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1. La nature de la célébration liturgique (suite)
---------- il importe que cette nouveauté chrétienne, rebelle à toute dérivation, soit une réponse aux questions communes à tous les hommes et qu'elle puisse donc se référer à un contexte anthropologique fondamental, sans lequel cette nouveauté resterait précisément incomprise.
Or cette nouveauté consiste en ceci que la résurrection du Christ nous donne vraiment ce droit de nous réjouir que toute l'histoire avait cherché, sans que personne ait pu le lui fournir.
C'est pourquoi, de par sa nature, la liturgie chrétienne ‑ l'Eucharistie ‑ est une fête de résurrection, mysterium Paschae. En tant que telle, elle porte en elle le mystère de la croix, puisque celui‑ci est la condition interne de la résurrection.
Il serait vraiment trop commode de déclarer que l'Eucharistie est le repas de la communauté. Elle a coûté la mort du Christ, et la joie qu'elle promet suppose qu'on entre au préalable dans ce mystère de mort.
L'Eucharistie a une orientation eschatologique et, de ce fait, est centrée sur la théologie de la croix. C'est cela que veut dire l'Église quand elle tient au caractère sacrificiel de la messe ; il s'agit en fait ou de conserver ou d'évacuer la dimension sans laquelle on passe à côté de la profondeur propre à l'existence humaine, et à côté de la profondeur propre à la puissance libératrice de Dieu.
Autrement dit la liberté dont il s'agit dans la fête chrétienne ‑l'Eucharistie ‑ n'est pas la liberté d'inventer des textes, mais la libération de la mort tant pour le monde que pour nous‑mêmes, libération qui seule peut nous rendre libres d'accepter la vérité et de nous aimer les uns les autres en vérité.
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---------Le Christ est mort en priant ; --------Cela veut dire que le droit à se réjouir, le oui libérateur et triomphant à la vie, a son origine intime dans l'adoration.
La croix en tant qu'adoration est «élévation» ‑ présence de la Résurrection ; célébrer la fête de la Résurrection signifie entrer en adoration.
Si on qualifie la signification essentielle de la liturgie chrétienne de « fête de la Résurrection », l' «adoration » est la réalité profonde qui lui donne sa forme: c'est là que la mort est vaincue et que l'amour est rendu possible. L'adoration est la vérité.
-------- La communauté devient communauté non par action réciproque, mais parce qu'elle se reçoit du tout et se redonne au tout.
Ceci dit, on pourrait montrer en détail pourquoi la liturgie ne se “fabrique” pas, mais qu'elle est « recue” et, nous étant proposée, qu'elle est rendue chaque fois à nouveau vivante; on pourrait montrer pourquoi son universalité doit apparaître dans une forme commune à toute l'Église, le «rite » proposé à chaque communauté particulière. -----------
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------- Ni les Apôtres, ni leurs successeurs n'ont « fabriqué » une liturgie chrétienne ; celle‑ci s'est développée organiquement à travers la lecture chrétienne de l'héritage juif, en prenant forme trait après trait.
------- la liturgie --------- est expression du droit objectif à la joie et de la participation au drame cosmique de la Résurrection du Christ, et de cette participation dépend absolument la place de la liturgie. --------
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