Darras tome 14 p. 319
§ II. Denys le Petit.
12. Saint Félix lV veillait avec sollicitude aux intérêts de la foi dans toutes les provinces du monde catholique. Le semi pélagianisme se réveillait dans le midi des Gaules, malgré les efforts des pieux évêques de cette contrée. Saint Césaire demanda au siège apostolique des conseils et une direction à suivre pour s'opposer aux progrès de l'erreur. Dans le but de préserver les fidèles de la séduction, le pape fit extraire des œuvres de saint Augustin les passages les plus concluants sur la grâce et le libre arbitre. Il les transmit à saint Césaire, comme l'expression précise de la tradition et de la doctrine des apôtres. Un concile de la Gaule méridionale, tenu le 3 juillet 529 à Orange, pour la dédicace d'une église dans cette ville, souscrivit les décisions de Félix IV. « Nous avons appris, disent les actes, que des erreurs opposées à la doctrine catholique, sur les matières de la grâce et du libre arbitre, se sont répandues parmi les fidèles; c'est pourquoi nous avons jugé raisonnable de promulguer les articles extraits des pères de l'Église, qui nous ont été envoyés par le saint-siége à ce sujet 1. » Le concile établit ensuite le dogme du péché originel, la gratuité de la grâce et de la foi, l'accord du libre arbitre avec la grâce prévenante dans l'homme.
13. Vers cette époque, quatre autres conciles se tinrent en Espagne et dans les provinces méridionales des Gaules, à Arles, Valentia, Lérida et Vaison, villes alors soumises à la domi-
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1 Labbe, tom. IV, Concii. Arausican. Il, col. 1666.
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nation des Goths. Le concile d'Arles présidé par saint Césaire, ne fit que quatre canons, où l'on renouvelait des ordonnances déjà portées précédemment. « Personne ne peut être ordonné diacre avant vingt-cinq ans, prêtre ou évêque avant trente. Nul laïque ne sera promu au sacerdoce avant un temps suffisant de probation. Défense d'admettre aux ordres les clercs vagabonds, les bigames, les pécheurs qui auraient été soumis à la pénitence publique 1. » Parmi les seize canons du concile de Lérida on remarque les suivants: « Défense aux ministres de l'autel, dont les mains distribuent le sang de Jésus-Christ, de verser le sang humain sous quelque prétexte que ce puisse être, même pour défendre une ville assiégée. Prescription de sept années de pénitence publique à ceux ou celles qui, pour dissimuler un crime, font périr les enfants conçus ou déjà nés. Défense aux évêques de s'approprier les donations faites aux monastères. Excommunication des incestueux, avec lesquels il est défendu aux chrétiens d'avoir de commerce dans les usages ordinaires de la vie. Faculté laissée à l'évêque de réhabiliter, après les délais qu'il jugera convenables, un clerc tombé dans le crime de fornication, suivant que le coupable se sera montré exact dans l'accomplissement de la pénitence imposée. Défense de violer le droit d'asile pour arracher de l'église les esclaves qui s'y seraient réfugiés 2. » Un autre concile espagnol, tenu à Valentia, s'occupa presque exclusivement de régler ce qui concernait la vacance des sièges épiscopaux après la mort des titulaires. « Si les clercs profitent de cette circonstance pour détourner quelque chose des biens de l'évêque défunt ou de ceux de l'église, ils seront forcés à restitution par l'autorité du métropolitain ou des comprovinciaux. L'évêque le plus proche viendra faire les funérailles, et prendra soin de l'église vacante jusqu'à l'ordination du successeur. Il fera dresser un inventaire des biens du défunt et de ceux de l'église pour l'envoyer au métropolitain. Les héritiers de l’évêque défunt s'entendront avec le métropolitain pour le partage
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1 Labbe, tom. IV, Concil. Arelat. IV, col. 1622. — 2. Id., ibid., Concil. Iler-dense, col. 1611.
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de la succession 1. » —Le 7 novembre 529, douze évêques de la Provincia (Provence), réunis en concile au Vasensis vicus (Vaison), sous la présidence de saint Césaire d'Arles, prenaient des mesures importantes au point de vue de la discipline et de la liturgie. « Il nous a semblé bon, disent-ils, d'établir dans nos diocèses la salutaire coutume qui s'observe dans toute l'Italie. Nous ordonnons donc que les prêtres constitués dans nos paroisses reçoivent chez eux les jeunes clercs non mariés. Ils les élèveront comme de bons pères, leur donnant la nourriture spirituelle, leur faisant apprendre les psaumes, les formant à la connaissance des saintes lettres, les instruisant solidement de la loi divine, afin de se préparer en eux de dignes successeurs. Si plus tard ces jeunes clercs, parvenus à la maturité, ne persévèrent pas dans leur vocation, ils seront libres de se retirer et de contracter mariage. » C'était instituer les écoles presbytérales dans chaque village, sur le plan des écoles épisco-pales dont jouissaient déjà les villes. « Pour l'édification générale et le plus grand bien de nos églises, il nous a paru bon d'accorder à tous nos prêtres la faculté de prêcher la parole de Dieu, non-seulement dans les campagnes et dans les villes. » On voit que jusque-là l'enseignement sacré avait été spécialement réservé aux évêques, et que sur ce point la discipline des Gaules était conforme à celle de l'Afrique au temps de saint Augustin. « Le siège apostolique, ajoutent les pères de Vaison, a établi le chant si pieux et si doux du Kyrie eleison, adopté maintenant dans toute l'Italie et dans les églises orientales elles-mêmes. Nous voulons qu'il soit chanté dans toutes nos églises à matines, à la messe et aux vêpres. Nous ordonnons également qu'à toutes les messes, même celles pour les défunts, on récite le Sanctus. — Nous ordonnons que le nom du seigneur pape, présidant au siège apostolique, soit récité dans toutes nos églises au canon de la messe. — Depuis qu'en Orient, en Afrique et en Italie, se sont élevés des hérétiques perfides et blasphémateurs qui prétendent que le Fils de Dieu n'a pas toujours été avec le Père, mais qu'il a eu un commencement dans le
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1 Labbe, Concil. Valentinum, tom. IV, col. 1620.
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temps, le siège apostolique a établi l'usage d'ajouter au Gloria Patri etc., la finale Sicut erat in principio et nunc et semperet in sœcula sœculorum. Nous ordonnons que cette formule soit adoptée dans toutes nos églises 1. »
14. Les actes de ces divers conciles provinciaux étaient envoyés à la ratification du saint-siège. Nous en avons la preuve dans la lettre suivante, que Félix IV adressait à saint Césaire au sujet du canon relatif à l'admissibilité des laïques aux ordres, tel que l'avait formulé le concile d'Arles. « J'ai lu, disait le pape, les mesures prescrites par votre fraternelle assemblée, ordonnant que les laïques ne pourront être promus au sacerdoce avant une probation suffisante. Nous avons été informé du scandale donné par quelques-uns de ces laïques, témérairement engagés dans la cléricature et retournés ensuite à la vie séculière. C'est une abominable apostasie; mais la faute retombe sur les évêques qui avaient, dans ces ordinations précipitées, violé ouvertement les lois de l'Église et le précepte de l'Apôtre : Nemini cito manus imposueris, nec communicaveris peccalis alienis 2. Pourquoi saint Paul exige-t-il dans l'ordination la maturité du jugement et de l'épreuve préalable? C'est parce que le caractère sacerdotal qu'on y reçoit est de sa nature ineffaçable. Avant de le conférer, il faut donc une longue délibération. Comment en effet improviser un docteur qui ne saura pas même les éléments de la science sacrée? Comment remettre le gouvernail d'un navire à des mains qui ne se sont jamais exercées à la manœuvre des simples matelots? On ne sait pas commander lorsqu'on n'a point appris à obéir. Dans la maison de Dieu, les plus élevés en dignité doivent servir de modèle à tous. Que les clercs et spécialement ceux qui se préparent au sacerdoce aient donc toujours présente à la pensée cette autre règle apostolique : Oportet testimonium habere bonum ab his qui foris sunt 3. Veillez, je vous prie, dans un concert unanime, à l'observation des règles canoniques; n'ordonnez que des sujets dignes et éprouvés; c'est ainsi qu'en accomplissant les devoirs de notre charge, nous assurerons
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1 Labbe, Concit. Vasens., t. IV, col. 1679. — 2. I Tim., x, 22. — 3 ibid., m, 7.
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notre salut à nous-mêmes et celui des prêtres ou des évoques consacrés par nous. Dieu vous garde sain et sauf, frère bien-aimé. Donné le III des nones de février après le consulat du clarissime Mavortius 1» (3 février 528).
15. L'usage de compter les années par consulat devait bientôt être remplacé par l'ère chrétienne dont nous nous servons aujourd'hui. Cette grande réforme fut l'œuvre d'un moine scythe, venu en Italie sous le pontificat d'Hormisdas, à l'époque des controverses sur la proposition théologique unus de Trinitate passus est. Il s'appelait Dionysius (Dionusios; Denis), et ajouta à son nom, soit par humilité, soit pour rappeler l'exiguité de sa taille, l'épithète d'Exiguus (petit). On ne voit pas qu'il ait partagé l'obstination que saint Hormisdas reprochait à ses collègues. D'autres préoccupations, celles de la science véritable et du progrès des études ecclésiastiques, absorbaient son intelligence. Il se fixa à Rome, dans un monastère de cette ville dont il devint sinon le supérieur, bien que le vénérable Bède lui donne le titre d'abbas romanus 2, au moins l'un des religieux les plus exemplaires et les plus illustres. Cassiodore se lia avec lui d'une étroite amitié; il l'attira plus tard dans le monastère de Vivaria, en Calabre, où le chancelier de Théodoric et d'Amalasonthe voulut finir ses jours. Denys le Petit le précéda dans la tombe, et voici en quels termes Cassiodore fait son éloge : « L'Église catholique est toujours féconde en grands hommes et en saints. Elle en a produit un grand nombre de nos jours. Il faut compter aux premiers rangs le moine Dionysius, originaire de Scythie, mais vraiment romain par le cœur, le plus savant helléniste de notre époque, le plus saint des docteurs puisqu'il traduisait en
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1 S. Fclic. IV, Epist. i; Patr. lat.,tam. LXV, col. 11.
2 Bed., De temporum ratione, cap. xlv; Patr. lat., tom. XC, col. 492. D. Ceillier fait observer que la qualification de venerabilis abbas romanus, donnée dans ce passage à Denys le Petit, n'est pas une preuve qu'il ait été supérieur d'une communauté monastique. «On peut, dit-il, lui avoir donné ce nom ou cette qualité comme on la donnait en Orient aux simples moines, lorsqu'ils s'étaient rendus recommandables par leurs vertus ou leur mérite; au lieu que ceux, que nous appelons abbés et supérieurs étaient connus chez les Grecs et distingués par le titre d'archimandrites ou d'hégumènes. llist. des aut. ecclés., » (D. Ceillier, tom. XVI, pag. 220.)
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action tous les préceptes qu'il lisait dans les Livres saints. Il avait tellement étudié et approfondi le texte des Écritures, qu'aux diverses questions d'exégèse qui lui étaient adressées, il pouvait sur-le-champ fournir la réponse compétente. A Rome, nous étudiâmes ensemble la dialectique; j'eus le bonheur de l'avoir de longues années pour modèle et pour maître. Hélas, que n'ai-je mieux profité de ses exemples! Une admirable simplicité s'alliait chez lui à la plus profonde sagesse ; il joignait l'humilité à la science ; il aimait à se taire, lui, le plus éloquent des hommes ; il se mettait au-dessous du dernier des serviteurs, lui, le plus capable de siéger au conseil des rois. Qu'il intercède maintenant pour nous, après avoir si longtemps mêlé ses supplications aux nôtres; et que ses mérites nous soient en aide, comme jadis sa prière nous protégeait! A la sollicitation d'Etienne, évêque de Salone, il a traduit du grec en latin, avec la connaissance parfaite qu'il avait de ces deux langues, un recueil des canons ecclésiastiques dont l'Église romaine a consacré depuis le mérite, en l'adoptant pour son usage, qui est celui de la catholicité tout entière. On lui doit aussi de nombreuses versions des Pères grecs. Sa facilité de traduction était telle, qu'à livre ouvert il lisait un auteur grec et le récitait à haute voix en un latin exquis : de même pour un auteur latin, qu'il interprétait sur-le-champ en un grec du plus pur atticisme. Au naturel et à la facilité de sa parole, on aurait pu croire qu'il lisait un texte, au lieu d'improviser une version. Il serait long d'énumérer tous les mérites de cet homme de Dieu. La vocation religieuse, à laquelle il s'était donné sans réserve, ne lui inspirait aucun dédain pour la conversation et le commerce des séculiers. La pureté de son âme se maintenait immaculée dans ses rapports quotidiens avec les plus illustres dames romaines. Sa douceur était inaltérable, on la remarquait surtout lorsqu'il se trouvait en butte à des contradictions furieuses et à l'emportement de ses interlocuteurs. On le voyait souvent fondre en larmes, quand il entendait le bruit des fêtes du monde et les cris de joie de la foule. Il savait observer strictement la loi du jeûne au milieu des plus somptueux festins, sans que son abstinence eût l'air d'un reproche muet adressé aux convives. Il y était fort souvent appelé, parce qu'il
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avait l'art d'assaisonner les repas du grand monde par le sel de ses discours, véritables festins spirituels. S'il consentait lui-même à manger quelque chose, c'était toujours avec grande retenue et des mets les plus vulgaires. Il pratiquait ainsi l'abstinence dans ce qu'elle a de plus difficile, c'est-à-dire parmi les délicatesses et les raffinements du luxe. Enfin, c'était un catholique dans toute l'acception du mot : il était la règle et la tradition vivantes. En l'écoutant, on apprenait tout ce que les livres peuvent apprendre. Il s'est trouvé cependant des envieux qui ont osé calomnier cette illustre mémoire. Mais leur jalousie est impuissante contre la vérité. Le pieux docteur s'est endormi dans la paix de l'Église ; il a quitté ce siècle pervers pour les délices du royaume éternel 1. »
16. Denys le Petit avait étudié soigneusement les règles du comput ecclésiastique. Sa première œuvre fut un travail définitif sur la matière. Le Cycle dit de saint Cyrille, dont on se servait pour fixer chaque année la solennité pascale, avait été calculé pour une période de deux cent quarante-sept ans, commençant à l'avènement de Dioclétien (284) et devant se terminer en l'an 531, dont on était alors fort rapproché. Pour bien comprendre la manière dont on se servait de ce cycle, prenons par exemple l'année de l'élection de saint Félix IV. On ne la comptait point encore, comme nous faisons aujourd'hui, sous le chiffre 526 de notre ère. Mais se reportant au cycle de saint Cyrille, on comptait les années écoulées depuis l'année 284, ère des martyrs, et l'on disait l'an 242 après Dioclétien. « Cette méthode, disait Denys le Petit, ne sert qu'à immortaliser un tyran. Au lieu donc de rappeler sans cesse la mémoire d'un persécuteur impie, nous avons daté les années du nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur et commencé notre cycle à son incarnation glorieuse. Ainsi resplendira à travers les siècles la divine origine de nos espérances, le salut du genre humain2-. » Sous cette forme aussi simple que rationnelle, Denys le Petit composa un nouveau cycle que l'on peut regarder comme perpétuel, parce qu'en effet
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1 Cassiod., De instit.
divin. Htterar., cap. xxlli; Patrol. lat., tom. LXX,
col. 1138.
2 Dionys. Exig., Lib. de Pasch.; Pair, lat., tom. LXVH, col, 487.
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après sa révolution, toutes les nouvelles lunes et toutes les fêtes mobiles retombent au même jour du mois et de la semaine que dans la première année du cycle. L'ère chrétienne adoptée par Denys le Petit est maintenant en usage dans tout le monde civilisé. Nous avons eu déjà l'occasion de signaler l'erreur de calcul qui lui est généralement attribuée, et qui consiste à anticiper de quatre années la véritable date de l'Incarnation. Quoi qu'il en soit, son travail adressé l'an 526 aux primicerius et secundicerius des notarii de l'église romaine, Bonifacius et Bonus 1, fut adopté par les souverains pontifes et acquit bientôt une autorité universelle.
17. Au triple point de vue historique, chronologique et astronomique, le cycle de Denys le Petit est, avec celui de Méthon, l'un des monuments les plus considérables des annales humaines. On peut dire qu'il assura au catholicisme la suprématie de la science et qu'il fut le point de départ des découvertes dont l'astronomie moderne se glorifie à bon droit. Cependant l'ami de Cassiodore travaillait dans le même temps à une œuvre non moins importante et dont les résultats furent peut-être plus féconds encore. L'évêque de Salone, Etienne et le diacre Laurent lui avaient demandé une traduction exacte des canons promulgués jusque-là par les conciles œcuméniques de Nicée, Constantinople, Ephèse et Chalcédoine, en y ajoutant, sous forme de corollaire ou appendice, tous les règlements ecclésiastiques d'une authenticité incontestable. Voici en quels termes le savant abbé rend lui-même compte de son travail : «Au seigneur et père vénéré l'évêque Etienne, Denys le Petit, salut dans le Seigneur. Depuis longtemps, notre très-cher frère Laurent, dans ses entretiens assidus et familiers, exhortait mon exiguïté (parvitatem nostram ) à traduire du grec en latin les canons de l'Église. Il se plaignait de la confusion et du désordre qui
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1 Dionys. Exig., Epist. n; loc. cit., col. 23. Voici la suscription de cette lettre : Dominis a me plurimum venerandis Bonifacio primicerio notariorum, et Bono secundicerio Dionysius Exiguus salutem.
! Cette expression permettrait de conjecturer qu'en choisissant le surnom d'Exiguus Denys faisait acte de modestie chrétienne et non allusion comme on le croit généralement à l'exiguité de sa taille.
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régnaient dans la collection actuelle. Cependant, pour me déterminer à entreprendre ce travail, il a fallu que votre béatitude usât de l'autorité qu'elle exerce, au nom de Jésus-Christ lui-même, sur le troupeau qui lui est confié. Parmi les vertus éminentes dont vous faites rejaillir la splendeur sur l'Église de Dieu, on admire en vous le respect pour les règles ecclésiastiques promulguées par les conciles, et la sagesse avec laquelle vous gouvernez à la fois le clergé et le peuple. Au lieu de vous prêter au travers de notre époque, qui se montre beaucoup plus curieuse de savoir le bien que de le pratiquer, vous observez vous-même les règles que vous avez le devoir d'imposer aux autres. Ainsi, soutenu par la grâce divine, vous êtes vraiment le modèle de votre troupeau. Quelle n'est pas en effet l'autorité du précepte, quand celui qui commande le garde le premier, quand il appuie son gouvernement sur la discipline inviolable de l'Église, formulée par les pères pour servir de règle aux pasteurs, de direction aux fidèles, et à tous d'un moyen assuré pour obtenir la récompense éternelle 1 ! » Après cette dédicace préliminaire, Denys le Petit indique lui-même l'ordre qu'il a suivi dans son Codex canonum ecclesiasticorum. Apostoliques. « J'ai placé en première ligne, dit-il, la traduction latine des canons dits Je sais qu'un assez grand nombre de savants en contestent l'authenticité. Toutefois, comme ils ont servi de base à quelques constitutions pontificales ultérieurement promulguées, je n'ai pas cru devoir les omettre. Je rapporte ensuite les canons de Nicée, ceux qui furent rédigés antérieurement ou postérieurement à ce concile dans des synodes aujourd'hui reçus par l'univers catholique, enfin l'ensemble des décrets publiés par les quatre grands conciles jusqu'à celui de Chalcédoine, en y comprenant ceux de Sardique et des synodes africains. Chaque paragraphe est précédé d'un titre qui permet d'un seul coup d'œil d'en reconnaître l'objet et de le rattacher à une étude spéciale sur chaque point de la discipline ecclésiastique. » Cette
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1.Dionys. Exig., Codex Canon, ecclesiast., prœfat. ; Patr. lat., tom. LXVII, col. 141.
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modeste préface mise en tête de son œuvre par Denys le Petit, est loin de donner une idée complète de tout ce que renferme sa précieuse collection. En dehors de cette énumération sommaire, son recueil embrasse les décrets des divers conciles d'Ancyre, Néocésarée, Gangres, Àntioche et Laodicée. C'était la tradition tout entière réunie en un seul faisceau, opposant sa concordance parfaite et son harmonieuse unité aux efforts des schismes et des erreurs eutychéenne et arienne ; c'était pour la législation de l'Église l'œuvre de concentration exécutée sous les ordres de Justinien pour le droit civil.
18. L'illustre canoniste ne devait pas s'en tenir là. Les décrets de foi, les règles disciplinaires promulgués par l'Église dans ses assemblées solennelles, dans ses grandes assises qui reviennent à de rares intervalles et qu'on nomme les conciles généraux, sont appliqués chaque jour, interprétés, maintenus, exécutés sous l'action incessante des souverains pontifes. Denys le Petit fut donc tout naturellement amené à réunir en une collection parallèle les décrétales des papes. Voici comment il rend compte de ce nouveau travail : « Au vénérable seigneur Julien, prêtre du titre de Sainte-Anastasie, Denys le Petit. Dans son zèle pour tout ce qui tient à la discipline ecclésiastique, votre sainteté m'a souvent engagé à réunir en corps d'ouvrage les constitutions anciennes, émanées du siège apostolique. Je les ai recherchées avec soin, et je publie toutes celles que j'ai pu retrouver, en les divisant par articles avec titres spéciaux selon les divers sujets qui y sont traités. J'ai suivi pour ce travail la méthode déjà employée, avec votre approbation, dans le recueil des canons de l'Église grecque. C'est pour moi un devoir de reconnaissance de vous dédier cette œuvre nouvelle, à vous dont la charité le dispute à la science. Quel est en effet dans cette ville de Rome, l'étranger, le voyageur, le pèlerin du Christ, qui n'ait reçu de vous la plus touchante hospitalité? Il ne vous suffit pas d'étudier et de connaître les règles canoniques, vous les pratiquez avec une perfection que notre siècle admire et qui servira d'exemple à la postérité. Formé à la perfection par le bienheureux pape Gélase, qu'il ne me fut point donné de voir sur cette
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p329 CHAP. V. — SAINT BENOIT AU MONT CASSIN.
terre, vous me faites comprendre par la sainteté du disciple ce que fut devant Dieu le mérite de ce maître éminent 1. » La collection des décrétales commence au pape Siricius, l'an 385, et se termine au pontificat d'Anastase II en 498. Elle est loin d'être complète. Denys le Petit en faisait lui-même l'observation dans sa préface. » Je n'ai inscrit, dit-il, que les constitutions pontificales dont j'ai pu me procurer des copies. » Ainsi Denys le Petit ne prétendait point rejeter comme manquant d'authenticité les décrets pontificaux antérieurs, par cela seul qu'il ne les insérait pas dans sa collection. Il ne prétendait pas davantage qu'avant Siricius les pontifes romains n'eussent pas encore publié de constitutions. La preuve, c'est que la lettre du pape Siricius à l'évêque de Tarragone, par laquelle s'ouvre le recueil, débute par une citation de saint Damase, prédécesseur immédiat de Siricius 2. Les lacunes de son œuvre tiennent donc uniquement à l'insuffisance des matériaux que Denys le Petit eut entre les mains. Pour n'en citer qu'un exemple, parmi les décrétales de saint Léon le Grand il en omet plusieurs fort célèbres et fort importantes. Tout cela n'a point empêché la critique des XVIe et XVIIe siècles de conclure que toutes les lettres pontificales des premiers papes sont fausses, parce qu'elles ne figurent point dans le recueil de Denys le Petit. Ce raisonnement ressemblerait assez à celui-ci : « L’Histoire ecclésiastique de Fleury ne parle pas des peintures liturgiques des catacombes : donc ces peintures, découvertes récemment par M. de Rossi, ne sont point authentiques. » Quoi qu'il en soit, la double collection des canons et des décrétales de Denys le Petit fut le premier recueil canonique dont l'autorité ait été universellement reconnue dans l'Église ; elle forme la base du monument qui s'appelle le Corpus Juris. A ce propos, il n'est pas sans intérêt de noter que l'œuvre de Denys le Petit eut l'honneur d'être reçue sans conteste dans les Gaules.
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1. Dionys. Exig., Collect. décret, pontif. roman., praefat.; Pair, lat-, t. LXVII, col. 231. Le reste de la lettre de Denys le Petit au prêtre Julien est consacré à l'éloge de saint Gélase I. Nous en avons reproduit les termes, toni. XIII de cette Histoire, pag. 612.
2. Dionys. Exig., Collect. décret., Epist. I; Pair, lat., tom. cit., col. 231.
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p330 PONTIFICAT DE SAINT FÉLIX IV (52G-530).
Charlemagne l'avait rapportée de Rome; Gratien l'avait fondue en entier dans son fameux Décret. Or les gallicans par la bouche de Fleury faisaient en 1690 la déclaration suivante : « Nous recevons premièrement tout l'ancien corps des canons de l'Église romaine apporté par Charlemagne, mais depuis oublié pendant longtemps; les canons recueillis par Gratien autant qu'ils ont autorité par eux-mêmes. Nous recevons aussi les décrétales non-seulement des cinq livres de Grégoire IX, mais plusieurs du Sexte et des Clémentines1. » Nous ne savons si les modernes gallicans consentiraient à signer la déclaration de Fleury. En tout cas, elle est de nature à appeler l'attention sur le recueil de Denys le Petit, et à provoquer l'étude trop négligée de nos jours du droit canonique.