Nestorius 4

Darras tome 13 p. 34

 

21. Cette lettre ne fit qu'exaspérer Nestorius. Il avait réussi à indisposer l'empereur Théodose le Jeune contre le patriarche d'Alexandrie. Ce prince, entièrement livré aux intrigues de l'héré­siarque, témoignait un vif mécontentement du trouble et de l'agi­tation excités par les nouvelles controverses. Il les attribuait à l'ambition et à l'inquiétude de saint Cyrille. Sous cette impres­sion, il lui écrivit la lettre suivante : « Je n'ai rien plus à cœur que les intérêts de la religion et de la foi. Ce m'est donc une vive douleur de les voir compromis par ceux qui ont mission de les défendre. Les évêques catholiques doivent se distinguer

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1 S. Cyrill., Epist. IV; Patr. grœc, tom. LXXVII, col. 45-49, passim.

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entre tous par la pureté des mœurs et l'intégrité de la doctrine ; il leur appartient de donner l'exemple ; leur devoir est d'assoupir les discussions et non de les envenimer. Telle est la règle que tous les conciles, toutes les décisions canoniques ont proclamée. Si je vous la rappelle ici, ce n'est ni par un caprice ni par un désir d'empiétement en matière religieuse, mais uniquement pour obéir à la voix de la conscience et de la vérité. Comment donc votre piété a-t-elle pu se complaire à semer partout des germes de zizanie et de discorde? Si vous aviez de légitimes sujets de plainte, pourquoi ne les avoir pas adressés directement à moi-même, ou, si vous le préfériez, à la très-pieuse impératrice Eudocia, ou à l'au­guste princesse Pulchérie, ma sœur? Mieux que personne, vous savez à quel point la concorde du sacerdoce et de l'empire importe au bon ordre de l'État. Mon autorité impériale, vous ne l'ignorez pas, est tout entière dirigée dans ce but. Avec la grâce de Jésus-Christ, nous aurions pu terminer pacifiquement ce triste débat. Maintenant il va falloir qu'un concile prononce. Il y aura nécessai­rement un vaincu ; les pères prononceront sur son sort. Quant à moi, je suis déterminé à ne pas laisser plus longtemps les cités et les églises dans la fermentation où elles se trouvent. La question est purement du ressort ecclésiastique : les évêques régulièrement convoqués la jugeront 1. » Nestorius, qui avait dicté la lettre impériale, comptait effrayer par ce ton comminatoire l'illustre dé­fenseur de l'orthodoxie. En son nom personnel, il adressait à saint Cyrile une réponse beaucoup plus longue que la première, mais encore plus insolente. « Je dédaigne, écrivait-il, les outrages dont vous avez rempli votre missive, et ne fais que rire des conseils dont il vous plaît de me gratifier, comme si vous étiez chargé de ma conscience. Il vous plaît de jouer le rôle de médecin près d'un malade qui ne réclame nullement vos bons offices. Vous trouvez à propos, dans un sentiment de pieuse confraternité, de me renvoyer à l'étude des saintes lettres et des écrits des pères. On dirait saint Paul écrivant à son disciple Timothée : Attende lectioni et exhorta-

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1 Theodos., Ad Cyrill. Epist. ; Labbe, tom. 111, col. 434.

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tioni et doctrinœ 1. Vous me renvoyez au symbole de Nicée. De bonne foi, croyez-vous que j'ignore le texte de ce symbole et que je n'aie jamais lu ni l'Écriture, ni les pères? A votre tour, pénétrez mieux l'esprit caché sous la lettre. Vous avez déjà fait quelque progrès, et je ne puis que vous féliciter de reconnaître nettement en Jésus-Christ la distinction des deux natures divine et humaine. Soyez conséquent avec vous-même et avouez que la sainte Vierge fut mère du Christ, non de Dieu. »


   L'hérésiarque accumulait ensuite les textes scripturaires qu'il croyait favorables à sa thèse. Il citait tous les passages de l'Évangile où Marie est ap­pelée « mère de Jésus ; » il revenait après le manichéen Faustus  sur l'intitulé de saint Matthieu : Liber generationis Jesu Christi, filii David, filii Abraham 3; et il terminait ainsi : « Du reste, je ne puis que vous féliciter de votre zèle et vous remercier de l'intérêt que vous daignez prendre au salut de nos âmes. Peut-être cepen­dant n'est-il pas inutile de vous prévenir que les clercs qui vous ont fourni sur mon compte des renseignements aussi faux que dé­risoires, viennent d'être convaincus de manichéisme et excommu­niés par notre synode. Grâce à Dieu, les progrès de la foi et la prospérité de l'Église ne laissent ici rien à désirer. A voir la multi­tude des fidèles qui m'entourent, il m'est permis de répéter avec le prophète : Repleta est terra scientiâ Domini, sicut aquae maris operientes 4. Les augustes empereurs ont donné leur adhésion à la vé­rité ; ils sont heureux de vivre à sa lumière. En un mot, le bras de Dieu s'est levé, il a étouffé l'hérésie et réuni le bercail de l'Église comme un troupeau docile à sa voix et à la nôtre. Pour tout dire, le mot de l'Écriture s'est réalisé : Domus Saül incedebat et infirmabatur ; et domus David procedebat et confirmabatur 5. Tels sont les avis que d'un cœur fraternel je crois devoir transmettre à votre piété. Si quelqu'un veut substituer à l'harmonie et à la paix l'esprit de contention et de discorde, je ne puis que lui dire avec le grand apôtre : « L'Église de Dieu ne connaît point cette façon d'agir, et

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1. Timotk., îv, 16. — 2. Cf. tom. XII de cette Histoire, p. 178. —3. Matth., I, 1. – 4. Isa., xi, 6. – 5. 11 Reg., m, 1.

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nous-mêmes nous la condamnons : » Nos talem consuetudinem non habemus, neque ecclesia Dei 1.

 

22. Il n'y avait guère d'espoir, après une telle lettre, d'amener Nestorius à une rétractation. Saint Cyrille tenta cependant un der­nier effort. « Je n'avais pas voulu croire, répondit-il, à tout ce qu'on me mandait de vos erreurs. Maintenant encore je ne puis me persuader que la lettre pleine de blasphèmes qu'on me remet de votre part, soit réellement votre œuvre. Je vous en supplie, rétrac­tez un pareil langage, cessez une lutte sacrilège. Si fort que vous soyez, espérez-vous triompher du Dieu qui a voulu naître, souffrir et mourir pour nous; du Dieu qui est assis à la droite du Père ; que les anges, les principautés et les puissances adorent; qui est le Roi éternel a qui son Père a donné tout pouvoir? Il est votre Créa­teur, le Créateur de l'univers. Vous ne pouvez ni le combattre, ni le vaincre ! A un homme tel que vous je n'ai pas besoin de rappe­ler les souvenirs de l'histoire ; vous savez ce qui advint aux héré­tiques, depuis Simon le Mage jusqu'à Julien l'Apostat et Arius. Job pourrait vous dire : Videte plagam meam : timete et laudate Deum 2. Mon frère, je vous déclare que l'Église ne supportera pas vos outrages à la divinité de Jésus-Christ. « Les portes de l'en­fer ne peuvent prévaloir contre l'Église3.» Vous n'ignorez pas qu'elle a résisté et qu'elle résistera à toutes les persécutions, parce qu'elle est fondée sur la pierre immortelle. Voyez donc ce que vous avez à faire. Adieu 4. » Nestorius ne se contint plus; il répondit par un torrent d'injures. Nous n'avons pas cette dernière lettre. Saint Cyrille y fit la réplique suivante: « Si vous n'étiez évêque, jamais votre nom n'eût dépassé le cercle de vos proches et de vos familiers. Il vous est arrivé de vous asseoir sur un des trônes que le Fils de Dieu a établis, et toute la terre sait votre nom, grâce à l'illustration de cette noble église de Constantinople dont le gouver­nement vous a été remis. Maintenant vous accumulez contre le Sei­gneur des blasphèmes dont vous aurez à rendre compte. Feuilletez

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1 1 Cor., xi, 16; Nestor., AdCyrill. Epist.; Patr. lai., tom. LXXVII, col. SU­ES. — 2. Job., vi, 21. — 3. Matth., xvi, 18. — 4. S. Cyrill,, Epist. vi; Patr. greec, tom. LXXVII, col. 57-58.

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les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, vous n'y trou­verez nulle part que le Christ ait été simplement un homme, ainsi que vous ne rougissez pas de l'écrire. Hélas, quelle entreprise sacrilège ! Vous outragez votre Dieu, votre rédempteur, celui que l'Écriture nomme Dieu et Fils de Dieu, celui que saint Jean adore sous le nom de Fils unique résidant de toute éternité au sein du Père, celui que saint Matthieu, citant le prophète Isaïe, salue comme l'Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous 1 ! »

 

23. Les partisans de Nestorius, et ils étaient nombreux, ne man­quaient pas de rejeter sur l'ambition de Cyrille, et sur le despotisme en quelque sorte héréditaire des patriarches d'Alexandrie, la res­ponsabilité d'une lutte qui devenait chaque jour plus ardente. Ils rappelaient le souvenir des attentats de Théophile contre saint Jean Chrysostome. « Le neveu, disaient-ils, suivra les tracée de l'oncle; il ne s'arrêtera qu'après avoir consommé à son tour la perte d'un innocent. » Saint Cyrille crut devoir répondre à ces rumeurs calom­nieuses. Quelques-uns des plus ardents défenseurs de Nestorius lui avaient écrit de Constantinople dans ce sens. II en profita pour leur adresser une lettre qui fut rendue publique. « Votre piété croit devoir m'informer, dit-il, que ma lettre aux solitaires a été l'occa­sion d'un scandale dont gémissent tous les gens de bien, et dont le très-religieux Nestorius se plaint amèrement. Permettez-moi de vous dire que, s'il y a scandale, ce n'est pas moi qui l'ai fait naître. Je n'aurais pas eu l'idée de relever les erreurs de votre patriarche, s'il n'eût souffert qu'en sa présence au milieu d'une as­semblée de catholiques, dans la principale église de Constantinople, Dorothée, son collègue et son ami, ait proféré ce blasphème ; Si quelqu'un dit que Marie est mère de Dieu, qu'il soit anathème! Il a laissé passer cette exclamation impie; il a fait plus, puisqu'un instant après il célébrait les divins mystères en communion avec Dorothée. Comment donc ose-t-il nous jeter ainsi l'anathème, à nous qui professons que Marie est réellement mère de Dieu? Quand je dis nous, j'entends tous les évêques de l'univers, j'entends tous

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1.S. Cyrill., Epist. vu; ibid.

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nos pères et prédécesseurs dans la foi. Tous ils sont compris dans l'anathème de Nestorius et de Dorothée. Et qui nous empêcherait, si nous le voulions, de lui rétorquer son interdiction et de dire : Anathème à qui refuse à la vierge Marie le titre de mère de Dieu? Jusqu'ici je n'ai point voulu le faire, de peur qu'on n'imaginât je ne sais quelle rivalité entre les évêques d'Alexandrie et ceux de Constantinople. Mais si l'épiscopat catholique répandu par tout l'univers vient à s'émouvoir des injures de Nestorius, s'il croit la foi compromise et la vérité outragée, pensez-vous qu'il soit en mon pouvoir de l'arrêter 1 ? » En même temps, l'illustre docteur adres­sait à Théodose le Jeune un mémoire dogmatique intitulé : De recta fide 2, et il le fit suivre d'un autre sous le même titre pour la prin­cesse Pulchérie et l'impératrice Eudocia. Mais la prévention de l'empereur contre le patriarche d'Alexandrie était telle que ce prince trouva un motif de mécontentement dans le fait d'avoir adressé une requête spéciale à l'impératrice et à Pulchérie, en dehors de celle qui lui avait été transmise à lui-même. L'harmonie avait cessé de régner entre le frère et la sœur, entre la femme et l'époux ; nous aurons plus tard l'occasion de faire connaître cet incident. L'hérésiarque en profita pour accuser Cyrille près de l'empereur et paralyser ainsi l'effet de ses éloquentes protestations.

 

24. Ce n'était là pourtant qu'un palliatif assez équivoque. Nestorius comprenait maintenant toute la gravité de la situation. Il se repentait presque de l'avoir si témérairement engagée. Par son ordre le fameux syncelle, Anastase, vint trouver les apocrisiaires que Cyrille entretenait à Constantinople, et leur fit des ouvertures de paix. « Nous professons, dit-il, mon évêque et moi, la doctrine enseignée par le patriarche d'Alexandrie dans sa lettre aux solitaires. Cyrille reconnaît que l'expression de théotoxos ne se trouve ni dans l'Écriture Sainte, ni dans les décrets de Nicée. Il serait donc possible de nous entendre sur ce terrain commun 3. » Les apocrisiaires transmirent fidèlement au saint

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l. S. Cynll., Epist. vnr; Patr. grœc, tom. LXXV1I, col. 60.— 2. S. Cyr\\\.,De recta fide nd Theodosium, col. 1133-1200; Ad Reginas, Col. 1201-1420; Patrol. grœc.,lGin. LAXVI. — 3. S. Cyrill., Epist. X; Pair, grœc, tom. LXXV11, col. 64.

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patriarche cette importante communication. Cyrille y répondit sur-le-champ avec une netteté et une précision admirables. « J'ai reconnu, dit-il, que l'expression de Oeotoxos ne se rencontre en effet ni dans l'Écriture ni dans les décrets de Nicée. Mais le sens y est, et cela emporte le mot. Nestorius convient lui-même que son enseignement sur ce point n'est conforme ni à celui de ses prédé­cesseurs ni à la croyance générale. Il l'a témoigné assez clairement dans ses homélies, quand il disait : « Je suis heureux de la ferveur de mon peuple et de son zèle pour la religion ; mais je gémis de l'ignorance dogmatique dans laquelle il est plongé. Ce n'est pas à lui que j'en fais le reproche, mais aux docteurs qui ont négligé de l'instruire. » Que signifie cette accusation? Quoi donc ! Est-ce que les prédécesseurs de Nestorius négligeaient à ce point les intérêts de la foi ? Se croit-il plus éloquent que Chrysostome, plus sage et plus vertueux que le bienheureux Atticus? Pourquoi ne reconnaît-il pas franchement qu'il a produit une doctrine erronée, inouïe, inconnue à toutes les églises, à toutes les assemblées des fidèles? Et plût à Dieu qu'il eût le courage de faire cette rétractation ! C'est vainement qu'il cherche à m'incriminer. Je ne suis point en cause. Qu'importe qu'il ait rassemblé contre moi les témoignages d'un Cheremon, d'un Victor, d'un Sophronas, d'un valet de ban­queroutier? De tels personnages sont la lie des sociétés; on n'en manque jamais. Je suis prêt à justifier ma conduite devant un con­cile; mais lui justifiera-t-il sa doctrine? Je ne refuse pas la paix, tant s'en faut, puisqu'elle est mon unique désir. Mais je veux main­tenir avant tout l'intégrité de la foi ; je veux arrêter le cours de tant de blasphèmes et la propagation d'une erreur qui met en pé­ril le salut des âmes. Nestorius se plaint que l'expression de théotoxos ne soit ni dans l'Écriture ni dans le concile de Nicée. Est-ce que celles de Christotoxos (mère du Christ), ou de théotoxos (investie de Dieu), qu'il veut faire prévaloir, s'y trouvent davantage ? Demeu­rez persuadés que ma résolution est inébranlable. « Je n'accorde­rai, selon le mot de l'Écriture, ni le sommeil à mes yeux, ni le repos à mes membres 1, » jusqu'à ce que j'aie vu rétablie dans son

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1 Psalm. exxxi, i, 5.

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intégrité la foi véritable. Les fatigues, les persécutions, les tour­ments, la mort même me seront doux à supporter pour le nom et la gloire de Jésus-Christ 1 ! »

 

   25. Nous ne savons si cette lettre fut communiquée in extenso à Nestorius, ou si les apocrisiaires de saint Cyrille se bornèrent à  faire connaître la substance au syncelle Anastase, confident de l'hérésiarque. Quoi qu'il en soit, les propositions d'accom­modement ne furent pas reprises. Nestorius ne voulait nullement se rétracter. Il prit le parti de prévenir les accusations d'hérésie dont il était l'objet, en les renvoyant à ses adversaires. Thé­odose le Jeune venait de confier au clarissime Antiochus, an­cien préfet du prétoire et futur consul de l'année 431, une mission près de la cour de Ravenne. Il s'agissait de concerter avec la ré­gente Placidie, mère de Valentinien III, des mesures énergiques pour chasser les Vandales du territoire africain. Nestorius fut heureux de se placer sous le patronage d'un homme si consi­dérable. Il remit à Antiochus une copie de tous les sermons qu'il avait prêchés contre le dogme de la maternité divine, et le chargea de les présenter au pape saint Célestin I avec une lettre conçue en ces termes : « Témoin chaque jour des progrès de l'erreur et de l'altération qu'on fait subir à la foi véritable, je ne néglige aucun moyen de pourvoir au salut des âmes blessées, employant tantôt la rigueur, tantôt la persuasion. Il s'agit d'une doctrine empoison­née, qui se rapproche des blasphèmes d'Arius et d'Apollinaire. Elle consiste à mêler dans une confusion sacrilège les deux natures di­vine et humaine en la personne de Jésus-Christ. Au sein du clergé de Constantinople, il se trouve des hommes qui par ignorance, ou par attachement secret à une hérésie fort ancienne et dont on dé­couvre les traces jusqu'aux temps apostoliques, ne craignent pas d'outrager le Verbe de Dieu, consubstantiel au Père, en disant qu'il a pris naissance au sein de la Vierge mère du Christ (Christotocos), qu'il a été bâti avec le temple qui lui a servi de demeure, qu'il a été enseveli avec la chair dans le tombeau. Ils prétendent qu'à la ré­surrection sa chair s'est transformée pour entrer en participation de

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1. S. Cyrill., Epist. X; Pair, grœc, tom. LXXY1I, col. 64-70.

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la nature divine. En d'autres termes, ils rabaissent la divinité du Fils unique du Père à une conjonction charnelle ; ils lui imposent une mort commune avec la chair ; ils élèvent la chair unie à la divi­nité jusqu'à la « déification. » C'est l'expression même qu'ils em­ploient. Ils osent donner à la Vierge mère du Christ le titre de mère de Dieu. Ce mot de Théotoxos; ne leur fait point horreur ; tandis que dans l'auguste concile de Nicée les pères ont exposé tout ce que nous devons croire de la sainte Vierge par cette formule aussi nette que précise : «Notre-Seigneur Jésus-Christ, par l'opération de l'Esprit-Saint, s'est incarné au sein de la vierge Marie. » Je ne parle pas des Écritures, qui toutes donnent à la Vierge le titre de mère du Christ, jamais celui de mère de Dieu. Votre béatitude aura sans doute appris déjà par la rumeur publique les luttes qu'il m'a fallu soutenir à ce sujet. Je suis heureux de vous donner l'assurance que mes efforts n'ont pas été inutiles. La grâce de Dieu a travaillé avec moi et a ramené un grand nombre d'âmes à la saine doctrine. Je vous transmets un mémoire détaillé renfermant toute la suite de cette affaire. C'est dans un sentiment fraternel que je veux agir avec vous. En vous exposant la vérité sur cette secte dangereuse, je donne une base fixe et certaine à la correspondance qui s'é­tablira entre nous. Moi et tous les miens nous saluons les frères qui sont avec vous dans le Christ 1. » Cette lettre, où Nestorius traitait le pape sur un ton qui ressemblait fort à celui d'une quasi-égalité, fut promptement suivie d'une autre conçue dans le même sens et presque dans les mêmes termes. Elle fut confiée au cubicularius impérial, Valère, que Théodose le Jeune envoyait à Ravenne. L'hérésiarque se plaignait de n'avoir pas encore reçu de réponse; il insistait sur les fatigues et les périlleux combats qu'il avait à soutenir contre la perversité des sectaires2.


   26. L'impatience de Nestorius ne devait que trop tôt pour son amour-propre obtenir satisfaction. Les documents qu'il transmet­tait au pape étaient tous écrits en grec. Le souverain pontife les fit traduire en latin. On croit que ce travail fut confié au célèbre Cas-

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1. Nestor., Epist. i ad Cœlestin. pap.; Patr. lat., tom. L, col. 438-441, passim. »- 2 Nestor., Epist. il ad Cœlest.; tom. cit., col. 442-444.

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sien. Il est au moins certain que le prêtre de Marseille fut chargé par l'archidiacre romain, Léon, qui devait dans la suite s'asseoir si glorieusement sur la chaire apostolique, de réfuter les erreurs dogmatiques de Nestorius. Cassien se mit à l'œuvre : en quelques mois il acheva son traité De incarnatione Christi, où il prouve par l'Écriture, la tradition et l'enseignement des pères la légitimité du titre de mère de Dieu donné à la sainte Vierge1. Cependant Nestorius se vantait à Constantinople d'avoir dénoncé au pape la doctrine impie de saint Cyrille. Ses adeptes répandaient partout le bruit que le patriarche d'Alexandrie serait bientôt frappé d'ana-thème pour ses erreurs, en attendant qu'un concile se réunît pour examiner le mémoire juridique de Chérémon et de ses complices. Informé de la situation par ses apocrisiaires, saint Cyrille crut devoir enfin élever la voix contre un hérétique obstiné et provocateur. Dans un synode provincial de l'Egypte, il fit lire la correspondance que depuis un an il échangeait avec Nestorius, et demanda conseil aux pères sur la ligne de conduite à tenir. Les évêques ses collègues lui donnèrent unanimement  l'avis d'en référer au souverain pontife. Il rédigea une lettre en ce sens et la leur communiqua. Elle était ainsi conçue : « Au père très-saint et très-aimé de Dieu Célestin, Cyrille, salut dans le Sei­gneur. Si je n'avais l'obligation d'informer votre piété de toutes les causes importantes concernant la religion et la foi, s'il m'était per­mis, sans me rendre coupable, de garder le silence, j'avoue que je préférerais mon repos et ma tranquillité à toutes les luttes qui vont suivre. Mais Dieu lui-même exige de nous une vigilance infati­gable ; la tradition immémoriale des églises m'oblige à en référer à votre sainteté (là piaxpà t5v  'Exxtaïaiâv !6j] 7ieE9ou<7iv àvaxoivoûaSai Tfl <*? 3«iôt7)t0. J'écris donc, pressé par mon devoir et la nécessité. J'ai la douleur d'annoncer que Satan vient de s'élever contre l'Église de Dieu. Il ne met plus de bornes à sa fureur, il a entrepris de pervertir toutes les âmes qui marchent dans les sentiers de la vraie foi. Jusqu'ici je me suis tu, je n'ai encore rien écrit ni à votre piété

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1 Cassian., De Incarnatione Christi contra Nesiorium hœreticum libri sepUm' Pair. iat., tom. L, col. 1-282.

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p44 PONTIFICAT  DE  SAINT  CÉLESTIN   I   (422-432).

 

ni à aucun évêque au sujet de celui qui administre en ce moment l'église de Constantinople. Je savais que la précipitation en pa­reille matière est souvent une faute irrémédiable. Maintenant que le scandale est au comble, je romps le silence et je vous adresse le récit de nos malheurs. » Saint Cyrille exposait ensuite l'origine et les progrès de l'erreur nestorienne ; il racontait l'épisode du sermon blasphématoire de Dorothée à Constantinople, la scis­sion entre les catholiques de cette ville et le patriarche, les efforts de la secte pour rallier des adhérents dans les monastères d'E­gypte et dans toutes les églises de Syrie. Puis il reprenait en ces termes : « Votre piété n'apprendra pas sans consolation que les évêques d'Orient en général, et ceux de Macédoine en particulier sont unanimes à réprouver les nouvelles erreurs. L'hérésiarque ne l'ignore pas, mais il se croit seul plus savant que tous ; il prétend avoir seul pénétré le sens des Écritures divinement inspirées et compris le mystère de l'incarnation. ToUs les évêques catholiques, tous les fidèles répandus dans l'univers confessent que Jésus-Christ est Dieu et que la Vierge qui l'a enfanté est mère de Dieu ; seul il s'élève contre cette doctrine et prétend que toute la catholicité se trompe. Gonflé d'orgueil, il s'imagine que l'illustration de son siège lui donne le droit de mépriser tous les autres ; il se flatte de me forcer, moi et tous les évêques ensemble, de souscrire à son impiété. Que faire cependant pour mettre fin à ses scandales et à ses discours corrupteurs ? Le peuple de Constantinople, bien que la saine partie résiste encore à la contagion, se pervertit de jour en jour. Les intérêts les plus graves sont en jeu, et l'on ne pourrait sans péril garder plus longtemps le silence. Je ne veux toutefois prendre un parti définitif et le séparer de ma communion qu'après avoir reçu la direction qu'il vous plaira de m'indiquer. Daignez donc me déclarer votre sentiment et me dire si je dois pa­tienter encore, ou s'il me faut frapper d'anathème l'hérésiarque et ses adhérents. Quel que soit le parti auquel votre piété s'arrête, il sera nécessaire qu'elle en informe officiellement les évêques d'Asie et de Macédoine. Pour que votre sainteté soit complètement édifiée sur les erreurs de l'hérésiarque, je prends la liberté de lui

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transmettre le texte même des homélies et des traités où il expose sa doctrine. J'y joins un recueil de passages des pères et des saints docteurs directement en opposition avec les erreurs nouvelles. Le tout a été traduit en latin aussi fidèlement que possible par les in­terprètes dont je dispose ici. Enfin j'ai confié au diacre Possidonius, mon bien-aimé fils, le soin de remettre ces documents et la lettre qui les accompagne aux mains de votre sainteté 1. » (Avril 430.)

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon