Darras tome 41 p. 174
43. Rossi était né à Carrare en 1787. Après avoir fait ses études de droit, il avait été nommé, quoique très jeune encore, professeur à Bologne. En 1845, s’étant compromis dans la tentative d'élever Murât sur le trône de Naples, il dut s'exiler d'Italie. Réfugié à Genève, pour suivre jusqu'au bout les théories libérales, il se fit calviniste, fut nommé professeur, eonseiller d'État, et se fit remarquer comme membre du conseil fédéral, surtout par un projet de constitution. Sa réputation grandit au point que le principal ministre de Louis-Philippe, Guitot, l'appela à Paris en 1835 et le nomma professeur de droit constitutionnel. A Paris, Rossi rentra au giron de l'Église, devint conseiller d'État, pair de France, et, comme la politique de Guizot était devenue sa politique, il fut nommé, en 1845 et 46, ambassadeur de France à Rome.
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p175 §5. — LE TRIOMPHE DE LA DÉMAGOGIE A ROME
La révolution de février le priva de son ambassade ; mais, dégoûté de révolution, il s'était fixé à Rome et comme il était grand partisan de l'indépendance italienne, il avait donné un de ses fils aux légions de volontaires qui combattaient l'Autriche.
Pie IX le choisit comme l'homme le plus apte à diriger les affaires assez embrouillées de l'État pontifical. Ce ne fut pas sans hésitation qu'il accepta les propositions de Pie IX, il comprenait les difficultés de la tâche, et se demandait s'il aurait la force d'y faire face. Un religieux, le P. Vaures, s'entremit dans l'affaire, le duc d'Harcourt obtint le consentement de la république, et, suivant son expression, Rossi jeta le filet dans la mer de la révolution mazzinienne. Le cardinal Soglia fut maintenu à la secrétairerie d'État ; le cardinal Wizzardelli fut appelé à l'instruction publique ; le duc de Rignano, l'avocat Cicognani, le professeur Montanari, Righelti, Guarini furent adjoints à Rossi qui garda, outre la présidence du conseil, l'intérieur et les finances.
La confusion régnait partout et souvent la confusion engendrait le crime. A Rome, c'était tumulte sur tumulte ; et, un jour, on assassina, en plein rue l’abbé Ximenès, l'éditeur ecclésiastique du seul journal conservateur ; à Ancône et dans les Marches, les assassinats politiques étaient à l’ordre du jour ; Bologne et les Romagnes devinrent le théâtre des plus atroces forfaits. Le vol à mains armées se pratiquait sans entraves sur les grandes routes. Malheur à celui qui s'était attiré la haine d'un démagogue ! il était traqué et abattu comme une bête fauve.
37.Le comte Rossi attaqua d'une main ferme toute cette anarchie. Un nombre considérable de soldats fut appelé à Rome, et tout en laissant fonctionner la police régulière, l'armée poursuivit d'une manière impitoyable les voleurs et les assassins. Aux émeutiers, Rossi fit comprendre qu'il dompterait leur audace : quelques uns d'entre eux furent arrêtés ; d'autres, plus gravement compromis, furent menacés de l'exil et de peines plus graves encore. Puis il envoya le général Zucchi, à la tète d'un corps d'année, dans les légations, avec ordre d'y pourchasser, même par la force des armes, les émeutiers, les voleurs et les assassins.
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p176 PONTIFICAT DE PIE IX (1840-1878)
« Comme s'il eût prévu, dit Villefranche, qu'il ne lui serait donné que peu de jours pour les consacrer à la noble cause dont il se chargeait, Rossi déploya une activité surhumaine pendant les deux mois de son passage aux affaires. S'il ne put rien achever, il prépara des projets pour une longue administration. Il demanda des subsides au clergé, en obtint près de vingt-deux millions de francs, et commença aussitôt une réorganisation civile des États romains ; le caractère trop paternel des institutions que Pie IX avait fait revivre, ne lui paraissant plus de mise en des temps agités comme les nôtres. Il négociait en même temps à Naples, à Turin et à Florence, pour mettre à exécution un plan, déjà ancien et plusieurs fois indiqué par Pie IX : celui d'une confédération italienne dont le Pape aurait la présidence, et qui, tout en sauvegardant l'unité de la péninsule réservait l'autonomie intérieure de chaque état. L'ambition piémontaise en prit ombrage, et trahit à ce propos ses futurs projets ; elle posa à son accession la condition singulière que le royaume de Naples, le plus puissant de la péninsule, resterait en dehors de la confédération. Mais en dépit de ce mauvais vouloir on doutait peu que l'habileté diplomatique de Rossi et la netteté toujours lumineuse de ses raisonnements ne parvinssent à dominer l'opinion générale des Italiens, comme l'autorité de sa parole dominerait les chambres romaines. (1) ».
« Le suprême Pontificat, déclara-t-il un jour, est la seule grandeur qui soit debout, et qui, restant à l'Italie, lui attire le respect et les hommages du monde catholique ». Une autre fois, comme on paraissait douter si ce beau zèle d'un ancien conspirateur était bien sincère, et s'il se maintiendrait : « Pour réprimer les factieux, je monterai à cheval et combatterai de ma personne, et l'on arrivera au Pape qu'en me passant sur le corps ». La révolution comprit, en effet, qu'elle avait trouvé son maître, les honnêtes gens respirèrent ; les clubs entrevirent avec effroi la restauration imminente, peut-être durable, de l'ordre social. L'heure était solennelle.
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(1) Vilusfranche, Pie IX, m vie. p. 75.
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p177 5. -r LE TRIOMPHE DE LA DÉMAGOGIE- A ROME
L'ouverture des chambres était fixée au 15 novembre; c'est la jour que choisirent les Mazziniens pour assassiner Rossi. Sterbini prépara l'opinion à l'exécution de cette sentence. Dans son journal, il osa bien signaler Rossi comme appartenant à cette école qui enseigne à faire connaître les occasions d'incendier, de bombarder, de détruire les grandes capitales... » Rossi répondit dédaigneusement : « Tout le monde sait qu'il y a des louanges qui offensent et des blâmes qui honorent ».
38.Dans la nuit du 14 au 15 novembre, les ministres étaient réunis ; ils délibéraient sur les mesures à prendre pour que l'ouverture des chambres ne fournit pas aux fauteurs de désordres une occasion trop favorable. Rossi voulait confier aux carabiniers la garde du palais de la chancellerie ; mais la majorité de ses collègues s'y opposait, disant qu'il ne fallait pas avoir l'air de s'attendre à tout propos à des mouvements séditieux ; Rossi finit pas se ranger à leur avis ; « Dieu m'est témoin, dit-il du ton ferme, hautain même, qui lui était habituel ; Dieu m'est témoin, que les précautions que je réclamais ne m'étaient point personnelles; je mourrai avec joie pour la cause que nous défendons ; je tiens seulement à ce que la cérémonie se fasse avec calme et dignité ». En parlant ainsi, il pressait dans sa poche une lettre contenant des menaces de mort, lettre qu'il avait reçue dans la soirée. On ne le sut que plus tard ainsi que l'effroyable scène dont fut témoin, dans le même instant, le petit théâtre de la Capranica.
Là douze ou quinze affidés de la jeune Italie, s'étaient donné rendez-vous. Deux autres se glissant dans l'ombre, apportèrent dans un sac un cadavre reçu d'un employé de l'hôpital San-Giacomo. Ce cadavre, ils l'avaient choisi d'une taille à peu près égale à celle de Rossi. Ils le dressèrent contre une coulisse du théâtre, puis tous, groupés autour, renouvelèrent le serment de frapper sans pitié l'homme qui faisait obstacle à la révolution. On tire au sort pendant que minuit sonne à l'horloge voisine de Monte-Citorio, l'honneur de porter le coup ; il échut à un nommé Santo-Costantini. On tire également au sort les noms des six autres jeunes gens qui doivent l'assister, le frapper lui-même s'il hésite, le suppléer
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p178 poirrincAT de pie ix (1846-1878)
s’il manque son coup. Alors Costantini tirant un poignard de dessous son manteau, se place derrière le cadavre, frappe, et dirige si bien son arme, qu'il tranche l'artère carotide. Le cadavre, perdant l'équilibre, s'affaisse lourdement sur le pavé : « Bravo ! s'écrie à voix basse toute cette bande d'assassins ; bravo ; la répétition a admirablement réussi, la pièce réussira de même ! » On presse la main de Costantini, et l'on se sépare sans bruit, en se promettant de se retrouver tous, dans quelques heures, au palais de la chancellerie.
Au point du jour, Rossi reçut d'une française habitant Rome un billet ainsi conçu : « Gardez-vous bien de vous rendre an palais législatif; la mort vous y attend. » — « Ne sortez pas ou vous seriez assassiné ! » lui écrivit de son coté la duchesse de Rignano, femme du ministre. Il répondit à la hâte : « Ma chère duchesse, je vous remercie, mais j'ai pris mes précautions. Rassurez-vous sur mon compte et sur celui de votre mari. » Il écrit à M. Righetti, son substitut aux finances, en lui montrant le billet de la duchesse de Rignano ; « Les révolutionnaires veulent me frapper, donc ils ont peur. » Sa femme effrayée elle aussi voulut l'empêcher de sortir. Il fit ce qu'il put pour dissiper ses pressentiments qu'il traita d'efantillage, et en sortant de déjeuner, il se rendit au Quirinal.
Pie avait été averti comme son ministre. Il recommanda à celui-ei de prendre les plus grandes précautions : « Évitez, dit-il, évitez à nos ennemis un grand crime et à moi une grande douleur.— Ils sont trop lâches, répond Rossi, ils n'oseront pas ! — Dieu le veuille, reprit le Saint-Père; en attendant, recevez la bénédiction que je vous donne de toute mon âme. »
Dans le trajet du Quirinal à la chancellerie, Rossi rencontra Righetti qui lui demanda ce qu'il y avait de nouveau. «Rien, sinon qu'il existe une sorte de conspiration pour m'effrayer. A l'instant même encore au bas des appartements du Saint-Père, je viens d'être abordé par un prêtre qui a voulu me parler à toute force.— Et que vous a-t-il dit? — Comme les autres, que les républicains ont juré ma mort, et que je devrais rentrer chez moi. Je lui ai répondu que la cause du Pape est celle de Dieu, et qu'il faut que
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p179 § 5 — LE TRIOMPHE DE LA DÉMAGOGIE A ROME
j'aille où je dois aller. — Vous avez peut-être tort, dit Righetti soucieux. — Non, répliqua Rossi ; je méprise trop souverainement les républicains. Je pourrais pénétrer dans la chambre par des voies secrètes, je ne le ferai pas. Je ne donnerai pas à nos ennemis la satisfaction de croire qu'ils peuvent m'intimider. »
Une soixantaine d'hommes à figure sinistre et couverts de manteaux attendaient dans la cour de la Chancellerie. Quand Rossi descendit de voiture, une partie de ces hommes se porta derrière lui pour lui couper la retraite; les autres le suivirent l’entourèrent au pied de l'escalier et le séparèrent de Righetti. Ils les regardait avec dédain sans que rien en lui trahit la moindre crainte. L'un d'eux le frappa alors d'un coup de canne sur l'épaule gauche. Le comte se retourne et présente ainsi la veine jugulaire à l'assassin qui se tenait à sa droite. C'est le mouvement attendu, le poignard de Costantini s'enfonce dans le cou ; l'artère carotide est tranchée. Le comte n'a senti que le froid du fer; il porte la main à son cou, et, jetant à toute cette bande le nom d'assassins, il veut poursuivre son chemin; il monte quelques marches, mais il chancelle, essaye de se retenir au mur et tombe dans une mare de sang, tandis que les assassins dans l’ivresse de leur succès, hurlent autour de lui : « Bravo ! bien touché ! » Puis le groupe sinistre s'élargit silencieusement et se perd dans le reste de la foule.
Righetti releva le blessé. On le porta au premier étage où le curé de San-Lorenzo, appelé en toute hâte, accourut lui donner l'absolution. On eût dit que son âme pénitente n'attendait que d'être réconciliée avec Dieu, car il expira aussitôt après, sans avoir pu prononcer une parole. Righetti, tout couvert de sang, se rendit an Qairinal pour informer le Saint-Père. Celui-ci tomba à genoux, et pria longtemps. Puis il dit à Righetti : « Le comte Rossi est mort martyr ; Dieu recevra son âme en paix !
50. Cependant, l'assemblée attendait dans la salle des séances le ministre qui devait faire l'ouverture du parlement. Tous les députés étaient à leurs places ; les tribunes regorgeaient de spectateurs. On entendit tout d'un coup comme un sourd murmure :
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une secousse électrique ébranla l'Assemblée, et l'on vit entrer le ministre Montanari, pâle, défait, autour duquel de nombreux députés se groupèrent en un instant. Il leur raconta que Rossi venait d'être assassiné au pied de l'escalier et les visages de ses auditeurs palissaient comme le sien. Mais cette émotion ne fut ni durable, ni universelle. Sturbinetti, le président de la Chambre, rappela froidement les tribunes à la loi du silence, et ajouta: Messieurs, passons à l'ordre du jour.— « Ce n'est rien, tranquillisez-vous, dit de son côté Sterbini, pour qui l'événement parut n'avoir aucun caractère imprévu. » Et la séance s'ouvrit tranquillement comme si rien n'était arrivé. Les membres du corps diplomatique ne purent contenir leur indignation : « C'est infâme ! s'écria le duc d'Harcourt, ambassadeur de France ; sortons, messieurs, pour ne pas être, par notre complaisance, complices de ce qui se passe ici » !
La conduite de la population romaine fut conforme à celle de ses représentants. Soit peur, soit complicité, personne ne manifesta un blâme, personne n'exprima l'intention de poursuivre le coupable. Les gardes nationaux, les gendarmes eux-mêmes, qui avaient laissé commettre le crime, permirent qu'on en organisât publiquement l'apothéose. Tandis que le P. Vaures, l'ami et le conseiller de Rossi pendant sa vie, transportait secrètement, dans le caveau d'une église, son cadavre qu'on devait venir enlever pour le porter triomphalement dans Rome, la horde des assassins fraternisait avec les troupes ; ensuite, elle se répandait dans toutes les rues, qu'une lâche terreur faisait pavoiser et illuminer sur son passage. Elle chantait un refrain improvisé, dit-on, par Sterbini : « Béni soit le poignard, le poignard sacré qui a frappé le traître » ! On promena toute la soirée ce poignard homicide, orné de fleurs et attaché au drapeau tricolore italien ; on l'exposa dans un café à la vénération des Romains ; on vit même des fanatiques se disputer pour baiser la main qui s'en était servi « Oh ! la santa mano ! la sainte main ! » Et pour que rien ne manquât à la glorification du crime, on porta le hideux trophée devant la maison de Rossi et on l'éleva à la hanteur du premier étage, sous les yeux de la
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p181 §5. — LB TRIOMPHE DE LA DÉMAGOGIE A ROME
veuve et des enfants de la victime, comme autrefois la tête de la princesse de Lamballe, à la hauteur des fenêtres du Temple (1). Charles Rusconi ajoute ici : « La liberté, cette déesse sans tache, fut accusée par quelques-uns d'avoir inspiré cet acte horrible: calomnie atroce, puisque les assassins ne sont d'aucun parti ». J’en demande pardon à l'ancien ministre de la République romaine : les assassins sont du parti mazzinien, de ce parti qui se substitua à Pie IX dans le gouvernement de Rome. Pour le prouver, je n'aurai besoin de citer ni les pièces du procès juridique intenté au sujet de l'assassinat de Rossi, ni les documents convainquants qui l'accompagnent. Il me suffira de citer Daniel Hanin, qui déclara, en 1836, que le parti révolutionnaire devait désormais abandonner l'usage du poignard ; — Mazzini, qui, dans une lettre reproduite par l'Italia è Populo de la même année, justifia au contraire, la politique du poignard; — Frédéric Campanella, qui, dans le même journal, numéros du 23 et 24 octobre 1856, révéla comment un certain Antonio Gallenga fut envoyé à Turin par la jeune Italie, au mois d'août 1833, pour poignarder Charles-Albert ; — et encore Mazzini, qui a déclaré dans une lettre avoir donné à Gallenga mille francs, un passe-port et un poignard, parce qu'il était convaincu « que c'était un de ces hommes dont les déterminations ne sont justiciables que de leur conscience et de Dieu, et que la Providence, depuis l'époque d'Harmodins, envoie de temps en temps sur la terre pour enseigner aux despotes que le terme de la puissance est dans les mains d'un seul homme : » Je citerai enfin une lettre de Gallenga, qui parut dans le Risorgimento du 28 octobre 1856, et dans laquelle il atteste que Mazzini dit la vérité quand il raconte que lui Gallenga, était venu à Turin, sous le faux nom de Louis Mariotti, pour poignarder Charles-Albert. Et le parti libéral, ne célébra-t-il pas
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(1)
Nous avons emprunté ce
récit à M. Villefranche. Les historiens pensent communément que ce projet
d'assassinat fut conçu à Turin, dans un congrès démocratique
réuni par Gioberti, et arrêté à Livourne à propos d'une fête. Cest à Rome seulement
qu'eurent lieu les derniers préparatifs. Rome commence à devenir une ville bien coupable, si les œuvres expiatoires y
diminuent, je ne sais quelle colère de Dieu va éclater sur cette
cité scélérate.
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p182 porrrirtcAT de pie ix (1846-1878)
unanimement Agésilas Milano fusillé pour avoir tenté d'assassiner le roi de Naples ? Le Morning-Post, journal de la haute société en Angleterre, ne célébra-t-il pas les vertus de ce régicide ? Le Globe L'Italie ne dit-il pas que la nouvelle de l'assassinat du roi Ferdinant circulait à Londres huit jours avant l'attentat ? de Gènes n’appelait-elle pas, depuis un mois, ce souverain, le feu roi de Naples ? N’a-t-on pas écrit en Piémont, le panégyrique de l'assassin et fait une pension à sa mère ? N’a-t-on pas frappé à Genève et distribué à Turin, une médaille destinée à éterniser la mémoire d’Agésilas Milano ? Comment après ces faits, après tant d'aveux, oser dire que les assassins ne sont d'aucun parti ?
81. On peut aujourd'hui étendre beaucoup ces questions. A quel parti se rattachent Hœdel et Nobiling, les deux assassins du roi de Prusse, le noble allié de l'Italie, si féconde en assassins? A quel parti appartenaient Sand, l'assassin de Kotzbue ; Louvel, l’assassin du duc de Berry ; Fieschi, l’auteur de la machine infernale ; les dix-sept assassins de Louis-Philippe et les douze assassins de Napoléon III, les Pianori, les Grilli et Bartolotti, les Pieri et les Orsini? A quel parti se recommandent le Hongrois Libényi, le prussien Tesch, l'espagnol Mérino, le romain Defélici, l'américain Bootb, les assassins anonymes du duc de Parure et de l'archevêque de Paris ? Est-ce bien au parti que la presse démocratiqae accusait tous les jours d'avoir tiré les arquebuses de la Saint-Barthélemy et allumé les bûchers de l'Inquisition ?
Néanmoins Charles Rusconi, lui-même ne peut s'empêcher de remarquer qu'il appartenait aux ministres, successeurs de Rossi, « de proclamer hautement en présence de Rome tout entière, que le premier soin dont ils s'occuperaient serait le procès de l'assassinat de Rossi. Il leur importait de montrer qu'ils voulaient employer toute leur activité à découvrir l'auteur de ce crime, afin de décharger le pays d'une odieuse solidarité, afin de se pas laisser dire et croire aux ennemis du peuple que les amis de la liberté faisaient cause commune avec les malfaiteurs. Déplorable négligence des nouveaux ministres qui ne firent rien, et, chose plus déplorable encore, aucun député ne se leva pour leur adresser
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p183 §6. — LE PAPE SE RETIRE A GAETB
une interpellation sur les mesures prises par le gouvernement pour découvrir l'auteur du fait ». L'histoire est là en effet : la mémoire de Rossi resta sans vengeance, le crime resta impuni jusqu'à l'époque de la restauration pontificale.
On a érigé, depuis, à Rossi, dans l'église Saint-Laurent in-Damaso, un buste en marbre, sculpté par Tenerani. On a gravé, an bas l'inscription : Bonam causam tuendam suscepi ; — Miserebitur Deus.