Darras tome 10 p. 287
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32. Cependant Valens était arrivé à Antioche, beaucoup plus occupé de sa guerre au Consubstantiel que de son expédition contre les Perses (372). La liste des proscriptions épisco- pales ordonnées par lui serait innombrable. Saint Eusèbe de Samosate avaitété l'une des premières victimes de la fureur arienne. Il vit un jour arriver le messager de Valens, porteur d'un ordre d'exil. « Gardez-vous, lui dit-il, de faire connaître à qui que ce soit le but de votre voyage. La population vous massacrerait. » Le généreux évêque, après avoir fait cacher dans son palais le malencontreux messager, attendit que la nuit fût venue, traversa l'Euphrate accompagné d'un serviteur fidèle qu'il renvoya ensuite chercher ses tablettes et ses livres. Déjà la disparition de l'évêque avait été signalée, quand le serviteur vint s'acquitter de sa commission. Ce furent alors des pleurs et des lamentations unanimes. La multitude désolée se transporta sur l'autre rive du fleuve, rejoignit le saint évêque et le supplia de rentrer à Samosate. « Nous vous défendrons comme un père, s'écriaient-ils. Toute l'autorité de l'empereur sera impuissante à vous arracher eu milieu de nous! — Non, non, répondit Eusèbe L'Apôtre nous commande d'obéir aux puissances; je vous dois l'exemple et j'obéis. » La foule éplorée lui offrit alors de l'argent, des vêtements, des vivres. Eusèbe ne voulut rien accepter et partit, exilé volontaire, pour obéir à la tyrannie d'un despote 1. Quelques jours après, la secte envoyait à Samosate un évêque intrus, nommé Eunomius. Les soldats le mirent en possession du siège épiscopal; mais il ne se trouva pas, dans toute la ville, un seul chrétien qui consentit à mettre le pied dans la basilique profanée. L'horreur inspirée par Eunomius était telle qu'un jour, au moment où il entrait dans la piscine commune des thermes publics, tous les baigneurs se retirèrent. Quand il fut sorti lui-même du bain, la foule exigea que l'eau de la piscine fût entièrement renouvelée, « pour éviter, disait-on, la souillure de tout contact avec un hérétique. » Après cette démonstration populaire, Eunomius quitta ville. Les ariens
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1. Théodore!., Hist. Eccl., \ïh.\l\, cap. XUI.
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lui donnèrent pour successeur Lucius, une autre de leurs créatures. Ce nouveau venu ne fut pas mieux accueilli. Passant un jour sur sa mule au milieu du forum, pendant que les enfants jouaient à la paume, la balle vint à rouler sous les pieds de la monture épiscopale. Les enfants s'écrièrent que la balle était infectée, et improvisant tous ensemble un bûcher, ils la brûlèrent. Cependant Lucius n'était pas homme à reculer ni à fuir, comme Eunomius. Il répondit au mépris dont il était l'objet par des proscriptions. Les magistrats mirent leur autorité au service de ses vengeances. Les prêtres fidèles furent bannis de la cité. Le diacre Évolcius fut relégué dans le village ruiné et désert d'Oasis; le saint prêtre Antiochus, neveu de l'évêque Eusèbe, fut déporté dans l'intérieur de l'Arménie. Ces rigueurs furent impuissantes à entamer l'orthodoxie des habitants de Samosate. Ceux-ci persévérèrent à rejeter la communion des ariens. Cependant les confesseurs emportaient avec eux dans leur exil la semence de la vraie foi. Saint Eusèbe, relégué sur les rives de l'Ister, parmi les tribus barbares des Goths qui venaient d'envahir la Thrace, se fit le missionnaire de ces farouches vainqueurs. Il mourut à la peine. La ville de Samosate demeura constamment fidèle à sa mémoire. Quand la paix eut été rendue à l'Église, les suffrages unanimes du clergé et du peuple appelèrent au siège vacant le confesseur Antiochus, neveu du martyr. Tous les évêques de la province imposèrent les mains à l'élu. Parmi eux, Antiochus remarqua Jovin de Perra, lequel avait naguère communiqué avec les ariens. Antiochus se levant le repoussa : «Arrière, dit-il, cette main sacrilège qui a profané les saints mystères! »
33. Les frontières de la Mésopotamie, comme celles de la Thrace, voyaient se renouveler les mêmes scènes de persécution. L'évêque d'Édesse, saint Barsès fut d'abord exilé par ordre de Valens dans l'île déserte d'Aradus. Barsès, était un thaumaturge. Sa réputation s'étendait bien au delà des limites de l'Osroène, dont Édesse était la capitale. Les malades accouraient à lui de toute la Phénicie, de l'Egypte et de la Thébaïde. L'île d'Aradus fut bientôt peu-
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1 Tbeodoret., loe. cit.
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plée de la multitude des pèlerins. Valens ordonna de transporter l'auguste vieillard à Oxyrinque, dans l'Heptanomide. La foule l'y suivit encore et la haine de l'empereur échangea une troisième fois ce lieu d'exil pour la misérable bourgade de Phéno, sur les extrêmes limites de la Nubie, au centre d'une population barbare, où le saint confesseur mourut de chaleur et de faim. « On conserve de nos jours, dans l'île d'Aradus, ajoute Théodoret, la couchette grossière où le saint goûtait quelques heures de sommeil. Les malades vont en grand nombre solliciter la faveur d'y être étendus, et recouvrent ainsi la santé par l'intercession du glorieux martyr1. » Les fidèles d'Édesse, comme ceux de Samosate, refusèrent de communiquer avec l'évêque arien que Valens s'était empressé de leur envoyer, aussitôt après l'exil de Barsès. La nuit du samedi au dimanche, ils quittaient la ville pour aller en pleine campagne assister à la célébration des saints mystères. Ce jour-là, Édesse demeurait complètement déserte; l'intrus restait seul, avec ses familiers, dans l'église vide. Valens au comble de la fureur annonça l'intention d'aller en personne châtier la cité rebelle; il le fit; mais sa présence ne changea rien aux habitudes de la population chrétienne, laquelle, le samedi suivant, se rendit au lieu ordinaire des assemblées. Le préfet Modeste reçut l'ordre de prendre avec lui tous les soldats de la douane, les seuls qui tinssent garnison dans cette ville frontière, et d'aller massacrer les chrétiens réunis. Modeste sortit, à la pointe du jour, avec son escouade de bourreaux. En traversant la plaine, il rencontra une pauvre femme qui se dirigeait en hâte vers le lieu de rassemblée. Elle portait dans ses bras un entant à la mamelle. Où vas-tu? lui demanda-t-il. — Rejoindre mes frères les chrétiens. On m'a dit qu'on allait les mettre à mort; je veux partager leur martyre ! —Mais, ajouta le préfet, pourquoi emmener cet enfant? — Pour ne pas le frustrer d'une couronne si glorieuse ! répondit l'héroïque chrétienne. — Modeste, touché jusqu'aux larmes de cette foi invincible, retourna
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1.Théodoret., Hist. Eccles., lib. x.
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près de Valens, et lui raconta l'incident. «De grâce, ajouta-t-il, renoncez à l'idée d'un pareil massacre, qui nous déshonorerait, sans éteindre la soif des catholiques pour le martyre! » — Valens se laissa persuader, il révoqua la première sentence, laissant la liberté au préfet d'agir comme il croirait le plus convenable. Cependant les chrétiens d'Édesse, réunis en plus grand nombre que de coutume, attendaient avec calme l'heure du martyre. Prévenus du danger qui les menaçait, cette perspective avait redoublé leur ferveur. Ils reçurent le sacrement de l'Eucharistie comme pour la dernière fois. Modeste arriva enfin, à la tête de son escorte. Mais, au lieu du massacre qu'on avait prévu, on n'eut autre chose à subir qu'un long discours du préfet, lequel invitait l'assemblée à cesser une révolte inutile et à obéir aux ordres de l'empereur, en acceptant sa communion. Modeste parla autant qu'il voulut; nul ne l'interrompit ; quand il mit spontanément fin à sa harangue, personne ne prit la parole pour lui répondre. S'adressant alors au prêtre Eulogius, qui présidait la réunion : Pourquoi, lui dit-il, gardez-vous le silence? — C'est, répondit-il, que vous ne m'avez pas personnellement interpellé. — N'avez-vous donc point entendu le discours que je viens de faire? — Je n'en ai pas perdu une syllabe, reprit Eulogius; mais vous avez parlé à toute l'assemblée, non à moi. Si pourtant vous désirez connaître mon sentiment, je suis prêt à l'exprimer. — Pas de discussion, interrompit Modeste, acceptez la communion de l'empereur. — Eh quoi! dit Eulogius, Valens en recevant la pourpre, serait-il devenu évêque? — Cette exclamation ironique souleva une hilarité qui déplut au fonctionnaire. Il s'écria, avec une irritation mal dissimulée: Je n'ai rien dit de pareil. Votre réponse serait une sottise, si elle n'était une impudence. Je vous ai adjuré tous d'embrasser la communion des vénérables évêques qui célèbrent chaque jour les saints mystères en présence de l'empereur. — Nous ne connaissons pas ces évêques, dit Eulogius. Mais nous connaissons notre pasteur légitime, Barsès. C'est avec lui seul que nous voulons être en communion! — Modeste, désespérant de fléchir une telle résistance, fit saisir les clercs, au nombre de quatre-vingts, et les
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condamna à être déportés dans les montagnes de la Thrace. La sentence fut sur-le-champ mise à exécution. Mais l'esprit public réprouvait de pareilles violences. Dans toutes les villes où passaient les confesseurs, on les recevait sous des arcs de triomphe; la population baisait leurs mains chargées de fers, et leur prodiguait les témoignages les moins équivoques d'intérêt et de sympathie. Valens fut obligé de changer le lieu de leur exil. On les isola par petits groupes détachés, et on les dirigea sur les cités de l'intérieur de l'Egypte. Là encore les captifs se virent l'objet de la vénération universelle. La jeunesse chrétienne se pressait autour d'eux et se plaçait sous leur direction 1. En travaillant ainsi à la ruine du catholicisme, Valens ne réussissait en somme qu'à se discréditer lui-même et à donner de nouvelles forces à la vérité qu'il combattait.
34. Du reste, on eût dit que la Providence prenait soin d'écarter de ce prince toutes les préoccupations politiques qui auraient pu le distraire de sa lutte contre l'Église. La persécution semblait favorisée par les circonstances, en sorte que la prospérité du persécuteur devenait alors, comme cela s'est renouvelé vingt fois durant le cours des siècles, un objet de scandale pour les faibles et de triomphe pour les complices. La guerre avec la Perse, dont on s'était alarmé quelques années auparavant, n'était plus ni probable, ni même possible. Sapor vieillissait ; il voulait terminer en paix sa longue carrière, et ne songeait plus à inquiéter les Romains. L'Arménie avait changé de maître. Arsace venait de mourir : avec lui s'éteignait le ressentiment des injures faites à ce prince par Julien l'Apostat. Para, fils et successeur d'Arsace, était un enfant au berceau, incapable encore d'une politique personnelle. La régente, sa mère, s'était replacée sous la tutelle de Rome; elle avait accepté avec empressement deux légions, que Valens lui envoyait pour maintenir la tranquillité intérieure et extérieure dans le pays. Par surcroît de bonne fortune, les Goths, depuis leur dernière défaite, se tenaient sinon dans la soumission absolue, du moins dans
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1 TliooJoret, Hùt, Eeclct,, lit). IV, cap. X?.
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un demi repos qui suffisait à la politique de Valens. Il n'était pas jusqu'à l'empereur Valentinien qui, depuis le dénoument de l'insurrection de Procope, n'affectât de prendre au sérieux la capacité de son frère d'Orient. On répétait donc, dans tout l'empire, l'éloge de Valens, comme jadis on avait célébré l'habileté de Constance. Dieu laisse parfois aux politiques de ce monde la satisfaction éphémère d'enregistrer de pareils triomphes. Les plus fins diplomates ne savent d'où viendra la ruine, et cependant la ruine est déjà imminente. Il en fut ainsi de tous les persécuteurs de l'Église dont nous avons jusqu'ici raconté l'histoire. Il devait en être de même de Valens.
35.. Mais l'heure n'était pas venue, et tout semblait succéder à souhait pour la réalisation de ses projets contre le catholicisme. Ce prince venait d'accorder aux païens la faculté de reprendre en Orient leurs rites idolâtriques et leurs sacrifices interrompus. « Les solennités de Cérès, de Bacchus et de Jupiter, dit Théodoret, recommencèrent avec une pompe nouvelle1. » Constantinople surtout se distingua par son zèle rétrospectif. Les partisans de Julien l'Apostat s'étaient concentrés dans cette ville, devenue odieuse à Valens, depuis l'usurpation de Procope. Délaissée par le souverain, Constantinople se vengea sur le catholicisme. Tous les fidèles furent chassés de la ville et se répandirent dans les campagnes environnantes. Le samedi soir, ils se réunissaient dans une grotte, au pied de la montagne voisine, et célébraient clandestinement les saints mystères. Cependant les os de Constantin le Grand reposaient dans la basilique déserte des Saints-Apôtres, et le temple dédié par Constance à sainte Sophie restait vide. Le fonctionnaire impérial qui administrait alors Byzance ne crut pas avoir assez fait, tant que les catholiques proscrits pouvaient encore se réunir. Par son ordre, des soldats cernèrent la montagne et dispersèrent l'assemblée 2. Nous avons déjà dit que saint Mélèce, à Antioche, avait été le premier des évêques exilés par Valens. Il ne parait pas que saint Paulin ait subi la même proscription. Vraisem-
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1. Théodoret., Hist. Ecrtes., lib. IV, cap. xxi. — » Thcodoret., loc. cit.
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blablement Valens l'avait épargné parce que sa communion, adoptée seulement d'un petit nombre de catholiques sincères mais outrés, pouvait être un moyen de division pour les orthodoxes. Quoi qu'il en soit, la communauté de saint Mélèce à Antioche demeura fidèle à son évêque ; elle ne consentit jamais à une transaction d'aucun genre. « Les prêtres Flavien et Dorothée qui étaient à sa tête montrèrent, dit Théodoret, la fermeté d'un roc inébranlable. Chassés de leurs églises, ils conduisirent leurs ouailles sur les bords de l'Oronte, à quelque distance de la ville, et y tinrent leurs assemblées hebdomadaires. Le chant des psaumes, dans cette chrétienté persécutée, ressemblait à celui que les Juifs de la captivité faisaient entendre sur l'Euphrate, quand ils suspendaient leurs lyres aux saules du rivage babylonien. » La tyrannie de Valens ne put venir à bout de cette résistance occulte. Les espions de la police impériale, de connivence avec les proscrits, les informaient d'avance des mesures prises contre eux. La catholique Antioche se rappelait qu'elle avait eu pour fondateur le prince des apôtres. Elle ne laissa point profaner la chaire apostolique qui faisait sa gloire. Cependant les solitaires des environs fournissaient leur contingent d'héroïsme et venaient, par leurs exhortations et leurs exemples, encourager la population fidèle. « Un jour, dit Théodoret, l'empereur Valens, du balcon de son palais, aperçut un moine qui longeait le quai de l'Oronte. Il l'appela. Qui es-tu? lui demanda-t-il. — Je suis Aphraate, serviteur de Jésus-Christ. — Le nom d'Aphraate était tellement connu par les miracles sans nombre obtenus par son intercession que Valens ne put l'entendre sans témoigner une espèce de surprise respectueuse. — Mais où allez-vous? ajouta-t-il. — Je vais, répondit le saint vieillard, à l'assemblée des fidèles, prier pour la prospérité de votre empire. — Je croyais, dit l'empereur, que le devoir d'un solitaire était de rester dans sa cellule, sans venir se mêler parmi les hommes. — A ces mots, l'ermite fixant sur son interlocuteur un regard plein de majesté : Il est vrai, dit-il; c'est là mon devoir, et je l'ai fidèlement accompli, tant que le troupeau de notre divin Sauveur a vécu en paix. Mais aujourd'hui
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que les brebis du divin Pasteur sont livrées aux loups dévorants, j'ai dû tout quitter pour venir à leur secours. Dites-moi, en effet, auguste empereur, si j'étais une jeune fille renfermée dans l'intérieur de la maison paternelle et que je visse l'incendie dévorer la maison, que me conseilleriez-vous de faire? Devrais-je rester tranquillement assise et attendre que la flamme eût tout dévoré? ou plutôt ne devrais-je point courir au dehors pour donner l'alarme, et employer toutes mes forces à combattre le progrès du feu? Voila précisément ce que je fais, à l'heure présente. Vous avez mis le feu à la maison de mon père ; je viens éteindre l'incendie. » — L'empereur, étonné de cette vigoureuse réplique, laissa sortir Aphraate en liberté. Le chambellan de service, moins patient que son maître, injuria le saint et le reconduisit jusqu'à l'escalier du palais, en l'accablant des plus grossières invectives. Quelques instants après, l'empereur chargea cet officier d'aller faire préparer son bain. Le chambellan sortit pour exécuter l'ordre; mais il ne revint pas. Lassé de l'attendre, Valens l'envoya chercher. En entrant dans la salle du bain, on trouva l'officier étendu à terre, étouffé par la vapeur de l'eau bouillante. « Les ariens eux-mêmes, ajoute Théodoret, furent forcés de reconnaître que la main de Dieu s'était appesantie sur le blasphémateur. Mais cet exemple ne les convertit point. Ainsi que Pharaon, ils endurcirent leur cœur et continuèrent à suggérer au prince les mesures les plus violentes contre les catholiques 1. »
36. Chaque jour on jetait dans l'Oronte le cadavre de quelque martyr immolé par les soldats. Les réunions hebdomadaires, dispersées par la force, ne purent bientôt plus avoir lieu. Valens, irrité contre les moines, publia un édit qui les traitait de déserteurs, et prescrivait de les enrôler dans les cadres de l'armée. Les curies étaient autorisées à confisquer leurs biens. Plus l'acharnement qui dictait de pareilles lois était tyrannique, plus l'opinion ce prononçait en faveur des opprimés. Les ariens eux-mêmes
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1.Thaodoret., ilist. Eccles., lib. JV, eap. xxv.
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manifestaient indirectement la haute opinion qu'ils avaient de la vertu et des lumières des pieux cénobites, en s'efforçant de les gagner à leur secte. Ils prétendaient, entre autres calomnies intéressées, que le grand solitaire saint Sabas, dont la réputation était alors universelle en Orient, ne faisait nulle difficulté de partager leur communion. Ce bruit, répandu à Antioche, troublait la conscience des fidèles. Flavien, Diodore et Aphraate supplièrent Sabas de venir en personne démentir les sectaires et démasquer leur perfidie. Le saint se rendit à leur appel. Comme autrefois Antoine, il quitta son désert pour rendre hommage à la vérité. Son apparition à Antioche fut un événement. La population se pressait autour du patriarche des solitudes. Sabas était vêtu d'une tunique grossière; une corde lui servait de ceinture. On eût dit Jean-Baptiste revenu parmi les hommes. Des prodiges innombrables marquaient tous ses pas. Il disait à la foule émue : «Fuyer la doctrine impie des ariens! La vérité catholique est celle de Nicée. Athanase en est le héraut. Attachez-vous à cette foi et ne l'abandonnez jamais 1. »