La communion de la foi 21

p137 THÉOLOGIE ET POLITIQUE ECCLÉSIALE

 

Église et théologie

 

--------- la communauté de foi appelée Église fait partie de la conception chrétienne de la foi et de la raison: l'Église est, à ce titre, l'espace vital où une vie conforme à la foi est possible comme fait communautaire, et elle est donc aussi la condition historique pour que la raison puisse poser la question rendue possible par la foi et soutenir sa revendication à la vérité. -----------

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-------- Le matérialisme suppose, comme nous l'avons déjà vu, qu'au commencement il y a, non pas la raison, mais l'irrationnel, la matière. Par suite, la raison est le produit de l'irrationnel; la Vérité ne précède pas l'homme, mais résulte au contraire de sa prise de position.

 

L' “orthodoxie » ne peut jamais être autre chose que le produit de l'orthopraxie, même si la théorie‑projet doit courir en avant de la pratique. Autrement dit: la vérité prend naissance dans la prise de position du Parti et dépend totalement de celle‑ci.

 

Par contre, la conception fondamentale de la foi chrétienne est qu'au début il y a la raison et avec elle la vérité: elle présente de façon générale l'homme et la raison humaine comme capables de vérité. Vis‑à‑vis de la vérité, l'homme se comporte d'abord de façon

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essentiellement réceptive et non productive.

 

 La communauté de l'Église est à vrai dire requise comme condition historique pour l'activité de la raison, mais l'Église ne coïncide pas avec la vérité; c'est au contraire elle‑même qui est instituée par la vérité pour être l'espace de sa connaissance.

 

La vérité reste ainsi essentiellement indépendante de l'Église, l'Église lui est ordonnée comme son instrument.

 

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Le concept de “politique de l'Église”

 

-------- la parole du Christ reste fondamentale: « Donnez à Dieu ce qui est à Dieu, et à l'empereur ce qui est à l'empereur» (Matthieu 22, 21). Cette parole a inauguré une nouvelle période dans l'histoire des rapports entre politique et religion. Jusqu'alors, on admettait tout à

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fait généralement que c'est le Politique lui‑même qui est le sacré.

 

--------- l'État était reconnu comme détenteur d'une sacralité suprême. Il assure le caractère moralement obligatoire de ses lois, et donc la garantie humaine de son propre maintien, par le fait que ses lois, et dans celles‑ci l'État lui‑même, apparaissent comme l'expression d'une volonté sacrée, divine, et pas seulement humaine.

 

Parce qu'elles sont divines, il faut qu'elles restent, pour les hommes, intangibles et absolument contraignantes.

 

   Cette assimilation de la revendication de l'État sur l'homme à la revendication sacrée de la volonté divine elle‑même a été réduite à néant par la parole de Jésus que nous avons citée.

 

Celle‑ci mettait en question toute la conception antique de l'État, et il est tout à fait compréhensible que l'État antique ait vu dans cette contestation de son caractère total une attaque des fondements de son existence qu'il punissait par la peine de mort.

 

Si la parole de Jésus est valable, l'État romain, tel qu'il avait été jusque‑là, ne pouvait en fait plus subsister. Mais il faut dire en même temps que c'est justement cette séparation de l'autorité de l'État et de l'autorité sacrée, le nouveau dualisme qui réside en elle, qui constitue l'origine et le fondement permanent de l'idée occidentale de liberté.

 

Car désormais il y a deux communautés ordonnées l'une à l'autre, mais non pas identiques, dont aucune n'a le caractère de la totalité. L'État n'est plus lui-même porteur d'une autorité religieuse pénétrant jusqu'au plus intime de la conscience, mais il renvoie, pour ce qui est de son fondement moral, au‑delà de lui‑même, à une autre communauté.

 

A son tour celle‑ci, l'Église, se considère comme une instance morale ultime, mais qui repose sur l'appartenance volontaire, et elle s'autorise à donner des sanctions spirituelles, mais non pas civiles, justement parce qu'elle n'a pas le rang qui a été attribué d'un commun accord à l'État.

 

    Ainsi chacune de ces communautés est limitée dans son rayon d'action, et c'est sur l'équilibre de cet ordonnancement que repose la liberté. -------

 

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