VOCATIONS ACCEPTÉES IMMÉDIATEMENT.
§ III. Vocation définitive de Pierre.
19. «Après deux jours passés avec les habitants de Sichar, dit l'Évangéliste, Jésus quitta ce lieu et se dirigea vers la Galilée. Il ne voulut point s'arrêter à Nazareth 1. Nul Prophète, disait-il, en s'appliquant à lui-même ce témoignage, n'est en honneur en son pays. Arrivé en Galilée, il y fut accueilli avec joie par les Galiléens qui s'étaient rendus à Jérusalem, pour la fête de Pâques et avaient été témoins de ses miracles. Jésus revint donc à Cana, la cité galiléenne où il avait changé l'eau en vin. Or, il y avait à Capharnaûm un officier royal dont le fils était malade. Cet officier, apprenant l'arrivée de Jésus en Galilée, vint le trouver et le suppliait de des-
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1. Relidâ civitate Nazareth. (Matth., iv, 13.)
2. Le Regulus de la Vulgate est représenté, dans le texte grec de saint Jean, par l'expression : Basilicos (officier royal). Tel est, ainsi que la version sy- riaque le fait nettement comprendre, la véritable interprétation de ce terme. La ville de Capharnaûm, sur les bords du lac de Génésareth, à une distance d'environ vingt-deux kilomètres à l'orient de Cana, dépendait de la tétrarchie de l'Iturée et de la Trachonitide, alors sous la domination de Philippe, fils d'Hérode le Grand, et frère d'Hérode Antipas.
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cendre à Gaphanaaum 1, pour guérir son fils qui se mourait. Jésus lui dit: Si vous ne voyez des prodiges et des miracles, vous refusez de croire. — Mais le père répondait: Seigneur, venez, avant que mon fils soit mort. — Allez, lui dit Jésus. Votre fils est plein de vie. — L'officier ajouta foi à cette parole et s'en alla. Comme il était en chemin, ses serviteurs vinrent à sa rencontre et lui dirent: Votre fils se porte bien. — Il les interrogea sur l'heure précise où le mieux s'était fait sentir. — Hier, à la septième heure 2, répondirent-ils, la fièvre l'a quitté. — Or c'était l'heure où Jésus avait dit au père: Votre fils est plein de vie; et l'officier crut avec toute sa famille. Tel fut le second miracle opéré par Jésus, à son retour de Judée 3.» Les rationalistes modernes ne croient pas, comme l'officier de Capharnaum. Quoi! disent-ils, à distance, sur un malade qui ne subit l'influence ni du contact, ni du regard, ni d'une énergique volonté, Jésus, d'une seule parole, aurait rappelé la vie sur les lèvres mourantes d'un jeune homme! La prière d'un père au désespoir peut-elle interrompre l'ordre immuable des lois de la nature? Voilà ce qu'ils disent. Mais l'officier de Capharnaum a cru, lui et toute sa famille. Leur témoignage résiste à toutes les dénégations. Le roi de la nature, le maître souverain de la vie, ne connaît d'autres lois que celles dont il est lui-même l'auteur. Quand il daigna descendre parmi nous et revêtir notre chair infirme, le surnaturel s'est fait visible et devint son unique loi.
20. «Or Jésus se promenant sur les bords du lac de Galilée, continue l'Évangile, aperçut les deux frères, Simon qui fut surnommé Pierre, et son frère André, au moment où ils jetaient leurs filets dans les eaux du lac (car ils étaient pêcheurs). Suivez-moi, leur dit-il, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. — Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Un peu plus loin, il aperçut les deux autres frères Jacques et Jean, fils de Zébédée. Assis dans une
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1. Encore une de ces expressions qui portent avec elles un cachet irrécusable d'authenticité. Cana était située sur le plateau central des montagnes de Galilée, à un niveau beaucoup plus élevé que la ville de Capharnaum, établie sur les bords du lac de Tibériaàd.
2. Une heure après midi. — 3 Joan., iv, 46 ad ultim.
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barque avec leur père, ils raccommodaient leurs filets. Jésus les appela de même; aussitôt ils ramenèrent la barque au rivage, laissèrent Zébédée avec les serviteurs qu'il tenait à ses gages, et, abandonnant leurs filets, ils suivirent Jésus 1.» L'incrédulité qui refuse au Sauveur la toute-puissance dans l'ordre naturel, est contrainte ici de la reconnaître dans l'ordre moral. Qu'on explique comment ces pêcheurs abandonnent leur vieux père, leurs filets et leur barque sur un simple appel de Jésus! Nous sommes témoins chaque jour des efforts, des séductions, des moyens de propagande déployés par les docteurs de mensonge, pour faire pénétrer leur enseignement dans quelques âmes. Que demandent-ils cependant, à leurs adeptes? Un simple acte d'adhésion, qui ne change rien aux habitudes antérieures de la vie, qui ne trouble nullement les intérêts, les relations commerciales, les devoirs de famille. Mais voilà que Jésus dit un seul mot à quatre pêcheurs, et, sur-le-champ, ils abandonnent parents, intérêts et famille, pour s'attacher à Jésus! Plus vous supposerez d'ignorance et de simplicité dans ces quatre Galiléens plus vous grandirez le miracle. Car l'attachement aux choses de la terre est en raison inverse du degré de culture des esprits. Plus l'horizon est étroit autour du villageois et du pauvre, plus cet horizon lui est cher. Et d'ailleurs, ces quatre pêcheurs galiléens sont les quatre premières colonnes de l'édifice immortel de l'Église. Plus on répétera que Simon, surnommé Pierre, était un simple pêcheur, sans culture et sans lettres, plus on grandira le miracle permanent de l'Église catholique, asile des plus hautes intelligences, foyer de lumière et de vérité, fondée sur cette pierre de Galilée qui fut Simon. Le pêcheur de Tibériade n'est-il pas devenu, et ne reste-t-il pas, en la personne de ses successeurs, le pêcheur divin des âmes? Comment s'est vérifiée cette prophétie? Comment s'est accomplie cette transformation? N'est-il pas évident que le surnaturel domine ici tous les sophismes? Qu'un pêcheur de Nazareth soit devenu le conquérant du monde, cela est un miracle aussi manifeste, aussi éclatant et irrécusable que la pêche merveilleuse
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1. Matth., IV, 18-22; Marc, i, 20-22; Luc, v.
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par laquelle le Sauveur daigna confirmer la vocation de Pierre.
21. «La foule se pressait autour de Jésus, pour entendre la parole de Dieu, continne le texte sacré. Il était alors sur les bords du lac de Génésareth. Ayant vu sur le rivage deux barques, dont les pécheurs étaient descendus pour laver leurs filets, il monta dans l'une d'elles. Or elle appartenait à Simon. Jésus le pria de l'éloigner un peu de la terre. Il s'assit alors, et, de cette barque, il adressait ses enseignements à la foule. Quand il eut cessé de parler, il dit à Simon: Gagnez le large et jetez vos filets pour la pêche. — Maître, répondit Simon, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; cependant sur votre ordre je jetterai le filet. — Ils le firent, et enveloppèrent une si grande multitude de poissons, que leurs filets en étaient rompus. S'adressant donc à leurs compagnons restés dans l'autre barque, ils leur faisaient signe de venir les aider. Ceux-ci accoururent, et remplirent les deux barques presque au point de les submerger. A cette vue, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant: Seigneur, retirez-vous de moi, car je ne suis qu'un homme pécheur. — Il était en effet saisi d'effroi lui et tous les autres, en présence de cette multitude de poissons. Jacques et Jean, fils de Zébédée, partageaient sa stupeur. Mais Jésus dit à Simon: Ne crains rien; désormais tu prendras ainsi des hommes 1.» La pêche miraculeuse du lac de Génésareth, étonne Simon. Mais Pierre ne s'étonnera plus, à Jérusalem, au lendemain de la Pentecôte, lorsque, suivant l'énergique expression du texte sacré, «trois mille âmes furent déposées à ses pieds 2.» La dernière pèche sur la barque de Tibériade figurait la première pèche sur la barque de l'Église. Le monde entier devait entrer dans les filets de Pierre, comme les poissons dans ceux de Simon. L'histoire Évangélique, ainsi que nous l'avons déjà dit tant de fois, est vivante aujourd'hui, comme à l'époque où elle se déroula en Judée. La vie du Dieu qui est venu habiter parmi nous ne finira qu'avec la consommation des siècles. Les multitudes entrent donc toujours dans les filets de Pierre. Parfois encore, il semble que ce filet va se
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1. Luc,V,1-10.—2. Appositœ sunt in die illâ animce circiter tria mlliia (Aet.il,*1.)
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rompre, et que la barque sera submergée. Il en est ainsi quand les multitudes se révoltent contre l'autorité du Pêcheur apostolique. Mais alors Pierre fait signe à ses compagnons restés sur le rivage. Il appelle ses frères, les Évêques, successeurs des Apôtres. Sur les flots troublés, au milieu de l'agitation et du tumulte des hérésies, tous les compagnons de Pierre, réunis autour de leur chef, dans les grandes assemblées des conciles, viennent réparer les filets, secourir la barque en péril, et Jésus continue à enseigner le monde du haut de la barque de Pierre.
VOCATIONS ACCEPTÉES IMMÉDIATEMENT.