en sortie. Enfin, la
situation actuelle des fermetures de certaines églises au pays, la précarité
financière des communautés chrétiennes et les ressources humaines limitées en
pastorale nous donneraient bien des raisons de baisser les bras. Malgré tout,
il importe de garder confiance et d’espérer en l’avenir. Déjà, il y a des
signes d’une Église qui se renouvelle. Ainsi, des jeunes adultes demandent de
plus en plus le sacrement du baptême, des familles s’intéressent à transmettre
la foi à leurs enfants, des personnes en quête de sens à la vie sont
accueillantes au message de paix et de justice sociale de l’Église. N’ayons pas
peur de nous laisser guider par l’Esprit Saint, car il nous devance sur la
route de la mission pour nous faire entrevoir une Église qui est en train de
naître !
Mgr Pierre Goudreault, président des évêques
canadiens : quelle vision pour l’Église au Canada ? | ZENIT -
Français
Mgr Pierre Goudreault © Anne Van Merris Mgr Pierre Goudreault, président des évêques canadiens :