Francs-Maçons 3

Darras tome 39 p. 148

 

p148  PONTIFICAT   DE   BENOIT   XIV   (1740-1758)

 

   79. Né le 23 mai 1743 à Itzmang, Antoine Mesmer n'eut jamais  d'autre but que celui de parvenir à la renommée et à la fortune en profitant de l'amour des hommes pour le merveilleux. Son appa­rition dans le monde s'opéra par une thèse : De planetarum influxu ou il prétendait que les corps célestes en vertu de la force qui pro­duit leurs attractions mutuelles, exercent une influence sur le sys­tème nerveux par l'intermédiaire d'un fluide subtil qui  pénètre tous les corps et remplit l'univers.  Malgré le refus d'approbation des académies de Berlin et de Paris, il se consacra  dès lors au développement de cette idée. Etant venu à Paris, il s'y vanta d'o­pérer sans aucune peine des cures merveilleuses par un principe unique et universel. Quelques  cures  désespérées, lui  firent des adeptes. Un docteur régent de la faculté nommé Deslon, initié par Mesmer aux mystères du magnétisme animal, en devint l'apôtre devant la société de médecine. Le baron de Breteuil lui offrit, au nom du roi, vingt mille livres de rente et dix mille francs par an pour établir une clinique magnétique et communiquer son secret à trois personnes choisies. Il se forma ainsi une association dont le but était la guérison des malades par le fluide magnétique. Au milieu d'un appartement élégamment orné se trouvait un baquet couvert dans lequel on mettait des tiges de fer et du verre pilé. Des cordes sortant du baquet communiquaient aux malades le fluide dégagé. Les malades faisaient la chaîne autour du baquet; le magnétiseur se mettait en communication avec eux, et aux moyens de passes magnétiques, produisait ce qu'on appelait une crise. L'enthousiasme public pour ces réunions, et les désordres nombreux qui les accom­pagnaient déterminèrent le gouvernement à faire examiner la doc­trine et l'emploi du magnétisme animal par une commission com­posée de quatre médecins et de cinq membres de l'Académie des sciences. Cette commission fit répéter les expériences devant elle par Deslon, et après avoir examiné tous les phénomènes réduisit à peu de chose le magnétisme en lui-même, et marqua comme cause de son influence immorale les attouchements, l'imitation et le pouvoir de l'imagination sur les sens. Quant à Mesmer il quitta bientôt la France, emportant l'argent de ses souscripteurs. Mesmer mourut en 1815.

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p149 CHAP.   VII.     LES   SOCIÉTÉS   SECHÈTES

 

   80. Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu, né à Amboise le 18 janvier 1743, d'une famille noble, fit de bonnes études au collège de Pont-le-Voy. Son père le destinait à la magistrature, reçu avo­cat au présidial de Tours, il préféra au barreau la carrière des armes qui devait lui laisser plus de loisir pour s'occuper de ses méditations philosophiques. Entré à 22 ans comme lieutenant dans le régiment de Forez, il se fit aussitôt initier à la secte des Martinistes qui reconnaissaient pour chef Martinez-Pasqualis qui préten­dait trouver dans la cabale judaïque la science qui nous révèle tout ce qui concerne Dieu et les intelligences créées. Au bout de six ans il quitta la vie militaire et vint mener une vie paisible et obscure à Paris. Son titre de noble l'ayant obligé à quitter Paris pendant la révolution, il se retira en Touraine où il passa les temps les plus difficiles sans être inquiété ; il fut même envoyé par le district d'Amboise, élève à l'école normale. De retour à Paris, il y publia un grand nombre d'ouvrages qui ont été commentés et traduits en partie principalement dans les langues du nord. Les principaux sont : Des erreurs et de la vérité ou les hommes rappelés au principe universel de la science par un Ph... ine... ; — Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers ; — l'Homme de désir ; — le Nouvel homme; De l'esprit des choses ; Consi­dérations politiques, philosophiques et religieuses sur la révolution française ; Eclair sur l'association humaine ; — Essai relatif à la question posée par l'Institut : Déterminer l'influence des signes sur la formation des idées ; le Crocodile, ou guerre du bien et du mal ; le Ministère de l'homme d'esprit. Saint-Martin mourut à Pa­ris le 13 octobre 1803 , en prononçant ces paroles : « Ce n'est point à l'audience, que les défenseurs officieux reçoivent le salaire des causes qu'ils plaident, c'est hors de l'audience et après qu'elle est finie. Telle est mon histoire, et telle est aussi ma résignation de n'être pas payé dans ce bas monde. » Le but de tous ses écrits est non seulement d'expliquer la nature par l'homme, mais de rame­ner toutes nos connaissances au principe dont l'esprit humain peut être le centre. La nature actuelle déchue et divisée d'avec elle-même et avec l'homme, disent-ils,  conserve néanmoins dans ses

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150   PONTIFICAT   DE   11EN01T   XIV  (1740-1758)

 

lois, comme l'homme dans plusieurs de ses facultés une disposition à rentrer dans l'unité originelle. Par ce double rapport, la nature se met en harmonie avec l'homme, de même que l'homme se coor­donne à son principe. Suivant la même doctrine, le spiritualisme n'était pas simplement la science des esprits, mais celle de Dieu. Les mystiques du moyen âge et ceux des derniers temps, en s'unissant par la contemplation à leur principe, étaient absorbés en Dieu par l'affection. Ici, disent les Martinistes, c'est une porte plus élevée: ce n'est pas seulement la faculté affective, c'est la faculté intellec­tuelle qui connaît en elle son principe divin, et par lui le modèle de cette nature que Malebranche voyait, non activement en lui-même, mais spéculativement en Dieu, et dont Saint-Martin voit le type dans son être intérieur par une opération active et spirituelle, qui est le germe de la connaissance. Ses disciples, liés par les enga­gements les plus formels, refusent d'en donner le sens à quiconque n'est pas initié. Mais, dira-t-on, si le système du maître est aussi intéressant et avantageux à l'humanité qu'ils le prétendent, pour­quoi ne pas le mettre à la portée de tout le monde ? Absolument comme on dit aux membres des sociétés secrètes : Ou vous faites le bien, ou vous faites le mal dans vos conventicules : Si vous fai­tes le bien, pourquoi vous cacher? si vous faites le mal, pourquoi vous épargnerait-on les poursuites? Malgré l'obscurité des écrits de Saint-Martin on peut cependant affirmer qu'il se faisait un chris­tianisme sans Église et sans sacerdoce et cela en vertu d'une distinc­tion qu'il établissait entre le catholicisme et le christianisme.

 

   81. Tous les francs-maçons nationaux reconnaissaient alors pour chef un Grand-Orient ; à la tête de chaque loge était un vénérable, et au-dessous de lui un vigilant; le frère terrible agrégeait les néo­phytes, qui recevaient les instructions nécessaires du maître des cérémonies : le grand expert avait la parole : les différentes char­ges étaient remplies par un trésorier, un aumônier, un secrétaire. Différents symboles ornaient l'endroit où ils se réunissaient, on y voyait des tableaux emblématiques, des mots hiéroglyphiques, l'heptagone, le triangle, la truelle, l'équerre, le compas, le mar­teau, le crâne  d'homme, la pierre cubique, ou triangulaire ou

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brute, les échafauds de maçon, l'échelle de Jacob, le tableau d'ar­doise avec ces mots : Lucem meruere labore. Odi profanum vulgus et arceo. Petite et accipietis, pulsate et aperietur vobis. Ou vaincre ou mourir. In constanti labore spes. Les frères se tenaient debout, en tuniques, armés d'épées et d'équerres autour d'un lit tendu de noir, orné de la croix et de la branche d'olivier ; çà et là étaient semés des truelles, des marteaux, le tambour de peau d'agneau, des mouchoirs maculés de sang, des ossements, des crânes, des stylets, tout un appareil, en un mot propre à frap­per l'imagination. Les grades étaient nombreux, et la communica­tion des secrets se mesurait sur le grade. Le plus grand nombre ne devait voir dans la franc-maçonnerie d'autre but que celui de se réunir dans des banquets, de faire des discours et de s'aider mutuellement, de se reconnaître partout au moyen de certains signes, d'offrir l'idéal d'une société modèle ou s'effacent toutes les distinctions de rang, de nation, de religion; de montrer réalisée la fraternité humaine. Mais les intrigants exploitaient cette solennité mystérieuse de formes, qui couvrait et simulait les institutions du fanatisme, pour réaliser la religion philosophique. Les grades ex­ternes et symboliques ne sont que l'ombre des vrais grades cachés. En religion, ils admettent Dieu un et en trois personnes. Pour eux, Jésus-Christ fut un sage d'une moralité éminente et digne de la reconnaissance du genre humain. La Bible est la parole de Dieu ; mais à la révélation doit partout se substituer la raison. Celle-ci fera admettre toutes les religions, et détruire la superstition, l'igno­rance, le fanatisme, noms sous lesquels ils désignaient le christia­nisme et plus spécialement le catholicisme, dont la signification est assassin, assassinat et assassiné. Ces doctrines apparaissent surtout dans l'initiation du chevalier Kadosch, qui est le trentième des trente-trois grades, où on ordonne au néophyte de fouler aux pieds un crucifix, on simule même le meurtre de trois personnes qui symbolisent la superstition, le roi et le Pape. Ces novateurs mysti­ques constituent donc une société religieuse, morale, sociale, ou on retrouve un rationalisme pur appliqué aux croyances, aux actes, à la société. D'après eux, les religions ne sont que les différentes

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p152      PONTIFICAT   DE   BENOIT   XIV   (1740-1758)

 

manières de comprendre Dieu, elles sont toutes également bonnes, tous les cultes sont bons excepté celui qui prétend être le véritable. Pour tromper la foule, ils empruntent des symboles et des signes aux mystères des sociétés antiques, aux gnostiques, aux rites mosaï­ques et talmudiques, aux Egyptiens, aux Perses. Ils adoptèrent jusqu'à l'I. N. R. J. des chrétiens qui d'après eux signifie eau, feu, vent, terre. Du moment que la grande égalité à laquelle tend la maçonnerie doit renverser les religions, les gouvernements, les autonomies, il n'y a plus pour elle ni patrie, ni nationalité : les rayons de son action sont divers, mais son centre est unique,

 

   82.  Illuminés et maçons, n'avaient qu'un but : démolir. Toutes ces ruines amoncelées (qui dans l'histoire devaient constituer la révo­lution) devaient amener à édifier une Jérusalem nouvelle avec les débris de l'ancienne. L'architecte devait être le grand prêtre apo­calyptique, qui apparaît vêtu comme la femme mystique de l'Apo­calypse, la tête entourée de douze étoiles. C'est la déification de l'humanité, puisque les hommes, parvenus à la pureté maçonnique sont les dieux de la terre. Il n'y aura plus de théologie, mais une religion unique qui consistera à vivre en honnête homme, à croire ce que l'on voudra, car le droit absolu à la liberté justifie toute opinion, fût-ce les extravagances du socialisme et les iniquités du communisme, fût-ce la négation de tout principe d'autorité parmi les hommes, ou les moyens employés par la révolution pour tout bouleverser. Ces moyens sont : flatter les princes, en feignant de travailler à leur indépendance et en écartant les obstacles que l'au­torité religieuse met à l'exercice de leur pouvoir, détruire les bar­rières qu'opposent les corporations, les Etats, les universités, afin que l'homme se trouve isolé en face d'une puissante organisation d'employés et de soldats ; soustraire les écoles à la direction de l'Église, et la réduire à donner simplement l'instruction ; soumettre les rois à des ministres responsables, et les Parlements aux résolu­tions souveraines, en s'appuyant sur la presse libre, et sur une magistrature soumise aux décisions des jurys; réduire l'Europe à quelques grands États qui absorberont les petits, au nom des nationalités géographiques. De cette manière, on pourra rendre au

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nom de la liberté, l'individu entièrement esclave de l'Etat. Lorsque le néophyte voit tous les glaives tournés contre sa poitrine, le véné­rable le rassure en lui disant : « Necraignez rien, ils ne menacent que le parjure. Si vous êtes fidèles à la maçonnerie, il frapperont pour votre défense, mais en cas de défaillance, aucun lieu de la terre ne pourra vous mettre à l'abri de ces armes vengeresses ». Et le néophyte, au nom du Grand Architecte de l'Univers, jure de ne jamais révéler les secrets de la maçonnerie: «Si j'y manque, qu'on me brûle, les lèvres avec un fer rouge ; qu'on me coupe les mains ; qu'on m'arrache la langue, qu'on me tranche la tête ; que mon cadavre soit pendu dans une loge pendant l'initiation d'un autre frère pour la terreur de tous ; puis, que je sois brûlé et mes cendres jetées au vent, afin qu'il ne reste pas un souvenir du traî­tre. » Grâce à ce serment, la compagnie s'arrogeait le droit de punir, droit qui n'appartient qu'à la société civile, et elle se réser­vait de l'exercer au moyen de l'assassinat. Cela seul suffirait pour en faire un objet de réprobation (1).

 

   83. Au fond, la franc-maconnerie est une secte antichrétienne, acharnée à la destruction de la religion catholique, de l’Église  romaine et du Saint-Siège.

 

    Sous le rapport dogmatique, il y a entre la maçonnerie et le christianisme, incompatibilité absolue. Le christianisme ne répudie pas la loi naturelle ; mais il proclame la dépendance de la raison et sa soumission obligatoire à la foi ; mais il soumet l'activité humaine à des lois surnaturelles et à des institutions positives de même ordre. La maçonnerie, au contraire, reconnaît Dieu, mais seulement comme architecte du monde, nullement comme législa­teur, et, avec son déïsme vague, elle ne se distingue pas beaucoup de l'athéisme. Quant à ses croyances propres, elle professe le libre examen, l'indépendance de la raison, le rejet de l'autorité religieuse, et n'érige d'autel que pour le culte de la nature.

 

   Pour le prouver, la difficulté est de se borner dans ses citations. Dans la Revue maçonnique, Fischer dit : Lorsqu'on attaque le côté religieux de l'Ordre, on combat une chimère. A l'exception de

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(1) Caxtu, les Hérétiques d'Italie, t. V, passim.

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quelques loges particulières, la grande majorité de l'Ordre, non seulement n'admet pas le christianisme, mais encore le combat à outrance. La preuve s'en trouve dans l'admission des Juifs aux loges anglaises, françaises, américaines, et depuis peu, dans les loges de l'Allemagne.»

 

   Dans sa Reforme religieuse, Jochmus écrit ces mots : « Un vérita­ble paganisme est plus près de nous que le christianisme.» Dans son ouvrage intitulé: Les trois plus anciens documents artis­tiques de la franc-maçonnerie, Krauss s'exprime en ces termes : « Aujourd'hui un grand nombre d'hommes de mérite ne regardent le Christ que comme un homme sans tache, d'une moralité éminente et ayant bien mérité de l'humanité. Ils considèrent la Bible comme la parole de Dieu, dans ce sens que toute parole vraie et efficace sortant de la bouche d'un homme quelconque porte le cachet de la divinité. Cette manière de penser s'accommode par­faitement avec notre tolérance, etc. Les enseignements essentiels du Christ sur Dieu et sur son royaume, sur l'homme et son règne terrestre, sont puisés dans l'humanité même et gravés dans l'esprit et dans le cœur de tous les êtres raisonnables. Ils appartiennent essentiellement à la franc-maçonnerie; mais ils reposent sur l'au­torité de la vérité elle-même ; ils ne sont pas vrais pour cela seul que Jésus-Christ les a révélés. »

 

   Nous lisons dans le Manuel pour les maçons : Pourquoi dans tout le rituel maçonnique ne trouve-t-on pas la moindre trace du chris­tianisme ? Mais une maçonnerie chrétienne serait un cercle carré, une équerre ronde. Si les loges maçonniques se considèrent comme des institutions chrétiennes, elles oublient le but essentiel de la maçonnerie qui est de réunir dans le genre humain ce qui avait été divisé par les croyances religieuses et par la politique. Si la maçon­nerie perd de vue son auguste mission, elle ne sert plus qu'à confir­mer les erreurs, les préjugés (les dogmes chrétiens) dont la raison mieux éclairée cherche à dégager les hommes. Une pierre tombe l'une après l'autre de ce mur épais, élevé par des hommes amis des ténèbres au moyen du mensonge et de la dissimulation, de prédica­tion et de légendes, de prétendues traditions et de symboles sacrés.»

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   Aux yeux de Bœrne, orateur à la loge l’Aurore naissante, le christianisme ne fut inventé que par le despotisme, pour asservir les peuples. « La domination naquit, dit-il, et avec elle l'esclavage ». Après cela, les méchants s'effrayèrent et tinrent un conseil crimi­nel. Ce qu'il y a de plus sacré au ciel et sur la terre, ils le ravirent effrontément, le jetèrent au milieu du champ de bataille et le feu de la guerre flamboya de nouveau. Quel était cet objet sacré qui devait servir de jouet à leur folie. Je n'ose prononcer ce mot qui, en peu de syllabes, rappelle le comble et l'horreur : assassinat, assassin, assassiné : le Christianisme.

 

   « Au point de vue religieux, lit-on dans la Latomia, le protes­tantisme n'est que la moitié de la maçonnerie. La raison a pu cons­tater l'antipathie radicale qui existe entre sa doctrine et les ensei­gnements de l'Église. »

 

   Les maçons français, dans le dessein sans doute de donner à la maçonnerie une couleur d'antiquité, expliquent tous les événements relatés dans les livres saints, ou comme la reproduction de faits mythologiques ou comme des allusions au système solaire. Rien de curieux comme leurs efforts pour anéantir dogmatiquement le christianisme. Avec les douze signes du zodiaque et les fables grec­ques, on explique enfin tout l'Evangile.

 

   C'est particulièrement au catholicisme que la franc-maçonnerie réserve sa haine ; c'est lui qu'elle attaque corps à corps, qu'elle harcèle sans relâche : c'est lui qu'elle considère comme son ennemi personnel. Un antagonisme à outrance sépare en effet ces deux institutions. Le catholicisme, religion révélée, ne peut se concilier avec le libre examen, ou plutôt avec la religion de la nature, sans dogmes, sans lois positives. Rédarès, Reghellini de Selico et Aurellos en font l'aveu ; le fait est d'ailleurs évident par l'impiété acariâ­tre et virulente de tout vrai maçon. Dans leurs incessantes décla­mations, contre la superstition et l'ignorance, ce qu'ils veulent atteindre, c'est la religion catholique ; et dans leurs cérémonies mys­tiques, ce qu'ils veulent frapper du glaive, c'est la tiare.

 

   « Oui, dit Rédarès, Dieu nous a octroyé son pouvoir ; nous pos­sédons la vérité, l'infaillibilité et la puissance qui sont les attributs

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de sa nature; nous sommes la lumière des lumières, la loi et les prophètes ; soyez résignés et soumis (chrétiens), ou nous vous pour­suivrons comme le milan poursuit la colombe et vous serez les parias de la nouvelle Jérusalem. »

 

   « Il faut que le christianisme tombe, dit le maçon Quinet ; aveu­gle, il appelle contre lui la force aveugle. Il ne suffit pas de le combattre, il faut le diffamer, et comme le dit l'ancienne loi ger­maine, il faut l'étouffer dans la boue. »

 

   Sous le rapport moral, la maçonnerie prétend racheter la pau­vreté de ses croyances et la niaiserie de ses symboles. Voici, d'a­près les frères Itebold et Ragon, son dodécalogue :

 

   1° Sois juste, parce que l'équité est le soutien du genre humain ;

 

 2° Sois bon, parce que la bonté enchaîne tous les cœurs ;

 

 3° Sois indulgent, parce que faible toi-même, tu vis avec des êtres aussi faibles que toi ;

 

   4° Sois doux, parce que la douceur attire l'affection ;

 

   5° Sois reconnaissant, parce que la reconnaissance alimente et nourrit la bonté ;

 

   60 Sois modeste, parce que l'orgueil révolte des êtres épris d'eux-mêmes ;

  

   7° Pardonne les injures, parce que la vengeance éternise les haines;

 

   8° Fais du bien à celui qui t'outrage, afin de te montrer plus grand que lui et de t'en faire un ami ;

 

   9° Sois retenu, tempéré, chaste, parce que la volupté, l'intempé­rance, les excès détruisent ton être en te rendant méprisable ;

 

   10° Sois citoyen, parce que ta patrie est nécessaire à ta sûreté, à tes plaisirs, à ton bien-être,

 

   Sois fidèle et soumis à l'autorité légitime, parce qu'elle est néces­saire au maintien de la société qui t'est nécessaire à toi-même ;

 

   11° Défends ton pays, parce que c'est lui qui te rend heureux et qui renferme tous les liens, tous les êtres qui sont chers à ton cœur ; mais n'oublie jamais l'humanité et ses droits !

 

   12° Ne souffre point que la patrie, cette mère commune de toi et de tes concitoyens, soit injustement opprimée, parce que pour

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lors elle ne serait plus pour toi qu'une géhenne. Si ton injuste patrie te refuse le bonheur, éloigne-toi d'elle en silence, mais ne la trouble jamais ; supporte l'adversité avec résignation.

 

   Au premier coup d'oeil, ce code ne paraît point repréhensible, il formule même une partie des devoirs que nous impose la loi divine. Mais comme il est incomplet ! Tout chrétien qui aurait assez de vices et de crimes pour être excommunié, ferait encore un excellent maçon. Nous ne retrouvons guère, dans ces douze arti­cles que le cinquième et le sixième commandement de Dieu. Des devoirs envers Dieu, envers la famille, envers la propriété, envers la considération du prochain, pas un mot. Puis quelle ambiguité dans les termes ! Prenons, par exemple, le onzième précepte: « Défends ton pays, mais n'oublie jamais l'humanité et tes droits :» veut-il dire que, dans la défense de son pays, il ne faut jamais blesser les droits de l'humanité, ou que si les lois de l'humanité y obligent, il faut cesser de défendre son pays. Dans le douzième précepte, quelle contradiction ! d'un côté le maçon ne doit pas souffrir que sa patrie soit opprimée ; de l'autre, il doit s'en éloi­gner en silence dans le cas où il en serait opprimé lui-même.

 

   Pas de morale sans dogmes qui lui servent de base et sans une sanction qui pousse au bien et qui détourne du mal. Pour obéir à une loi pénible, il faut et un motif grave et un puissant aiguillon. Quelle est la sanction de la morale maçonnique et où est sa base? De base, nous n'en voyons pas, car on ne peut décemment donner ce nom aux raisons, d'ailleurs basses, qui appuient ces préceptes ; quant à l'autorité de la nature, qu'on nous donne ici comme puis­sance souveraine, la nature, être abstrait, ne peut intimer aucun ordre ni exprimer la moindre obligation. La nature physique agit toujours d'après certaines lois ; la nature morale de l'homme obéit plus volontiers aux viles passions qu'aux nobles instincts, et si parfois elle s'attache au devoir, plus souvent, par faiblesse ou malice, elle consent à le violer.

 

   Outre cette morale officielle, la maçonnerie a d'ailleurs une morale occulte, des secrets politiques, une indépendance absolue des chefs, et nous avons appris de Weishaupt que quand un peuple

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est parvenu à sa majorité il n'a plus besoin de tutelle, euphémisme qui pose le devoir de l'insurrection et tire, comme corollaire, la nécessité logique de tous les crimes.

Sur le chef de la morale privée, Helvétius, qui n'admettait pas les sous-entendus, la réduisait, en bon et loyal maçon, à ces maximes :

 

   « Vouloir modérer ses passions, c'est détruire l'État.

 

   « La vertu et la piété ne sont que l'habitude de poser des actions utiles à l'homme.

 

   « Peu importe que les hommes soient méchants ; il suffit qu'ils soient éclairés.

 

   « La pudeur n'est qu'une invention de la volupté perfectionnée.

 

   « Le ver de la conscience n'est que la crainte des châtiments physiques auxquels nous expose le vice.

 

   « Le précepte d'aimer son père et sa mère est plutôt l'œuvre de l'éducation que de la nature.

 

   « La loi qui prescrit aux époux de cohabiter est une loi dure et barbare dès qu'ils ne s'aiment plus. »

 

   Enfin, d'après sa maxime ; la fin justifie les moyens, l'ordre ma­çonnique ne reconnaît comme opposé à la morale que ce qui entrave l'exécution de ses projets; il permet, au contraire, tout ce qui contribue à ses progrès et à l'accomplissement de son œuvre de démolition. Et cette morale horrible peut aller jusqu'à la légiti­mation de l'assassinat.

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon