FOI CHRÉTIENNE
hier et aujourd'hui
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Ainsi nous sommes conduits à une dernière constatation qui nous ramène au point de départ. Augustin raconte dans ses Confessions, comment la conversion au christianisme du célèbre philosophe Marius Victorinus, a été décisive pour lui‑même.
Victorinus, en effet, avait longtemps refusé d'entrer dans l'Église, sous prétexte qu'il possédait dans sa philosophie tout l'essentiel du christianisme et qu'il était d'accord avec les données fondamentales de la doctrine chrétienne 13.
Puisqu'il pouvait, grâce à sa spéculation philosophique, considérer comme siennes les idées chrétiennes centrales, il n'avait pas besoin d'institutionalisation de ses convictions par l'appartenance à une Église.
Il voyait dans l'Église ‑ comme beaucoup de gens cultivés d'hier et d'aujourd'hui ‑ un platonisme pour le peuple, dont il pouvait se dispenser en qualité de platonicien supérieur.
Pour lui, seule l'Idée comptait. D'accord pour les autres, incapables, comme le philosophe, de saisir l'Idée dans son originalité propre, ceux‑là il fallait les mettre en son contact par le moyen de l'organisation ecclésiale.
En entrant finalement quand même dans l'Église, et devenu chrétien en dépit de son platonisme, Marius Victorinus a reconnu l'erreur fondamentale d'une telle opinion. Le grand platonicien avait compris que l'Église était plus et autre chose qu'une simple institutionalisation et organisation d'idées.
Il avait compris que le christianisme n'était pas un système de connaissances, mais une voie. Le « nous » des croyants n'est pas un simple accessoire pour petits esprits, il est, en un certain sens,
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p51 LE VISAGE ECCLÉSIAL DE LA FOI
la chose elle‑même; la communauté humaine est une réalité qui se situe sur un autre plan que la simple « idée ».
Si le platonisme donne une idée de la vérité, la foi chrétienne, elle, donne la vérité comme une voie; c'est seulement en devenant une voie qu'elle est devenue la vérité de l'homme.
La vérité qui n'est que connaissance, qui n'est que simple idée, reste sans dynamisme; mais en devenant une voie pour l'homme, une voie qui le sollicite, qu'il peut et doit prendre, elle devient la vérité de l'homme.
Font donc partie intégrante de la foi: la confession de la foi, la parole et l'unité créée par elle, la participation au culte de la communauté et finalement l'appartenance à l'Église, le fait d'être avec les autres.
La foi chrétienne n'est pas une idée, mais une vie; elle n'est pas esprit qui se replie sur lui‑même, mais incarnation, esprit dans le corps de l'histoire et de la société.
Elle n'est pas mystique de l'identification de l'esprit avec Dieu, mais obéissance et service, dépassement de soi, libération de soi précisément par la mise au service du transcendant qui n'est l'oeuvre ni de mes mains ni de mon intelligence; devenir libre en se mettant au service du Tout.