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Dieu, telle que son prophète l'a transmise ici : «J'assignerai une demeure à mon peuple d'Israël, et je l'établirai dans ce lieu, et il y demeurera séparé des autres nations, et rien ne 1'inquiètera plus désormais; les enfants de malice ne l'humilieront plus, comme autrefois, aux temps des juges que j'avais établis chefs de mon peuple d'Israël. » (11. Rois, vii, 10 etc.)
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CHAPITRE XIII.
Si les promesses de véritable paix peuvent étre rapportées aux temps du règne de Salomon.
Mais espérer un si grand bien en ce siècle, sur cette terre, serait véritablement de la démence. Qui donc pourrait s'imaginer que les promesses ont été accomplies par la paix du règne de Salomon? L'Écriture ne fait l'éloge de cette paix que comme figure d'une autre pour l'avenir. Et sa vigilance va au‑devant de cette fausse conjecture, quand, après avoir dit : « Les enfants de malice ne l'humilieront plus, » elle ajoute aussitôt : « comme autrefois aux temps des juges que j'avais établis chefs de mon peuple. d'Israël. » (11. Rois, vii, 10 et 11.) En effet, avant les Rois, les juges gouvernaient le peuple, depuis son établissement dans la terre promise. Et certainement alors, les enfants de malice, c'est‑à‑dire, les ennemis étrangers l'humiliaient de temps en temps, à ces époques où nous voyons la paix et la guerre se succéder alternativement; cependant on y remarque des périodes de paix plus longues que sous le règne de Salomon, dont la durée fut de quarante ans. Car au temps du juge Aod, il y eut quatre‑vingts ans de paix. Loin de nous donc, de croire que cette promesse regarde le règne de Salomon, et bien moins encore celui d'aucun autre roi. Car nul roi n'a joui d'une si longue paix; et jamais cette nation n'a été assez puissante, pour n'avoir rien à craindre de ses ennemis; d'ailleurs, l'instabilité des choses humaines ne permit jamais à aucun peuple d'être si bien affermi, qu'il n'eût à redouter quelquefois ces invasions funestes. Ce lieu donc, où est promise une demeure si paisible et si sûre, est le séjour éternel; il est dû à des enfants éternels, dans le sein de leur mère, la Jérusalem libre; c'est là que régnera véritablement le peuple d'Israël; car ce nom signifie : « voyant Dieu; » dans le désir d'une telle récompense, il faut, en ce laborieux pélérinage, mener une vie sainte par la foi.
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CHAPITRE XIV.
De l'étude des Psaumes.
Pendant que la Cité de Dieu poursuit son cours à travers les siècles, David règne d'abord dans la Jérusalem terrestre, figure de l’avenir. Or, David avait du goût pour le chant; il aimait l'harmonie, non par vain plaisir, mais dans une intention de foi, rendant hommage à son Dieu, qui est le Dieu véritable, par les profonds mystères de ses cantiques. Car la précision des accords entre les différents tons est, dans son harmonieuse variété , la figure de l’intime union qui devait exister entre les citoyens d'une ville bien réglée. Presque toutes ses prophéties sont contenues dans ce livre de cent cinquante psaumes, que nous appelons le Psautier. De ces psaumes plusieurs veulent que ceux‑là seulement qui portent le nom de David, soient son œuvre; d'autres ne lui attribuent que ceux qui ont pour titre « de David, » disant que les psaumes intitulés « à David, » ont été faits par d'autres et appropriés à sa personne. Mais cette opinion est réfutée par le Sauveur lui-même, dans l'Évangile, quand il dit que David inspiré reconnaît le Christ pour son Seigneur (Matth. xxii, 43), puisque le psaume cent neuvième commence ainsi : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, asseyez‑vous à ma droite, jusqu'à ce que j'ai fait de vos ennemis votre marche‑pied. » (Ps. cix, 1.) Cependant ce psaume, comme beaucoup d'autres, n'a pas pour titre : « de David, mais à David. » Pour moi, je crois plus probable l'opinion de ceux qui attribuent ces cent cinquante psaumes à David donnant aux uns pour titres, des noms étrangers qui figuraieut quelque évènement en rapport avec son sujet, et ne jugeant pas à propos de mettre en tête des autres, aucun nom d'homme, selon l'inspiration qu'il recevait de Dieu; bien qu'on ne voie pas la raison de ces différences, elle existe sûrement. Et il ne faudrait pas se laisser aller ici à l'incrédulité, à cause de quelques prophètes, bien postérieurs au roi David et dont cependant les noms se trouvent en tête de certains psaumes, où on dirait qu'ils parlent eux‑mêmes. (Ps. LXIV, CXI, CXLV, etc.) Car l'esprit prophétique dont ce prince était animé, a pu lui révéler les noms de ces futurs prophètes, et lui inspirer de prophétiques allusions à leurs personnes; ainsi le roi Josias qui devait naître et régner plus de trois cents ans après, est annoncé par un prophète qui révèle avec son nom, les évènements de sa vie. (111. Rois, xiii.)
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CHAPITRE XV.
Si toutes les prophéties contenues dans les psaumes sur le Christ et l'Eglise, peuvent entrer dans le plan de cet ouvrage.
Il me semble qu'on attend de moi maintenant, l'explication des prophéties contenues dans les psaumes de David, au sujet de Notre-Seigneur Jésus‑Christ ou de son église. Mais si je n'agis pas conformément à ce que l'on paraît désirer, (bien que j'aie déjà donné l’explication d'un psaume,) c'est plutôt l'abondance que la pénurie de matière qui m'en empêche. Car je ne puis tout embrasser dans la crainte d'être trop long; et si je fais un choix, les connaisseurs pourraient m'accuser d'avoir omis le plus nécessaire. D'ailleurs le témoignage tiré d'un psaume doit être corroboré par l'ensemble de ce psaume, en sorte qu'on n'y trouve rien qui l'infirme, si tout ne le favorise pas; autrement notre travail ressemblerait à des centons ou à des vers extraits çà et là d'un long poëme, qui présenterait alors un sens tout différent de son sujet. Aussi, pour faire voir le rapport des différentes parties d'un psaume, il faudrait l'expliquer tout entier, mais ce serait là un travail immense, dont on peut se rendre compte par ce que d'autres ont fait et par ce que nous avons fait nous‑mêmes. Que celui qui en a la volonté et le temps, fasse cette lecture; il y trouvera de nombreuses et magnifiques prophéties faites par David, roi et prophète en même temps, sur le Christ et son Église, c'est‑à‑dire sur le Roi et la Cité qu'il a fondée.
CHAPITRE XVI.
Dans le psaume quarante‑quatrième, les prophéties relatives au Christ et à l'Eglise, sont faites ou clairement, ou en figures.
1. Car, bien que sur n'importe quel sujet, les prophéties aient leur sens propre et des expressions claires, le langage figuré s'y mêle nécessairement encore; et, à cause des esprits plus lents à concevoir, ces figures obligent les savants à de laborieuses recherches et à de longs commentaires. Il en est cependant qui, au premier coup d'œil, dès qu'on les lit, désignent le Christ et l'Église, bien qu'il y reste certaines obscurités qu'il faut expliquer à loisir : Telle est cette page du livre des psaumes : « Mon cœur a laissé échapper une bonne parole, je consacre mes oouvres à mon roi. Ma langue est
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comme la plume d'un écrivain très‑habile. Vous êtes le plus beau des enfants des hommes; la grâce est répandue sur vos lèvres, et pour cela Dieu vous a béni à jamais. Vous, Tout‑Puissant, soyez ceint de votre glaive et qu'il repose sur votre cuisse. Avec tant de grâces et de beautés, marchez, prospérez dans vos entreprises et régnez. La vérité, la douceur et la justice vous font cortége; et votre puissance opèrera des merveilles. Vos flèches aiguës portent l'épouvante. Les peuples tomberont à vos pieds, car elles perceront le cœur des ennemis du roi. Votre trône, ô Dieu, sera éternel, et le sceptre de votre empire sera un sceptre de justice. Vous avez aimé la justice, et vous avez eu en horreur l'iniquité : c'est pourquoi, ô Dieu, votre Dieu vous a sacré avec l'huile de l'allégresse, de préférence à tous ceux qui partageaient votre gloire. La myrrhe, l'aloës et l'ambre s'exhalent de vos vêtements, de vos palais d'ivoire; et ces parfums ont gagné le cœur des filles des rois, au jour de votre triomphe. » (Ps. XLIV, ‑9 etc.) Qui donc, si lourd d'esprit qu'il soit, ne reconnaît pas ici le Christ que nous prêchons et en qui nous croyons? Qui ne reconnaît ce Dieu, dont le trône est éternel; ce Dieu sacré par Dieu, et comme Dieu sacre, avec le chrême spirituel et intelligible? Quel homme assez ignorant de cette religion, ou assez sourd au bruit de sa prodigieuse renommée, pour ne pas savoir que le Christ a reçu son nom du chrême, c'est‑à-dire de l'onction. Or, le Christ une fois reconnu roi, les autres prédictions métaphoriques, ainsi : quelle est cette beauté qui surpasse celle de tous les enfants des hommes, beauté d'autant plus aimable et plus admirable, qu'elle est moins corporelle; que signifient son glaive, ses flèches et d'autres expressions semblables qui n'ont pas un sens propre, mais figuré, tout cela peut s'étudier à loisir, quand on est sujet de celui qui règne par la vérité, ladouceur et la justice.
2. Maintenant, jetons les yeux sur son Église, sur cette épouse, unie à un époux si auguste par les liens d'un mariage spirituel et d'un divin amour; c'est d'elle dont il est dit aux versets suivants : « La reine s'est assise à votre droite, ayant un vêtement tissu d'or et des broderies variées. Ecoute, ma fille, vois et prête l'oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père, car le roi est épris de ta beauté et il est le Seigneur, ton Dieu. Les filles de Tyr l'adoreront avec des présents, et les riches du peuple déposeront leur prière en ta présence. Toute la
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gloire de la fille du roi est intérieure, elle est vêtue d'une robe à franges d'or, entourée d'une broderie variée. On amènera au roi les vierges de sa suite, les plus proches vous seront présentées. Elles viendront dans la joie et l'allégresse, on les conduira dans le temple du roi. A la place de vos pères, des fils vous sont nés : vous les établirez princes sur toute la lerre. Ils se souviendront de votre nom, dans la suite des générations. Aussi tous les peuples vous loueront éternellement et dans tous les siècles. » (Ps. XLIV, 10 etc.) Je ne crois personne assez insensé pour imaginer qu'il s'agit ici d'annoncer une simple femme et d'en faire le portrait comme devant être l'épouse de celui dont il a été dit : « Votre trône, ô Dieu, sera éternel, et le sceptre de votre empire sera un sceptre de justice. Vous avez aimé la justice et vous avez eu en horreur l’iniquité : c'est pourquoi, ô Dieu, votre Dieu vous a sacré avec l'huile de ,l'allégresse, de préférence à tous ceux qui partageaient votre gloire. » Assurément c'est le Christ qui est sacré d'une onction plus excellente que les chrétiens. Et ceux‑ci participent à sa gloire, puisque leur unité et leur concorde dans tout l'univers forme cette reine, appelée dans un autre psaume ‑ « La Cité du grand Roi. » (Ps. XLVii, 3.) C'est cette Sion spirituelle, dont le nom signifie contemplation. Elle contemple, en effet, le souverain bien du siècle futur et c'est vers lui que se dirigent toutes ses pensées. C'est aussi cette Jérusalem spirituelle, dont nous avons déjà beaucoup parlé. Son ennemie est la Cité du démon, Babylone, c'est‑à‑dire confusion. Cependant, cette reine, chez tous les peuples du monde, est délivrée de Babylone par la régénération; elle passe alors de la domination du plus méchant à celle du meilleur des rois, c'est‑à‑dire du démon à Jésus‑Christ. Aussi cette parole lui est adressée : « Oublie ton peuple et la maison de ton père. » (Ps. XLINI, 11.) Les Israélites selon la chair, et non selon la foi, font partie de cette Cité impie; ils sont même les ennemis du grand Roi et de sa reine. Car le Christ mis à mort par ceux mêmes qu'il a visités, est devenu le Christ de ceux qu'il n'a pas vus dans sa chair. Aussi, dans une prophétie d'un autre psaume, notre Roi dit lui‑même: « Vous me délivrerez des révoltes de ce peuple, vous m'établirez chef des nations. Un peuple que je ne connais pas, m'a servi; dès qu'il a entendu parler de moi, il m'a obéi. » (Ps. xvii, 44 et 45.) Ce peuple des nations que le Christ n'a pas connu lorsqu'il était dans le monde, et qui cependant a cru si bien au Christ qui lui était annoncé, qu'on a pu dire de lui avec raison : dès qu'il a entendu parler de moi, il m'a obéi, car la foi vient de l'ouïe (Rom. x, 17); ce
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peuple, dis‑je, réuni aux vrais Israélites selon la chair et selon la foi, forme la Cité de Dieu, qui engendra aussi le Christ selon la chair, quand elle n'existait que dans les Israélites seuls. C'est dans cette Cité, en effet, dont faisait partie la Vierge Marie, dans le sein de laquelle le Christ a pris chair pour devenir homme. En parlant de la même Cité, un autre psaume dit : (Sion est notre mère, dira l'homme, aussi l'homme naquit en elle, et le Très‑Haut lui-même l'a fondée. » (Ps. LXXXVI, 5.) Quel est ce Très‑Haut, sinon Dieu? Et par conséquent le Christ, Dieu avant de devenir par Marie homme de cette Cité, l'a fondée lui‑même dans les patriarches et les prophètes. Et comme il a été prédit si longtemps auparavant à cette reine, Cité de Dieu, ce dont nous voyons l'accomplissement : « A la place de vos pères des fils vous sont nés, vous les établirez princes sur toute la terre; » (Ps. xLiv, 17) puisque parmi ses fils ont été choisis les princes et les chefs du monde, puisqu'aussi les peuples se pressent dans son sein, et la reconnaissent avec des cantiques de louange éternelle dans les siècles des siècles. Tout ce qui paraît obscur ici, par suite d'expressions figurées et n'importe quel sens on y attache, doit certainement se rapporter à des événements si manifestes.
CHAPITRE XVII.
Des prophéties relatives au Sacerdoce et à la passion de Jésus‑Christ dans le psaume cent neuvième, et dans le vingt‑et‑unième.
Il en est de même dans ce psaume où le sacerdoce du Christ est annoncé en propres termes, comme sa qualité de roi par ces premières paroles : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur . asseyez‑vous à ma droite, jusqu'à ce que j'aie fait de vos ennemis votre marche‑pied. » (Ps. cix, 1.) Cependant nous ne voyons que par la foi le Christ assis à la droite de Dieu son Père; nous ne voyons pas non plus avec les yeux du corps, ses ennemis sous ses pieds; la fin nous dévoilera ce que nous désirons; nous le croyons aussi même à présent, nous le verrons plus tard. Mais ce qui suit : « Le Seigneur fera sortir de Sion le sceptre de votre puissance, et vous dominerez au milieu de vos ennemis, » (Ibid. 2) est si clair qu'il faut être non‑seulement impie et misérable, mais même impudent pour le nier. Car nos ennemis eux‑mêmes avouent que
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la loi du Christ, loi que nous appelons l'Évangile, et que nous reconnaissons comme le sceptre de sa puissance, est sortie de Sion. Quant à sa domination au milieu de ses ennemis, ceux-là mêmes sur lesquels il l'exerce, en rendent témoignage par leurs grincements de dents, par leur dépit et par leurs efforts impuissants. Un peu plus loin, le prophète ajoute : « Le Seigneur a juré et ne se repentira point; » paroles qui signifient l'immutabilité future du décret suivant : « Vous êtes prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech. » Dès lors qu'il n'y a plus nulle part ni sacerdoce, ni sacrifice selon l'ordre d'Aaron, et que l'on offre partout, sous le pontificat suprême de Jésus‑Christ, ce qu'offrit Melchisédech, quand il bénit Abraham, (Gen. xiv, 18), peut‑on douter de qui il est ici question? Si donc, dans le même psaume, il y a certains passages qui présentent quelque obscurité, il faut les interpréter au moyen de ceux dont l'évidence est certaine; et c'est ce que nous avons fait déjà dans nos sermons populaires. Ainsi dans ce psaume où le Christ annonce les humiliations de sa Passion, en disant : « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os. Ils m'ont considéré et regardé; » (Ps. xxi, 17 et 18) ces paroles montrent très‑bien son corps étendu sur la croix, ses mains et ses pieds percés par les clous, et nous le voyons se donnant ainsi en spectacle à la foule témoin de son supplice. Il ajoute même : « Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté ma robe au sort. » (Ibid. 19.) L'histoire évangélique rapporte comment cette prophétie s'est réalisée. (Matth. xxvii, 35.) Certainement après de pareils détails, l'intelligence saisit facilement les autres passages plus obscurs, et leurs rapports avec ceux qui rayonnent de tant de clartés ; surtout quand nous n'avons pas à croire ce qui est passé, mais à contempler le présent. Ainsi dans le même psaume nous lisons des prédictions faites longtemps à l'avance, tout l'univers est maintenant témoin de leur accomplissement; car un peu plus loin, il est dit : « Toutes les parties de la terre se souviendront du Seigneur et se couvertiront à lui; toutes les nations se prosterneront en sa présence, car l'empire appartient au Seigneur et il dominera sur tous les peuples. » (Ps. xxi, 28.)
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CHAPITRE XVIII.
Des psaumes troisième, qu arantième, quinzième et soixante‑septième qui prophétisent la mort et la résurrection du Seigneur.
1. Les oracles des psaumes ne sont pas restés muets sur la Résurrection. Car quel autre sens donner à ce chant prophétique du troisième psaume, sur le psaume du Seigneur : « Je me suis endormi, et j'ai sommeillé; je me suis relevé, parte que le Seigneur s'est chargé de moi. » (Ps. 111, 6.) Est‑ce qu'il y aurait quelqu'un d'assez insensé pour croire que le Prophète ait voulu nous apprendre une grande nouvelle, en disant qu'il a dormi et qu'il s'est éveillé, s'il ne s'agissait d'annoncer ainsi par ce sommeil la mort, et par ce réveil la résurrection du Christ? Mais le psaume quarantième en parle plus clairement encore, quand en la personne du même Médiateur, le prophète, selon sa coutume, raconte comme passés les évènements futurs qu'il prédit, car ces évènements sont comme accomplis dans la prédestination et la prescience de Dieu, à cause de leur certitude. « Mes ennemis, dit‑il, ont fait des imprécations contre moi: Quand mourra‑t‑il et quand son nom sera‑t‑il effacé? Et s'il venait me voir, c'était pour me débiter les mensonges de son cœur; il abondait en iniquité. Il sortait dehors pour s'entretenir avec ses complices. Tous mes ennemis murmuraient contre moi et conspiraient toutes sortes de méchancetés. Ils ont arrêté contre moi des projets injustes : Mais celui qui dort ne pourra‑t‑il se réveiller? » (Ps. XL, 6 etc,) Ces paroles ont certainement le même sens que si le Prophète eût dit : « Celui qui meurt ne pourra‑t‑il revivre? » Car ce qui précède prouve que ses ennemis avaient conspiré et décidé sa mort, et que cette trame était conduite par celui qui entrait pour voir, et qui sortait pour trahir. Qui donc ici n'a pas présent à l'esprit le disciple perfide, le traître Judas? Et comme ils devaient mettre à exécution leur projet, c'est‑à‑dire le mettre à mort; pour leur montrer l'inutilité de sa mort, puisqu'il devait ressusciter, il ajoute ce verset où il semble dire: Que faites‑vous, insensés? ce sera un crime pour vous et pour moi un sommeil. « Celui qui dort ne pourra‑t‑il se réveiller? » Cependant un tel forfait ne restera pas impuni, il le leur déclare dans les versets suivants : « L'homme qui jouissait de ma paix, en qui j'avais mis ma confiance, qui vivait de mon pain, a levé son talon
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sur moi, » c'est‑à‑dire m'a foulé aux pieds. « Mais vous, Seigneur, ayez pitié de moi, ressuscitez‑moi, et je me vengerai d'eux. » (Ibid. 10, 11.) Qui refusera de croire à cette prophétie, quand, après la Passion et la Résurrection du Christ, on voit les juifs exterminés et leur pays mis à feu et à sang, dans une guerre désastreuse ? Mis à mort par eux, il est ressuscité et il les punit par des peines temporelles, sans exempter ceux qui ne se seront pas convertis, de celles qu'il leur réserve, quand il jugera les vivants et les morts. Et le Seigneur Jésus lui-même dévoilant le traître à ses apôtres par le pain qu'il lui présente (Jean, xiii, 26), remet en mémoire ce verset du psaume et en montre l'accomplissement en lui : « celui qui vivait de mon pain, a levé le talon sur moi. » Quant à cette parole : « en qui j'avais mis ma confiance,» elle doit s'entendre non du chef, mais du corps. Car le Sauveur le connaissait bien, puisqu'auparavant il avait dit de lui : « l'un de vous est le démon. » (Jean, VI, 71.) Mais il a coutume de personnifier en lui ses membres, et de s'approprier ce qui les concerne, parce que le chef et le corps ne sont qu'un seul Christ: c'est pour cela qu'il est dit dans l'Évangile « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. »(Matth. xxv, 35.) Ce qu'il explique lui‑même par ces autres paroles : « Quand vous avez agi ainsi à l'égard du dernier des miens, c'est moi que vous avez assisté. » Il dit donc qu'il a mis sa confiance en Judas, pour montrer l'espérance de ses disciples, au sujet de cet homme, quand il fut mis au nombre des apôtres.
2. Or, les Juifs se persuadent que le Christ qu'ils attendent ne doit pas mourir. Aussi, ils s'imaginent que le Christ annoncé par la loi et les Prophètes n'est pas pour nous, mais pour eux seuls, et ils le supposent exempt des souffrances de la mort. De plus, par un prodige de folie et d'aveuglement, ils prétendent que les paroles citées plus haut signifient non pas la mort et la résurrection, mais le sommeil et le réveil. Et voici que le psaume quinzième leur crie : « Mon cœur a tressailli de joie, et ma langue a proféré des chants d'allégresse, ma chair même reposera dans l'espérance; parce que vous ne laisserez pas mon âme dans l'enfer, et que vous ne permettrez pas que votre saint souffre la corruption. » (Ps. xv, 9 et 10.) Qui donc pourrait dire que sa chair a reposé dans l'espérance, parce que son âme ne resterait pas
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dans l'enfer, mais reviendrait soudain la ranimer, pour qu'elle ne subisse pas la corruption commune, sinon celui qui est ressuscité le troisième jour? Cela, certes, ne saurait s'entendre de David, le prophète‑roi. Et le soixante septième psaume crie aussi : « Notre Dieu est le Dieu qui sauve, et c'est au Seigneur qu'appartient le droit de sortir de la mort. » (Ps. Lxvii, 21.) Peut‑on parler plus clairement? Car le Dieu qui sauve est le Seigneur Jésus, nom qui signifie Sauveur ou salutaire. Telle est, en effet, la raison qui fut donnée de son nom, avant sa naissance du sein de la Vierge : « Vous enfanterez un fils et vous le nommerez Jésus, car il sauvera son peuple de l'esclavage du péché. » (Matth. 1, 21.) Et comme il a versé son sang pour la rémission des péchés, il n'a pu sortir de cette vie que par la mort. C'est pourquoi, après avoir dit : « Notre Dieu est le Dieu qui sauve, » le prophète ajoute aussitôt : « et c'est au Seigneur qu'appartient le droit de sortir de la mort; » pour montrer qu'en mourant il devait sauver de la mort. Et cette parole : « Et c'est au Seigneur, » est un cri d'étonnement, qui semble dire : Telle est la vie des mortels, que le Seigneur lui‑même n'a pu en sortir que par la mort.
CHAPITRE XIX.
Du psaume soixante‑huitième qui prédit l'opîniatre aveuglement des Juifs.
Mais, pour que les Juifs résistent à des témoignages prophétiques si évidents, confirmés encore par les faits accomplis d'une manière si claire et si précise, il faut qu'ils vérifient en eux les prédictions du psaume suivant. Car, après avoir prophétisé en la personne du Christ ce qui regarde sa Passion, ce psaume rapporte ce que l'Évangile met au grand jour : « Ils m'ont donné du fiel pour nourriture, et du vinaigre pour breuvage. » (Ps. Lxviii, 22. Matth. xxvIi, 34.) Et, pour faire suite à un tel festin, composé de tels mets, il ajoute : « Que leur table, en retour, se change devant eux en piège et en pierre d'achoppement; que leurs yeux s'obscurcissent, afin qu'ils ne voient pas, et que leur dos soit toujours courbé; » (Ps. Lxviii, 23 et 24) et d'autres paroles qu'il leur adresse encore, non comme un souhait, mais comme prédiction sous la forme de souhait. Qu'y a‑t‑il donc d'étonnant qu'ils ne voient pas des choses si évidentes, puisque leurs yeux sont obscurcis afin qu'ils ne voient pas? Qu'y a‑t‑il donc d'étonnant s'ils ne
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regardent pas le ciel, puisque leur dos est toujours courbé, et qu'ils sont penchés vers la terre? Ces paroles, empruntées au corps, figurent les vices de l'âme. En voilà assez sur les psaumes, c'est‑à‑dire sur les prophéties du roi David, il faut nous limiter. Les lecteurs qui savent tout cela, voudront bien me pardonner; et s'ils remarquent ou pensent que j'aie omis des témoignages plus importants, qu'ils ne se plaignent pas de moi.
