Pasccal II et Henri IV 6

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Darras tome 25 p. 357

 

21. Pendant que son fils célébrait en grande allégresse la solennité de Noël à Ratisbonne, «Henri IV en proie à la plus profonde douleur, continuent les Annales d'Uildesheim, s'était tiré à Mayence, où il passa dans une vive anxiété les jours de cette   fête. Aussitôt après l'Epiphanie (7 janvier 1103), il fit partir en Ba­vière l'archevêque de Cologne, Frédéric de Carinthie; celui de Trêves, Bruno de Britheim; le duc Frédéric de Hohenstaufen, et le chancelier impérial Erlung, évêque de Wurtzbourg 2, avec mis-

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1    Ce texte décisif ne permet plus d'incriminer la conduite de Pascal II et de lui attribuer la moindre part dans la rupture du jeune Henri avec son père. Nous croyons, à cause de son importance, devoir en reproduire le texte latin : PoU nalalem vero Domini nuncio Romani direxil, quxrens consitium ab opostolico propter juramentum quod palrijuraverat, nuiiquam se regnum
sine ejus licenlia e', consensu invasurum. Aposlolicus autem ut audivit inter patrem et filiuin dissidium, sperans Iiscc a Oeo evenisse, mandavit ei apos'olicam benedictionem per Gebehardum Conslanlienseni episcopum, delaUcom-misso sibi promillens
absolulioneiiiinjudiciofuLu.ro, si vellet juslus rex, gubernalor esse EeilesUe, qux per negligenliam palris siti delurbala est mullo tempore [Annal. Hildesh-, Pat. lat., t. CXLI, col. C80.)

2    Les deux métropolitains de Cologne et de Trêves, ainsi que l'évêque de

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sion de négocier un rapprochement. Mais le jeune roi déclara qu'il ne pouvait entrer en communication avec son père, tant que celui-ci ne se serait pas fait relever de l'anathème prononcé par le jugement du siége apostolique. Les négociateurs impériaux, n'ayant pu obtenir d'autre réponse, retournèrent près de leur maître à Mayence. Sur les entrefaites, le légat apostolique Gébéhard de Constance arriva à Ratisbonne et transmit au jeune Henri la déci­sion de Pascal II. Au nom du pape, il le reçut officiellement au sein de l'Église catholique, le releva du serment prêté à son père et lui fit jurer de se conduire désormais en roi chrétien, en fidèle dé­fenseur de l'Église1. » Ainsi dégagé par l'autorité apostolique des liens de conscience qui l'avaient retenu jusque-là, Henri céda aux instances de ses partisans et commença d'agir en souverain. Il prit d'assaut la forteresse de Nuremberg et la soumit à son pouvoir. Ce fut la seule résistance qu'il eut à vaincre. Halberstadt, Hildesheim, chassèrent leurs évêques schismatiques, et lui ouvrirent spontané­ment leurs portes. Les Saxons accouraient de toutes parts recon­naître sa domination. A la tête d'une brillante armée, qui n'était qu'une escorte pacifique, il parcourut triomphalement la Thuringe. Il fut reçu à Erfurth par le vénérable Ruthard, l'archevêque exilé de Mayence , passa avec lui le dimanche des Palmes, vint à Quedlimbourg où il suivit nu-pieds la procession du jeudi saint, et célébra en grande pompe la fête de Pâques2. (9 avril II03).

 

   22. Le pseudo-empereur restait tristement à Mayence, voyant chaque jour diminuer le nombre de ses officiers, lesquels avaient hâte d'aller faire leur soumission au jeune Henri. Un fait se produisit alors qui démontre jusqu'à quel point la réaction catholique faisait de progrès dans les esprits. Le patriarche d'Aquilée, Udalric, cet ancien abbé de Saint-Gall qui devait sa nouvelle digni­té à la faveur et à l'investiture simoniaque de Henri IV 3, vint trou­ver celui-ci à Mayence, dans l'intention de ménager s'il était possible

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Wûrtzbourg devaient leurs titres et dignités  à l'investiture du pseudo-em pereur.

1.  Annal. Hildesheim., Pair, lat., t. CXLI, col. 590. — 2 id. ibid.

2. Cf. n° 16 de ce présent chapitre, note 4.

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un accommodement entre le père et le fils. Or, disent les Annales d'Hildesheim, le premier conseil qu'il donna au pseudo-empereur fut de se réconcilier avec le pape. Il alla jusqu'à lui expri­mer le scrupule qu'il éprouvait personnellement à communiquer avec lui, tant qu'il n'aurait pas publiquement reconnu les fautes dont il s'était rendu coupable en vers Dieu, réparé les désordres de son régne et promis d'obéir en tout, in omnibus, aux décrets du saint-siége. L'annaliste ne dit point quel accueil fut fait à ces remontran­ces ; il laisse seulement entendre que, de la part du patriarche, elles étaient sincères, « puisque, dit-il, Uldaric exigeait une démarche officielle, ne voulant pas se fier à des protestations verbales, dans la crainte d'être trompé une fois de plus par des promesses illu­soires. Après avoir célébré la solennité pascale à Mayence, le pa­triarche prit congé de Henri IV, qui ne le laissa point partir sans lui faire accepter de riches présents 1. » Abandonné de ses propres créatures, impuissant à lutter contre le mouvement général qui portait l'Allemagne entière à se rallier au nouveau roi catholique, le pseudo-empereur, dont les partisans italiens venaient de créer un nouvel antipape, en couronnant sous le nom de Sylvestre IV l'apostat Maginulf2, se résolut à tenter une démarche près du pape légitime. II fit partir pour Rome dans le plus grand secret un affidé chargé de négocier avec Pascal II, et de lui remettre un message conçu en ces termes : « Henri empereur au pontife romain Pascal 3. — Si la concorde et la paix régnaient entre nous, comme au temps de mes prédécesseurs et des vôtres, sous le ponti­ficat de Nicolas II (1039-1001) et d'Alexandre II (1061-1073), ces héros de la foi catholique, ces grands papes qui furent la gloire de l'Église romaine, nous vous donnerions sans hésiter le titre de père et nous vous tiendrions le langage du fils le plus dévoué. Mais il nous faut réserver ces témoignages d'affectueux respect, jusqu'à ce que nous puissions savoir s'il entre dans les desseins de la Providence

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' Annal, mldesheim., loc. cit. — 2 Cf. no 2 de ce présent chapitre. Cette suscription semble calculée pour éviter de se prononcer sur la ques­tion de légitimité entre Pascal II et le pseudo Sylvestre IV, de façon à réserver l'avenir  et à ne rien compromettre  vis-à-vis de la faction  césarienne de l'antipape.

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de permettre entre nous une réconciliation toute de charité et de confiance mutuelle, qui rendrait à l'Église par nos communs efforts le bienfait de l'unité. Depuis longtemps, Dieu m'en est témoin, nous avions ce désir, mais l'excessive dureté des hommes qui gouver­naient l'Eglise romaine fut telle, qu'il nous parut aussi inutile que mal séant de leur adresser des propositions de ce genre. Leur hos­tilité contre nous procédait manifestement d'une haine personnelle et non d'un esprit de zèle et de justice. Ils voulaient nous perdre ; ils se refusaient à nous ouvrir, pour le bien de l'Église, les bras d'une douce et pieuse charité. Ils ont soulevé et armé contre nous les sujets d'un royaume que nous tenons à titre héréditaire, que nos aïeux ont pacifiquement possédé au temps des religieux pontifes romains dont j'ai cité le nom. Que de massacres, que de ruines! Que de corps, et ce qui est à jamais lamentable, que d'âmes perdus dans cet horrible conflit! Aujourd'hui encore et sous cette influence empoisonnée, notre propre fils, celui que nous avions aimé de prédilection au point de lui faire partager les honneurs du trône, vient de s'insurger contre nous. Séduit par les conseils de quelques conjurés parjures et traîtres, qui se sont attachés à lui1, il vient, sans respect pour les serments les plus sacrés, de lever contre nous l'étendard de la révolte. Ses complices, foulant aux pieds toutes les lois de la justice et de la religion, ne cherchent qu'à piller en liberté les biens des églises et ceux de l'État, pour se par­tager entre eux les dépouilles. On nous conseillait de sévir immé­diatement contre ces rebelles et de tourner contre eux l'effort de nos armes, mais nous avons préféré suspendre quelque temps les coups de notre juste vengeance, afin qu'il soit bien établi pour tous nos sujets, tant ceux de notre royaume d'Italie que ceux de nos provinces teutoniques, que les séditieux nous auront contraint mal­gré nous à prendre les armes. Nul, du moins, ne pourra nous imputer les désastres, les calamités, les exécutions sanglantes de cette nou­velle guerre. La renommée nous ayant appris que vous êtes un homme de sage discrétion, craignant Dieu, plein de charité, ayant horreur du sang, réprouvant le brigandage des pillards et des in-

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1Consîlio qnorumdam perfidissimorum et perjuratorum sibi adhœrentium.

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p361 CHAP.   II.    RUPTURE  DE   EUITZLAR   ( 1 104).---

 

cendiaires, ne désirant que l'unité et la paix de l'Église 1,nous vous envoyons, de concert avec nos princes et d'après leur avis, un dé­puté chargé de vous remettre le présent message. Nous désirons savoir s'il est dans votre intention de contracter avec nous une alliance sincère, qui sauvegarderait tous les droits de votre dignité en même temps que ceux de notre double couronne impériale et royale, comme sous les règnes de notre père (Henri III le Noir 1039-1036), de notre aïeul (Conrad II, 1021-1021) et de nos autres prédécesseurs. A cette condition, nous reconnaîtrions votre autorité apostolique, et nous en pren­drions la défense comme nos prédécesseurs l'ont fait pour les vôtres. Si vous entrez dans ces dispositions paternelles à notre égard, s'il vous plaît de conclure avec nous la paix, « cette paix que le monde ne saurait donner2,» mandez-le nous par une lettre de votre main. L'un de vos conseillers intimes, auquel vous confieriez cette mission secrète, nous l'apporterait en accom­pagnant notre député à son retour. Nous pourrions de la sorte connaître sûrement votre volonté. Après quoi , nous vous enverrions une ambassade solennelle, composée des plus grands d'entre nos princes, telle qu'il convient à notre dignité d'en envoyer et à la vôtre d'en recevoir. Par ce moyen, la paix serait déffinitivement scellée; et vous nous trouveriez prêt, sans réserve ni difficulté aucune, à accomplir fidèlement chacune des promesses que nous vous faisons en secret dans ce message 3. »

 

   23. En dictant cette lettre, le tyran restait fidèle à son système d’hypocrisie, de duplicité, de schismatique simonie. D'un trait de plume, il supprimait les pontificats à jamais immortels de saint Gré-

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1    Audivimus te hominem diseretum, Deum timenlem. chariiati insudanlem, sanguinem hominum non sitire, rapinis et incendiis non gaudere. Cet éloge de
Pascal II, rapproché de la déclaration explicite du pseudo-empereur attribuant la révolte du jeune Henri uniquement « aux conseils de quelques conjurés perfides et traîtres, » démontre péremptoirement la fausseté des allégations ca­lomnieuses de Hermann de Tournay, si complaisamment adoptées par Fleury. Le pape n'était donc intervenu d'aucune façon dans la rupture de Fritzlar.

2    Paroles empruntées à une oraison liturgique et reproduisant un passage de l'Évangile: Joan., xiv, 27.

3    Ilenric. IV. Epist. ad Pascal. Il; Baronius, Ad Ann. 1105.

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p362   PONTIFICAT  DU   B.   PASCAL  II   (1099-1118).

 

goire VII, de Victor III, d'Urbain II; il effaçait comme non avenus tous les décrets synodaux portés contre les investitures; il se posait comme légitime empereur, lui qui n'avait reçu que d'un antipape son titre pseudo-impérial ; enfin il osait offrir à Pascal II un marché simoniaque. «Je vous reconnaîtrai pour véritable souverain pontife, lui disait-il, si vous voulez me reconnaître pour véritable empereur et me laisser jouir de tous les privilèges que Wibert de Ravenne et son successeur Maginulf n'ont jamais fait difficulté de m'accorder. » Un pareil message, entouré de précautions mystérieuses et enveloppé dans un voile d'injurieux secret, comme si le tyran eût rougi d'en­trer ostensiblement en communication avec le vicaire de Jésus-Christ, ne méritait aucune réponse. Nous ne savons ce qui se passa dans l'au­dience que Pascal II dut accorder à l'envoyé de Henri lV, mais les événe­ments se précipitèrent avec une telle rapidité, qu'ils déconcertèrent tous les plans du pseudo-empereur. La patience dont il se vantait dans sa lettre à Pascal II, les sentiments d'humanité qui le portaient à «suspendre contre les rebelles les coups de sa vengeance,» n'étaient qu'une feinte diplomatique, pour mieux dissimuler son impuissance. Il cherchait à recruter partout des soldats et n'en trouvait nulle part. Nous avons encore deux lettres qu'il expédia coup sur coup à Otton, l'évêque élu de Bamberg, pour lui enjoindre d'amener sans retard son contingent militaire au camp impérial. « Le péril est imminent, lui dit-il, c'est l'heure où je reconnaîtrai à leur dévouement et à leur diligence ceux qui me sont fidèles. Sachez qu'avec des trou­pes déjà nombreuses je suis arrivé à Wurtzbourg, où j'attends le reste de mon armée, afin de délivrer la forteresse de Nuremberg assiégée par mes ennemis. Hâtez-vous donc, vous le modèle de la fidélité, de venir me joindre avec tout ce que vous pourrez réu­nir de guerriers1. » Saint Otton manqua au rendez-vous. La pré­tendue armée impériale ne se présenta pas davantage ; la ville de Nuremberg fut prise par le jeune Henri et le pseudo-empereur put constater de nouveau son irrémédiable décadence. Il re­vint à la charge près de l'élu de Bamberg. « Le délégué que j'avais envoyé près de vous m'a appris les fatigantes sollicitations

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1 Ott. Bamberg., Epist. V; Pair, lat., tom. CLXXIII, col. 1318.

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p363 CHAP.   II.      RUPTURE   1JE   FRITZLAR   (1104).---

 

dont mon fils vous importune ; mais j'ai la confiance la plus en­tière en votre loyauté. Ni les prières, ni les menaces, ni les instances, ni les promesses de mes ennemis ne sauraient ébranler la fidélité de votre caractère et vous détacher de moi. Quelles que puis­sent être les persécutions que vous aurez à subir de leur part, n'en soyez point effrayé. Je ne vous abandonnerai pas plus à l'heure du péril, qu'au retour de la paix. Ayez confiance au Sei­gneur Dieu tout-puissant ; bientôt nous vous délivrerons des dan­gers qui vous menacent. N'hésitez donc point à venir me trouver à la date et au lieu que le porteur de cette lettre vous indiquera. Surtout, au nom des engagements sacrés que vous avez contractés envers moi, ne vous laissez sous aucun prétexte entraîner dans le parti de mon fils rebelle. Faites sans relâche prier le Seigneur notre Dieu pour moi dans votre église et dans toutes les communautés religieuses confiées à votre sollicitude. Redoublez de vigilance pour la défense de votre ville épiscopale ; tenez la main à ce qu'aucun de vos guerriers ne fasse défection ; enfin adressez un message à nos fidèles de Nuremberg pour les consoler du désastre qu'ils viennent de subir 1. »

 

24. Toutes ces recommandations du pseudo-empereur restaient à l'état de lettre morte. Le mouvement catholique s'accentuait chaque jour davantage et saint Otton en était l'un des plus fermes adhérents. « Aussitôt après les fêles de Pâques, disent les Annales d'Hildesheim, le jeune roi s'était rendu à Goslar, où il avait con­voqué tous les princes de Saxe pour concerter avec eux les mesures à prendre dans le but de réorganiser le gouvernement, d'expulser les évêques et les abbés schismatiques, de rétablir les églises dans l'u­nité de discipline et de foi sous l'autorité du saint-siége. Gébéhard l'évêque de Constance, le très-fidèle coopérateur du sei­gneur apostolique Pascal II, assistait à la diète. Il y reçut l'abjuration de ceux qui avaient jadis pactisé avec le schisme, et les réintégra dans la communion catholique. En vertu de ses pouvoirs de légat, il prononça une sentence de déposition contre l'évêque intrus de Minden, Wittilo, le conseiller favori

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1 Saint Otton. Bamberg., Epist. VI: Patr. lai., tom. CXXXIH, col. 1318.

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p364 PONTIFICAT  nu  11.   PASCAL  II   (1099-1118).

 

de Henri IV, l'ignoble instigateur de tous ses crimes et de toutes ses débauches1. Une élection canonique fut faite par le clergé de Minden, et Gébéhard sacra le nouveau pontife. Le légat aposto­lique, de concert avec l'archevêque Ruthard de Mayence, indiqua ensuite pour la semaine d'avant la Pentecôte! un concile qui devait se réunir en Thuringe, à Nordhausen, afin de réformer l'église de Germanie sur les bases anciennes, d'y faire revivre la discipline et les règles des saints Pères, d'effacer toutes les traces du schisme, de déposer les intrus et les simoniaques, de recevoir l'abjuration des clercs ordonnés par eux, enfin d'interdire la célébration de l'office divin aux clérogames3.» Nordhausen, en latin Northusum, était une villa impériale près de Quedlimbourg. « A l'époque fixée, dit Ekkéard d'Urauge, le concile s'ouvrit en présence d'un grand con­cours d'évêques et de clercs, d'abbés et de religieux, ayant tous soif d'unité ecclésiastique11. On commença par faire connaître, sur cha­cun des points en discussion, les décrets antérieurs des conciles et des pères; on procéda ensuite à l'application de ces règles, corrigeant sans délai tout ce qui pouvait l'être immédiatement, renvoyant les causes plus épineuses à la décision du pape. L'hérésie simoniaque déjà tant de fois condamnée fut l'objet d'anathèmes unanimes. On flétrit également les impures doctrines des nouveaux Nicolaïtes (clérogames). L'observation du jeûne des Quatre-Temps aux époques fixées par les constitutions des papes fut rendue obliga­toire pour toutes les églises d'Allemagne. On promulgua de nouveau la Trêve de Dieu. Enfin les clercs ordonnés par les pseudo-évêques obtinrent la promesse d'être admis, pour les Quatre-Temps de sep­tembre, à la réconciliation par l'imposition des mains faite par des évêques catholiques. J'assistais à ce concile, ajoute le chroniqueur, et je ne saurais passer sous silence le spectacle édifiant qui nous fut donné alors par le roi Henri. Son attitude à la fois grave et modeste

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1    Qui omnium scelerum e! immunditiarum qux pater egerat spurcissimui, ouctor extilerat. —Nous avons vu le nom de cet intrus figurer parmi les si­gnataires du diplôme impérial adressé durant la diète de Liège à saint Otton de Bamberg. — 2 La Pentecôte tombait cette année (1105) le 28 ma

3.   Annal. HUdesheim. Pair, lai., tom. CXLI, col. 590-591.
4. Ecclenaslicam sitiens unitalem turba.

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p365  CHAP.   II.   —   RUPTURE   DE   FRITZI.AR   (1101).                                  

 

fit concevoir les plus belles espérances pour l'avenir. Il ne voulut siéger dans l'assemblée des serviteurs de Dieu qu'après en avoir été prié par les pères; il fallut le contraindre à prendre place sur le trône d'honneur qui lui avait été préparé; encore ne voulut-il revêtir aucun des insignes de la royauté. Il renouvela et confirma à chacun de ses sujets leurs droits légitimes, tels qu'ils étaient stipulés par les constitutions du royaume; mais s'il rencontrait des prétentions exagérées, il les écartait avec une prudence au-dessus de son âge et avec la noble franchise qui avait distingué l'empereur Henri III son aïeul. Dans toute sa conduite il fit admirer une réserve qui convenait à sa jeunesse, et une respectueuse défé­rence pour les ministres de Jésus-Christ. L'émotion fut au comble, lorsque, les yeux pleins de larmes, s'adressant à l'assemblée, il prit à témoin le Roi des rois et toute la milice céleste qu'en acceptant le gouvernement de l'État il n'avait obéi à aucune pensée d'ambi­tion personnelle. « Loin de moi, dit-il, la pensée d'usurper le pou­voir ! Je ne souhaite nullement la déposition de l'empereur, mon sei­gneur et père; mais je déplore sa lutte obstinée contre l'Église. S'il voulait enfin faire acte de soumission chrétienne à saint Pierre et à ses successeurs, je suis prêt à résigner entre ses mains mon titre de roi et à le servir comme le plus fidèle de ses sujets.» A ces mots, des acclamations éclatèrent de toutes parts. Les pleurs se mêlaient aux applaudissements. On priait pour la conversion du père et pour la prospérité du fils : le chant du Kyrie eleison (Litanies des saints) retentit sous les voûtes et fut redit par toutes les voix. Puis les trois évêques Utto d'Hildesheim, Henri de Paderborn et Frédéric d'Halberstadt (tous trois tenant leurs sièges de l'investiture du pseudo-empereur) vinrent se prosterner aux pieds de leur métropolitain Rulhard de Mayence. En présence du roi et de toute l'assemblée, ils jurèrent obéissance et fidélité au saint-siége. Leur abjuration fut acceptée. Mais le jugement définitif de leur cause fut réservé au seigneur apostolique, et dans l'intervalle ils durent rester sus­pens de leur office1. »

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1 Ekkeard. Uraug., Chronic. Pair, lat-, tom. CLIV, col. 991.— Labbe, Conei-i Quintilineburaense seu Norlhusense, tom. X, col. 713.

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