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30. L'argumentation de saint Grégoire de Nazianze repose, on le voit, uniquement sur le droit naturel qui ouvre indistinctement à chaque homme les carrières intellectuelles. C’est qu’en effet les Julien fut le premier des législateurs qui chercha à introduire ledroit absolu, exclusif et souverain de l’état, en matière d »enseigne-
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1. S. Greg. Naz., loc. cit.
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ment. Saint Grégoire relève comme une monstruosité ce principe auparavant inouï. Le reproche qu'il fait à Julien d'avoir voulu singer les institutions catholiques au profit de l'idolâtrie se rapporte à tout un ordre de faits extrêmement curieux à observer, au milieu d'une persécution dont chaque trait eut sa physionomie originale. Julien avait débuté par copier la hiérarchie ecclésiastique, en créant des pontifes provinciaux dont la juridiction s'étendait sur tous les sacrificateurs des villes et des campagnes, lesquels relevaient tous du grand hiérophante Maxime, vicaire lui-même du Pontifex Maximus, c'est-à-dire de l'empereur. Les cantiques pieux des chrétiens dans leurs assemblées lui parurent aussi un moyen puissant de propagande. Dans une lettre au gouverneur d'Alexandrie Ecditius, il charge ce fonctionnaire de recruter, parmi les plus honorables familles égyptiennes, des adolescents de bonne mine qui fussent aptes à apprendre la musique. Il ordonne de les réunir en un collège sur le modèle des écoles épiscopales ; il assigne des fonds pour leur entretien, et veut que toute leur éducation soit dirigée dans le but de les préparer au ministère des temples idolâtriques. Chose bizarre ! Julien, tout polythéiste qu'il fût, ne se sentait pas la force de restaurer l'idolâtrie sur ses anciennes bases. Pour la faire accepter, il était contraint d'adopter toutes les idées nouvelles que le christianisme avait implantées dans le monde. Voici une lettre qu'il adressait au pontife de Galatie, Arsace. «L'hellénisme ne progresse pas encore comme il le devrait, dit-il; c'est la faute de ses ministres. De la part des dieux, tout est grand, tout est pur, tout est magnifique. De la part des événements, nous pouvons dire que la situation faite à l'idolâtrie dépasse toutes les espérences. Qui de nous, il y a seulement deux ans, eût osé se promettre un changement si radical et si merveilleux? Mais rien n'est fait, si nous ne sommes nous-mêmes à la hauteur de notre mission et de notre œuvre. Songeons aux moyens populaires par lesquels l'athéisme des Galiléens s'est accrédité dans le monde : je veux dire la charité pour les pauvres, les infirmes, les malheureux de toutes sortes; l'hospitalité pour les étrangers; le culte des morts; la sainteté apparente et extérieure. Ces gens-là ont eu le talent de simuler
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toutes les vertus; il est temps que nous les dépassions sur ce terrain, non par une vaine apparence, mais par une sérieuse perfection. Personnellement vous êtes irréprochable; je le sais; je vous en félicite, mais cela ne suffit point. Il faut que tous les sacrificateurs, tous les ministres des dieux, dans la province de Galatie, le soient comme vous. Persuasion, menaces, avis, conseils, destitution même, employez tous les moyens pour en faire d'honnêtes gens. Déposez-les du sacerdoce, s'ils vous résistent et s'ils ne deviennent, eux, leurs femmes, leurs enfants, leurs domestiques, des modèles de régularité, de droiture et de piété envers les dieux. Surtout qu'ils ne souffrent pas au sein de leur famille l'infection contagieuse des Galiléens. Prévenez-les qu'un ministre des dieux ne doit jamais compromettre sa dignité en paraissant dans un théâtre, chez les popinarii, ou dans des maisons infâmes. Dites-leur qu'il y a cer-tains trafics qui déshonorent même les particuliers, à plus forte raison les ministres des autels. Formulez un règlement dans ce sens. Ceux qui s'y conformeront peuvent être assurés de ma bienveillance ; mais ceux qui se montreraient récalcitrants, chassez-les sans pitié. Etablissez en chaque ville un ou plusieurs hospices, pour y recueillir les malades et les étrangers indigents sans distinction de culte. Pour faire le premier fond nécessaire à ces établissements, j'ai donné l'ordre au gouverneur de Galatie de mettre an- nuellement à votre disposition trente mille modii de froment, et soixante mille septarii de vin. Un cinquième de ces provisions sera distribué aux pauvres par les sacrificateurs; le reste sera mis à la disposition des hospices pour les étrangers, les malades et les men-diants. J'avoue que c'est une honte pour moi de voir un païen ou un Juif tendre la main et recevoir l'aumône de ces impies GaliIéens, lesquels outre leurs pauvres nourrissent encore les nôtres. Nos pauvres sont à nous, et nous les abandonnerions! L'éducation des païens est à faire sur ce point. Apprenez-leur qu'il y a obligation pour eux de contribuer aux œuvres d'humanité. Prenez des mesures pour que dans chaque village on offre fidèlement aux dieux les prémices de toutes les récoltes. C'est la part des pauvres. Rappelez à tous le mot d'Homère : « Le mendiant et l'étranger sont les envoyés
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de Jupiter, » Ne laissons pas plus longtemps les Galiléens se parer des maxmes qu'ils nous ont volées, et singer des vertus dont l'original! et le type sont chez nous. Quelle joie ne serait-ce pas pour moi d'apprendre que vous avez compris mon programme et que vous l'exécutez! Acceptez rarement les invitations des gouverneurs; voyez-les peu; contentez-vous d'ordinaire de leur écrire. Quand ils feront leur entrée solennelle dans une ville, ne permettez point aux prêtres d'aller au-devant d'eux, ni de faire partie du cortège officiel. Il suffira qu'ils viennent les recevoir au vestibule du temple. Surtout veillez à ce que les fonctionnaires n'introduisent point de soldats dans l'enceinte sacrée. Au moment où un gouverneur met le pied dans un temple, il n'est plus qu'un simple particulier venant invoquer les dieux. La police du lieu saint vous appartient exclusivement; vous seul avez le droit d'y commander. Telle est la volonté des dieux. Les princes, les gouverneurs qui se conforment à cette loi font preuve d'une reli-gion éclairée et sincère. Quant à ceux qui ne veulent pas, même au pied des autels, se dépouiller un instant de leur faste et de leur grandeur empruntée, ce sont des orgueilleux aussi insensés que frivoles. Vous m'avez fait parvenir une requête en faveur des habitants de Pessinonte. Dites-leur que je suis prêt à y faire droit si, de leur côté, ils se montrent plus respectueux envers Cybèle, la mère des dieux, dont ils ont trop longtemps négligé l'image vé-nérée. Telle est l’unique condition que je veux mettre à ma faveur ; j'ajoute cependant que, s'ils persistaient dans leur impiété, je saurais les punir. » Telles étaient les circulaires de Julien, véritables pastorales idolâtriques qu'il affectait de signer de son titre de l'ontifex Maxiums, à l'imitation des mandements épiscopaux. II revenait sans cesse sur ce sujet. « Les païens ont une morale, disait-il; mais jusqu'ici le paganisme ne s'est pas mis en peine de la professer. » Pour combler cette lacune, Julien instituait dans lestemples idolâtriques des catéchistes, des docteurs, des prédicants. « Les sacrificateurs, ajoutait-il, sont les interprètes des dieux auprès des hommes et la caution des hommes vis-à-vis des dieux. Leur caractère sacré, leur mission sublime les placent
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dans une sphère supérieure à toutes les grandeurs mortelle. Dès lors il est fort indifférent qu'ils soient riches ou pauvres, illustres ou inconnus. Mais ce qui leur importe par-dessus tout, c'est de justifier par une vertu éminente la supériorité de leur caractère divin. Que leurs oreilles soient aussi chastes que leur langue ; qu'ils s'abstiennent de lire les poésies trop libres et les récits capables d'allumer le feu des passions ; qu'ils respectent assez le trésor de leur foi pour ne jamais étudier les philosophies sceptiques de Pyrrhon et d'Épicure ; qu'ils demeurent dans un milieu de recueillement, de retraite et de silence; qu'ils soient les hommes de la prière et non les convives des joyeux festins; qu'ils se montrent aussi simples dans leur intérieur que magnifiques dans les cérémonies du culte; enfin qu'ils réservent pour les besoins des malades et des pauvres la meilleure part des trésors qui passent par leurs mains. » Evidemment Julien avait pris dans l'Eglise son idéal du prêtre païen. Il en faisait lui-même l'aveu, tout en s'efforçant de déverser le mépris sur les ministres de l'Evangile. « Ne tuons pas les Galiléens, écrivait-il. Ils sont plus dignes de compassion que de haine; leur fanatisme est pour eux une punition assez dure. Ce sont des aveugles qui s'égarent sur le point le plus essentiel de la vie. Ils abandonnent le culte des dieux immortels, pour honorer des cadavres et les ossements des morts.»
40. On ne connaîtrait encore que superficiellement le dogmatisme idolâtrique de Julien, si l'on se bornait à ces quelques frag-ments recueillis dans sa correspondance religieuse et adraimstrative. La controverse avec les chrétiens était devenue son idée fixe. on pourrait dire sa monomanie. Saint Cyrille d'Alexandrie, dans un ouvrage en vingt livres Contra Julianum, entreprit sous Théodose le Grand une réfutation complète du traité composé par l'Apostat contre le christianisme. Le saint docteur suivait pas à pas en la reproduisant textuellement, toute l'argumentation de Julien Malheureusement les dix derniers livres de l'œuvre gigantesque de saint Cyrille d'Alexandrie ne nous sont point parvenus. Dès lors il nous est impossible de reconstituer l'ensemble du traité impérial. Mais ce qui nous en reste ne manque ni d'importance, ni
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d'intérêt. « Je regarde comme un devoir essentiel, disait Julien, de faire connaître à l'univers les motifs qui m'ont déterminé à re- fuser toute créance à la secte des Galiléens. Il me faut démasquer les fraudes et les misérables artifices sur lesquels elle s'est échafaudée ; les fables puériles dont elle s'est servie pour abuser la crédulité publique; les récits mensongers, les prétendus prodiges qu'elle invoque comme des témoignages irrécusables. Tout d'abord il convient de s'arrêter un instant sur la notion de Dieu, commune au genre humain tout entier. En comparant la doctrine des Grecs et des Juifs sur ce point fondamental avec celle que professent les Galiléens, on se convaincra que ces derniers ont emprunté tout ce qu'ils ont de vrai et de raisonnable, soit aux Grecs, soit aux livres hébreux. Platon vaut Moïse, et certainement le dépasse. L'inintelligence du peuple juif ne s'est jamais élevée à la compréhension des réalités divines. Platon disait admirablement que le soleil, la lune, les astres, le ciel, sont des dieux visibles (théou éouphanes), c'est-à-dire les images extérieures de l'invisible divinité. Voilà la théorie vraie de ce que les Galiléens nomment faussement idolâtrie. J'en appelle au témoignage universel. Est-il un seul homme qui pour adorer ou supplier la divinité n'élève instinctivement les mains et les yeux vers le ciel? Pourquoi ce mouvement spontané, qui éclate ainsi sous tous les climats, chez toutes les races? Évidemment la contemplation des orbes célestes dans leur cours régulier, cons- tant, immortel, a fait naître partout la même pensée, savoir que le ciel est vraiment le trône de Dieu, que les sphères se meuvent autour de la divinité créatrice, animées de son souffle, dirigées par sa main. De même que l'âme donne le mouvement au corps, ainsi Dieu anime le monde. Comparez, si vous en avez le courage, cette magnifique théologie avec les fables judaïques, le jardin planté par Jéhovah, Adam fabriqué comme une statue de boue, Ève tirée des flancs du premier homme, et au milieu de cette fantasmagorie le serpent qui les trompe tous deux. De bonne foi qui pourrait accepter des contes aussi ridicules? Quel idiome parlait ce serpent? Où avait-il appris le langage des hommes? Mais surtout quelle différence trouve-t-on entre ces fables de Moïse et les plus in-
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croyables métamorphoses de la mythologie? Il faut donc convenir qu'en lait de notions sérieuses et vraiment philosophiques sur la nature de Dieu, les Galiléens n'enseignent rien que nos sages n’aient dit mieux qu'eux. Platon avait du Dieu qui fit le monde une connaissance plus exacte que Moïse. Ce dernier nous parle des anges, mais il n'en sait ni la nature, ni l'origine, ni la puissance. Il se contente de les appeler les ministres de Dieu. C'est bientôt dit. Mais d'où sortent ces anges? Sont-ils des êtres créés ou incréés; doivent-ils l'existenre à un autre; quelle puissance leur impose la soumission à autrui? Voilà ce que Moïse ne définit nulle part. Il ne s'explique pas davantage sur cet Esprit de Dieu qui apparaît soudain, sans qu'on sache s'il est créature ou créateur, être contingent ou éternel. Ce qui résulte de l'enseignement hébreu, des prophéties d'Israël en général et de la doctrine de Jésus en particulier, c'est que le Jéhovah mosaïque est exclusivement le Dieu de la nation juive. Cette compréhension étroite de la divinité est commune à tous les imposteurs juifs, sans en excepter l'énergu- mène Paul. Ecoutez en effet leurs paroles textuelles; Moïse écrit ces mots : « Va dire au Pharaon : Israël est mon fils premier-né 1 ; » et ailleurs : « Le Dieu des Hébreux nous appelle. Il nous ordonne d'aller au désert, à trois journées de chemin, offrir des sacrifices à Jéhovah, notre Seigneur 2. » Quelques lignes plus loin nous trouvons encore ces paroles significatives : « Jéhovah, le Dieu des Hébreux, m'envoie te dire : Rends la liberté à mon peuple, laisse-le mesuivre au désert3. » Ainsi ce Jéhovah n'est jamais que le Dieu des Juifs; il se préoccupe uniquement des intérêts hébreux. Son rôle se circonscrit dans cette nationalité. Moïse ne le conçoit pas autrement. Jésus suit en cela l'exemple de Moïse; et, ce qu'il y a de plus étonnant encore, c'est que Paul n'a pas une autre idée. Ce Paul qui a varié mille fois dans sa théologie reste invariablement comme le polype sur son rocher, enchaîné au principe que Jéhovah est le Dieu exclusif des Juifs. Il semble, à la vérité, dire le contraire par ce mot fameux : « Est-ce que Dieu n'est pas le Seigneur des Gentils aussi bien que des Hébreux? » An Judœorm Deus
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1. Exod.„ lv; 22. — 2. Bxod. v, 3. — 3. Exod., vu, 1C ; Gmes., !, 1.
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tantum? nonne et gentium? Imo et gentium 1? Mais ce n'est là qu'une véritable logomachie. Car enfin, dirai-je à Paul, si votre Dieu était celui des autres nations, pourquoi ne s'est-ii occupé, exclusivement que des Juifs? Aux Juifs seuls il a donné l'esprit prophétique, l'onction sacerdotale, la loi, les prophètes, les miracle et tous les prodiges fabuleux des récits hébraïques. Le fameux pain des anges, la manne du désert, fut leur privilège exclusif. C'est aux Juifs enfin, aux Juifs seuls, qu'il a envoyé Jésus. Aux Gentils rien, ni prophète, ni onction, ni docteur; pas une marque quelconque de sa divine clémence. Des myriades d'années s'écoulent sur l'humanité livrée en masse, du couchant à l'aurore, du midi au septentrion, à la prétendue servitude des idoles, sans que Jéhovah s'occupe d'autre chose que du misérable coin de terre appelé la Palestine. Ah ! si ce Dieu était en effet le Dieu de toutes les nations, il n'aurait pas ainsi abandonné l'immense multitude de ses enfants. Il faut donc le reconnaître: notre théologie est la seule vraie, la seule raisonnable. Nous croyons que le Dieu qui a créé l'univers est le roi et le père commun du genre humain tout entier; nous croyons qu'il a placé à la tête de chaque nation, de chaque cité, des dieux qui les administrent sous sa direction souveraine. C'est là ce qui nous explique la diversité d'aptitude et de caractère chez les races diverses. Ainsi le Gaulois, le Germain ont l'audace; les Grecs, les Romains, la civilisation, les arts, la persévérance et le génie de la guerre ; les Égyptiens, la supériorité dans les sciences contemplatives et une sagacité incomparable ; les Syriens à leur voluptueuse indolence joignent la finesse et la ruse ; ils sont à la fois légers et dociles. Quelle raison donner à ces différences si tranchées de nation à nation? Le hasard n'y est pour rien. La direction d'un Dieu unique aurait abouti à l'uniformité des caractères, puisque la nature humaine est partout la même. Cependant Moïse a voulu aborder ce problème et voici la solution qu'il imagina : « Les fils des hommes, écrivait-il, se réunirent un jour en disant : Tenez, élevons une cité et une tour dont le sommet atteigne jusqu'aux.
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1. Rom-, ni, 29.
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cieux et immortalise notre nom, avant de nous disperser sur toutes les plages de la terre. Or le Seigneur descendit pour considérer cet édifice. Voilà, dit-il, que les fils des hommes conspirent contre moi. Venez, allons confondre leur langage, de sorte qui’ils ne s'entendent plus les uns les autres. Il le fit, et les dispersa ainsi sur la face du monde. La cité et la tour demeurèrent inachevées. » Telle est la fable inventée par Moïse. Galiléens, vous qui daignez ajouter foi à ce roman, expliquez-moi pourquoi vous refusez de croire au poëme d'Homère et aux Titans qui superposèrent trois rochers pour escalader le ciel. Quelle différence trouvez-vous entre l'un et l'autre récit? Un Dieu qui a peur d'une poignée de maçons et qui leur joue un tour d'écolier, voilà ce que vous admettez sans peine, et vous prétendriez avoir une notion philosophique de la divinité ! Non, non ! L'ignorance seule vous fait tenir ce langage. Vous ne savez pas que le grand Dieu de l'univers, ce Dieu que nous adorons et que nous connaissons mieux que vous, nous a donné, à nous autres Gentils, ainsi que vous nous appelez ironiquement, non pas un seul mais des multitudes d'envoyés, de dieux, de protecteurs, de légis- lateurs, tous plus grands que votre Moïse. Pour récompenser le zèle, la piété éclairée de notre culte, il nous a donné la supériorité physique, intellectuelle et morale. Si je voulais pousser plus loin l'analyse des livres mosaïques, quelles inepties, quelles contradictions à signaler encore? Ainsi la prétendue merveille législative du Décalogue débute en ces termes : « Tu n'adoreras point les dieux étrangers, parce que moi, Jéhovah, je suis ton Dieu, Dieu jaloux, qui fais peser sur les enfants le poids des iniquités paternelles. » Voilà donc que Jéhovah lui-même reconnaît d'une part l'existence de dieux différents de lui, et d'autre part, le voilà qui constate so-lennellement sa propre impuissance, car enfin s'il est tellement jaloux, pourquoi donc laisse-t-il l'univers entier adorer d'autres dieux que lui ? Je n'insiste pas sur l'étrange anomalie, d'un Dieu qui avoue cette faiblesse toute humaine de la jalousie. Mais enfm, prenons-le tel qu'il est. Il ne souffre pas que l'adoration s'égare sur un autre autel que le sien. Dès lors, ô Galiléens, je vous le de-
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p105 . 1. — l'EUsICUTION POSTAT.
mande, de quel droit adorez-vous un prétendu Fils de Dieu que Jéhovah n'à jamais reconnu, dont il ne s'est jamais douté? Vous l'avez pris je ne sais d'où, comme un fruit adultère, pour l'insérer dans la généalogie divine. Il en est de même de vos prétendus héros. Quelle nation civilisée ne rougirait d'avoir un Samson au nombre de ses grands hommes? Qui s'arrêterait un instant à mettre en parallèle un David avec Alexandre? La science humaine a marché. Les Hébreux peuvent-ils revendiquer un seul de ses progrès? L'Egypte a eu ses Hermès; les Chaldéens et les Assyriens ont produit un Belus ; les Grecs un Chiron. L'astronomie fondée sur les observations primitives des Babyloniens, s'est perfectionnée chez les Grecs; la géométrie, éclose aux bords du Nil par les délimitations forcées des héritages après la crue annuelle du fleuve, est arrivée de nos jours à son apogée ; les mathématiques, cultivées dans leurs éléments les plus vulgaires par les Phéniciens, doivent aux Grecs leur splendeur. Il en est de même pour la musique. Les Hébreux n'ont rien fait, rien produit, rien inventé. Quels hommes pourraient-ils opposer à Platon, Socrate, Aristide, Cimon, Thales, Lycurgue, Agésilas, Archidamas, à toute cette phalange de philosophes, de guerriers, de monarques, de législateurs ? II n'est pas un des grands hommes que je viens de citer, qui ne se soit montré, envers ses plus cruels ennemis, plus clément que Moïse envers des innocents. Galiléens, montrez-moi donc dans votre histoire des bienfaiteurs de l'humanité tels que Persée, Eacus, Minos de Crète lequel nettoya les mers des pirates qui les infestaient, refoula les barbares des rives de la Sicile et de la Syrie, et étendit aux deux continents européen et asiatique les bienfaits de son règne! Rhadamanthe, son frère, inspiré par le Dieu suprême, dictait aux mortels des lois qui sont restées le code de l'humanité. Galiléens, votre Jésus a-t-il jamais rien fait de semblable? Il y a trois cents ans environ qu'il vivait. Durant son passage sur la terre, on ne cite de lui aucune action digne de mémoire. Quelques boiteux, un ou deux aveugles, des possédés du démon guéris dans les bourgades de Béthanie et de Bethsaïda, voilà tous ses exploits. Quant à sa morale, nous la pouvons juger
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par ses fruits. L'univers vous a vus renverser les autels de nos dieux légitimes ; il vous a vus massacrer les hérétiques, ainsi que vous les nommez. Mais j'ai tort de rendre Jésus responsable de ces crimes. Ils sont exclusivement à vous. Ni Jésus, ni Paul ne les ont jamais conseillés, par la raison bien simple que ni l'un ni l'antre n'imaginèrent jamais, dans leurs rêves les plus ambitieux, que vous auriez un jour la puissance de les commettre. Ils se contentaient tous deux de séduire quelques esclaves, hommes ou femmes, et d'arriver par cet ignoble intermédiaire à duper un ou deux personnages plus importants, tels que Cornélius et Sergius Paulus. Voilà en effet leurs plus illustres recrues, durant les règnes de Tibère et de Claude. Je défie qu'on en cite une troisième. Mais en vérité, à quoi bon ces digressions? Galiléens, dites-moi ce qui a pu vous faire déserter nos dieux pour aller comme des transfuges invoquer le Jéhovah de la Judée? Est-ce parce que les dieux ont donné à Rome l'empire du monde, et aux Juifs un perpétuel esclavage? Quand est-ce donc que les Hébreux furent libres? Leur pée Abraham était, il le dit lui-même, un exilé sur la terre étrangère. Jacob, né dans la Syrie en esclavage, vécut en étranger sur le sol de la Palestine et alla mourir esclave en Egypte. À bras tendu, suivant son expression, Moïse échangea la servitude égyptienne contre l'isolement du désert. Lorsqu'enfin cette race abandonnée put mettre le pied sur le sol de la Palestine, elle eut le sort du caméléon, et changea de fortune comme cet animal change de couleur. Opprimée tantôt par des juges indigènes, tantôt par des roitelets étrangers, elle devint tour à tour l'esclave des Assyriens, des Mèdes, des Perses, pour tomber enfin sous le joug éternel de Rome. Jésus, le Dieu que vous prêchez, n'était qu'un des sujets de César. Vous le savez bien, puisque vous avouez que son nom fut enregistré, avec celui de son père et de sa mère, dans le recensement de Cyrinus. Telle fut sa naissance. Eut-il du moins la gloire de faire quelque chose pour sa patrie? Non, votre Évangile le reconnaît en termes formels: « Ses concitoyens, dit-il, refusèrent de lui obéir. » Quoi donc ! Moïse avait bien courbé les cœurs endurcis, les cervelles
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de pierre du peuple hébreu, et Jésus ne l'a pas su faire, ce Jésus qui commendait aux esprits, marchait sur les flots, chassait les démons, ce Jésus enfin qui aurait créé le cie! et la terre, s'il fallait en croire Jean, le seul de ses disciples qui se soit aventuré à tenir un pareil langage, encore ne l'a-t-il point dit d'une manière positive, claire, ni explicite ! Mais enfin quel qu'il fut Jésus n'a pas même réussi à convertir à sa doctrine ses amis et ses proches. Voilà le fait. Je n'ai touché qu'un point de l'Évangile. En attendant qu'il me soit loisible d'en examiner en détail toutes les fraudes et les supercheries, je puis déjà adresser une question préalable aux Caliléens. Trouvez-vous, leur dirai-je, que la situation d'un peuple esclave pendant deux mille ans soit préférable à celle de ses vainqueurs et de ses maîtres ? En un mot, osez-vous comparer un seul de vos Hébreux à Alexandre ou à César ? Par Heréule, j'en fais le serment.Vous n'avez pas un nom qui approche de ces deux héros. En citant Alexandre et César, loin de moi la pensée de les mettre sur la même ligne avec de misérables Juifs ! Leurs noms sont connus de tous l'univers, c'est uniquement pour cela que je les rappelle. Car les plus obscurs, les moins connus de nos guerriers et de nos sages, effacent tout ce que la race d'Abraham a jamais produit de plus grand. S'il était besoin de démontrer un fait aussi évident, la preuve ne serait pas longue. Galiléens, si vous avez la moindre supériorité intellectuelle sur nous, dites-moi pourquoi vous ne pouvez vous passer de notre littérature, de nos sciences et de nos arts? Quel besoin de venir vous empoisonner dans nos livres? Ne sont-ils pas plus pernicieux pour vous que les viandes immolées aux dieux? Car enfin, la chair que vous mangez, c'est Paul qui le dit, est par elle-même fort inoffensive. Mais l'enseignement polythéiste, l'instruction idolâtrique, voilà la véritable impureté qui souille vos consciences. Nul doute que dans votre système il vaudrait mieux manger la chair des victimes, que se corrompre par un enseignement idolâtrique. Eh bien ! dites-moi pourquoi l'interdiction de fréquenter nos écoles vous a tous unanimement révoltés? N'est-ce point parce que nos sciences, nos arts, notre littérature sont infiniment supé-
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rieurs aux vôtres? Il vous est impossible de produire sans nous un seul homme de mérite. C'est à l'école des dieux, c'est chez nous que se forment les grands caractères appelés à porter le flambeau de la science, le sceptre du génie, à perpétuer la gloire militaire et l'héroïsme en tout genre. Ce n'est point là une figure de rhétorique. Prenez les enfants les mieux doués; exercez-les exclusivement à apprendre les livres de l'Écriture, et quand ils seront arrivés à l'âge viril, s'ils ne sont pas inférieurs au dernier des esclaves, prenez que je n'ai rien dit. Et pourtant vous en êtes venus à ce degré d'inconséquence et de folie de donner à vos Écritures le nom de parole de Dieu, tandis que cette prétendue révélation di- vine est impuissante à donner aux hommes un degré quelconque de sagesse, de prudence, de force et de bonté. C'est notre enseignement à nous, idolâtres, comme vous nous appelez, qui produit ces résultats, et vous dites que notre littérature est celle de Satan. Peu importent vos blasphèmes ! Il n'en est pas moins vrai que nous tenons d'Esculape, la science de la médecine; d'Apollon, des Muses et de Mercure, le don de la poésie, de l'histoire et de l'éloquence; de Mars et de Bellone l'art militaire. La vierge sans mère, la fille de Jupiter, Pallas, préside en reine à tout ce développement intellectuel. Galiléens, pouvez-vous nier que, sous la direction de ces divinités, nous ne vous ayons surpassés dans tous les arts? Pour mon compte, j'affirme que dans mes fréquentes maladies Esculape a daigné m'indiquer lui-même les remèdes opportuns. J'en prends Jupiter à témoin. De quel droit voulez-vous donc nous faire déserter tant de biens acquis, incontestables, pour nous rallier à une doctrine absurde, à un Dieu imaginaire? Vous-mêmes , pourquoi avez-vous abandonné les institutions des Hé-breux, la loi dictée par Jéhovah? Votre symbole impie est un amalgame…de doctrines juives et païennes dont vous avez pris inintelligeminent non pas les points les meilleurs, mais au contraire les plus défectueux. Certes, rien n'est plus sage dans son ensemble que le code hébraïque. Moïse qui l'a composé voulut, dans une grande pensée nationale, que son peuple adorât uniquement le dieu d'Abraham et n'en servît pas d'autre. On comprend par-
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faitement le motif d'une telle prescription. Mais ce grand législateur ajoutait immédiatement, comme corollaire à cette loi exclusive, une autre ordonnance dont vous ne tenez aucun compte. Il écrivait : « Tu ne médiras point des dieux, » Diis non maledices. Donc Moïse reconnaissait l'existence des autres dieux, tout en limitant l'adoration de Jacob et d'Israël au seul Jéhovah. Ignorants Galiléens, vous n'avez pas compris un seul mot à cette magnifique loi de Moïse. Vous l'avez scindée pour n'en prendre que la parole Diis non servies, sans la faire suivre de son correctif: Diis non maledices. Puis voyant que notre culte polythéiste admet tous les aliments comme chose indifférente en soi, vous vous êtes emparés de ce principe consacré par la raison universelle, et vous avez supprimé les gênantes distinctions de la loi mosaïque. Telle est en somme votre religion. Quant à votre morale, pour la juger, il suffit de s'en rapporter à ce que Paul écrivait des chrétiens de son temps. Il les appelle crûment : Adulteri, molles, arsénixoitas fures, avari, ebrriosi, conviciatores, rapaces 1. » «Vous étiez tout cela, Frères, leur dit-il, mais vous avez été baptisés et sanctifiés au nom de Jésus-Christ. » Vraiment, dirai-je à mon tour, quelques gouttes d'eau suffiraient à pénétrer l'âme, à la purifier de tant de souillures! Votre baptême est impuissant à guérir la lèpre, le scorbut, les dartres, les verrues, la goutte, la dyssenterie, l'hydropisie ; il n'a d'action ni sur les grandes maladies, ni sur les plus légères douleurs ; il n'éteint même pas l'ardeur d'une envie au bout du doigt, et vous croyez qu'il efface la tache du meurtre, du vol et de l'adultère ! Est-ce sérieux? Mais, disent les Galiléens, nous possédons une preuve de fait qui établit notre légitimité et justifie a priori toutes nos croyances ; c'est que nous avons été prédits par tous les prophètes et par Moïse lui-même. En sorte que nous seuls avons aujourd'hui le droit de nous dire les véritables enfants d'Abraham, pendant que les Israélites actuels ont perdu ce privilège. Voilà leur argu-ment capital. Examinons-le sans préjugé. Moïse disait aux Hébreux: « Le Seigneur votre Dieu vous suscitera du milieu de
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vos frères un prophète comme moi ; écoutez-le. » Vous dites que ces paroles s'appliquent au fils de Marie, et moi je vous réponds qu'en admettant votre interprétation, il en résulterait évidemment que le fils de Marie n'est qu'un homme et non point un Dieu. Moïse en effet n'a jamais prétendu être autre chose qu'un homme : or le prophète dont il annonçait l'avènement devait lui ressembler. La fameuse parole de Jacob mourant, dont les Guliléens font si grand usage, n'a pas plus de valeur. Jacob disait : « Le sceptre ne sortira point de Juda, ni la royauté du sein de sa famille, jusqu'à ce que se réalisent les destinées nationales. » Telles furent les paroles textuelles de Jacob, bien que les Galiléens prétendent les altérer à leur profit en traduisant les derniers mots par ceux-ci : «Jusqu'à ce que vienne le chef attendu. » Mais peu importe cette variante. Il est manifeste que la prophétie patriarcale ne se rapportait point au fils de Marie. Elle concernait uniquement David. La preuve, c'est que le « sceptre échappa aux mains de Juda » dès le temps de Sédécias. Quant à Jésus, il n'a rien à voir avec la tribu de Juda, puisque d'après vous il n'a eu d'autre père que l'Esprit- Saint. Par conséquent, vous vous donnez une peine fort inutile en. rattachant à la tribu de Juda l'origine de Joseph. Dès que Joseph n'a rien de commun avec Jésus, vous avez grand tort de mettre une si grande importance à élucider la généalogie du premier. Les deux tentatives contradictoires faites en ce sens par Matthieu et Luc ne prouvent donc qu'une seule chose : votre mauvaise foi. Je me réserve de traiter un jour cette difficulté plus à fond. En attendant, une simple réflexion me suffira, parce qu'elle est saisissante. Le Christ, d'après une prophétie du patriarche mourant, devait être un prince de la tribu de Juda. Donc le Christ ne saurait être Dieu, ni Dieu de Dieu, ni le Verbe Créateur par qui toutes choses ont été faites. Mais vous dites : Une autre prophétie énoncée au livre des Nombres, est décisive. La voici : «Une étoile surgira de Jacob, un sceptre d'Israël. » Moi je vous réponds : Encore une fois, cette prophétie ne concerne que David et ses successeurs. David est le véritable fils d'Israël ou de Jessé (car ces deux noms en hébreu n'en font qu'un). Je vous défie de rien opposer de sérieux à mon interprétation. Tout ce que vous imaginerez se bri-
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sera toujours devant l'énergique formule tant de fois répétép par Moïse : «Écoute, Israël, disait-il, Jéhovah Notre-Seigneur ton Dieu est un. » Mais j'entends les Galiléens me répondre: Nous ne disons pas autre chose nous-mêmes. Est-ce que nous prétendons qu'il y a trois dieux? Non, mais un seul en trois personnes. —Et moi j'affirme que très-réellement vous enseignez l'existence de plu-sieurs dieux. Prenez la première ligne de l'Évangile de Jean : «Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était Dieu. » Ainsi, vous le voyez, ce Verbe qui dans le principe était auprès de Dieu et qui était Dieu, ce Verbe que vous appelez fils de Marie, est un Dieu différent du grand Dieu principe éternel de toutes choses. Essayez, si vous le pouvez, de faire cadrer cette doctrine avec celle de Moïse. Vous avez un autre témoignage d'Isaïe dont vous faites grand cas. Isaïe écrivait: «Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils. » S'agit-il là d'un Dieu ? Nullement. S'agit-il même d'une virginité conservée après l'enfantement? Pas davantage. Est-ce que nous ne voyons pas tous les jours des vierges se marier et devenir mères? Il n'y a là ni incarnation divine, ni phénomène miraculeux. Vous avez pourtant inventé là-dessus votre fameuse vierge Théotocos (Deipara), Mère de Dieu, laquelle aurait enfanté le Fils unique de Dieu, le premier-né de toute créature, par qui toutes choses ont été faites. Mais si ce Verbe, comme vous l'appelez, est réellement Dieu de Dieu, s'il est engendré de la substance du Père, comment pouvez-vous le supposer fils d'une vierge, ou de toute autre femme? Comment peut-il être devenu un homme semblable à nous? Comment enfin peut-il se rattacher de près ou de loin à Jévohah, qui a dit de lui-même : « Je suis Celui qui suis ; il n'y a point d'autre Dieu que moi?» Ce qui vous a induits dans cette série d'erreurs, c'est voire inintelligence du texte biblique. Moïse n'hésite pas à donner aux anges le titre de dieux. En cela, il se montre vraiment théologien. Écoutez-le vous dire : « Les fils de Dieu voyant la beauté des filles des hommes, choisirent parmi elles des épouses dont ils engendrèrent les géants, ces puissants dont le siècle a conservé le nom. » Evidemment Moïse ne pouvait désigner
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plus clairement les dieux, demi-dieux et héros que nous adorons. Leur double origine mortelle et immortelle est clairement indiquée, car ce terme de « Fils de Dieu » ne peut s'entendre que des anges. L'erreur des Galiléens n'est pas moins manifeste quand ils imaginent un titre de Primogenitus Dei, qu'ils prétendent appliquer exclusivement à un Verbe inconnu de Moïse, dont ils veulent faire le fils de Marie. Est-ce que Moïse n'avait pas écrit cette parole : « Israël est mon fils premier-né : « Filius meus primogénitus Israël? Il ne saurait absolument pas y avoir deux premiers-nés. Or puisqu'Israël possède ce titre primordial, Jésus ne saurait d'aucune manière le prendre sans usurpation. Aussi quand Moïse écrivait : « Tu n'adoreras et ne serviras que Jéhovah ton Dieu unique; » il a d'avance flétri l'imposture de Jésus qui, dans l'Évangile, a osé dire : «Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Pour échapper à la contradiction flagrante qui résulte de ce rapprochement, les Galiléens disent que le Fils est même chose que le Père, même chose que l'Esprit-Saint. C'est là une théorie que je livre au premier enfant venu sachant l'addition. Galiléens, vous êtes si misérablement aveuglés qu'il ne vous reste pas même un vestige de la doctrine prêchée par vos premiers apôtres, tant les commentaires d'une impiété posthume ont dénaturé l'enseignement primitif! Ainsi votre Jésus n'a été déclaré Dieu ni par Paul, ni par Matthieu, ni par Luc, ni par Marc. Ce fut Jean, ce brave invalide (o xrestos ioannes qui, à la vue des multitudes grecques et italiennes séduites par cette contagion religieuse, s'avisa le premier de mettre en avant une pareille folie. Il avait vaguement l'idée que Paul, Matthieu, Luc, Marc, avaient écrit quelque chose, mais il n'avait rien lu de leurs ouvrages. Cette ignorance sénile lui permit d'écrire : « Le Verbe s'est fait chair. » Quel Verbe? Est-ce Jésus? Est-ce Jean-Baptiste? Il ne le dit pas ; il ne le sait pas ; il lui suffit d'avoir lancé sa phrase, qu'il appuie plus taid d'un témoignage de Jean-Baptiste lui-même. Ce témoignage de Jean-Baptiste, quelle que soit sa valeur, je ne veux pas le discuter. Admettons que Jean-Baptiste ait reconnu et signalé le Verbe dans Jésus-Christ. Mais alors voyez la
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fourberie et la démence. Ce même Jésus-Christ, reconnu comme Verbe et comme Dieu par Jean-Baptiste, vous déclare, quelques pages plus loin, que « nul n'a jamais vu Dieu : » Deum nemo vidit unquam. Comment? «Nul n'a jamais vu Dieu;» et vous venez me dire que Jean-Baptiste l'a montré du doigt aux multitudes; « que le "Verbe s'est fait chair et qu'il a habité parmi nous ! » Ce sont vos propres paroles. Vous avez donc vu ce Dieu que nul ne peut voir; vous avez donc vu, sinon le Père invisible, au moins son Verbe, Dieu comme lui, consubstantiel à lui! Ou Jean-Baptiste a menti, ou le Verbe. Choisissez. L'un et l'autre parlent dans votre Évangile. La pierre d'attente de votre vieil évangéliste Jean n'a pas été perdue. C'est sur elle que vos modernes architectes ont édifié la divinité de Jésus. Bâtisseurs hypocrites, « ajoutant un sépulcre à un autre sépulcre, » pour parler le langage même de vos Évangélistes ! Si vous l'aimez mieux, je vous citerai la parole d'Isaïe le prophète. Il a dit de vous : « Ces endormis vont rêver leurs songes dans les sépulcres et les cavernes » : in sepulcris et specubus dormiunt propier somnia 1. Ces paroles peignent à merveille la superstition galiléenne, laquelle a conservé jusqu'à ce jour le rite des incantations nocturnes sur les sépulcres, dans les catacombes. Or chacun sait que le contact d'un tombeau était une des impuretés légales de Moïse. Galiléens, dites-moi donc pourquoi vous aimez, en dépit de Moïse, à vivre au milieu des nécropoles? pourquoi, malgré la prescription formelle de Moïse, vous refusez de sacrifier des victimes au Seigneur? Abraham, Elie de Thesbé, tous les prophètes ont offert des sacrifices ; Abel et Caîn, les deux fils d'Adam, vous en ont donné l'exemple. La Bible dit explicitement que «Jéhovah accueillit d'un regard favorable les
offrandes d'Abel. Mais il dit à Caïn : Pourquoi cette tristesse et cet abattement? Ton offrande était bonne, mais tu ne l'as pas bien divisée2 . Il y a là un péché. » Telle est la parole de Moïse. Je
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1 Isaie, iw, v.
2.Julien présente ici le texte sacré dans le sens que les Septante lui avaient donné et que S. Augustin, S. Chrysostome et S. Ambroise ont suivi tour à tour. La traduction, des Septante rendait ainsi le verset 7e du cha-
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me rappelle à ce sujet qu'un évêque galiléen, réputé l'un des plus habiles de la secte, pressé par moi de me dire en quoi pouvait consistef un vice de forme dans la division de la victime, lui qui n'admettait même pas la légitimité intrinsèque du sacrifice, demeura court et ne sut pas me donner une explication qui eût le sens commun. C'est que les Galiléens ne comprennent plus un seul mot du livre de Moïse. Pourquoi, leur demanderai-je encore, avez-vous abandonné la circoncision? A cette interrogation, ils ont coutume de répondre : C'est que Paul nous a enseigné que la véritable circoncision prescrite à Abraham était celle du cœur, et non celle de la chair. Telle est, ajoutent-ils, l'interprétation non-seulement de Paul, mais de Pierre lui-même. — Et moi je reprends le texte de Moïse et je lis que la circoncision matérielle y est prescrite obligatoirement, comme le signe sensible de l'alliance contractée entre le Seigneur et Abraham. Les paroles de la Bible sont formelles : « Voici, dit Moïse, le testament, ou alliance, que vous observerez entre vous et moi. entre moi et votre race, dans vos générations. Vous aurez soin de circoncire la chair de vos enfants. Tel sera le signe de mon testament entre vous et moi, entre moi et votre race. » Peut-on imaginer quelque chose de plus précis, de plus clair, de plus concluant? Et ne croyez pas que le Christ ait aboli cette législation. Il a dit au contraire : «Je ne suis point venu détruire la loi, ni les prophètes, mais les accomplir. » Il ajoutait : «Quiconque violera un des préceptes, fût-ce le moindre, de cette loi; quiconque enseignera aux autres à le violer, celui-là sera exclu du royaume des cieux. » Pouvait-il témoigner plus énergiquemenï sa réprobation contre les violateurs de la loi mosaïque? Dès lors, vous, Galiléens, qui avez répudié non pas un précepte en particulier, mais tous les commandements de la loi de Moïse, quelle est votre excuse? De deux choses l'une : ou Jésus-Christ a menti; ou vous êtes les violateurs de la loi de Jésus lui-même. Vous n'observez plus le sabbat; vous n'immolez plus l'Agneau pascal; vous
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pitre iv de la Genèse : Nonne si recte o/feras, non retit auicm dividas ptccasli? Le sens vrai de l'hébreu a été mieux rendu par la Vulgate, qui dit : Notuu 4t bene egeris, recipies ; sin autem maie stalim in foribus erit pecca{utn.
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ne mangez plus le pain azyme ; vous ne sacrifiez plus de victimes même à Jérusalem. Mais, dites-vous, qu’importe la circoncision matérielle? nous sommes circoncis de cœur. — Vraiment! Comme s'il n'y avait parmi vous ni scélérats, ni adultères, ni voleurs ! Nous n'avons que faire d'immoler l'Agneau pascal, ni de manger les pains azymes, ajoutez-vous, depuis que le Christ, le véritable agueau, s'est immolé une fois pour nous et nous a donné le pain de vie. — Par Hercule ! Est-ce que le Christ est venu vous apprendre à maudire Abraham? Or Abraham a offert des sacrifices, comme j'en offre moi-même tous les jours. De quel droit prétendez-vous renverser les autels élevés par votre patriarche? Abraham pratiquait la divination; il observait les augures, les songes et les étoiles du ciel. J'entends les Galiléens me demander où je trouve la preuve qu'Abraham fût adonné aux pratiques de l'astrologie? C'est la Bible qui va leur répondre. La nuit où Jéhovah promit un fils au vieux patriarche, pour lui confirmer la certitude de ceette promesse : « Le Seigneur fit sortir Abraham de sa demeure, et lui dit : Regarde le ciel; compte, si tu peux, les étoiles qui brillent sans nombre sur ta tête; aussi nombreuse sera la descendance de tes fils. » Telles sont les paroles bibliques. Or, dites-moi je vous prie, quelle nécessité pouvait-il y avoir à ce que Jéhovah, ou l'ange son envoyé, prît la peine de faire sortir Abraham pour lui montrer le ciel étoilé? Est-ce que le patriarche ne savait pas d'avance que le firmament est constellé d'astres sans nombre, pendant une belle nuit? Ce que Jéhovah, ou son ange, voulait lui montrer, c'était un signe dans le ciel, des étoiles filantes peut-être, ou quelqu'autre phénomène produit par la volonté toute-puissante du Maître du ciel, afin de confirmer par ce témoignage irréfragable l'authenticité de la promesse. Si l'on m'accusait de faire violence au texte par cette interprétation hypothétique, je n'aurais qu'à continuer la lecture du passage du Livre sacré. Il continue en ces termes : « Alors Jéhovah dit au patriarche : Je suis le Dieu qui t'ai appelé de la région des Chaldéens pour te donner en héritage cette terre de Chanaan. — Seigneur, mon Maître, répondit Abraham, à quel signe reconnaîtrai-je la vérité
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de votre promesse, qui m'assure l'héritage de ce pays? — Va, lui dit le Seigneur, choisis une génisse, une chèvre et un bélier de trois ans, avec une tourterelle et une colombe. — Abraham s'empressa d'obéir; il disposa les victimes, partagées par le milieu, à l'exception de la colombe et de la tourterelle qu'il laissa entières. Puis il s'assit, et les oiseaux du ciel descendirent sur les victimes partagées 1. «Voilà très-exactement ce que dit la Bible, et dès lors vous voyez bien qu'Abraham pratiquait la divination par l'immolation des victimes, et par les augures tirés de l'inspection des oiseaux 2. »