p106
Le fondement porteur : le rapport de Jésus à Dieu
Ce que le chrétien doit apprendre du Christ -------: que l'Écriture doit être lue comme reçue du Père, c'est‑à‑dire à partir d'un rapport concret avec Dieu. C'est là que se situent tout à la fois la différence et la communauté qui existent entre le Christ et les Chrétiens. La différence, parce que notre rapport avec Dieu n'est pas celui de Jésus ; la communauté, parce qu'il veut nous conduire à apprendre à connaître le Père par la Tradition et à comprendre la tradition par le Père-------- on est déconcerté quand on voit que son “non” aux traditions pharisiennes ne tend pas du tout à une manipulation libérale du précepte en général, mais signifie, en d'autres passages, un renforcement inouï de ses exigences. Que l'on pense à sa prise de position sur l'indissolubilité du mariage, sur les exigences de l'amour du prochain ou sur les conditions imposées à ceux qui veulent le suivre 109. Il ressort clairement de cela qu'il ne s'agit jamais chez Jésus d'un libéralisme inconsistant, mais que sa liberté comme sa fermeté proviennent d'un centre commun de son rapport de prière avec le Père, de sa connaissance personnelle de Dieu grâce à laquelle il rencontre la ligne de partage entre le centre et la périphérie, entre la volonté de Dieu et l'oeuvre de l'homme. Jésus a spiritualisé la lettre ‑ c'est en
==================================
p107
cela que réside sa liberté à l'égard de la tradition ; mais il ne l'a pas spiritualisée en une quelconque idéologie des lumières, mais en l'entraînant dans son rapport personnel avec Dieu. ------ nous pourrons donc dire que la coexistence en Jésus du libéral et du pieux ne peut être comprise en réalité que par le mystère du « Dieu et Homme tout ensemble” de Chalcédoine.
-------- Jésus ------ à partir de son appartenance à Dieu la plus intime, -------- a réinterprété la tradition, il l'a ouverte en son centre et nous a tracé la voie pour entrer dans la tradition. --------- le chrétien se voit préservé de la fausse tradition comme de la fausse liberté vis‑à‑vis de la tradition dans la mesure où il lit la tradition avec Jésus ; et, de façon tout à fait centrale, dans la mesure où il participe au rapport de Jésus avec Dieu, et tire de son dialogue avec Dieu, le Père de Jésus‑Christ, sa lecture de la tradition. Seuls les rapports intérieurs avec Dieu rendus possibles par Jésus peuvent nous ouvrir un chemin à travers cette montagne de la tradition qui, sans ce rapport vivant, reste morte et déroutante. Là où manque ce rapport à Dieu, le traditionalisme aussi bien que la critique de la tradition deviennent un jeu arbitraire. -------Dieu est. En ce sens Jésus est un juif radical ‑il s'agit de l'existence de Dieu, laquelle est aussi certaine pour lui que sa propre existence d'homme parce que cette dernière n'existe justement qu'en raison de son attention au Père, les yeux dans les yeux. Dieu est tel qu'il apparaît en Jésus, parce que Jésus lui‑même appartient à Dieu divinement. ----------
==================================
p108
--------- Il ne reste plus en fin de compte que cette alternative: ou bien la domination absolue de la raison technique, avec le présupposé nécessaire que l'être en soi est absurde, ou bien la foi en une intelligence créatrice, foi qui, comme tradition fondamentale, donne en même temps un sens à la raison 110.
Coup d'oeil sur le problème: Église, christianisme et tradition
----------
------ La Tradition, avons‑nous dit, présuppose de façon tout à fait générale un porteur de la tradition, c'est‑à-dire une communauté qui transmet, sujet commun qui fait l'unité de la tradition et, grâce à l'identité du contexte historique ainsi maintenu, est porteur de mémoire concrète. Ce sujet de la tradition, en ce
------------
==================================
p109
qui concerne la tradition de Jésus, est l'Église- ----------------
----------
------- les progressismes les plus enragés sont des archéologismes: limiter la tradition par le Sola scriptura ne leur suffit plus: pour eux, tout ce qui vient après Paul est déviation, donc trés spécialement les écrits lucaniens, pour ne pas parler des Épîtres pastorales. ----
---------
==================================
p110
------ ce qui sauve, ce n'est pas de détruire le sujet de la tradition, ce n'est pas de neutraliser la tradition par l'archéologie, mais seulement d'approfondir le sujet de la tradition jusqu'à son centre véritable: la vie au coeur de la tradition, dans la communauté avec le Dieu et Père de Jésus Christ, ouverte par la foi et la prière. A cette condition seulement peut se réaliser le progrès véritable qui conduit à celui qui est le but de l'histoire: l'Homme‑Dieu qui est la véritable humanisation de l'homme.