Darras tome 17 p. 582
85. Sainte Hildegarde mourut à vingt-neuf ans. Elle en avait à
peine dix-sept lorsque Charlemagne, renvoyant Desiderata au roi lombard son père, la prit pour épouse. La bénédiction de la fécondité fut accordée à cette union, et comme autrefois sous la tente les patriarches, plusieurs jumeaux vinrent réjouir par leur naissance le cœur des royaux époux. Des huit enfants d'Hildegarde trois moururent au berceau: une fille qui porta le même nom que sa mère et peut-être lui coûta la vie; une autre nommée Adélaïde, née durant le siège de Pavie1, et un fils appelé Lothaire, né à Casseneuil , frère jumeau de Louis d'abord roi d'Aquitaine et en dernier lieu seul héritier de l'empire paternel. Le souvenir d'Hildegarde ne s'effaça jamais du cœur de Charlemagne. Les religieux de Saint-Arnoul de Metz reçurent l'ordre de prier chaque jour à perpétuité sur la tombe de cette reine bien-aimée, et de même qu'Hildegarde vivante avait reçu de la libéralité de son époux des domaines privés équivalant à de vrais royaumes, elle en eut un après sa mort. L'immense villa de Cheminon fut donnée au monastère de Saint-Arnoul, à condition que le service quotidien et perpétuel institué en mémoire d'Hildegarde ne s'interrompît jamais. Adrien s'associait lui-même au culte pieux
Aller ab undecimo rursum le sustulit annus,
Heu, genitrix regum! heu decus atque dolor! Te Francus, Suevus, Germanus et ipse Britannus,
Clinique Getis duris plnngit Ibera cohors,' Accola te Liyerit, te défini et Itala tellus,
Ipsaquc morte tua anxia Roma gémit. Movisti ad ftetus et forlia corda virorum •
En lacrymœ c/ypeos Mer et arma cadunt. Heu! quantis sapiens et firmum roboresemper
Vssisti flammis pectus kerile viri. Solatur cunctos spes hœc, sed certa, dolentes Pro dignis factis quod sacra régna tencs.
(Paul. Diac.„ Patr. lat., tom. XCV, col. 707.)
----------------------
1 Dans l'épitaphe composée pour cette enfant royale par Paul Diacre, on lit ces vers :
Sumpserat hœc ortum prope mœnia celsa Papiœ, Cum caperet genitor Ilala régna potens.
(Paul. Diac, Patr. lat., tom. XCV, col. 7ÔS.)
================================
p583 CHAP. VI. — TROISIÈME GUERRE D'ITALIE,
dont la reine devint l'objet. « Dieu m'est témoin, écrivait-il à Charlemagne, que sans intermission, jour et nuit, je me souviens dans mes prières de votre épouse chérie , la dame et reine Hildegarde de sainte mémoire, notre fille et commater spirituelle dont le souvenir durera éternellement 1. » Cette canonisation anticipée dont le pontife semblait prendre l'initiative fut confirmée par les miracles opérés au tombeau de la pieuse reine. Vers la fin du IXe siècle, les religieux de Campidona obtinrent que ses précieuses reliques, avec le corps de Louis le Débonnaire son fils, fussent transférées dans leur monastère.
86. L'histoire retrouve dans la correspondance d'Adrien avec Cbarlemagne d'autres preuves de leur cordiale intimité. Le pape s'intéressait au palais et à la basilique d'Aix-la-Chapelle, que faisait alors construire le grand roi. « Je vous offre de grand cœur, lui dit-il, les mosaïques, statues et colonnes de marbre du palais de Ravenne pour décorer les édifices que vous élevez en ce moment. Le duc Arvinus est chargé de vous les faire parvenir. Et que pourrions-nous jamais dans notre indigence vous présenter qui fût digne de votre royale munificence, des largesses que vous prodiguez au bienheureux Pierre votre protecteur céleste? » De son côté Charlemagne, du fond de la Germanie, s'était préoccupé de choisir pour Adrien une monture inoffensive. A cette époque et jusqu'aux dernières années du XVIIe siècle, les papes ne sortaient qu'à cheval. Encore aujourd'hui le possesso, c'est-à-dire la prise de possession officielle des souverains pontifes à Saint-Jean de Latran, se fait à cheval. « Le duc Arvinus nous a offert de votre part, continue Adrien , un magnifique cheval aussi doux d'allure que superbe de formes. L'autre que vous nous destiniez est mort en route. Pour l'un et pour l'autre, recevez toutes nos actions de grâces. L'affection que nous vous portons et celle que votre royale excellence professe pour nous-même sont exactement symbolisées par cet envoi. C'est par vous en effet, que siège dans la majesté du règne le successeur indigne du bienheureux Pierre 2. »
------------------------
1 Codex Cirolin., LXSSIX; Pair, lai., tom. XCV1U, col. 397. — 2.74iU,LXXïli; col. 372.
================================
584 PONTIFICAT DE SAINT ADRIEN I (772-793).
87. En 784, après une expédition victorieuse contre les Saxons, Charlemagne revenait à Worms, quand on lui présenta la fille du comte germain Rudolphe, dont l'alliance au point de vue politique devait être un gage de pacification et d'apaisement. Elle se nommait Fastrade et avait quelque beauté, mais «son caractère, dit Eginhard, ressemblait à son nom [Fastrath, altière). Elle ne fit que trop regretter la douce et sainte Hildegardc 1. » M. Champollion-Figeac découvrit en 1836, sur un parchemin servant de garde à l'un des manuscrits de la bibliothèque Richelieu, un fragment des instructions données par Charlemagne aux ambassadeurs chargés de notifier son nouveau mariage au pape. L'écriture de ce précieux document est du VIIIe siècle, en sorte qu'elle a dû être tracée sinon par Charlemagne lui-même, du moins sous sa dictée par un secrétaire du palais. L'absence dans le Codex Carolinus de toutes les lettres émanées de la chancellerie royale donne un prix inestimable à cette feuille, détachée d'une correspondance dont il ne nous restait plus un seul spécimen. Le fragment se divise en capitules, selon la méthode adoptée pour toutes les instructions de Charlemagne. Chaque capitule forme un alinéa, dont le chiffre ressort à la marge et indique chaque parole que devront prononcer les ambassadeurs lorsqu'ils seront admis à l'audience du pontife. Voici ce texte. « Ior capitule. Notre maître, votre fils le roi Charles vous salue, ainsi que votre fille notre dame et reine Fastrade, les fils et les filles du roi notre seigneur, et toute la cour. — II. Tous les évêques, prêtres et abbés, avec les congrégations de fidèles réunis sous leurs ordres pour le service de Dieu, vous adressent leurs salutations ainsi que l'universalité du peuple des Francs. — III. Notre maître votre fils vous rend grâces de ce que vous avez daigné, par vos honorables envoyés et par votre lettre douce comme le miel, lui transmettre des nouvelles de votre personne bénie de Dieu. Votre prospérité et celle de votre peuple font à lui-même sa joie, sa prospérité et son bonheur. — IV. Notre
------------------
1 Eginhard.^ Vit. Carol. Magn., cap. xx et Annales, ad aun. 792. * Populi vsitri sa.ute. Cette parole sous la plume de Charlemagne est une reconnaissance explicite de la souveraineté temporelle du pape Adrien 1.
================================
p585 CHAP. VI. — TROISIÈME GUERRE D'ITALIE.
maître votre fils vous rend de vives actions de grâces pour les prières saintes et sacrées que vous adressez constamment au Seigneur pour lui et les fidèles de la sainte Église, pour le succès de ses armes qui sont les vôtres, pour les vivants et aussi pour les morts de sa famille. Avec la grâce de Dieu, notre maître votre fils s'efforcera de vous témoigner en tout sa reconnaissance. — V. Votre fils, notre maître, nous charge de vous informer que, grâce à Dieu et à vos saintes prières, la prospérité continue pour lui, pour votre fille son épouse et les enfants que Dieu a donnés à notre maître, pour toute sa maison et tous ses fidèles. — VI. Ensuite on présentera la lettre du roi, en disant : Cette lettre est celle que votre fils, notre maître, envoie à votre sainteté. Il prie votre béatitude paternelle de la recevoir par amour pour lui. — VII. On ajoutera alors : Notre maître votre fils vous adresse aussi quelques présents, tels qu'il a pu se les procurer dans les provinces saxonnes. Quand il plaira à votre sainteté, nous les produirons devant elle. — VIII. Puis on dira : Notre maître votre fils, en destinant ces modestes offrandes à votre paternité, lui demande trêve jusqu'à ce qu'il puisse s'en procurer de plus dignes d'elle. — IX. Ensuite...'. » Le fragment s'arrête là: le reste a été emporté par la déchirure du parchemin. « Voilà comment, dit M. Artaud do Montor, Charlemagne traitait avec le pape dans ces temps appelés vulgairement barbares. Comme ce barbare est gracieux, poli, élégant même ! comme ce barbare est de bon goût! Quel paternel concours il invoque pour saluer sa sainteté ! Il passe le premier, il est le monarque : mais il se fait suivre de son épouse, de ses fils, de ses filles; après la famille royale interviennent les évêques, le clergé, l'universalité du peuple des Francs. Ce dénombrement a une attitude gigantesque et sublime. Dans ces temps-là, nous étions tous frères par nos croyances 2. »
--------------
1 Champollion-Figeac, Fragment inédit de la fin du VIII« siècle relatif à l'histoire de Charlemagne, publié avec un fac-similé, Paris, Didot, 1836.
2. A. de Montor, Hist. du pape Pie VU, loru. Il, pag. 261, 2° édit. Le texte atin du fragment découvert par M. Champollion-Figeac y est intégralement reproduit.
================================
p586 PONTIFICAT DE SAINT AMIES I (772-793).
88. Si la nouvelle reine Eastrade n'apporta point la sérénité et la joie à la cour de Charlemagne, du moins son alliance produisit le résultat politique qu'on s'en était promis. Huit expéditions victorieuses contre les Saxons et contre l'indomptable Witikind leur chef n'avaient pu abattre le courage de ce peuple terrible et fier. En dernier lieu, quatre mille captifs cernés sur le champ de bataille avaient été passés au fil de l'épéc, mais Witikind, le nouvel Arminius des Germains, «cette torche qui alluma tant de guerres, » selon le mot des chroniqueurs, échappa au massacre. Charlemagne crut n'avoir rien fait encore tant que cet ennemi serait debout. Or, le jour de Pâques de l'an 783, on amena au roi un mendiant étranger, qui venait de se présenter à la porte du palais d'Attigny où se trouvait la cour. Un leude en lui donnant l'aumône reconnut à sa main droite un doigt recourbé qu'il avait eu l'occasion de remarquer dans les combats. Le faux mendiant était Witikind. — « Quel motif a pu vous faire travestir ainsi? lui demanda Charlemagne. — Je voulais examiner de près les cérémonies de votre Église, répondit le saxon, et j'ai pensé que sous ce déguisement il me serait plus facile de tout voir. — Eh bien, qu’avez-vous remarqué? — Avant-hier, prince, dans ce jour que vous appelez le vendredi saint, la tristesse était peinte sur votre visage. Aujourd'hui fête de Pâques, je vous ai vu au commencement des cérémonies pensif et recueilli. Mais quand vous avez approché, avec les grands de votre cour, de la table qui est au milieu du temple, j'ai vu éclater sur tous les visages des marques d'une joie si intime, que je ne sus à quoi attribuer ce changement subit. Une émotion surnaturelle toucha mon cœur. Il me semblait que le prêtre plaçait sur vos lèvres comme un enfant environné de gloire. Je me prosternai en larmes, adorant sans le connaître votre Dieu qui sera désormais mon Dieu. — Heureux êtes-vous, s'écria Charlemagne, d'avoir joui d'une faveur que le ciel n'a accordée ni à moi ni à mes prêtres ! » Ensuite, ayant fait donner à Witikind des vêtements convenables à son rang, il lui expliqua ce que la foi nous apprend de l'auguste mystère de nos autels. Witikind converti reçut le baptême.
================================
p587 CHAP, VI. — TROISIÈME GUERHE D'lTALIE«
Charlemagne voulut le lever lui-même, comme on disait alors, des fonts baptismaux. L'ancien chef des Saxons en devint l'apôtre. Il obtint du roi franc des évêques pour instruire sa nation. La ville de Minden fut érigée en siège épiscopal, et saint Hérembert en devint le premier titulaire. Charlemagne se hâta d'informer le pape de ces heureux événements. Il lui demandait d'ordonner dans toute l'Église des prières publiques d'actions de grâces. « Ce n'est plus seulement, répondit Adrien1, pour vos victoires sur les champs de bataille qu'il nous faut rendre grâces à Jésus-Christ rédempteur du monde. Aux triomphes qui conviennent à un conquérant, vous joignez ceux d'un apôtre de Jésus-Christ. Vous venez de soumettre au culte de Dieu, à l'obédience de la sainte, catholique et apostolique Église, à la rectitude de la foi, les Saxons si longtemps opiniâtres dans leur barbare férocité; vous avez courbé leur tête indomptable sous le joug de votre puissance ; vous avez amené aux fontaines du baptême les chefs de ce peuple désormais incliné sous votre sceptre royal. Pour rendre au Seigneur de solennelles actions de grâces, nous avons, par un décret apostolique, ordonné à tous les fidèles d'Occident, fils de la sainte église romaine votre mère spirituelle, trois litanies (processions) publiques qui auront lieu les 23, 26 et 28 du mois de juin (786), savoir la veille de saint Jean-Baptiste, le jour de la fête des saints Jean et Paul, et la veille de la fête de saint Pierre. Nous prions votre royale sublimité de faire parvenir notre décret à toutes les nations chrétiennes qui lui sont soumises. Le délai d'un an que nous avons fixé permettra à l'univers entier d'être prévenu à temps. Quant à nous, ce n'est point une ou deux litanies qui suffiraient à l'ardeur de notre reconnaissance, ni à l'expression des vœux que nous adressons pour vous au Seigneur, Nous ne cessons chaque jour de prier le Sauveur du monde afin qu'il daigne confirmer dans la foi et dans votre obéissance les nations conquises par votre bras invincible, qu'il éloigne de vos frontières et des nôtres les fléaux dévastateurs, la guerre, la famine,
---------------
1. Codex Cdvnliiu, i.sssv ; Pair. Int., lom. ACVIII4 col, 3S9.
================================
p588 PONTIFiCAT DE SAINT ADHIEN I (7"ïr>-7'J5).
la peste, et qu'en nos jours le peuple confié à nos soins vive dans la paix, l'abondance et la justice. » Un fragment d'un antique rituel ou ordo romanus, provenant du Mont-Cassin et reproduit par Mabillon, nous donne une idée exacte de la manière dont on célébrait alors un triduum tel que le prescrivait ici le souverain pontife. Voici ce document : « En la fête de l'Assomption de sainte Marie, après les vêpres de la vigile, ou dispose dans la chapelle Saint-Laurent, à la basilique de Latran, un portatorium (brancard) sur lequel est déposée la vénérable image du Christ dite axeiropoièta. Au milieu de la nuit, tout le peuple rangé en procession pour la litanie escorte la vénérable image à la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Sur le parcours, les rues sont garnies de fleurs et les maisons illuminées. L'image est déposée sur un autel élevé sous le péristyle de la basilique; la multitude s'agenouille sur les degrés et se frappant la poitrine chante cent fois Kyrie eleyson, cent fois Christe eleyson, et cent fois Kyrie eleyson. Le pape Adrien, qui le premier ordonna cette forme de litanie, la présidait d'ordinaire en personne, mêlant ses larmes et ses prières à celles du peuple. On célèbre ensuite la messe dans la basilique, puis la procession revient au palais de Latran 1. »
89. Le siècle où l'on priait ainsi ne fut déshérité d'aucun genre de gloire. Charlemagne dont le génie n'a pas encore été dépassé reconnaissait volontiers que la bravoure et l'épée d'un héros ne peuvent rien sans la bénédiction de Dieu. Dans un de ses capitulaires il s'exprime de la sorte: «Avec l'aide du Seigneur, nous avons fait un triduum de litanies, les lundi, mardi et mercredi qui suivirent les nones de septembre, afin d'implorer la miséricorde divine pour qu'elle daigne assurer à nos peuples la sécurité, et à nos armées la victoire. Les prêtres avaient prescrit l'abstinence de viande et de vin à tous ceux qui n'en étaient point empêchés par l'âge ou la maladie. Et tous, nu-pieds, nous avons suivi humblement la litanie 2. » Dans ces paroles du grand roi se trouve le secret de ses étonnantes victoires. A l'automne de l'année
---------------------
1.Codex Carolin., lxxxv; Pair, lat., tom. XCVI1I, coi. 389, not. a. — 2. Ibid.
================================
p589 CHAP. VI. — TROISIÈME GUERRE D'ITALIE.
786, libre enfin de cette terrible guerre contre la Saxe qui durait depuis près d'un siècle, il traversa de nouveau les Alpes et vint célébrer la fête de Noël à Florence. Jusqu'alors Arigise, le duc ou plutôt, comme il s'intitulait lui-même, le prince lombard de Bénévent, avait pu tout à la fois se soustraire à la suzeraineté de Charlemagne et attaquer impunément les états de l'Église. Le sort du duc de Frioul ne l'avait que médiocrement touché. Il se disait que le duché de Bénévent était trop loin de la France pour que même l'épée de Charlemagne pût jamais l'atteindre. Des ambassadeurs grecs étaient venus de Constantinople lui couper avec des ciseaux d'or une mèche de cheveux, en signe d'adoption et d'alliance. Adalgise lui annonçait régulièrement par tous les navires sa prochaine descente en Italie avec une flotte byzantine. Telles étaient les illusions du prince de Bénévent lorsqu'il apprit, vers les premiers mois de l'an 787, l'arrivée de Charlemagne à Rome, son alliance plus étroite que jamais avec le souverain pontife, sa ferme résolution d'exiger par les armes la soumission du duché de Bénévent au royaume d'Italie. Il y avait dans le sang lombard une telle habitude d'hypocrisie et de trahison, qu'on aurait pu la prendre pour une seconde nature. Arigise députa à Charlemagne son fils aîné, Romuald, avec de magnifiques présents et les protestations d'une soumission absolue. Le héros exigea, au lieu de paroles et d'offrandes insignifiantes, des gages réels, des otages, et la remise immédiate au saint-siége des territoires usurpés. Les pouvoirs de Romuald ne s'étendaient pas si loin; son ambassade n'était qu'un leurre destiné à gagner du temps. Charlemagne retint le jeune prince en son pouvoir et partit immédia-tement avec ses troupes pour se mettre en possession de la province de Rénévent. Il arriva sans coup férir à Capoue, et rencontra bientôt les détachements qu'Arigise envoyait dans les campagnes voisines pour s'opposer à la marche des Francs. Mais cette tentative de résistance échoua contre la masse énorme de troupes que le grand roi avait réunies pour cette expédilion. Les fuyards éperdus vinrent annoncer à Bénévent que l'armée de Charlemagne allait paraître sous les murs de la ville. Arigise abandonna lâche-
================================
p590 PONTIFICAT LE SAINT ADRIEN 1 (772-793).
ment sa capitale pour se réfugier à Salerne, ville maritime dont le port lui offrait à tout événement un moyen de salut. Il lui restait un second fils, Grimoaid, qui l'avait accompagné dans sa fuite précipitée. Joignant à ce jeune prince les évêques de Salerne et de Bénévent, il les envoya tous trois se jeter aux genoux de Charlemagne pour implorer sa miséricorde, ratifiant d'avance toutes les conditions qu'il plairait au vainqueur de lui imposer. Dans nos guerres modernes où le sentiment chrétien n'existe malheureusement plus, un vaincu tel que l'était Arigise ne trouverait aucune commisération chez son vainqueur. Mais Charlemagne était profondément chrétien; il était le type le plus accompli du héros chrétien; comme tel il avait horreur du sang inutilement versé, des guerres à outrance, des combats inutiles, des égorgements sans merci. Il accueillit donc les suppliants et reçut leurs propositions de paix. Arigise se reconnut vassal du jeune Pépin roi d'Italie, il s'engagea à payer outre les frais de la guerre un tribut annuel de sept mille solidi d'or; il remit au pape les cités de Capoue, Sora, Arpinum, Aquin, Teano; enfin il livra aux mains de Charlemagne son fils Grimoaid et douze otages choisis parmi les plus nobles familles de Bénévent. Ainsi se termina presque sans effusion de sang la troisième expédition de Charlemagne en Italie. Au retour, le grand roi voulut visiter le tombeau du patriarche des moines d'Occident. On montre encore aujourd'hui dans le chœur de l'église du Mont-Cassin une plaque de bronze scellée au lieu même où s'agenouilla le héros. « Il accorda à tous les religieux le titre de chapelain du palais et à l'abbé celui d'archichancelier, avec le droit de faire porter devant lui la bannière royale des Francs .. » Charlemagne revint à Rome pour y célébrer la fête de Pâques (8 avril 787).
