Darras tome 31 p. 387
51. Ces préparatifs des Chrétiens avaient mis en rumeur le monde musulman d'un bout à l'autre. Au mois demais 1444, Jean de Lastic, grand-maitre des chevaliers de Rhodes, annonçait à Eugène IV les attaques prochaines contre son île d'une flotte des Sarrasins de Syrie et d'Egypte, lui demandant d'ordonner à tous les chevaliers des maisons du continent d'être rendus au poste du danger avant le 1er juillet. Les Sarrasins entreprirent, en effet, l'expédition qu'ils avaient projetée, débarquèrent dans l'île, ravagèrent la campagne, livrèrent tout au fer et au feu sur leur passage. Ils mirent ensuite le siège devant la ville, et essayèrent plusieurs fois l'assaut. Mais la bravoure des chevaliers leur tint tête en toute circonstances et leur infligea bientôt des pertes qui les obligèrent à une retraite honteuse2. Il se produisait à ce moment un mouvement fort remarquable de retour à l'obédience d'Eugène IV. La Corse, secouant le joug des petits tyrans qui l'opprimaient, se rattachait au patrimoine de Saint-Pierre, et recevait un légat pour gouverneur. Les habitants du Picônum, que la crainte des armes d'Alphonse d'Aragon ramenait à la sagesse, faisaient leur soumission à l'Eglise romaine, et François Sforza, auteur des troubles dans cette province, signait la paix avec le Souverain Pontife
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1---- Marin.
Uablkt., de reti. ç/ent.
Scnuderbeg., n. — Ain. Sïlv., Euro/)., o. —
SIoxstbelet., Ilist.. vol. m, in ririncip. — flist. ntusut/n., xiv. — Cubant.,
ii, 18.
---- BOKFIH., dec. 3, 1. vi. — Piiileph., xix.
2 Bos., Hist. Equit., tom. I, 1. VI.
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et se contentait de la gouverner au nom du Saint-Siège avec le titre de marquis. L'année suivante, en 1445, le beau-père de Sforza, Philippe duc de Milan se réconciliait également avec le Pape. Philippe s'engageait à ne donner aucun secours aux ennemis de l'Eglise, bien plus, à joindre ses forces aux pontificaux pour faire rentrer Bologne dans le devoir; Eugène promettait de ne faire la guerre au Milanais ni par ses troupes, ni en favorisant les ennemis du duc, et d'admettre ce dernier au nombre des clients du Siège Apostolique. Tranquille en Italie, grâce à ces alliances, dont il devait en grande partie le succès à l'habileté diplomatique du cardinal-patriarche d'Aquilée, Louis de Mediarota, Eugène IV résolut de mettre un frein à la propagande impie des schismatiques ; dans ce but, se souvenant du dévouement séculaire de la France au Saint-Siège, il nomma vers la fin de septembre 1444, le dauphin Louis, fils de Charles VII, porte-étendard de l'Eglise romaine. Le dauphin, celui-là même qui devait être roi de France dans quelques années sous le nom de Louis XI, voulut se montrer digne de ce titre de gonfalonier pontifical. Il réunit aussitôt des troupes et marcha droit sur Bâle, où l'annonce de sa venue causa une grande terreur. Les Suisses, alliés des Bâlois, envoyèrent l'élite de leur jeunesse à leur secours. Le dauphin avec ses trente mille chevaux, se voyant pris entre Bâle et ces quatre mille Suisses, décida de fondre sur ces derniers, et les extermina, malgré la sortie que tentèrent les Bâlois pour leur venir en aide. Mais les vaillants montagnards lui vendirent cher la victoire: ils se ruèrent comme des lions au milieu des piques et des lances; avant de succomber ils lui tuèrent et lui blessèrent beaucoup de monde. A la suite de ce sanglant succès, il se montra facile aux ouvertures qui lui furent faites par les Bâlois et par les Allemands. Il ne tarda pas à ramener en France la colonne expéditionnaire, sans avoir dissous le conventicule des schismatiques, comme le Pape l'avait espéré.1
52. Les sectaires, mettant à profit la prétendue neutralité de Frédéric III, avaient étendu fort loin, vers l'est de l'Europe, leur
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1 /En. Stlv., ep. 87 ; Hist. Europ., 42. Mosstrelkt., vol. m, in principio. — Nauclkr., vol. il, 49. — Pbilelph., I. XVII.
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p389 cuap. vi. — l'europe orientale.
propagande impie, surtout en Pologne et dans les contrées voisines. L'académie de Cracovie avait accepté la doctrine des novateurs ; l’antipape Amédée, pour corrompre les Polonais, avait élevé au cardinalat l'évêque de cette ville, l'archevêque de Guesnen, et Alexandre Ziémovich, fils du duc de Marovie, dont il avait en outre fait son légat. Eugène dut intervenir pour couper court à ce désordre, et menacer les récalcitrants des censures les plus graves. Il fut également dans la triste nécessité de déposer Aymond évêque de Grenoble en Dauphiné. La veille des calendes d'octobre de cette même année 1444, eut lieu la trente-unième session du concile de Ferrare-Florence, transporté à Saint-Jean-de-Latran, depuis l'année précédente. Ignace, patriarche de Syrie et de Mésopotamie, avait envoyé en Europe comme son légat Abdala, évêque d'Edesse, pour y puiser la pure et incorruptible doctrine de la foi catholique. Après minutieux examen, il fut reconnu qu'Abdala avait des croyances conformes de tous points à la plus rigoureuse orthodoxie, sauf sur trois articles. Instruit sur ces derniers, il les professa hautement comme tous les autres, en son nom et au nom de l'Église entière d'Ignace. Sur quoi le Pape lui délivra, dans cette session, une formule qui est rapportée dans un décret du concile.
53. Le désastre de Varna avait plongé la Germanie orientale dans le plus profond désarroi. L'opinion que Wladislas, échappé de la lutte et prisonnier, vivait encore, s'était accréditée au point de rendre fort perplexes les princes à qui était dévolue la mission d'élire les rois en Pologne et en Hongrie. La situation parut tellement délicate, que les Polonais envoyèrent des émissaires en Thrace, en Grèce et en Bulgarie. Ils en revinrent sans avoir pu rien découvrir. La vérité fut connue cependant, et Casimir, grand-duc de Lithuanie, fut appelé en 1445 à remplacer son frère défunt sur le trône de Pologne1. La vacance de la couronne causa des troubles beaucoup plus graves en Hongrie, à cause du grand nombre des prétendants. Ladislas, fils d'Albert d'Autriche et petit-fils de Sigismond, fut enfin désigné pour le sceptre, bien qu'il n'eût encore que cinq
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1 Miceov., iv, 58. — Chômer., xiii.
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p390 PONTIFiCAT d'eUgène iv (1431-1447).
ans. Il donnait d'ailleurs, malgré son extrème jeunesse, des signes non équivoques des plus brillantes qualités, que ne pouvait manquer de développer l'éducation qu'il recevait sous les yeux de son oncle, Frédéric III. L'administration du royaume fut confiée à Jean Hunyade, vayvode de Transylvanie, que ses exploits et d'éminents services avaient rendu digne de cette haute mission. Il en fut à peine investi qu'avec le concours des Grands il s'occupa de refaire les forces hongroises écrasées à Varna, avec la résolution de prendre bientôt une éclatante revanche1. Eugène IV s'empressa d'accorder à ce généreux projet les encouragements ordinaires2. Amurat, qui prévoyait un retour offensif de la Hongrie, voulut employer le temps de répit à réduire complètement la Macédoine. Il écrivit à Scanderbeg, essayant de le gagner par les promesses ou de le faire céder aux menaces. Le héros albanais répondit avec une courageuse franchise qui ne laissait aucune place à de nouvelles démarchese diplomatiques. L'emploi de la force ne se fit pas attendre : Ferisi fondit sur la Macédoine à la tête d'une puissante armée. Ne rencontrant à son abord aucune résistance organisée, ce général crut à une conquête facile, et ne tarda pas à laisser ses troupes se débander dans la campagne pour la dévaster.
54. Scanderbeg l'attendait à ce moment. Il survint tout à coup avec ses vaillantes phalanges, et l'écrasa dans deux rencontres successives. A la nouvelle de ces défaites, Amurat fit partir une seconde armée sous les ordres de Mustapha, non sans lui recommander d'agir avec plus de prudence. Il n'en fut rien cependant: Scanderbeg l'attira dans une position désavantageuse en lui présentant l'appât d'un butin considérable; il lui tua cinq mille hommes. La flotte du duc de Bourgogne, commandée par Godefroy, et celle du Pape, commandée par le cardinal vice-chancelier, auraient dû simultanément opérer du côté de l'Hellespont, sur les derrières de l'ennemi, une puissante diversion: il eût alors été permis aux intrépides montagnards de reprendre-
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1 Mm. Sylv., ep. 13. — Thufos., 44 et 45. — Bonfi.n., dec. 3, 1. VIT. — Dc~ jbav., xxvin. — Nadcleb., gêner. 44. ' Regest., 1. XXIII, pag. 186.
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p391 ciiap. vi. — l'furope orientale.
haleine. Celle du vice-chancclier persista dans une déplorable inaction. Celle de Godefroy fit pis encore: elle se changea en une dangereuse association de pirates et de forbans. L'amiral bourguignon ayant fait une descente non loin du Phase, en Colchidc, avait été pris et chargé de fers. Le Génois Jérôme Nigra obtint sa liberté. Il lui en marqua sa reconnaissance en pillant les clients de la république de Gênes établis sur le littoral de la Mer Noire, sous le spécieux prétexte qu'ils étaient ou infidèles ou schismatiques. Le doge écrivit au duc de Bourgogne, et se plaignit amèrement de ces violences commises contre les paisibles habitants de comptoirs chrétiens. Evidemment comme le disait le doge, la flotte bourguignonne était là pour faire la guerre aux Turcs, et non pour piller ou capturer des Perses, des Arméniens et des Sarmates qui s'étaient faits les colons d'une république amie. La Mer Noire, que les Gênois gardaient depuis cent ans, avait toujours été bien gardée. Godefroy, au lieu de s'y livrer à des actes de piraterie qu'on n'y connaissait plus depuis longtemps, aurait dû s'efforcer de barrer le passage de l'Hellespont aux armées que les Ottomans faisaient passer d'Asie en Europe, pour les déchaîner sur la Macédoine qui avait secoué leur joug odieux1.
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1 Makin. Barlet., de gest. ScanderLeg., m. — Ho>on. Douzkllib., Collect. epist. de cr. rnnnili., pag. lfî.
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§ III. PÉRILLEUSE SITUATION DES GRECS
17. Pendant que se passaient ces choses au cœur du monde chrétien, Jean Hunyade, régent de Hongrie, avait fait les préparatifs d'une expédition contre les Turcs, pour affranchir de leur joug les provinces limitrophes. Vingt-deux mille croisés et la fleur de la noblesse hongroise avaient répondu à son appel. Il se mit donc en campagne, traversa le pays des Daces, descendit en Mysie, et pressa le despote de cette province d'unir ses armes aux champions de la foi. Celui-ci, préférant les bonnes grâces des Infidèles, les avisa de l'arrivée des croisés. Les Ottomans accoururent. La rencontre eut lieu dans la plaine de Mérula, avant que Scanderbeg eût opéré sa jonction avec Hunyade. Le combat, sanglant et terrible, se renouvela pendant trois jours. Enfin Amurat, qui avait amené quatre-vingt mille hommes, resta maître du champ de bataille; mais il lui coûta trente-quatre mille morts contre huit mille; il ne devait ce lamentable succès qu'à la supériorité du nombre. Hunyade fut contraint de chercher le salut dans la fuite et ne réussit à rentrer en Hongrie qu'au prix des plus accablantes fatigues, à travers les plus grands dangers. Au même moment, cette défaite des Hongrois en Mysie était largement compensée en Macédoine par le triomphe complet de Scanderbeg, contre lequel Amurat avait envoyé Mustapha, le meilleur de ses généraux. Dans cette rencontre, les Ottomans furent entièrement battus: ils perdirent dix mille hommes et quinze drapeaux. Les montagnards macédoniens se conduisirent avec une telle énergie qu'il ne firent que quatre-vingt deux prisonniers, parmi lesquels Mustapha lui-même et douze autres satrapes. Le butin fut considérable dans le camp même des ennemis, et cette victoire permit aux chrétiens de piller à leur tour les territoires dont les Turcs s'étaient emparés.
18. Leurs avantages devinrent assez inquiétants pour qu'Amurat adjugeât indispensable de marcher en personne contre Scanderbeg1.
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1. Boski.n., dec. 3, 1. VII. — Tuuros., C/tron. Ung., 40-47. — JEs. Sylv., Hist. Europ., 6. — Maris. Bàriet., Vit. Scanderbeg., it.
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L'occasion lui paraissait favorable pour de nouvelles conquêtes en Europe: Le schime grec essayait de revivre de toutes parts ; les Manichéens pullulaient de nouveau dans la Bosnie, et la contagion de leurs erreurs rayonnait de plus en plus vers les contrées voisines. Au commencement de son pontificat, Nicolas V avait envoyé contre ces hérétiques l'évêque de Pharos, à qui était dû déjà le retour du roi de Bosnie, Etienne-Thomas, à la foi catholique. Peu après, le légat retournait à Rome et démontrait au Souverain Pontife que le Manichéisme, en raison des progrès qu'il faisait chaque jour, ne pouvait être maintenant extirpé que par l'emploi des armes. Le délégué pontifical reçut alors les pouvoirs nécessaires pour la prédication et l'organisation d'une croisade. A la tête des hérétiques était le vayvode Etienne beau-père du roi : il avait feint d'abord le désir d'embrasser le catholicisme et d'en favoriser la propagation dans sa principauté; puis il avait obstinément refusé de se convertir et s'était hautement déclaré le protecteur du manichéisme. Un autre chef non moins redoutable des rebelles était le vayvode apostat Jean Paulonich. Quelques autres encore, sous le masque de la piété, favorisaient l'hérésie. Appelés par le légat pour discuter avec lui certains points d'orthodoxie, ils avaient manqué au rendez-vous. En conséquence le Souverain Pontife donna plein pouvoir au légat de les bannir de la société des fidèles ; il laissa le droit aux catholiques d'envahir leurs biens et de se les approprier, ces rebelles étant frappés des peines encourues par tous les fauteurs d'impiétés ; enfin tout commerce avec les vayvodes Etienne et Jean fut interdit sous peine d'excommunication. En cet état de choses, Amural résolut de tenter un nouveau coup de main eu Europe. Il marcha donc sur la Macédoine, et mit le siège devant la citadelle de Sfétigrad. Les opérations régulières n'amenant aucun résultai, il eut vainement recours aux menaces, puis aux plus séduisantes promesses.
19. Cette situation se prolongea jusqu'à ce que Scanderbeg, après plusieurs engagements, eût réussi à faire tomber les ennemis dans une embuscade et les eût écrasés. Bien plus, le héros macédonien, ayant vainement attendu les princes qui auraient dû se joindre à
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p415 CHAP. VII. — PÉRILLEUSE SITUATION DUS GRECS.
lui pour anéantir Amurat, osa faire irruption pendant la nuit dans le camp des ennemis, leur massacra deux mille hommes, et leur aurait infligé des pertes bien plus considérables si le hennissement des chevaux n'avait trahi sa présence. Peu après, sa petite armée taillait en pièces la colonne de Féris-Pacha, qui s'était avancée hors de ses campements avec douze mille cavaliers et six mille fantassins. Les habitants de Sfétigrad ne déployèrent pas un moindre héroïsme : dans une sortie pour repousser de leurs murs les attaques des Ottomans, ils en passèrent sept mille au fil de l'épée et leur firent un grand nombre de prisonniers. De leur côté, les pertes étaient tellement insignifiantes qu'on craint d'être taxé de mensonge en donnant le chiffre : soixante-dix morts. Enfin Amurat, frémissant de rage d'être ainsi tenu en échec avec toute son armée devant une bicoque, à force de tentatives de corruption parmi les soldats de la garnison, parvint à faire un traître, qui se chargea d'infecter les eaux du puits. Il y jeta un chien mort, et, quoique ce ne fût pas suffisant pour rendre les eaux complètement insalubres, les présidiaires, qui étaient de Debreczin, sous l'empire d'une superstition fort enracinée dans leur patrie, livrèrent la place. Il s'en fallut de peu qu'ils ne payassent cher leur lâcheté : Mahomet II, qui avait accompagné son père dans cette campagne, voulait que l'on exécutât strictement le précepte du Coran et que l'on mît à mort tous les capitulants, ou qu'on les retînt captifs jusqu'à réception de rançon suffisante. Heureusement pour eux Amurat, qui avait longtemps vécu dans le contact des hommes et des choses, que l'expérience avait plié dès lors aux hypocrisies de la politique, se rejeta sur le respect qu'on doit avoir ou qu'on doit feindre, si on ne le ressent pas, pour la parole donnée1. Amurat laissa douze cents hommes de garnison à Sfétigrad, qui lui en avait coulé trente mille, leva le camp la veille des calendes de juin 1449, et reprit la route d'Andrinople.
20. Scanderbeg se mit à ses trousses et harcela son arrière-garde jusqu'à ce que le pacha de Romanie, faisant volte-face avec trente
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1 Marin. Barlet., Vit. Scanderbeg., v.
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p416 FIN d'elGÈNK IV. rOSTIFICAT DE NICOLAS V.
mille hommes, l'eût contraint, devant des forces dix fois supérieures, à se retirer de la rase campagne dans les lieux les mieux fortifiés. Quand le pacha se fut éloigné, Scanderbeg, réunissant dix-huit mille partisans, macédoniens, illyriens, épirotes, italiens, allemands, alla mettre le siège devant Sfétigrad. Il ne tarda pas du reste à revenir sur ses pas, à se tenir sur la défensive, dès qu'il eut appris que les Ottomans préparaient une invasion plus formidable que jamais. Dans l'intervalle Jean Hunyade, à la tête des Hongrois et des Bohémiens, avait fait irruption dans l'empire turc, chez les Triballes, et défait les troupes d'Amurat, au mois d'octobre. Sa victoire eût été complète sans la défection des Valaques, qui furent d'ailleurs punis de leur trahison comme ils le méritaient, puisque Amurât, abandonnant à leur égard la politique de clémence qu'il lui avait plu de suivre envers la garnison de Sfétigrad, les fit tous massacrer jusqu'au dernier. On comprend cet acte d'aveugle courroux quand on sait qu'Amurat, que cette défaite obligeait d'abandonner la campagne, avait dit en la commençant qu'il n'en reviendrait qu'après avoir pris Rome et changé la basilique de Saint-Pierre en une étable pour les chevaux de ses janissaires1. Néanmoins les événements d'Orient semblaient conspirer à faire de jour en jour perdre du terrain à la prépondérance latine. L'année 1448 avait vu mourir, le 31 octobre, l'empereur Jean Paléologue, à peine âgé de cinquante-huit ans; il en avait passé vingt-cinq sur le trône.Treize jours après, le despote Thomas était entré à Constantinople, avait écrasé la faction de Démétrius Porphyrogénète, qui prétendait à l'empire malgré son jeune âge, et fait proclamer Constantin, le plus âgé des frères survivants de l'empereur défunt. Alexis Philanthropène et Michel Paléologue furent députés à ce prince dans le Péloponèse, et le firent couronner à Sparte le 6 janvier 14492.
21. Au moment où la couronne impériale de Constantinople passait sur une autre tête, il eût fallu que les puissances occidentales
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i PuiLELra:, vin, in litt. ad Carol. reg. Franc; et ti, epist 1. — Calchodd., de reb. Turcic, vu. ! Phraktz., n, in fine, c. 19.
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p417 CHAP. VII. — TÉRILLEUSE SITUATION DES GRECS.
fussent dans le plus parfait accord, afin de la consolider
par l'appui de leurs armes ; au contraire, les divisions intestines étaient partout,
et, sinon les guerres déclarées, les craintes les plus sérieuses de les voir
éclater à tout instant. En 1449, les Anglais violèrent la trêve qu'ils avaient
conclue récemment avec la France, en s'emparant sur la frontière de Normandie d'une place qui appartenait au duc de
Bretagne. Bien plus, les rapines, le massacre des citoyens inoffensifs, la
profanation et la destruction des temples s'ajoutaient à cet attentat au droit
international. Le duc de Bretagne et le roi de France jetèrent les hauts cris :
le roi d'Angleterre convint que de tels forfaits et de telles atrocités méritaient condamnation; mais on ne put
l'amener d'aucune façon à payer une indemnité pour les
dommages, à réparer les torts, à châtier les coupables. Il fallut donc en
appeler au sort des combats. La campagne fut désastreuse pour les Anglais, qui, pour n'avoir pas voulu rendre une bicoque mal acquise,
perdirent des villes considérables et de riches provinces. En 1450, le 18
avril, eut lieu dans les plaines normandes la sanglante bataille de Formigny.
Les Anglais éprouvèrent une désastreuse défaite, qui leur coûta quatre mille
hommes ; ils furent contraints de céder au vainqueur successivement toutes les
places fortes du pays : Avranches, Bayeux, Gaen, Falaise, Domfront, Cherbourg.
En moins d'un an, la Normandie entière était définitivement retournée à la
couronne de France. Désormais la lutte entre les deux peuples était concentrée
en Aquitaine. La victoire d'ailleurs continue à traiter les Français en
enfants gâtés. Ils prennent Bergerac, puis toutes les places qui couvrent
Bordeaux, pénètrent dans cette ville elle-même et taillent en pièces leurs
adversaires dans une mêlée soudaine. Philippe de Bourgogne voulut essayer de
faire entendre des paroles de paix au milieu de ces clameurs de guerre : il
demanda au Souverain Pontife et obtint l'envoi de deux légats, en France le
cardinal Guillaume d'Estouteville, en Angleterre le cardinal Nicolas de Cusa.
Les insuccès du duc de Salisbury contre l'Ecosse, en 1449, et les divisions
intestines qui se perpétuaient dans l'Angleterre même, avaient favorisé
grandement les progrès des armes françaises. C'est encore néanmoins de la
couronne d'Angle-
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terre que vinrent les obstacles à la fin des hostilités : tant il est vrai que la Providence rend aveugles ceux qui sont mûrs pour le châtiment. La guerre suivit son cours : Blaye, Fronsac, Bordeaux, toutes les places furent prises par les Français ou se rendirent. Au mois d'août 1451, ils faisaient le siège de Bayonne, la seule ville qui résistât encore. Elle ne tarda pas à faire elle-même sa soumission. Les Anglais, expulsés de la Normandie, allaient perdre l'Aquitaine, en perdant la bataille de Gastillon, où tombera, héros octogénaire, John Talbot. Ils ne posséderont plus que Calais sur le continent.
22. La France avait reconquis sa place à la tête des nations. La guerre de cent ans se terminait à sa gloire. La prophétie de Jeanne d'Arc se réalisait, en même temps que son œuvre. Charles VII méritait bien maintenant ce surnom de Victorieux consacré par l'Histoire ; le Saint-Siège pouvait enfin attendre de son royaume des secours efficaces contre les Turcs1. Mais, après une lutte séculaire contre ses ambitieux et redoutables voisins, la France ne songeait nullement, pour l'heure, à de lointaines expéditions. Dès 1430, Hunyade et les Hongrois se préparaient activement à prendre leur revanche de la défaite de Mérula. L'exécution de ce généreux dessein fut retardée par de malheureux différends survenus entre le régent de Hongrie et Jean Gislira, général en chef des armées. Le roi Casimir IV et les autres princes de Pologne, qui tenaient alors les Etats du royaume, envoyèrent des députés, à l'instigation du cardinal-évêque de Cracovie ; une trêve fut conclue entre les deux rivaux, en attendant qu'on trouvât les voies d'une réconciliation définitive. Casimir fut tout-à-coup enrayé dans cette œuvre de pacification par la nécessité de repousser une formidable invasion des ennemis de la Foi. Szadochmach, empereur des Tartares, voyant que les nobles de la Russie et de la Podolie étaient occupés à la
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1 Mossthei.iît., HUt., -vol. m, p. 10, 42. — Gaouin., in C.arol. vu, ann. 1449-1451. — /En. Sri.v., Ilist. Europ., 43. — Paul. ./Emu.., in Cnrol. vu, ann. 1449-1451. — Polyd. Viiigil., Ilist. Angl., xxm. — I1erpsfoi>d., Hist. Eccl. Angl., in XV S.rcul. — Meïer., Annal. Flandr., xvi. — Pim.Ei.ru., vin, 55. — Naucler., vol. », gen. 49; et alii.
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guerre valaque, se jeta soudain sur leurs terres, et, s'étant avancé jusqu'à Grodek, aux confins de la Lithuanie, emmena captifs un grand nombre d'habitants des deux sexes, fit une razzia complète de leurs biens et de leurs troupeaux1. Menacé par les Tartares, le roi polonais n'était pas à la veille de marcher contre les Turcs.