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5. Augustin avait déjà commencé son livre De la nature et de la grâce, lorsqu'Orose quitta l'Afrique. Car peu après son arrivée en Palestine, Orose lui-même put affirmer, en présence de Pélage, que le saint évêque avait achevé, sur la demande des disciples de l'hérésiarque la réponse contre le livre qu'ils lui avaient remis (5). Vers cette même époque, Jérôme parle d'un écrit d'Augustin qu'il n'avait point encore reçu et où, disait-on, il renversait toute la doctrine des pélagiens (6). C'était sans doute le même qu'Augustin signalait le dernier parmi ceux dont il parle dans sa lettre écrite à la fin de l'année 415. Il avait reçu le livre de Pélage, de Timase et de Jacques (7), jeunes gens issus d'une noble famille, versés dans les belles lettres (8), et qui, d'après le conseil de Pélage lui-même, avaient laissé de côté toutes les espérances du siècle pour se consacrer au service de Dieu (9). Mais à peine, sur le conseil de Pélage, s'étaient-ils débarrassés des chaînes du siècle, qu'ils tombèrent dans les filets bien plus terribles encore de l'hérésie. Heureusement que Dieu les en arracha par l'aide et les conseils d'Augustin. Celui-ci, en effet, abandonnant tous ses travaux, pour parcourir ce livre avec la plus grande attention (10), découvrit que Pé-

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(1) Lettre CLXIX, n. 13 ; Lpitre cxcx, il. 20. (2) Letire CLXVI, CLXVIL (3) Lettre CLXXII. (4) CLXXII, n. 2. (5) ORosE., apoi. (6) Contre les pélag. dial. 111, ch. vi. (7) De la qrâce et de la nat. n. 1. (8) Lettre cLxxix , n. 2. (9) Leure CLXXVII, n. 6, Lettre CLXxix, n. 2. (10) De la na,. et (le la gî,(îce. n. L

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lage y défendait avec toutes les ressources de l'argumentation la nature de l'homme contre la grâce de Dieu (1). Sous la forme libre du dialogue, comme on le voit d'après les passages cités par Augustin, il se posait cette question, s'il rejetterait la grâce, puisqu'il disait que l'homme peut vivre sans péché. Et il répondait en termes éloquents que le secours de la grâce et la miséricorde divine nous étaient absolument nécessaires. Cet aveu si franc et si précis de la grâce causa la plus grande joie à Augustin, car il ne pouvait souffrir ceux qui excluaient l'action de Dieu de la justification de l'homme. Mais, en poursuivant la lecture du livre, il découvrit que cette parole cachait une équivoque (2) ; car Pélage, non seulement ne voulait pas reconnaître la vraie grâce du Christ, mais encore annonçait une foule d'erreurs contre elle (3), et mettait tous ses efforts à les faire partager, afin de corrompre la foi des cœurs pieux (4). Augustin vit la nécessité de répondre à ce livre, et publia peu après sa réfutation intitulée : De la nature et de la grâce, dans laquelle il présente la grâce, non pas comme annihilant la nature, mais comme la sauvant et la dirigeant (5). C'est là (6), d'après le témoignage d'Orose, qu'il condamne ce nom de Pélage: « L'homme peut-il être sans péché, et, s'il le veut, garder facilement les commandements. » Il ne laisse pas une seule parole de ce livre sans la discuter et la réfuter, donnant une réponse à chaque détail, à chaque subtilité, soit dans les choses qu'un chrétien doit rejeter, détester et fuir, soit dans celles où l'auteur, sans avoir  ouvertement erré, aboutit avec une ruse incroyable, à la suppression de la grâce (7). Lorsqu'ils eurent reçu cet ouvrage d'Augustin, Timase et Jacques lui écrivirent une lettre pour le remercier et lui exprimer leur indicible bonheur. « Bien qu'ils aient déjà rejeté l'erreur, disent-ils, ils lui rendent de nouvelles grâces de leur avoir fourni des armes pour combattre dans les autres la doctrine qu'ils avaient partagée. » Dans cette lettre que nous possédons en entier, grâce à Augustin, Timase et Jacques disent éprouver leur regret, que ce livre si beau présent de la grâce de Dieu ait brillé un peu tard : car ils n'avaient plus auprès d'eux certaines personnes aveuglées par l'erreur et dont les yeux se seraient ouverts à une si éclatante lumière ; ils espèrent toutefois qu'elles obtiendront plus tard la grâce dont eux-mêmes ont été favorisés par la bonté de Dieu. Ces paroles firent supposer à Augustin qu'ils songeaient surtout à Pélage (8).

6. Augustin venait d'achever son livre de la Nature et de la Grâce, et l'année ne s'était pas encore écoulée qu'il répondait aux questions d'Evode sur la Trinité et sur la colombe. Ce saint évêque d'Uzale, avec qui Augustin était lié d'une étroite amitié, depuis son baptême, avait coutume de lui poser certaines questions sur les sujets les plus obscurs, comme nous le montre ce qui nous reste des lettres de l'un et de l'autre. Le saint docteur, quoique lui ayant déclare être occupé d'affaires si importantes, qu'il ne voulait point en être détourné, répondit à ses principales questions, partie dans cette même année, partie dans l'année précédente. Pour les questions d'une utilité secondaire, il les expliquait de temps à autre ; car il ne voulait pas se laisser arracher à des travaux plus nécessaires qui s'adressaient au plus grand nombre, sous prétexte de résoudre des questions comprises seulement d'un petit nombre d'érudits. Lorsqu'il en vient aux prodiges rapportés par Evode, il avoue qu'il voudrait bien avoir en main une preuve, afin de distinguer ces visions des saints des imaginations souvent semblables que l'erreur ou l'impiété mettent à leur propre compte. S'il voulait, ajoute-t-il, citer de pareilles fourberies, le temps lui manquerait plutôt que la matière (9). Ou peut voir par là qu'il y eut, à cette époque de fausses et de réelles visions, et qu'Augustin mit toujours la plus grande attention à ne point les rejeter ou les admettre indistinctement (10).

7. Nous ne pouvions pas encore parler du li-

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(1~ ReIrod., lív. II, ci,. XLIL (2) D? la nal. et de la 9ròec. ti. 11-12. (3) MUre GLXIX, n. 3, (4) Lefire CL

 XLII. (6) Aì)ol.(7)DansAii n.      (5) Retract., liv. li, eli.      1

(9) Lettre CLIX, n. 5. (10) Ci dessus liv. V, eli. viii,n. 3. gustiii, le!tre. ci,xvur. (8) Des geste,, (le Péle~í,,q. eli. xxv, n. 49.

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vre sur la perfection de la justice dans l'homme, que Possidius, dans sa table, place avec raison après celui de la nature et de la grâce ; du reste, Augustin lui-même n'en parle pas dans sa lettre à Evode citée plus haut (1). Mais, il nous semble raisonnable de la placer immédiatement après cette  lettre, pour la seule raison qu'il fut écrit à Paul et à Eutrope, ces mêmes prélats qui avaient envoyé à Augustin un livre contre quelques hérésies, peu de temps avant qu'Orose, arrivé en Afrique lui écrivît sur ce même sujet. Un petit livre, apporté de Sicile par des frères ou des chrétiens, et portant pour titre : Définitions attribuées à Célestius tomba, par hasard, entre les mains de Paul et d'Eutrope. Ils l'envoyèrent aussitôt à l'illustre défenseur de la foi, avec prière d'y répondre. Augustin jugea que l'ouvrage n'était pas de Célestius; mais, en examinant un autre ouvrage dont on le savait être l'auteur, il découvrit que ces courtes définitions ou plutôt ces raisonnements cadraient parfaitement avec son esprit. Des témoignages de l'Écriture accompagnaient les définitions, et, dans tout le cours de l'ouvrage, l'auteur exaltait les forces humaines et cherchait à persuader que l'homme pouvait vivre sans péché (2). Augustin réfuta ce petit livre sans oser encore condamner ouvertement ceux qui disaient, qu'il y avait eu ou qu'il y avait des hommes justes et sans péché; mais, plus tard, cette opinion ayant été condamnée par l'autorité du concile de Carthage, tenu en 418, il déclara que cette opinion était très pernicieuse, et qu'il faut se mettre en garde contre elle (3). Dans ses oeuvres, il s'attache surtout à nous faire comprendre que tout le travail spirituel sur cette terre, où la foi est notre guide, consiste à tendre, par une vie juste et chrétienne, à cette perfection et à cette plénitude de la justice où sera le vrai bien et la charité parfaite (4).

 

CHAPITRE IX

 

1. Jérôme combat en Palestine l'hérésie de Pélage, et la réfute dans une assemblée à Jérusalem. - 2,

Héros et Lazare accusent Pélage. On l'amène au tribunal des évêques à Diospolis, ou son hérésie est condamnée par lui-même. - 3. Actes violents des pélagiens contre Jérôme et la vierge Eustochie à la suite de ce jugement. - 4. Après ce même synode de Diospolis, Pélage publie différents écrits.

 

      1. Jérôme avait reçu, selon son mérite et sur la recommandation d'Augustin, Orose, arrivé en Palestine (5); mais deux ou trois années auparavant Pelage y était arrivé aussi; et, profitant de ce qu'il n'était pas connu, il s'était lié d'amitié avec Jérôme comme semblent l’indiquer ces paroles du saint prêtre : « pour ne point porter atteinte à notre vieille amitié (6). » Dans la suite, lorsque le docteur de Bethlehem vit ce Pélage prêcher et répandre de tous côtés son erreur pernicieuse, comme il l'appelle (7), il résolut de veiller à la défense de l'Eglise. Son premier ouvrage contre cette hérésie est la lettre qu'il écrivit à Ctésiphon, en lui promettant une  discussion plus complète. Il composa ensuite sous forme de dialogue, contre les Pélagiens, trois volumes qu'il termina cette même année vers la fin de juillet. Saisis d'horreur, comme Jérôme, pour l'hérésie de Pélage, les prêtres de Jérusalem se réunissent contre l'ennemi de l'ancienne foi ; sur leur demande, l'évêque Jean tient avec eux à Jérusalem une assemblée le 4 ou le 3 des calendes d'août de l'an 415. Orose qui y est appelé déclare que le concile de Carthage a déjà condamné Célestius ; et qu'un livre de Pélage publié par ses disciples a été réfuté par Augustin ; il lit aussi contre les erreurs Pélagiennes une lettre du saint docteur envoyée tout récemment en Sicile. Pélage est alors introduit, et lorsqu'on lui demande s'il a enseigné ces doctrines réfutées par Augustin, il ne répond que cette insolente parole, « que m'importe Augustin?» C'était attaquer un

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(1) Lettre CLXIX. (2) De la pœf. de la just. n, 1

 perf. de /a just, n. 18. 5 , ) I)ans Aiigust. letipe - (3) Cont. le8 deux jetl,.eg de Pélaq. liv. IV, eh. x. (4) De la CLXXII, n. 1.      , crxxii, n. 1. (6) JEAN, P~~ef. du livre. IV. (7) Dans      lettre

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évêque dont le Seigneur s'était servi pour rétablir l'unité en Afrique, en anéantissant le schisme des donatistes; aussi tous les assistants blessés s'écrient qu'on devait chasser l'hérésiarque non seulement de l'assemblée mais encore de l'Église. Jean, alors, pour faire pardonner l'injure faite par Pélage à Augustin, dit qu'il la prend pour lui. « C'est moi qui serai Augustin, dit-il. » Orose et les autres reprennent aussitôt : « Si vous prenez le rôle d'Augustin, suivez sa sentence, » et Orose continue de presser Pélage. Mais après une longue discussion, où, paraît-il, Jean vint en aide de tout son pouvoir à l'accusé, voyant plusieurs prêtres murmurer et dire qu'on ne pouvait à la fois être juge et défenseur, il déclare qu'il va envoyer plusieurs frères avec une lettre au pape Innocent, qui déterminera la conduite à tenir : ainsi se rétablit le silence (1). Soit par erreur soit par fourberie, Jean avait si peu compris l'esprit de Pélage, que quelques jours après il accusait Orose lui-même de blasphème, accusation que celui-ci dut repousser en publiant son apologie.

2. Cinq mois à peine après cette réunion provoquée à Jérusalem, par de simples prêtres, Pélage fut cité en Palestine, au tribunal des évêques (2). Ses accusateurs, étaient deux Gaulois, Héros évêque d'Arles et Lazare évêque d'Aix. Irrités de l'extravagance de ses écrits, ils offrirent à Euloge évêque de Césarée, un petit livre sur les erreurs qu'ils avaient tirées des livres de Pélage et de Célestius avec les points reprochés à Célestius et condamnés par le concile de Carthage, et aux envoyés de Sicile à Augustin. On réunit donc un concile à Diospolis, ville appelée dans les Écritures Lydda, vers le 13 des calendes de janvier de cette même année 415. Quatorze évêques, ayant à leur tête Euloge, s'y trouvèrent réunis. Mais Héros et Lazare ne purent s'y trouver, à cause de la mauvaise santé de l'un d'eux (3). À la lecture de leur livre, Pélage avoua une partie des paroles qu'on lui reprochait, mais il nia les avoir dites dans le sens que lui prêtaient ses adversaires, car aucune prise dans son véritable sens, ne s'écartait en rien de la vraie foi; pour les autres, il les désavoua, les repoussa comme de pures sottises et alla même jusqu'à lancer l'anathème contre ceux qui les défendraient. Quant à la doctrine de Célestius condamnée, disaient ses accusateurs, par le concile de Carthage et par Augustin, il déclara ne la point partager, et condamna ceux qui la suivaient ou qui l'avaient suivie (4). « Parmi les objections qu'on lui posa, dit le pape Innocent, il en est auxquelles il évita de répondre, d'autres auxquelles il ne répondit qu'avec une grande obscurité. Il se justifie sur certains points par de faux raisonnements bien plus que par des raisons vraies, usant, selon le besoin du moment, de dénégations, ou d'interprétations inexactes (5). » « Mais outre ces objections, qu'il défendit comme il le put, il en est d'autres qu'il dut condamner, ne pouvant les sauver à la faveur de l'obscurité du langage; sans cela il eût été anathématisé lui-même (6). » On peut lire ce récit tout au long d'Augustin (7). Car il cite fidèlement les paroles des évêques et de Pélage d'après les autographies qu'on lui envoya, en y ajoutant, quand le sujet le demande, ses propres observations et ses réfutations. Malheureusement il n'y avait au concile personne qui put soutenir les accusations portées contre Pélage, ni dévoiler ses mensonges et ses subterfuges. Les prélats grecs ne pouvant par eux-mêmes examiner ses livres publiés en latin, il ne leur restait qu'à juger les opinions de Pélage d'après son témoignage et ses propres paroles, et dès lors trompés, car ils n'étaient que des hommes, n'ayant personne pour soutenir l'accusation, ils crurent à la parole du sectaire et le déclarèrent catholique (8). Ainsi Pélage sortit du synode de Diospolis absous aux yeux des hommes, mais sa doctrine y avait été ouvertement condamnée (9).

3. " Après ce jugement, raconte Augustin, je ne sais quel ramassis d'hommes perdus, ap-

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(1 ) OROSE. ApOl. (2) Des gestes de Pélag. n. 53. (3) Des gestes de Pélng. n. 1. (4) Des gestes de Pélag. n, 5758. (à) Daus August. lettre CLXXXIII, n. 3. (6~ Lettre CLXXXVI, n. 32. (7) Ibid., et des gestes de Pélag. (8) Contre Jul. liv. i, n. 19. (9) Ibid., liv. ii, n. 34.

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partenant à la secte perverse des Pélagiens, commit avec une audace inouïe des crimes si horribles, que les serviteurs et servantes de Dieu confiés aux soins du saint prêtre Jérôme eurent à déplorer un meurtre sacrilège ; un diacre fut tué, les monastères furent incendiés, et grâce à la miséricorde de Dieu, une tour inexpugnable put seule arracher Jérôme lui-même à la fureur de ces impies : tous les esprits furent saisis de terreur au récit de ces crimes (1). » Le bruit en parvint jusqu'au pape Innocent, qui écrivit à ce sujet deux lettres, l'une à Jean évêque de Jérusalem, et l'autre au prêtre Jérôme.

4. Après ce synode de Diospolis, la fourberie fit retarder la publication des actes, et l'on vit apparaître une lettre bouffie d'éloges et de vanteries, que l'on disait être de Pélage, à un prêtre de ses amis, dans laquelle il n'était pas dit un seul mot de la grâce divine, et où l'orgueil humain, se trompant lui-même, prônait sa prétendue victoire. Peu après, Pélage fit dans un petit livre l'abrégé des actes de Palestine, qui se répandit avec rapidité et qui lui devait servir d'apologie (2). Il osa même en envoyer un exemplaire à Augustin (3), où il se vantait d'avoir répondu aux objections des évêques gaulois, et où, sous prétexte de brièveté (4), il falsifiait ou obscurcissait certains passages. Enfin vers la même époque, il fit paraître un ouvrage en quatre livres en faveur du libre arbitre, il se glorifiait des actes du synode de Diospolis. Il en fait mention dans la lettre envoyée à Rome et écrite vers le commencement de l'année 417 au pape Innocent. Dans ces quatre livres, tout ce qu'il semblait dire en faveur de la grâce, qui nous aide à fuir le mal et à pratiquer le bien, il le disait avec tant d'ambiguités, qu'il ne se départait en aucune sorte de son ancienne doctrine (5).

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(1) Des gestes de Pélag. n. 66. (2) Des gestes de pélag. . n. 57-58. (5) De la grdce du Christ, eh. XLI. (6) Le!tre CLXXII, Il.

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CHAPITRE X

 

1. Orose apporte en Afrique des lettres de Jérôme, ainsi que d'Héros et de Lazare. - 2. Le Concile de Carthage, et à son exemple celui de Milève écrivent au pape Innocent contre les pélagiens. - 3. Cinq évêques d'Afrique se réunissent dans le même but. - 4. Augustin fait connaître à Hilaire de Narbonne les décrets africains contre les erreurs des pélagiens. - 5. Il écrit à Jean de Jérusalem sur les mêmes erreurs surprises dans Pélage. - 6. Il envoie une lettre à Océanus. - 7. Les deux conciles chargent Augustin du soin spécial d'étudier à fond la doctrine dans les Ecritures.

 

1. Orose qu'Augustin avait envoyé, en 415, à Jérôme, pour le consulter sur la nature de l'âme, repassait en Occident dans l'année 416. Jérôme profita de cette occasion, et lui remit à son départ une lettre (6), où il s'excuse, vu la difficulté des temps (c'était sans doute l'époque de la question pélagienne,) de n'avoir point répondu aux deux livres d'Augustin, sur l'âme et sur le passage de saint Jacques. Il dit aussi être bien décidé à aimer Augustin, à le considérer, à l'honorer, à l'admirer, à défendre ses sentiments, comme s'ils étaient les siens, et que, dans le dialogue qu'il a récemment publié contre les Pélagiens, il s'était souvenu de lui, comme il le devait. Voici les termes mêmes dont il se sert : « Le saint et éloquent évêque Augustin a déjà écrit à Marcellin qui, plus tard, sous la royauté d'Héraclius, fut, malgré son innocence, assassiné par les hérétiques, deux livres contre votre hérésie sur le baptême dû aux enfants, etc…… . Aussi je crois devoir me taire sur ce sujet, dans la crainte de me voir appliquer ce mot d'Horace : Ne portez pas du bois dans la forêt. Car ou bien je le ferai inutilement, ou bien, si je voulais dire des choses nouvelles, ce serait en vain, car un esprit supérieur en a écrites de préférables (7). » Orose apporta de plus en Afrique une lettre d'Héros et de Lazare, dans laquelle ils accusaient Pélage et Célestius d'être les auteurs d'une erreur criminelle et digne d'anathème (8). L'un d'eux, Célestius,

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'n 54-55. (3) Lettre CLXIX, n. 7. (4) Des gestes (le Pélaq.

  1. (7) Dial. contre les Pé- (8) Lettre CLxxv, n. 1.

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avait été élevé au sacerdoce en Asie; l'autre, Pélage, était établi à Jérusalem, cherchant à séduire des âmes, bien qu'il ne manquât pas de défenseurs de la grâce du Christ, à la tête desquels se trouvait Jérôme (1).

2. Orose remit ces lettres aux évêques de la province consulaire, qui avaient coutume de se réunir tous les ans à cette époque, en concile à Carthage. Après la lecture, faite en plein synode, les prélats déclarèrent que cette détestable erreur était un grave danger pour la foi catholique, et voulurent qu'on relût les actes du jugement, rendu cinq ans auparavant par les évêques qui avaient condamné Célestius (2). Certes, il semblait que, par ce jugement, la grande blessure de l'Église fût entièrement guérie, et néanmoins on décida d'un commun accord d'anathématiser encore les auteurs de cette doctrine, à moins qu'eux-mêmes ne l'eussent déjà condamnée publiquement, afin que, si l'on n'obtenait pas le retour des auteurs eux-mêmes, le bruit de la sentence portée contre eux  pût du moins ramener ceux qui avaient été trompés et préserver ceux qui pourraient l'être encore. Puis l'acte fut envoyé au pape Innocent, afin que l'autorité du siège apostolique vint en  augmenter la force. « Car, disent les évêques, la plupart de ceux qui sont ou qui ont été leurs disciples, ne cessent de répéter ces mauvaises paroles par lesquelles ils s'efforcent de renverser le fondement de la foi chrétienne (3). » Innocent, qui occupait alors le siége apostolique, par une faveur singulière de la grâce de Dieu, veillait avec tant de soins aux intérêts de l'Eglise que si les prélats africains lui taisaient quelqu'une des choses qu'ils devaient lui soumettre, c'était plutôt par négligence que par la crainte de le voir mal accueillir leurs observations (4). Aussi, le synode de la province de Numidie réunie à Milève, lui demande-t-il dans une lettre, à l'exemple du concile de Carthage, de daigner porter son attention sur les grands dangers des membres infirmes du Christ, et de pourvoir promptement à leurs besoins, afin de ne point les laisser tomber dans les filets de l'hérésie nouvelle et si pernicieuse qui niait la nécessité de l'oraison pour les adultes et celle du baptême pour les enfants.

3. La foi chrétienne parut à ces saints évêques exposée à un péril si imminent et si rapproché, que cinq, parmi ceux qui, au sujet des deux conciles de la province de Carthage et de Numidie, avaient écrit au pape Innocent des lettres contre les ennemis de la grâce du Christ, Aurèle, Alype, Augustin, Évode et Possidius écrivirent ensemble et en leur nom au même pontife une lettre particulière (5) où ils traitaient plus à fond le même suiet (6) D'après cette lettre, nous voyons qu'Augustin en envoya une à Pélage, pour répondre à la brochure de l'hérésiarque, écrite pour sa défense et sa justification au synode de Diospolis. Augustin en l'adressant à Innocent le priait de l'envoyer lui-même à Pélage qui, pensait-il, la lira plus volontiers en la recevant de sa main (7). Innocent répondit aux évêques d'Afrique, comme on devait l'attendre du pontife du siège apostolique.     

      4. Après l'envoi des deux lettres des conciles cités plus haut, et avant celle des cinq évêques, il arriva qu'un certain Pallade, sur le point de s'embarquer, demanda à Augustin des lettres de recommandation pour Hilaire, évêque de Narbotine, (8). Augustin saisit avec joie cette occasion pour faire connaître à ce vénérable collègue les récents décrets portés en Afrique contre l'hérésie de Pélage. Il lui découvre en peu de mots les principaux articles de la nouvelle hérésie, afin de le mettre en garde contre ces hommes qui, par leur pestilentielle impiété, sont en contradiction avec nos prières (9), en affirmant que l'homme peut par ses propres forces parvenir à une justice telle, qu'il lui est inutile de dire « Pardonnez-nous nos offenses. » Ces mots « Ne nous induisez pas dans la tentation (Matth., vi, 12-13), » ils les entendent dans le sens d'une simple préservation des accidents humains, et non point dans le sens que Dieu nous aide à vaincre les tentations, car la nature à elle seule, nous donne le pouvoir de

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LXXVII.

(1) Lettre GLXxvi ri. 4. (2) Lettre GLXXV, 11. 1. (3) Lettre cr,xxv, n. 2. (4) Lettre CLXXVI, 11. 1. (5) Lettre e

 (6) Leltrp CLXXXVI,n. 2. (7) Lett, e cr,xxvrr, 11. 15. (8)LetIn, (,ixxvi[r, n. 1. (9) MA., n. 3. LXXVIL

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surmonter les tentations, et c'est en vain, disent-ils, que nous pensons l'obtenir par la prière(I).

5. Augustin n'avait pas eu de réponse de Jean, évêque de Jérusalem, qui, l'année précédente, avait tenu avec quelques justes l'assemblée au sujet de Pélage. Le saint prélat ne s'en offensa pas cependant et lui écrivit de nouveau. Il avait entendu parler de sa grande affection pour Pélage, et il l'avertit de ne pas faire croire par les dehors de cette amitié qu'il avait été trompé lui-même. Puis il lui découvre l'hérésie du sectaire, contenue dans le livre qu'il a composé sur la puissance des forces naturelles, livre qu'il lui transmet, avec un petit ouvrage sur la nature et sur la grâce, composé par lui-même pour réfuter ce livre. Enfin il lui demande en retour de lui envoyer les actes ecclésiastiques du synode de la Palestine, où, disait-on, Pélage avait été absous (2).

6. Cette même année, peu de temps après le retour d'Orose, Augustin répondit à deux ou trois lettres d'Océanus. Nous n'hésitons pas à appeler ami intime de Jérôme, cet homme qui (3) ne s'occupa pas seulement d'étudier ses écrits, mais qui recueillit même, sa doctrine de sa bouche (4). Dans ses lettres, il traitait d'abord de l'origine de l'âme; il exposait, d'après le sentiment de Jérôme, comment Dieu accorde avec justice des âmes aux fruits des unions adultères. Mais Augustin répond que cette question est bien moins embarrassante que celle-ci dont, il lui demande la solution : s'il est vrai, dit-il, que de nouvelles âmes soient créées de rien pour chacun de ceux qui naissent, comment Dieu peut damner avec justice celles qui sortent du corps sans baptême. Le saint docteur, dans une autre question sur le mensonge officieux et utile, n'approuve pas qu'Océanus invoque l'exemple de Notre-Seigneur qui dit que le Fils ignore le Père et l'heure de la fin du monde; car il ne lui parait pas juste qu'une locution figurée puisse s'appeler un mensonge. Il lui demande enfin de ne pas tarder à lui envoyer le nouveau livre de Jérôme sur la résurrection de la chair.

7. Baronius, et après lui quelques autres écrivains, attribuent aux conciles tenus cette même année à Carthage et à Milève, le soin dont parle Augustin dans une lettre de 426 (5), que ses frères et ses pères les évêques lui commirent aux conciles de Carthage et de Numidie, d'étudier et d'expliquer les Écritures (6). Déjà cependant, dès l'année 413, il annonçait sa résolution de consacrer en entier à l'étude de la doctrine ecclésiastique, le peu de temps libre que lui laisseraient les devoirs indispensables de son église, afin de pouvoir ainsi transmettre quelque chose d'utile à la postérité (7). Après avoir reçu cette mission du synode, le saint évêque obtint de son peuple pour la remplir, cinq jours par semaine (8). On en dressa l'acte, et le peuple y consentit d'abord avec acclamation ; mais il ne garda pas longtemps sa promesse ; peu de temps après, l'exigence de ceux qui désiraient entretenir l'évêque de leurs affaires, annula cette convention, et arracha violemment le prélat à ses loisirs. On ne lui laissait de repos ni avant ni après midi, et, pour s'occuper des affaires des autres, il lui fallait quitter et laisser de côté celles pour lesquelles il eut voulu avoir son temps libre. Parmi les travaux composés dans ses loisirs, il faut placer en premier lieu, à notre avis, les explications sur saint Jean. Augustin avait commencé cet ouvrage avant cette époque ; mais il ne put y mettre la dernière main que lorsque l'invention du corps du martyr Étienne, sur la fin de l'année 415, était déjà connue et répandue dans presque toutes les nations. Nous trouvons en effet ces mots dans un passage du 120me traité : «Il est certain, que l'invention du bienheureux Étienne est connue de presque tous les peuples (9).

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(1) Fr ag. (le serm.,      n. 3. (,t)Lelire CLXXIX. (3)Dans Aug. lettre CLXV, n. 2.(4) Lettre CLXXX, Il. 2. (5)Lettî~e  ccxiii, n. 5. (6) BARON.. année 416. (7) Lettre cLi, n. 23. (8) Id.. ccxiir,. n. 5.(9) Evang. de saint Jean traité CX n. IL

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CHAPITRE XI

 

1. Sur le conseil d'Augustin, Orose écrit son histoire- - 2. Le pape Innocent répond aux évêques africains, frappe  d'anathème Pélage et Célestius et condamne leur doctrine. - 3- Augustin publie un livre sur les actes du synode de Palestine. - 4. Belles dispositions du comte Boniface; sa résolution de tout quitter pour se consacrer à Dieu seul. - 5. Augustin leur écrit un livre sur la correction des donatistes. - 6. Livre d'Augustin à Dardanus sur la présence de Dieu. - 7. Augustin écrit à Paulin en son nom et au nom d'Alype une lettre contre les pélagiens.

 

 1. Ce fut en 416, selon la chronique de Marcellin, ou en 417 selon quelques autres, qu'Orose composa son histoire; peut-être la commença-t-il en 416, mais ce qui est certain, c'est qu'il ne l'écrivit qu'après son voyage à Bethléem, et après avoir vu Jérôme (1). Il était alors en Afrique (2), comme nous pouvons en juger par le commencement et la fin de son ouvrage, où il s'adresse à Augustin qui l'avait poussé à l'entreprendre. Les païens, sans intelligence sur l'avenir et sur les événements passés, saisissaient l'occasion de blasphémer Dieu à la vue du siège de Rome et des autres calamités de l'empire romain, les attribuant à la religion chrétienne et à l'abolition du culte des idoles. Orose raconte qu'Augustin lui a recommandé de recueillir dans tous les écrivains les événements les plus malheureux depuis les temps les plus reculés, les guerres, les pestes, les disettes, les tremblements de terre, les inondations des fleuves, les éruptions des feux souterrains, les effets formidables de la foudre, les crimes les plus célèbres, enfin les sujets les plus tragiques qu'on peut lire dans les monuments historiques, puis de mettre tous ces documents dans l'ordre historique, d'en former un seul corps, et de faire comprendre par là que les calamités de ce genre ne datent pas des temps du christianisme (3). Augustin n'aurait pas pu le faire lui-même, absorbé qu'il était par d'autres occupations et surtout par son ouvrage de la Cité de Dieu, dont il composait alors le onzième livre (4). Il confia donc ce soin à Orose, et comme ce dernier séjournait alors à Carthage, il se servit de l'intermédiaire de Julien, fidèle serviteur de Dieu, pour l'engager à entreprendre ce travail. Orose obtempéra de grand coeur au désir du saint évêque, s'inquiétant peu du succès pourvu qu'il fit plaisir à celui qu'il regardait comme un père. Du reste, il remettait à sa décision de condamner à l'oubli tout ce qu'il ne jugerait pas digne de voir le jour (5). Il commença donc l'histoire générale de toutes les nations, depuis la création du monde jusqu'à l'an du Christ 417. Il y expliquait avec le plus de brièveté et le plus de simplicité possible les passions des hommes et les châtiments de leurs péchés, les bouleversements survenus à travers les siècles, et les jugements de Dieu, et il affirme avec force, après de minutieuses observations, que les temps anciens avaient non seulement autant souffert que les présents, mais, en outre, qu'ils étaient d'autant plus malheureux qu'ils étaient plus éloignés de la vraie religion (6).

2. Au commencement de cette année, le pape Innocent répondit séparément aux lettres que lui avaient écrites l'année précédente les conciles de Carthage, de Milève, et les cinq évêques. Il y approuvait leur conduite envers les Pélagiens, et confirmait leur jugement et leur sentence : «Armé de toute l'autorité apostolique, est-il dit dans la partie principale du décret, nous croyons devoir retrancher de la communion de l'Église, Pélage et Célestius, les inventeurs de nouvelles doctrines, jusqu'à ce qu'ils sortent des piéges du démon. Que cette sentence, très chers frères, frappe donc ces sectaires; qu'ils n'aient pas accès dans les demeures du Seigneur, qu'ils ne soient plus sous la garde pastorale, de peur que la funeste contagion de deux brebis ne se répande dans le troupeau qui ne serait pas sur ses gardes (7).» Augustin prononça, à la même époque, le dimanche, 9 des calendes d'octobre, un discours

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(1) 0110S13' H1'9toire "V' VII, CiL XLIII.

V VII, eh. XLIII. (6) Ibid., préfaco dus,re 1. (7) Dans Au- letre CLXXX11, 11. 6. 1, préface. (11) Aid-, (5) AH., I6í4-, lív- V, eh. ir. (3) Ibìd., liv.

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à Carthage, dans lequel il déclare que rarement il adresse la parole au peuple, sans lui parler de la nécessité de la grâce divine, à cause de l'ingratitude de certains hommes qui ne l'admettent que faiblement, et attribuent beaucoup trop de puissance à la nature (1). Il exhorte les fidèles à pleurer sur eux, et s'ils venaient à les rencontrer, à ne pas les cacher par une fausse compassion. Enfin, il ordonne de chercher à les convaincre, et s'ils persévèrent opiniâtrement dans leur erreur, de les lui amener, « parce que, dit-il, deux conciles ont écrit à ce sujet au siège apostolique; et puisque, sur la réponse du souverain Pasteur, la question est décidée, plaise à Dieu que l'erreur disparaisse bientôt (2). »

3. Pour en finir avec cette erreur, il crut de la dernière importance d'avoir en mains les actes du synode de Palestine, où Pélage se vantait d'avoir été absous. Il pensait que Pélage, sans doute pour éviter la condamnation des évêques catholiques, avait protesté contre son hérésie, et avait professé entièrement la véritable foi en leur présence, et quand lui parvinrent les actes du synode, il découvrit avec une joie extrême, qu'il en avait été ainsi. Alors pour dévoiler la fourberie de l'hérétique, il se hâta d'écrire un livre contre l'abrégé des actes que Pélage avait publiés dans la lettre de sa justification (3); n'était-il pas à craindre, en effet, qu'après cette espèce d'absolution, on ne vînt à penser que les juges avaient approuvé ses dogmes. Aussi, dans son livre intitulé : Des Gestes de Pélage, Augustin examine-t-il avec le plus grand soin, et une à une, les objections faites dans le synode, avec les réponses de l'hérésiarque. Pélage, il est vrai, avait condamné tous les dogmes ennemis de la grâce du Christ que lui reprochaient le livre d'Héros et de Lazare; mais le synode, tout en le déclarant catholique, avait montré cependant qu'il soupçonnait en lui un germe d'hérésie ; car le synode ne prononça la sentence d'absolution qu'en condamnant l'hérésie pour laquelle on l'avait traduit au tribunal des évêques (4).

4. Augustin rapporte que dans le temps où il écrivit son livre Des Gestes de Pélage, il en composa un autre Sur la Correction des donatistes (5). Boniface, à qui il est dédié, était un des plus grands hommes de l'empire romain. Procope rapporte que lui et Aëtius, tant à cause de leur bravoure que de leur habileté dans l'art militaire et de leurs autres qualités, pouvaient être appelés à juste titre les derniers des romains (6). Autant il était honoré de tous à cause de ses grandes dignités, autant son insigne piété le faisait vénérer et honorer par les plus saints évêques de son temps. Mais il ne conserva pas toujours intacte une si grande gloire. Sa pensée et son esprit se détournèrent de Dieu et il tomba dans une si longue suite de malheurs effroyables, que pour conserver sa brillante fortune qu'il sentait lui échapper, il lui fallut faire à l'Église et à l'empire une blessure profonde, que ni lui ni toutes les forces de l'empire pendant tout un siècle, ne purent guérir. Dans les premiers temps, Augustin l'admirait, de ce qu'au milieu des soucis de la guerre, il désirait ardemment connaître les choses de Dieu (7) et dans une lettre où, sur sa demande, il lui expose les préceptes d'une vie honnête et chrétienne, il ne peut rien dire de plus flatteur pour sa gloire qu'en le priant de voir dans cet écrit un miroir où il peut se voir tel qu'il est, plutôt qu'une leçon où il ait à apprendre ses devoirs (8). Tout d'abord il l'exhorte à garder, avec soin la chasteté conjugale (4). Mais Boniface voulait plus encore ; bien que marié, et qu'il eût une fille qu'il avait accordée au comte Sébastien (10), il avait tellement en horreur la vanité du siècle, qu'il ne désirait rien tant que de renoncer au monde et de vivre solitaire sous la dépendance de Dieu seul (11). En effet, après la mort de son épouse, se trouvant seul à Tubine en Numidie avec Augustin et Alype, il leur découvrit son dessein : il était résolu à dire adieu au monde et aux armes, et à passer le reste de sa vie au sein d'une heureuse tranquillité, pour ne plus com-

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(1) Serm,. exxxr, n. 6. (2) Ibid., n. lo. (3) De,9 9Me~ (1P- Nlag- n. 2. (4) RAIract,, Hv. Ir, eh. XLVIr. (5) Mid., eh. XLVIM (6) PiAoc., Histoire des Vandal,?s n. 195. (7) Lettre cLxxxv, n. 1. (8) Lettre CLXxxrx, n. 8. ( 9) IN(1---n. 7. (10) VICTOB Vut. Per.géc. de,9 Vand. liv. 1, n. C). (11) L,,11re cexx, a. 3.

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battre que les démons dans le silence de la solitude en compagnie de quelques soldats du Christ (1). Mais ces saints amis le détournèrent de son projet, lui disant que, dans le rang distingué qu'il occupait, son crédit pouvait être très utile à l'Eglise et ils l'exhortèrent à se servir de ses armes pour repousser les incursions des barbares, et assurer à l'Église une paix durable; à ne prendre des biens de ce monde, que le nécessaire pour lui et pour les siens (2); à ne pas refuser les richesses terrestres ni celles qu'on lui offrirait, mais à ne pas attacher son cœur à celles qu'on lui refuserait, ni à celles qu'on pourrait lui ravir, dans la crainte de se voir réduit à cette triste nécessité, où dit Augustin, « tout en aimant le bien, on commet le mal (3). » Enfin, pour l'armer plus fortement des armes spirituelles qu'il ne l'était par le fer et par l'acier, ils lui conseillèrent de garder une continence scrupuleuse. Boniface adopta ces sages conseils et résolut de rester dans le commerce des hommes tout en gardant la continence (4). Qu'arriva-t-il alors ? on l'ignore. Augustin et Alype ne le dirigeaient dans cette voie, que parce qu'ils la croyaient nécessaire à son salut. Mais, excepté Dieu, personne n'est infaillible; et le Seigneur, dont les desseins sont impénétrables pour l'homme, permit, dans cette circonstance importante, que deux hommes si saints fussent aveuglés au point d'être la cause innocente de la ruine et de la perte de Boniface, et en même temps de l'invasion des vandales en Afrique.

5. Pour en revenir au livre, à l'occasion duquel nous avons dit ce qu'était Boniface, il n'y est question que des donatistes, qui souvent peut-être créaient bien des difficultés au comte. Dans l'intention de connaître leur secte, il avait écrit à Augustin pour lui demander la différence entre leur erreur, et celle des ariens (Lett., CLXXXV, n.. 11). Augustin lui découvrit la doctrine de ces hérétiques, renversant les fondements et les raisonnements captieux sur lesquels ils s'efforçaient de s'appuyer, démontrant l'équité, l'utilité, la nécessité des lois portées par Honorius contre eux (tr., liv. II, ch. XLVIII); il termina sa lettre en lui adressant ces paroles : « C'est à vous aussi, comme à un fils fidèle, que l'Eglise, notre mère, recommande ses enfants égarés, venez-leur en aide avec la grâce du Seigneur en toutes circonstances et comme vous pourrez, soit, par vos discours et vos réponses, soit en les amenant auprès de ceux qui enseignent dans l'Église (5). » Il leur demande aussi de lire son agrégé des actes de la conférence qu'il trouvera chez Optat (6), (évêque sans doute, de Vescérite dans la province de Sétif), car Augustin ajoute que si Optat n'a pas cet abrégé, il n'a qu'à le demander à l'Église de Sétif (1). Cela suffit pour faire comprendre que Boniface se trouvait alors dans ces contrées. Bien qu'Augustin range cet ouvrage parmi ses livres, on l'a de nos jours mis au nombre de ses lettres.

6. Augustin composa dans l'été de cette même année, son livre De la présence de Dieu, rangé également, parmi ses lettres (Lett., CLXXXVII, n. 1) et qu'il place lui-même après ses livres Des Gestes de Pélage et De la Correction des donatistes (8). Nous devons ce remarquable ouvrage à Dardanus, homme qui occupait un haut rang dans le monde (9). Poussé par son amour de la religion, plein de nobles intentions, et brûlant du désir de s'instruire, il demanda à Augustin l'explication de ces deux questions : 1o comment Jésus-Christ se trouve-t-il maintenant dans le ciel, lui qui, sur la croix, dit au bon larron : Vous serez aujourd'hui avec moi en paradis ; faut-il croire que le Christ est partout, ou que le véritable paradis est dans le ciel; 2o si les enfants  encore enfermés dans le sein maternel, ne connaissent pas Dieu, comment Jean, avant sa naissance, avait-il pu tressaillir dans le sein de sa mère en présence de la mère du Seigneur (10) ? À la première question, Augustin répond avec autant de soin que de sagesse, et développe comment il faut dire que la nature divine réside en toutes choses, et principalement dans son temple, c'est-à-dire dans l'homme juste; ce qui

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(1) Ib"1.1 n. 12- (-) I1)'V., 13 3-122 (3) Mid., n. 5.      Itt      cLxxxv, n. 51. (6) Ibid., n. 6. Conf. de      1, eli. cxx. ~ ) 11cIpa,j., liv. Il

(7      '1 8      C h - X(22X      I- n. 4. (5 ) Ib i(]. ,

Pe GLXXXV11, ri. 1. (10) Ibid., n. 3.

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lui fit intituler ce livre : De la présence de Dieu. Arrivé à la seconde question, il s'applique surtout à combattre l'hérésie pélagienne qui perçait à demi dans cette question, et expose une longue discussion sur la régénération des enfants, et sur sa nécessité indispensable. Il montre ensuite combien il est absurde d'attribuer aux enfants l'usage de la raison et de la volonté, et explique aussitôt que le Saint-Esprit habite cependant dans les enfants baptisés, bien qu'ils ne le sachent pas, et comment il faut entendre cette vérité (1).

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