LES PRINCIPES DE LA THEOLOGIE CATHOLIQUE 12

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Changement et fidélité

 

------- les concepts de “changement” et de «progrès » se présentent aujourd'hui parés d'un éclat vraiment religieux. Le salut ne vient que par le changement; désigner quelqu'un comme conservateur équivaut à une excommunication sociale, car, dans le langage d'aujourd'hui, cette qualification revient à peu près à ceci: être opposé au progrès, fermé à la nouveauté, être défenseur du passé, des ténèbres, des forces d'oppression, ennemi du salut qui doit venir par le changement.

 

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   Dietrich von Hildebrand,-------- Selon lui, ce qui caractérise la disposition chrétienne au changement est tout d'abord l'absence totale de limites, le radicalisme atteignant jusqu'aux ultimes profondeurs. Là est la différence avec la conception de l'idéalisme moral où l'on désire se modifier sur certains points sans se laisser mettre en question dans la totalité de sa nature. Certes, le chrétien lui‑même en reste trop facilement à une telle limitation de sa disposition au changement, à de multiples réserves par lesquelles, bien souvent, il exclut du changement cela précisément qui en aurait le plus besoin: “Ils se maintiennent en toute bonne conscience dans leur affirmation de soi, ils ne se sentent pas

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obligés, par exemple, à l'amour des ennemis. Ils permettent à leur orgueil de se développer dans de certaines limites et estiment avoir le droit de rejeter toute humiliation par une réaction toute naturelle. Ils revendiquent comme allant de soi le droit à être considérés dans le monde, ils ne veulent pas passer pour des “fous du Christ”, ils donnent sa place jusqu'à un certain point au respect humain, ils veulent faire bonne figure aux yeux du monde. Ils ne sont pas prêts à la totale rupture avec le monde et ses critères. Ils tiennent fermement à certaines conventions et ne se font pas scrupule de se laisser aller dans de certaines limites” 63.

 

----- Si l'on considère au contraire que le fait de devenir chrétien dépend de la réalisation d'une métanoia véritablement chrétienne, au sens de la prédication des prophètes et de Jésus, il devient clair que cette amputation de la métanoia est la cause même de la crise du christianisme contemporain: “Ils veulent faire bonne figure aux yeux du monde. Ils ne sont pas prêts à la totale rupture avec le monde” ‑ ------------ Quand quelqu'un a acquis la réputation d'être un homme de progrès, il deviendra toujours trop vite le prisonnier de cette réputation, qui semble être au service de la liberté, mais qui conduit en réalité à l'esclavage de la vanité et détruit la métanoia. --------- Le courage de rompre donne la liberté -seul il donne la liberté. Ce courage de rompre s'appelle, en langage biblique, métanoia ‑ mais c'est justement ce courage qui nous manque.

 

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   Autrement dit, la métanoia chrétienne est en fait identique à la pistis (foi, fidélité), elle est un changement qui n'exclut pas la fidélité mais au contraire la rend possible. Le Nouveau Testament s'exprime sur l'irréversibilité de l'engagement fondamental du chrétien avec une rigueur qui a pour nous quelque chose de vraiment inquiétant : « Il est impossible pour ceux qui une fois ont été illuminés, qui ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants de l'Esprit‑Saint, qui ont goûté la belle parole de Dieu et les forces du monde à venir et qui néanmoins sont tombés, de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence, alors qu'ils crucifient pour leur compte le Fils de Dieu et le bafouent publiquement” (He, 6,4 ss). Celui qui se détourne de son retour à Dieu va en arrière et non en avant. ----------

 

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-------- le chrétien, après être devenu chrétien ne peut pas laisser derrière soi cette dispo­-

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nibilité au changement qu'est la métanoia comme quelque chode de passé qui ne le concernerait plus. ---------- la malléabilité de l'existence ne doit pas diminuer mais au contraire augmenter. Mais cela signifie en même temps que la vérité reste toujours une direction, un but, jamais un bien que l'on a fini de s'approprier. Le Christ, qui est la Vérité, est en ce monde le chemin précisément parce qu'il est la vérité.

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon