L’interview du cardinal: Kasper se sert du pape François contre la doctrine catholique
29 avril 2016 16 h 30 min·
Le cardinal allemand Walter Kasper.
Le cardinal moderniste Walter
Kasper a donné au journal d’Aix la Chapelle
une interview portant sur l’élection et le pontificat du pape François, dont il
se sert sans ménagement contre la permanence de la doctrine catholique. Kasper
se trouve soutenu dans cette entreprise par d’autres évêques allemands. Une
question est : qu’en pense le pape François, qui sert ici d’autorité à une
hérésie et un schisme moral ?
Le cardinal Kasper s’est fait connaître des grands médias et du public non
spécialisé dans les affaires de l’Eglise catholique par son rôle dans le synode
de la famille, où il a représenté, avec le soutien du pape François, ceux qui
veulent « assouplir » la pratique, donc la doctrine, de l’Eglise
catholique quant à la communion des divorcés « remariés ». Il se dit,
et semble, très proche du pape François. Selon lui et ses collègues
modernistes, la dernière exhortation apostolique (qui n’a pas la même autorité
qu’une encyclique) du pape François, Amoris Laetitia, confirme ses
vues et ouvre la porte à la distribution de l’hostie aux divorcés
« remariés ».
Un lobby contre la doctrine catholique autour du cardinal Kasper
Il se trouve ainsi en concordance avec un autre cardinal allemand, Reinhard
Marx, président de la conférence des évêques d’Allemagne, lequel prétend qu’Amoris
Laetitia donne la permission de distribuer la communion aux divorcés
« remariés », et que le pape François n’a pas « eu à changer
l’enseignement de la doctrine catholique » pour cela. C’est un mensonge
éhonté, puisque l’enseignement constant des papes et des conciles dit
exactement le contraire. Plus grave, un groupe de théologiens allemands vient d’écrire
une lettre ouverte dans ce sens, où la congrégation pour la doctrine de la foi
est violemment attaquée – et le site officiel de la conférence des évêques
d’Allemagne monte cette lettre en épingle ! Ici, une part important de la
hiérarchie épiscopale allemande se mobilise contre la doctrine catholique et
ceux qui maintiennent son enseignement au Vatican, ce qui ajoute à la tendance
à l’hérésie une tendance au schisme.
Mais l’interview que le cardinal Kasper a donnée va encore au-delà, il couvre
tout le pontificat du pape François depuis le conclave jusqu’à ses déclarations
sur l’Europe et les migrants et prétend le mettre au service de la cause
moderniste. On retiendra un jugement d’ensemble : le pape n’a pas
l’intention de « préserver toutes choses dans l’Eglise comme elles ont été
par le passé ». Et l’on relèvera la phraséologie classique du modernisme
qui va avec. Selon Kasper, malgré les « freins des conservateurs »,
et leur « peur », malgré la curie « vieille institution »,
le pape François veut donner un « visage plus humain…miséricordieux de
l’Eglise », abandonner les débats « abstraits », le
« soupçon », pour prendre des « décisions humaines »,
poussé par un « vent arrière », un « air frais ». Il s’agit
pour lui d’être « spontané », d’ « ouvrir des
portes », bref, de donner un « nouveau ton » à l’Eglise
catholique.
Que pense le pape François de l’interview de Kasper ?
Avec la rhétorique caractéristique du modernisme, le cardinal Kasper minimise
les effets de ce changement sur la doctrine catholique. Selon lui, le pape
François veut « changer le visage de l’Eglise catholique, pas son
être », de même qu’il entend agir sur les « mentalités », pas
sur la doctrine. Mais c’est une pure illusion : quand on change les
mentalités, les us, les prières, on change aussi la foi. L’histoire du Concile
Vatican II en est une illustration manifeste, entre autres.
Le plus grave reste cependant à venir. Mis par le journaliste qui mène
l’interview en face de la réticence très forte d’un grand nombre de pères du
synode sur la famille vis-à-vis des thèses modernistes qu’il défend, notamment
en Afrique, le cardinal donne cette réponse (je me suis reportée à l’original
allemand pour traduire) :
« Quelque chose peut être vrai chez nous, qui est tenu pour faux en
Afrique. »
Cela prétend justifier la « liberté » et l’autonomie accrue laissée
par le pape François aux conférences épiscopales des différents Etats. Mais
c’est une négation de la doctrine catholique, universelle, un déchirement de la
tunique sans couture de l’Eglise : une partie de la foi ne saurait être
vraie ici et fausse là. Sans doute, en vieux renard moderniste, Kasper a-t-il
noyé le poisson en disant « ce qui est tenu pour faux en Afrique »
(was in Afrika als falsch gilt). Mais de deux choses l’une, ou ce sont les
Africains qui se trompent, ou c’est lui. Il se garde de trancher, car cela
ruinerait son travail de subversion molle de la doctrine catholique. Pourtant,
il faudra bien, c’est indispensable, c’est urgent, que le pape François
tranche. Car avec cette interview le cardinal Kasper a franchi la ligne rouge
et se place en hérésiarque tenté par le schisme : est-il un ami ou un
ennemi du pape François ? C’est maintenant au Vatican de parler.