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Darras tome 20 p. 365

 

   26. Informé de ces événements par l'empereur, Sylvestre II faisait ciseler à Rome une couronne d’or destinée au sacre royal de Boleslas, et préparait aux ambassadeurs que le nouveau roi de Pologne envoyait au saint-siége une réception magnifique. « Mais, dit l'hagiographe, Dieu réservait pour un autre prince ces gages de la bénédiction apostolique. Durant la nuit, un ange du Seigneur apparut au pape et lui dit : Demain, à la première heure du jour, viendront des ambassadeurs d'une nation lointaine, qui solliciteront pour leur duc, avec le titre de roi, la bénédiction du prince des apôtres. N'hésitez pas à leur remettre la couronne royale que vous avez préparée pour un autre. Leur chef en est digne par son mérite et ses vertus. » Le lendemain, en effet, on annonçait au pape l'arrivée du vénérable évêque de Golocza, Astric, accompagné d'une députation de Hongrois. Il venait, au nom du duc Etienne, faire hommage des États de Hongrie au saint-siége, solliciter l'admission de ce peuple si longtemps la terreur de l'Europe dans la grande famille chrétienne, et faire approuver la répartition ecclésiastique de cette province lointaine en dix évêchés qui devaient relever de la métropole de Strigonie (Gran). Etienne, duc et apôtre de la Hongrie, avait succédé à son père Geiza. Né dans le paganisme, il se nommait d'abord Waïc. Sa mère Gisèle, sœur du duc de Bavière, lui avait inspiré de bonne heure des sentiments de vénération et d'amour pour la religion chrétienne. Les germes de foi déposés dans le cœur du jeune prince furent ensuite développés par saint Adalbert de Prague, qui eut la joie de baptiser le descendant d'Attila. Waïc changea son nom au baptême pour prendre celui du premier martyr saint Etienne, et dès lors il propagea avec une ardeur infatigable, parmi ses sujets encore païens, la foi de Jésus-Christ. « Tous les préparatifs destinés à la réception solennelle des ambassadeurs de Boleslas, reprend le chroniqueur, furent

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1 Adhémar. Historiar.  Hb.   III, cap. xxxi. Pair., Lut., tom. CLGI, note 1. Cf. Thietmar, Chrome, lib. IV, cap.  xxx. Pair. Lat., tom. GKXXIX, col. 1Î67.

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employés pour ceux du duc de Hongrie. Dieu se souvenait de la promesse qu'il avait faite, six siècles auparavant, au puissant roi des Huns. Quand Attila s'était présenté devant Rome pour faire de la ville éternelle un monceau de ruines et de décombres, le saint pape Léon était venu au-devant de lui ; par ses larmes et ses douces paroles, il avait arrêté le flot barbare qui menaçait de tout engloutir; il avait désarmé la colère du « Fléau de Dieu.» En récompense de sa soumission, ajoute le récit légendaire, un ange apparut à Attila, et lui promit au nom de Jésus-Christ qu'un jour les descendants du roi des Huns recevraient dans cette même ville de Rome qu'il venait d'épargner, et de la main même de l'un des successeurs de saint Léon, une couronne immortelle. Cette promesse allait se réaliser. Aux premiers rayons du soleil, les députés hongrois firent leur entrée solennelle à Rome. L'évêque Astric exposa au pape le but de sa mission ; il lui fit connaître les saintes œuvres accomplies à la gloire du Christ par le duc Etienne, et le vif désir qu'avait ce prince de recevoir du souverain pontife la couronne royale. Sylvestre II reconnaissant dans ce concours de circonstances extraordinaires la volonté du ciel, et fidèle exécuteur des promesses du Christ, livra pour être remis au descendant d'Attila le diadème fabriqué avec tant de sollicitude pour le roi de Pologne, présent apostolique enrichi de tous les dons du ciel et de la terre, gage mystérieux qu'il avait préparé à son insu, prix du marché jadis conclu entre le Dieu Jésus-Christ et son « Fléau» pour le rachat de Rome et des ossements des apôtres. Sylvestre II y ajouta une croix processionnelle en or massif; il autorisa le roi de Hongrie à la faire toujours porter devant lui. En la remettant à l'évêque Astric, il s'exprima en ces termes: «On me nomme l'apostolique, mais votre roi mérite le titre d'apôtre, lui qui a conquis à la foi un peuple si nombreux. Je ratifie toutes les dispositions que l'Esprit-Saint lui a inspirées pour la division de ses États en églises et en évêchés 1

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1. Bolland. Act. Sanct. 2 septembre. Cf. M. Améd. Thierry, Eittoirt <fAHiU„ tom. II, p. 403. M. Lausser, Gerberl, p. 334.

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27. La couronne donnée par le pape au saint roi Etienne est devenue le palladium sacré de la Hongrie. Nous avons encore la lettre, écrite à cette occasion, par Sylvestre II, véritable charte d'institution du nouveau royaume. En voici la teneur : «Les députés de votre noble personne, principalement notre bien-aimé frère Astrie, évêque de Colocza, en se présentant à notre audience ont vivement réjoui notre cœur. Leur mission près de nous a été d'autant plus facile que nous-même, averti par un message céleste, nous attendions ardemment ces ambassadeurs d'une nation qui nous était inconnue. Heureuse mission, qui fut précédée par un message angélique, et décrétée dans les conseils de Dieu avant de nous parvenir à nous-même ! Elle est vraiment l'œuvre non de «l'homme qui veut et qui court, mais du Dieu qui fait miséricorde, qui change à son gré les temps et les âges, transfère et constitue les royaumes, illumine les profondes ténèbres au rayon de cette lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. 1» Grâces donc soient rendues à Dieu le Père et à Jésus-Christ Notre Seigneur, qui de nos jours a trouvé un nouveau David, le fila de Geiza, un homme selon son cœur. Il a fait luire à ses yeux la divine lumière, il l'a suscité pour devenir le pasteur d'Israël, le chef du peuple hongrois, nation élue. Nous n'avons que des éloges pour votre piété envers Dieu et votre respectueux dévouement pour la chaire apostolique, sur laquelle malgré notre indignité nous sommes assis. Soyez béni pour la libéralité magnanime avec laquelle, et par la bouche de vos ambassadeurs et par les lettres de votre sublimité, vous avez offert au bienheureux Pierre prince des apôtres le royaume et la nation dont vous êtes le chef, ainsi que tout ce qui est à vous, et votre personne même. C'est là un acte vraiment royal, qui mérite et présage le titre de roi que vous sollicitez de nous. En conséquence, très-glorieux fils, nous vous accordons de grand cœur tout ce que vous nous avez demandé à nous-même et au siège apostolique, le diadème et le titre de roi, avec pouvoir d'ériger la métropole de Strigonie et les évêchés suffragants. Par l'autorité du Dieu tout puissant, au nom

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1. Rom. ix, 16. Daniel, II, 21-T2. Joann. i,9.

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des bienheureux apôtres Pierre et Paul, nous vous conférons et concédons avec la bénédiction apostolique les divers privilèges que vous avez sollicités. Le royaume que votre magnificence a offert à saint Pierre, la nation des Hongrois présente et à venir, nous les recevons en la protection de la sainte église romaine et les donnons à tenir, gouverner et posséder, à votre prudence et à celle de vos légitimes successeurs. Ceux-ci, quand ils auront été régulièrement élus par les magnats, seront tenus de nous rendre de même à nous et à nos successeur par eux-mêmes ou par leurs envoyés, l'obéissance et le respect qui nous sont dus, de se montrer soumis à la sainte église romaine, qui regarde ses sujets non comme des serviteurs mais comme des enfants; de persévérer fermement dans la foi catholique et de travailler à sa propagation 1. » Munis de cette lettre, les députés quittèrent Rome emportant la couronne et la croix d'or du royaume apostolique, et peu après au milieu de l'enthousiasme universel Etienne fut sacré roi de Hongrie. Le pouvoir de disposer et de régler les affaires ecclésiastiques de son royaume, tel que Sylvestre II, venait de le lui conférer, équivalait à celui d'un légat perpétuel du saint-siége. Il fut confirmé sous ce titre par le concile de Constance, à la demande de l'empereur Sigismond. Saint Etienne porta dignement le sceptre qu'il tenait du siège apostolique. Il soumit complètement les Slaves et les Bulgares : la Hongrie lui dut la plupart de ses institutions sociales. Telle était alors la prééminence politique de la papauté qui se relevait, sous la main de Sylvestre II, des longues humiliations et des désastres du dixième siècle.

 

   28. Cependant la noblesse féodale de Rome n'avait point encore désarmé. La gloire, les vertus, le génie de Sylvestre II ne trouvèrent pas grâce devant elle. Le pape venait d'établir le jubilé séculaire qui fut célébré pour la première fois en l'an mil, comme pour protester par cette institution toute de joie spirituelle contre les superstitieuses terreurs du vulgaire. Il venait d'étendre à l'Église universelle l'obligation de célébrer la commémoration des fidèles trépassés le lendemain de la fête de tous les saints. Odilon de Cluny

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1. Gerbert. Eptst. ttoviii, p. H7.

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avait le premier établi ce touchant anniversaire dans les diverses maisons de son ordre. Voici à ce sujet le récit de l'hagiographe de Cluny, Jotsald. « Un religieux du diocèse de Rodez, au retour d'un pèlerinage à Jérusalem, s'était embarqué de Thessalonique pour la Sicile. Une violente tempête assaillit le navire, et l'on fut contraint de faire relâche près d'une île ou plutôt d'un rocher qui semblait complètement désert. Or, un vénérable ermite vivait dans cette solitude, servant Dieu dans la prière, le jeûne et les macérations. De quel pays êtes-vous? demanda-t-il au religieux.—D'Aquitaine, répondit celui-ci. — Connaissez-vous, reprit l'ermite, le monastère de Cluny et Odilon son abbé? — Sur la réponse affirmative du voyageur, l'ermite continua en ces termes : Du haut de ce rocher, Dieu me fait souvent contempler les supplices des âmes qui souffrent en purgatoire, et la joie de celles que les prières et les sacrifices de ceux qui sont restés ici bas délivrent chaque jour des flammes. Parmi elles, j'en entends un grand nombre se plaindre que la con-; grégation de Cluny et son abbé Odilon, aux suffrages desquels elles s'étaient recommandées, les oublient et ne fassent plus mémoire d'elles dans leurs oraisons. Je vous conjure donc, au nom du Seigneur, quand vous serez rentré dans votre patrie, de donner cet avertissement à l'abbé Odilon et à sa congrégation sainte. Dites-leur de ma part de multiplier leurs prières, leurs veilles et leurs aumônes pour le repos des âmes qui achèvent de se purifier dans le lieu de l'épreuve. Ainsi le ciel verra s'accroître le nombre des bienheureux, et l'empire du démon sera en deuil. — De retour en France, le religieux s'acquitta fidèlement de sa mission. Le bienheureux abbé et ses frères rendirent grâces à Dieu de cette communication céleste ; ils ajoutèrent oraisons sur oraisons, aumônes sur aumônes, et appliquèrent tous les mérites de leurs saintes œuvres à la délivrance des âmes du purgatoire! Enfin Odilon promulgua une ordonnance générale, adressée à tous les monastères relevant de sa juridiction, pour leur enjoindre de célébrer l'anniversaire des morts le lendemain de la Toussaint1. » Le texte de

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1. Jotsald. S. Odilon fila, Lib. II, cap, xtn, Pair. Lat.,tom. GXLII, col. 9ÎS.

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cette ordonnance monastique nous a été conservé. En voici la teneur : « Il a été décrété par le très-bienheureux père et seigneur Odilon, du consentement et à la requête de tous les frères de Cluny que, de même que dans toutes les églises de l'univers on célèbre le jour des calendes de novembre la fête de tous les saints, ainsi on célébrera parmi nous le lendemain la fête de la commémoration de tons les fidèles défunts qui ont vécu sur la terre depuis la création du monde. Ce jour là, après le chapitre, le doyen et le cellérier feront une distribution de pain et de vin, comme au jeudi saint, à tous les pauvres qui se présenteront. Tout ce qui restera du diner et du souper des frères sera intégralement recueilli par l'aumônier et distribué aux pauvres. Le soir de la Toussaint, après les vêpres de cette fête, on sonnera toutes les cloches et l'on récitera l'office des morts. La messe du lendemain sera célébrée pour les défunts en grande solennité, et au son des cloches. Toutes les autres messes privées seront dites à l'intention des âmes du purgatoire et l'on donnera ce jour-là dans l'hôtellerie du monastère un repas à douze pauvres. Nous voulons, demandons et enjoignons que ce présent décret soit observé à perpétuité dans toutes les maisons de notre ordre. Nous exhortons en même temps les fidèles qui militent dans la maison du Seigneur, c'est-à-dire dans la sainte Église catholique de faire en ce jour, selon la mesure de leur pouvoir, des aumônes à la même intention 1. » Tel est le décret de saint Odilon pour l'ins-titution d'une solennité si chère aux cœurs chrétiens. En l'absence du rescrit de Sylvestre II qui ne nous est point parvenu, ce texte nous fait pénétrer complètement dans la pensée du saint fondateur, et constitue l'un des plus précieux monuments liturgiques du dixième siècle.

 

   29. La consécration solennelle qui étendait à toute la catholicité la nouvelle institution née à Cluny lut accueillie avec autant d'empressement que de piété par l'univers chrétien. De toutes parts Sylvestre II en recevait les témoignoiges les plus consolants, lorsqu'il se vit soudain arraché à ses pieux travaux par des révoltes

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1. 8. Odilon. Slalutumin defunctis. tom. cit col. 1035.

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dans ses États. Un nouveau Crescentius, un de ces opiniâtres tenants de la politique byzantine, ennemie acharnée des empereurs d'Occident, se révéla dans la personne de Grégoire comte de Tusculum. À son instigation, les villes de Césène et de Tibur se mirent en insurrection. Il fallut une armée pour  réduire la première; la seconde écouta la voix du saint évêque Bernward d'Hildesheim, que Sylvestre II lui envoya comme un ange de paix, et rentra dans l'obéissance. Il n'en fut pas de même à Rome. Un jour que le pape célébrait une messe pontificale à Saint-Jean-de-Latran, pendant qu'à l'offertoire le peuple portait ses présents à l'autel, un groupe de factieux fit entendre des cris de colère. Une femme furieuse s'avança près du comte palatin Hugues de Toscane, représentant de l'empereur, et se plaignit d'un déni de justice vrai ou faux.  Le tumulte fut bientôt à son comble. Les conjurés tirèrent leurs épées; en même temps que les gardes palatins se mettaient en défense. Le pape fut contraint de s'enfuir; il réussit à sortir de Rome au milieu des vociférations d'une populace en délire. Les deux premières stations où il espérait trouver un asile dans la campagne romaine avaient été détruites; on avait même saisi ses revenus de la Sabine-, A la nouvelle de ces lamentables excès, Othon III se hâta de franchir les Alpes pour voler au secours du grand pontife, son père et son ami. La présence de l'empereur calma momentanément les esprits, Sylvestre II put rentrer paisiblement à Rome.

 

   30. Un péril d'une autre nature occupait alors toute sa sollicitude. Les Sarrasins venaient de faire une invasion sur les frontières romaines et de s'emparer de Capoue. Othon III avec son armée marcha à leur rencontre, leur infligea une défaite sanglante et reprit sur eux la capitale de la Campanie. Cet incident éveilla dans l'âme du pape, comme par une sorte de vue prophétique, la première idée des croisades. La chrétienté d'Occident sans cesse menacée par les Maures d'Espagne et les Sarrasins d'Italie devait un jour se liguer sous l'étendard de la croix de Jésus-Christ pour repousser les attaques du Croissant. Mais le foyer et le centre du-mahométisme n'étaient pas en Occident. C'était de l'Orient que sortaient par essaims innombrables les hordes dévastatrices qui pro-

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menaient la flamme et le fer sur le midi de l'Europe. Sylvestre II conçut le hardi projet d'une immense coalition des peuples latins, sans distinction de nationalités ou de races, unis seulement par la foi religieuse dans un but tellement élevé au-dessus des rivalités mesquines de la politique locale, qu'il fût impossible à tout guerrier chrétien de ne pas y dévouer jusqu'à la dernière goutte de son sang. Dans une lettre fameuse, adressée par lui à toute la catholicité, il traça en traits éloquents ce programme vraiment sublime que les croisades devaient réaliser. Voici cette lettre où le pontife s'efface lui-même pour faire entendre à l'Europe chrétienne une voix sortie du glorieux tombeau de Jésus-Christ. «L'église désolée de Jérusalem à l'Église catholique maîtresse du sceptre des rois. — Pendant que tu es florissante en Occident, épouse immaculée du Christ dont je me fais gloire d'être l'un des membres, mon front courbé sous la douleur n'a d'espoir de se relever jamais que par ton secours. Comment pourrais-je ne pas avoir en toi une suprême confiance, ô reine du monde, puisque tu me reconnais pour ta fille? Quel est celui de tes enfants qui pourrait demeurer insensible au spectacle de mes abaissements et de mes malheurs? Pour être aujourd'hui plongée dans l'abime de l'humiliation, je n'en suis pas moins cette église que l'univers entier regardait autrefois comme le plus beau fleuron de la couronne chrétienne. J'ai donné le jour aux patriarches ; c'est ici que les prophètes ont annoncé les oracles divins. J'ai envoyé à tous les points du monde les apôtres pour illuminer les ténèbres des autres peuples ; c'est de la Judée que l'univers a reçu la foi du Christ ; c'est dans mou sein que l'humanité a vu naître son Rédempteur. Comme Dieu, le Christ est partout ; mais comme homme c'est ici qu'il a pris naissance, qu'il a souffert, qu'il a été enseveli, qu'il est ressuscité pour monter aux cieux. Isaïe dans un transport prophétique avait dit : « Son sépulcre sera rayonnant de gloire, » mais les puissances de l'enfer sont conjurées contre les lieux saints ; l'infidèle s'efforce de les détruire ; la domination des païens souille ce tombeau sacré. Levez-vous donc, soldats du Chrrist, déployez vos étendards, volez au combat. Et si vous ne le pouvez encore par les armes, secourez-nous du moins

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de votre influence, de vos conseils, de vos aumônes. Ce que vous ferez pour nous, vous le ferez pour une église de qui vous avez reçu gratuitement tout ce que vous possédez de plus précieux. Vos sacrifices ne seront pas sans récompense; la bénédiction de Dieu multipliera dans l'avenir vos prospérités. Par moi le Seigneur vous bénit, afin que l'assistance que vous me donnerez soit pour vous-mêmes une cause de félicité, un moyen de rémission pour vos fautes et le gage du salut éternel1.» —«Il y a, dit M. Lausser, dans cet appel aux armes tombant de la bouche du pontife dont les lèvres ne s'ouvrent que pour bénir et pardonner, comme un cri de suprême détresse. L'on se sent ému de ce frémissement de tendresse virile par où les plus austères esprits communiquent, des hauteurs du commandement avec l'âme des multitudes.» L'état de l'Europe retarda l'exécution du plan de Sylvestre. Seuls les Pisans se levèrent à sa voix; ils équipèrent une flotte pour voler au secours des chrétiens de la Palestine, ouvrant ainsi sur les flots de la Méditerranée le premier sillon que devaient suivre, à la voix d'Urbain II, les navires chrétiens des croisés.

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