JÉSUS N’EST PAS SPARTACUS.
§ VII. Sermon sur la Montagne.
………Ainsi parla Jésus; et quand il eut terminé ce discours, la foule admirait la sublimité de sa doctrine. Il enseignait, avec une autorité inconnue aux Scribes et aux Pharisiens 1.»
43. …… Le Verbe de Dieu apporte à l'humanité dont il est venu épouser les misères, des trésors de félicité que nul ne soupçonnait avant lui. La pauvreté volontaire; la douceur; les larmes; la faim et la soif de la justice; la pratique des œuvres de miséricorde; la pureté du cœur; l'amour de la paix; la patience dans la persécution, telles sont les huit béatitudes que prêche le Sauveur à un monde où la richesse et le luxe avaient atteint des proportions presque surhumaines; à une
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1. Matth., VII, integr.
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P463 CHAP. V. — SERMON SUR LA MONTAGNE. 463
époque où la violence était la loi suprême, où le sensualisme romain était plus empereur que Tibère, où la justice était un mot vide de sens, où la miséricorde consistait à abréger, par le poignard du confecteur, les tortures des gladiateurs blessés, où la volupté régnait seule sur les consciences, où la paix était synonyme d'esclavage universel, où la persécution n'avait de limites que celles de l'univers. Des rhéteurs ont prétendu faire de Jésus un démocrate à vues exclusives et mesquines; ils l'ont travesti en je ne sais quel révolutionnaire impuissant, qui eût voulu secouer les chaînes de l'humanité, sans avoir la force de réaliser ses rêves d'indépendance! Il faut vraiment toute l'ignorance ou la mauvaise foi du parti pris, pour oser produire, de nos jours, des théories aussi manifestement insensées. Qu'on relise le Sermon sur la Montagne; voilà le programme de la doctrine Évangélique. Vainement on y cherchera l'appel aux armes d'un Spartacus, ou l'excitation à la révolte d'un chef de démocratie. Jésus, Dieu de la crèche et du Calvaire, victime de Tibère et d'Hérode, Agneau de Dieu, immolé pour les péchés du monde, il est donc vrai que ce dernier soufflet était réservé à votre face auguste, et que, dans les bas-fonds du moderne socialisme, une main devait se trouver, comme autrefois celle d'un valet de Pilate, pour vous infliger ce dernier outrage! Mais, qu'importe? On ne changera pas un iôta à l'Évangile, et l'Évangile ne parle point comme les sophistes actuels. Jésus ne procède ni de la démocratie ancienne et moderne, ni des philosophies passées ou présentes. La base de son enseignement est la loi hébraïque, élevée à la perfection chrétienne. La sanction de ses préceptes est plus haute que toutes les espérances, toutes les aspirations et les sollicitudes de ce monde. Le royaume des cieux est son royaume, le juge suprême est le Père céleste, dont la Providence ici-bas veille sur ses enfants avec une égale tendresse, jusqu'au jour de la rétribution définitive, où le bien et le mal seront récompensés et punis. En vérité! qu'a de commun cette doctrine avec les aphorismes de Sénèque arrondissant, en périodes déclamatoires, un éloge académique de la pauvreté sur une table dor massif, et sous les lambris du fastueux palais de Néron? Quelle ressemblance entre
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p464 HISTOIRE DE L'ÉGLISE. —lre ÉPOQUE (an 1-3I2).
l'abnégation, le dévouement, le sacrifice personnel, la mortification intérieure et extérieure, imposés, comme des devoirs absolus, par le divin Maître, et les excitations passionnées, les émeutes de concupiscence, d'orgueil et de sang, soulevées par les démagogies!
JÉSUS N’EST PAS SPARTACUS.