VIème Concile oecuménique 6

Darras tome 16 p. 326

 

   34. Ainsi se termina la VIIIe actio, la plus laborieuse sans contredit, et la plus importante de toutes celles du VIe concile général. Les divers incidents qui l'avaient marquée, le vote des pères, la protestation de Théodore de Mélitène, le démenti formel dont elle fut l'objet, l'acclamation de la foi orthodoxe, l'acceptation complète et absolue des lettres de saint Agathon, le rétablissement du nom de Vitalien sur les diptyques, l'interrogatoire et la déposition du patriarche d'Antioche donnent à cette séance un caractère impo­sant et presque dramatique. En principe le concile était fini, puis-

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1 Labbe, tom. VI, col. 760-770.

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que la foi orthodoxe était proclamée. A l'exception de Macaire et d'Etienne son disciple, tous les pères avaient acclamé la définition dogmatique du pape, et la réunion des deux églises grecque et latine, symbolisée par le rétablissement du nom de Vitalien sur les diptyques. On comprend donc que le Liber Pontificalis, dans sa notice de saint Agathon , termine à ce point le sommaire du VIe concile général. Il est vraisemblable qu'en présence du résultat obtenu , après l'ovation publique dont les légats furent l'objet quand l'évêque Jean de Porto célébra pontificalement à Sainte-Sophie, selon le rite latin, au milieu des transports d'enthousiasme du peuple de Byzance, un message fut expédié au pape pour lui rendre compte des événements. Cette hypothèse fort naturelle suffirait, selon nous, à expliquer comment le sommaire du concile général, introduit au Liber Pontificalis dans la notice d'Agathon, s'arrête à ce moment précis et ne va pas au delà. Mais il y a entre ce sommaire et le texte byzantin des procès-verbaux, quelques divergences partielles qui restent et resteront longtemps peut-être à l'état de problème historique. Nous ne voulons point par­ler du nombre des sessions et de leur date, qui ne s'accordent nulle­ment dans les deux textes. D'une part, le sommaire n'affiche nulle­ment la prétention de reproduire dans son intégrité la série des actions ou sessions; il n'emploie même pas une seule fois ce terme. Son but est uniquement de mettre en saillie les faits principaux. D'autre part, les dates recueillies d'après un récit oral, avant l'arrivée à Rome des procès-verbaux authentiques, purent très-bien subir quelques modifications insignifiantes, comme serait par exemple celle de placer au 17 février au lieu du 2 mars la déposition de Macaire, ou de faire commencer le 22 novembre seulement le concile ouvert en réalité dès le 7 du même mois. Dans tous les manus­crits historiques, la chronologie est le côté le plus défectueux, la partie où les copistes ont glissé le plus d'inexactitudes. On ne saurait donc tirer de cette divergence entre le Liber Pon­tificalis et les actes du VIe concile général, une objection sé­rieuse contre l'authenticité de l'un ou de l'autre monument. Mais il n'en est pas de même pour deux autres particularités très-

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significatives. Le Liber Pontificalis dit positivement que le recueil des textes présentés par Macaire à l'examen du concile était revêtu de la signature de Macaire lui-même et de celle de l'ex-patriarche byzantin Théodore, sub ipsius scriptione et Theodori expatriarchœ. Liber Pontificalis ? Voilà qui est affirmatif et clair. Cependant les actes ne disent pas un mot de la souscription de Théodore; ils ne parlent que de la signature de Macaire et de celle de son disciple l'archimandrite Etienne. Pourquoi le silence des actes? Pourquoi la mention ex­presse de Théodore au Jusqu'ici ce pro­blème était resté insoluble. A première vue, il semble que le Liber Pontificalis n'a pu ni voulu ni dû se tromper, en par­lant de Théodore. Cet ex-patriarche, révoqué de ses fonctions, n'a­vait plus en ce moment aucune importance religieuse ou politique. Dès lors on n'avait à Rome aucun intérêt à le dénigrer. A Constan-tinople, au contraire, lorsqu'en 683, deux ans après la tenue du concile, ce même Théodore remonta sur le siège patriarcal, il put y avoir des mains intéressées à ce que son nom disparût des actes où il aurait été primitivement inscrit avec une flétrissure. Le doute ici, ou plutôt le soupçon, devient très-fondé. Nous verrons plus loin que de nouvelles preuves le confirmeront encore. Un autre fait est affirmé par le Liber Pontificalis et complètement passé sous silence dans les actes. Le jour qui précéda la déposition de Macaire, le Liber Pontificalis mentionne expressément une réunion solennelle tenue dans la salle du dôme par le concile, sous la présidence de l'empereur, pour lire de nouveau la lettre pontificale de saint Agathon : In eodem secretario résidente synodo, una cum principe, synodica sanctissimi Agathonis papœ relecta est. Les procès-verbaux du concile ne disent pas un mot de cette séance. Eut-elle réelle­ment lieu, et les actes ont-ils été mutilés en cet endroit? Il nous est impossible de le déterminer, tant que de nouveaux documents ne viendront point apporter la lumière sur cet incident. En somme, ces quelques obscurités ne tombent que sur des points relativement peu considérables. Nous allons bientôt rencontrer des difficultés vraiment sérieuses.

   35. La neuvième actio eut lieu le lendemain, 8 mars. Deux évêques

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nouveaux, Marin de Sardes et Jean d'Eriza, étaient arrivés ; leur nom inscrit pour la première fois au procès-verbal indique seul leur présence. On ne les interrogea pas sur leur foi. Tous deux appartenaient au patriarcat d'Antioche. Macaire, déposé dans la session précédente, n'assistait point à celle-ci. Une modification dans le cérémonial se fait remarquer. Jusque-là c'était l'un des patrices qui, à l'ouverture de la séance, énonçait en quelques mots l'ordre du jour, et semblait faire le rôle de promoteur. Cette fois, le diacre Constantin, primicier des notaires de l'église byzantine, en remplit la fonction. Ce changement était plus conforme à la discipline canonique. Fut-il provoqué par quelques réclamations survenues dans l'intervalle? les actes ne le disent pas. Le diacre notarius rappela que l'examen des textes recueillis par Macaire et Etienne n'avait pas été épuisé. Il ajouta que Théodore de Mélitène, avec les évêques et les clercs signalés par lui comme ses tenants, attendaient à la porte, séparés de l'assemblée par le voile qui fer­mait la salle. L'archimandrite Etienne, disciple de Macaire, était avec eux. L'empereur donna ordre de les introduire tous; puis, en faveur sans doute des deux évêques nouvellement arrivés, il fit lire intégralement les procès-verbaux des précédentes séances. Après quoi, on reprit l'examen du premier volume de Macaire. La discussion d'un commentaire de saint Athanase sur le texte évangélique : Deus meus, ut quid dereliquisti me? fournit à l'évêque de Gortyne, Basile, l'occasion de faire observer que le docteur alexandrin témoignait nettement sa croyance aux deux volontés en Jésus-Christ, puisque la volonté humaine se plaignait sur la croix de l'abandon du Père, tandis que la volonté divine persévérait à ac­cepter et à souffrir les tortures de la passion. L'archimandrite Etienne, le disciple obstiné de Macaire, intervint alors et fit une nouvelle objection ; « Saint Grégoire le Théologien1, dit-il, ensei­gne manifestement le monothélisme dans cette parole : « La vo­lonté de Jésus-Christ n'est point opposée à celle de Dieu, car elle est déifiée tout entière. » — L'évêque de Gortyne réfuta sur-le-

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1 C'était sous ce titre qu'on désignait saint Grégoire de Nazianze.

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champ ce sophisme. « Quelle est la volonté qui, selon vous, fut déi­fiée  dans le  Christ?   demanda-t-il à Etienne. Ce ne put  être la volonté  divine , car ce  qui est divin n'a pas besoin d'être déifié. Évidemment alors ce fut la volonté humaine. Le Christ avait donc une volonté humaine, laquelle avec la volonté divine forme bien réellement les deux volontés que nous lui reconnaissons.» — Etienne aussi obstiné que l'avait été son maître, le patriarche Macaire, continuait à ne pas comprendre. Un de ses condisciples, le moine Georges, sur la demande de Domitius évêque de Prusias, fut interrogé par l'empereur : «Que pensez-vous, lui dit Constan­tin, de l'argumentation de votre condisciple Etienne? — Elle est entièrement opposée à la parole et à la doctrine des saints pères, répondit Georges. » — On examina ensuite un dernier texte tiré de saint Cyrille et également détourné de son véritable sens par le stratagème ordinaire du patriarche monothélite. Enfin la sentence fut prononcée en ces termes :  « Vous Etienne, et votre maître Macaire, n'avez nullement démontré dans le volume soumis par vous à l'assemblée l'unité de volonté en Jésus-Christ. Le dogme des deux volontés résulte au contraire du témoignage cité par vous de saint Athanase, bien que vous l'ayez obscurci et mutilé. Vous êtes donc juridiquement convaincus d'avoir cherché à pervertir la foi divine, d'avoir altéré le texte des pères, corrompu leur doctrine, propagé l'hérésie et semé la contagion de l'erreur au sein des fidèles. En conséquence, le saint concile vous déclare déchus l'un et l'autre du ministère soit épiscopal soit sacerdotal. » —Des accla­mations succédèrent à la lecture de ce jugement. «Longues années à l'empereur orthodoxe, dirent les pères. Malédiction au nouvel Eutychès, à l'Apollinaire nouveau ! Qu'il soit expulsé ! » L'archi­mandrite fut en effet chassé du concile, ajoutent les actes, et impul­sus est Stephanus, discipulus Macarii, et foras missus est. Le Liber Pontifîcalis, non moins énergique mais un peu plus détaillé dans son récit, nous apprend que les clercs romains poussèrent Etienne par les épaules et le mirent à la porte de la salle, Stephanum autem cervicibus a sancta synodo clerici Romani ejicientes expulerunt. Théodore de Mélitène, ainsi que les trois évêques et les clercs inculpés par

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lui, demandèrent alors un sursis pour produire la profession de foi écrite qu'on était convenu la veille d'exiger d'eux. Matériellement en effet le temps leur avait fait défaut pour la rédiger, puisque les deux dernières sessions s'étaient succédées sans un jour d'inter­valle. Leur requête fut agréée. L'assemblée déclara ensuite qu'elle considérait comme superflu d'examiner les deux autres volumes de Macaire encore restés sous les scellés. La prochaine séance devait être consacrée à la vérification des témoignages orthodoxes réunis dans le recueil présenté au concile par les légats du saint-siége 1.


   36. Nous sommes maintenant arrivés à ce moment précis où les  actes, qui ont jusqu'ici procédé correctement dans un ordre logique, commencent à accuser une déviation légère, si l'on veut, et presque imperceptible au début, mais qui s'accentuera bientôt et finira par frapper tous les regards. L'ordre du jour dont on vient de lire les dernières paroles, est le point de départ de toute une série de faits dont la régularité est contestable. Cet ordre du jour lui-même implique une contradiction flagrante avec les précédents du concile. En effet chacun des évêques individuellement, et tous ensemble par acclamation avaient dans la huitième actio, le 7 mars, défini le dogme et déclaré que de science certaine ils acceptaient pour authentiques les citations des pères attestant la foi orthodoxe telles que les renfermait la lettre de saint Agathon, lettre lue en séance publique au moins une fois d'après les actes, deux fois d'a­près le Liber Pontificalis, mais en tout cas lettre dont les pères sur la demande du patriarche Georges avaient obtenu, on se le rappelle, des copies qui en facilitaient l'examen le plus minutieux. Cette dé­finition, cette déclaration, sanctionnées l'une et l'autre par la dépo­sition de Macaire, par le rétablissement du nom de Vitalien sur les diptyques, par l'expulsion de l'archimandrite Etienne, étaient des faits irrévocables, des sentences dogmatiques sur lesquelles, sauf ratification du souverain pontife, il n'était plus possible de revenir. Il est vrai que le volume présenté par les légats avait été,

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1 Labbe, tom. VI, col. 771-779.

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après une première lecture, mis sous les trois scellés des patrices, de la légation apostolique et du patriarcat. Puisqu'on les scellait si minutieusement, dira-t-on, c'est qu'on avait l'intention de les ouvrir pour les discuter plus tard. L'objection est plus spécieuse que réelle. Au moment où l'on apposait ainsi le sceau de l'authen­ticité sur la collection de textes présentée par les légats, on en faisait autant pour les trois volumes de Macaire. L'intention était de se servir des uns et des autres dans la discussion officielle avec ce patriarche. Mais depuis la déposition de ce dernier et l'expul­sion de son disciple Etienne, la discussion était close. Les témoi­gnages cités dans la lettre de saint Agathon, et reconnus authen­tiques par le concile, avaient suffi en surabondance pour établir la vérité dogmatique. L'examen auquel on allait se livrer de nouveau sur la collection présentée par les légats devenait donc une superfétation complètement inutile. Sauf l'intention de gagner du temps, ce qui pourrait bien avoir été le mobile secret d'une partie de l'assemblée, on ne trouve aucune raison de justifier ce procédé. Il y a plus, c'est que les textes renfermés dans le volume des légats se trouvèrent presque identiquement les mêmes que ceux de la lettre de saint Agathon, Or, on venait d'approuver solennellement ceux-ci, il n'y avait donc point à leur faire subir un nouveau con­trôle. Le P. Colombier a parfaitement saisi et noté cette ano­malie. « Au point où l'on était arrivé, dit-il, il semble que la tâche du concile fût à peu près terminée. En effet, que lui restait-il encore à faire? Convaincre les hérétiques vivants par leurs propres écrits, confirmer la condamnation prononcée contre les morts, dresser une profession de foi opposée aux erreurs anathématisées ; après quoi, les pères pouvaient retourner à leurs églises1. » D'après le savant auteur, la nouvelle de la mort du pape saint Agathon arrivée à Constantinople dans l'intervalle de la neuvième session à la dixième (8-18 mars 681) aurait déterminé le revirement. Ce motif, nous l'avons vu plus haut, ne peut subsister devant les

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1 P. Colombier, La condamnation d'Honorius; Études religieuses, mars 1870, pag. 385.

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preuves historiques, nombreuses, décisives, fixant la mort d'Agathon non point au 10 janvier 681 mais à la même date de l’an 682. Le motif n'est donc pas acceptable, mais le revirement n'en fut pas moins réel. Un plan hostile à l'église romaine, contradic­toire à tout ce qui venait de se passer au sein de l'assemblée, se combina dès lors et se poursuivit manifestement dans les sessions suivantes. Le fait est certain : nous essaierons d'en faire connaître les véritables causes, à mesure que les événements passeront sous les yeux du lecteur.

 

37. La dixième actio se tint le 18 mars, dans des conditions nu­mériques fort différentes du passé. Le chiffre de cinquante pères était resté jusque là invariable, même après la déposition de Macaire et l'expulsion de l'archimandrite Etienne, puisque l'arrivée des deux évêques de Sardes et d'Ériza avait immédiatement comblé exacte­ment le vide. Cette fois, douze autres évêques survenus de nouveau prirent séance ; ils appartenaient pour la plupart au patriarcat d'Antioche. C'étaient Jean de Thessalonique, Philaléthès de Césarée en Cappadoce, Jean de Syda, Justin de Tyane, Alypius de Gangres, Cyprien de Claudiopolis, Polyeucte de Myre en Lycie, Théodore de Stauropolis en Carie, Isidore de Rhodes, Epiphane des Euchaïtes, Théodore de Prœnete et Demetrius de Teni. Leurs noms apparaissent pour la première fois au procès-verbal de la séance, ouverte par le diacre et primicier des notaires Constantin, qui fit en quelques mots l'énoncé de l'ordre du jour, portant vérifi­cation du volume de textes présenté par les légats et réception de la profession de foi écrite, promise par Théodore de Mélitène et ses prétendus adhérents. En faveur des nouveaux arrivés, l'empe­reur fit donner lecture des procès-verbaux de toutes les séances précédentes. Après quoi, le diacre et notarius byzantin, Pierre, ap­porta au milieu de l'assemblée des manuscrits sur parchemin et recouverts de lames d'argent, renfermant les œuvres authentiques des pères. Un autre diacre et notarius, Salomon, donna lecture du volume présenté par les légats. Les témoignages, au nombre de trente-neuf, en faveur du dogme des deux volontés et deux opéra­tions en Jésus-Christ, étaient empruntés à saint Léon le Grand, saint

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Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Athanase, saint Grégoire de Nysse, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Épiphane, saint Grégoire de Nazianze, saint Augustin, saint Justin, saint Ephrem d'Antioche, saint Jean évêque de Scythopolis. On citait ensuite une constitu­tion de l'empereur Justinien I contre les acéphales, et enfin un passage de saint Anastase d'Antioche, tiré de son acceptation synodique du tomus dogmaticus de saint Léon le Grand. Sauf les trois derniers, tous avaient déjà été cités dans la lettre de saint Agathon. Chacun des textes, soigneusement collationné sur les exemplaires du patriarcat byzantin, fut trouvé d'une rigoureuse exactitude. Le titre de saint donné à Anastase d'Antioche provoqua de la part de Basile, évêque de Gortyne (Crète), une interpellation. « Je demande, dit-il, si le vénérable et œcuménique synode ratifie le titre de saint attribué à Anastase ? » Théodore de Mélitène répondit : « Nous honorons tous Anastase d'Antioche comme un saint. L'Orient tout entier lui reconnaît ce titre. Anathême à qui ne reçoit pas sa parole. » Tous les pères, confirmant cet avis, dirent: «Amen1. » Après la vérification des textes orthodoxes, on passa à celle des extraits empruntés aux livres hérétiques de Themistius, Anthime, Sévère, Théodore, Paul, Théodore de Pharan. Confrontés avec les exemplaires des archives, chacun des passages cités fut reconnu authentique. Sur la demande des légats apostoliques, on joignit à cette liste d'écrivains hétérodoxes le nom d'Apollinaire. Un texte, tiré d'un manuscrit de la bibliothèque byzantine, dans lequel cet hérésiarque affirmait l'unité d'opération en Jésus-Christ fut ajouté au recueil des légats. La séance se termina par la lecture d'une pro­fession de foi orthodoxe, écrite et signée par les quatre évêques Théodore de Mélitène, Pierre de Nicomédie, Salomon de Clanée, An­toine d'Hypsepe, ainsi que par les diacres Georges, Denys, Anastase, Etienne, et par les moines Anastase et Georges. La main étendue sur

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1. Deux évêques du nom d'Anastase se succédèrent sur le siège d'Antioche; le premier, promu en 561, mourut en 598, après avoir été exilé pour la foi par l'empereur Justin. Sa fête se célèbre le 21 avril. Son successeur périt en 609, massacré par les Juifs durant une sédition. Il est honoré le 21 décembre. C'est de ce second Anastase qu'il est question ici.

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le livre des Évangiles, chacun d'eux fit serment de croire, enseigner et professer le dogme des deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ. L'ordre du jour était épuisé. Aucune division nouvelle ne s'était produite au cours de cette actio. Les évêques récemment admis au concile avaient accepté sans réclamation les actes pré­cédents. En réalité, il ne restait plus autre chose à faire qu'à lire la profession de foi contenue dans la lettre de saint Agathon avec les anathèmes contre les hérétiques monothélites, et à se sépa­rer en paix. Une motion, en apparence inopinée, se produisit au dernier moment. Le prêtre et archimandrite Georges, apocrisiaire de Théodore vicaire apostolique du patriarcat de Jérusalem, ré­clama la parole. « Très-pieux prince, dit-il, je requiers du saint et œcuménique concile la lecture des lettres synodiques adressées jadis par le patriarche de Jérusalem Sophronius, de vénérable mémoire, au patriarche de cette impériale cité, Sergius. Celui-ci refusa de les recevoir. Je demande que le concile, après en avoir entendu la lecture, statue sur leur orthodoxie. — II sera fait ainsi que vous le demandez,» répondit Constantin et la séance fut levée 1.

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