Darras tome 20 p. 336
6. Baronius connut cette épitaphe, mais II n'avait d'ailleurs pour apprécier Gerbert que des documents fort Incomplets et pour la
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1. Iste locus mûndi Silvestri membra gepnhj
Venturo Domino conferet ad goaitum, Quem dederat mundo celebrem doctissiUR Vîrgo
Atque caput mundi culmina Romalea. Primum Gerbertus meruit Francigena aedea
Remensis populi metropolim patriae. IndeRavennatis meruit conscîndere summum
EcclssisB regimen nobile fitque powns. Post annum Romam mulato nomine SUtnpsit,
Ut toto pastor iieret orbe novus, Cui minium placuit sociali mente fldêKf)
Obtulit Aoa Capsar- terlius Otto sjbl, Tempus uterque comit clara virlute Sophîal,
Gauietet omne seelum, frangitur omne reafil. Clavigeri instar erat cœlorum sede potitnj,
Terna suffectus cui vice pastor eraL
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p337 CHAP. V. — IÉGENDE ET HISTOIBB.
plupart hostiles à la mémoire du grand pontife. Après avoir montré le ridicule et l'absurdité des légendes démoniaques de Guillaume de Malmesbury et de Bennon, il n'en porte pas moins un jugement d'une sévérité outrée sur la personne de Gerbert. « A la mort de Grégoire V, dit-il, l'empereur Othon III ne permit pas qu'aucun des prêtres romains fût élevé sur le siège apostolique. Il avait trop souvent éprouvé leur inconstance et leur infidélité pour ne les pas tenir en suspicion. Le même motif qui l'avait déterminé dans le choix de Grégoire V, allemand d'origine, le fit songer à Gerbert pour le souverain pontificat. Gerbert fut donc élu ; on ne peut lui refuser une habileté extraordinaire ; il possédait surtout l'art de s'insinuer dans la faveur des grands. Mais, s'il m'est permis de le dire, il était absolument indigne d'occuper le siège apostolique, dont il s'était montré l'ennemi le plus implacable, à l'époque où, intrus à l'archevêché de Reims, il avait déversé sur la papauté les plus odieuses calomnies et les plus noirs outrages. Avant de s'asseoir sur le trône de saint Pierre, il aurait dû, comme le prince des apôtres, effacer son erreur dans les larmes d'une pénitence sincère 1. » Ainsi parlait Baronius ; il ignorait que Gerbert avait fait pénitence et qu'il s'était humblement soumis à la sentence de Rome. Outre les témoignages que nous en avons cités précédemment, nous avons pour le constater d'une manière irréfragable celui de Gerbert lui-même. Voici les nobles paroles qu'après sa condamnation il écrivait à l'impératrice sainte Adélaïde : « Je ne consentirai jamais à troubler par un schisme l'unité de l'Église. Plutôt que de la voir déchirée
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Iste vicem Pétri postquam suscepit, abegit
Luslrah spatio seoula morte sui. Obriguit niundus, d.'scussa pace; triumphus
Eoclesiae nutans dedidicit requiem. Sergius hune loeulum miti pietate sacerJos
Successo'-que suus coanpsit amore sui. Qaisquis ad hune tumuluin devexa lumina vertisi
Chimipotens Domine, die, miserere sui. Obiit anno Dominiez'ïrieamatiouis M1II Indict. I, m«ns. Mai. D. XII.
2. Baron. Annal, ad ann. 999. XX.
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p338 PONTIFICAT DE SYLVESTRE II (999-1003).
Par les factions, je verserai s'il le faut jusqu'à la dernière goutte de mon sang. Je ne m'obstinerai jamais à conserver la dignité épiscopale contre le jugement des évêques présidés par le représentant de l'autorité suprême1. » Gerbert s'était donc soumis du fond du cœur ; il avait fait pénitence, pœnitentia ductus ; c'est la parole même du chroniqueur Hugues de Flavigny. Il était donc précisément dans les conditions que Baronius demandait de lui pour qu'il pût dignement s'asseoir sur le siège de saint Pierre. Du reste le docte cardinal, qui maltraite ainsi Gerbert, n'a que des éloges pour Sylvestre II. « Parvenu au faîte des honneurs, après les avoir trop ambitionnés, dit-il, son unique préoccupation fut de remplir tous les devoirs de sa charge pontificale. Il déploya pour le maintien des privilèges de l'église romaine une telle vigueur, qu'il ne permit à personne d'envioler aucun, fût-ce le moindre 2. »
7. Ces dernières lignes caractérisent merveilleusement le pontificat de Gerbert et le font ressortir du milieu si troublé que la papauté venait de traverser durant le dixième siècle. Abbé de Bobbio, Gerbert avait lutté contre les agressions des seigneurs féodaux, contre l'incurie ou la connivence coupable des religieux, aboutissant les unes et les autres à la spoliation et à la ruine des monastères. A Reims, il avait vu de près des évêques intrigants, tels qn'Ascelin de Laon et tant d'autres, profaner leur ministère, se jouer des intérêts les plus sacrés, trahir tous les serments pour rester fidèles à la fortune. A Ravenne, il avait dû flétrir les ordi-nations simoniaques et flageller le désordre des clercs. Pape, il reprit avec une autorité incontestée cette lutte du bien contre le mal, de la justice contre la violence, de la morale et du droit contre toutes les passions déchaînées. Sa fermeté lui avait fait des ennemis à Vobbio, à Reims, à Ravenne ; elle devait lui en créer de nouveaux à Rome. C'est pour cela sans doute qu'aucun des catalogues pontificaux ne rend à sa mémoire l'hommage dû à la grandeur d'un tel génie, à la noblesse d'un tel caractère. Nous
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1. Gerbert. Epist.cc. !Mt.-OUeriSiP. IW. — Yoyez plus haut chap, si, n.81..
2. Baron, ami, 1003.
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p339 CHAP. V. — DÉCM.TS .D'OTIION .III.
avons déjà dit que le Codex regius reproduit à son sujet les absurdes calomnies ne Bennon et de Guillaume de Malmesbury. Le catalogue de Watterich se borne à cette laconique mention : «Sylvestre était originaire d'Aquitaine ; son père se nommait. Agilbert ; il siégea quatre ans, un mois et huit jours1. » Celui de Zwellen un peu plus détaillé, s'exprime ainsi : « Sylvestre II s'appelait auparavant Gerbert et fut surnommé Musicus (le musicien). Il était originaire d'Aquitaine. Élevé au monastère de Saint-Gérauld, il fut d'abord archevêque de Reims, puis de Ravenne, enfin pape de Rome2. Il siégea jusqu'à l'an de l’Incarnation du Seigneur 1004. Il montra trop de penchant pour la littérature profane ; mais cette passion lui valut la faveur de l'empereur Othon III, qui recherchait avidement ce genre d'études. On lui doit la séquence en l'honneur des saints anges : Ad célébres3. » Nous n'avons plus la séquence à laquelle fait allusion le catalque de Zwellen. -Elle manque dans les Carmina Gerberti recueillis si soigneusement par M. Olleris. Mais la note un peu aigre du catalogue allemand, quand il parle de la science et de la littérature profane de Sylvestre II, nous prouve que les calomnies de Bennon avaient trouvé jusqu'en Germanie des lecteurs trop crédules.
§ .II. -Décrets d'Othon III.
8. Ru reste, les pièces apocryphes injurieuses à ce grand pape furent tellement multipliées qu'il faut pardonner ces erreurs à des écrivains, qui n'avaient pour séparer l'ivraie du bon grain ni les ressources de la critique moderne, ni les documents que la science paléographique a remis de nos jours en lumière. Bennon, faussaire émérite avait pris soin de fabriquer une série de chartes, toutes plus impertinentes les unes que les autres, dans le but de
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1. Watterich. (om. I, p. 68.
2. Le Catalogue de Zwellen reproduit ici le vers que nous avons déjà cité, mais sans l'attribuer comme Guillaume de Malmesbury à une inspiration démoniaque. Voici ses paroles : Undede ipso seriptwn est :'Transit'abR, Otr* bertus in R. post papa vïgens R.
3. toialog. Zwetkns. PntrMxtt., tom.<CCXUII!col. 1029.
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p340 PONTiFiCAT DE SYLVESTRE n (909-1003).
rendre odieux à jamais le nom de Gerbert. C'est ainsi qu'en 1139, on découvrit dans les archives du monastère d'Assise, sous le litre de Decreturn electionis Sylvestri II, l'incroyable diplôme suivant : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Othon III serviteur des apôtres, et par la volonté du Dieu Sauveur empereur auguste des Romains. Nous reconnaissons volontiers que Rome est la capitale du monde, que l'église romaine est la mère de toutes les églises; mais elle a vu s'obscurcir tous ces titres de gloire par l'incurie et l'ignorance de ses pontifes. Ils ont vendu à vil prix tout ce qu'ils possédaient en dehors de Rome, ou l'ont aliéné par des concessions simoniaques. De plus, et nous ne pouvons le rappeler sans une profonde douleur, tout ce qu'ils tenaient de notre munificence dans cette ville royale a été également livré à prix d'argent à quiconque en a voulu; ils sont allés jusqu'à dépouiller les autels de saint Pierre et de saint Paul, ces glorieux princes des apôtres. Tontes les lois furent foulées aux pieds, la ville de Rome tomba dans une abjection irrémédiable. On vit des papes revendiquer comme leur apanage les territoires qui relevaient directement de notre empire, sans tenir aucun compte de ce qu'ils avaient perdu par leur propre faute ou dilapidé par leur mauvaise administration, faisant ainsi retomber sur notre pouvoir une responsabilité qui leur incombait directement à eux-mêmes. Ils se servirent dans ce but du prétendu décret de Constantin le Grand, tracé en lettres d'or sous le nom de cet empereur par le diacre Jean surnommé « Doigts coupés. » C'est là un vieux mensonge dont l'origine se cache dans les ténèbres des âges. Ils prétendent également qne Charles le Chauve avait donné à saint Pierre des territoires qui font partie de notre domaine impérial ; mais nous pouvons leur répondre que ce Charles n'avait pas le droit de faire une pareille donation, puisqu'il était dès lors privé de tout pouvoir et dépouillé de la couronne ainsi que du titre d'empereur par un autre Charles meilleur que lui. Il donnait donc ce qu'il ne possédait déjà plus. En tout cas, il ne pouvait donner sérieusement ce qu'il avait mal acquis, ou ce qui était sur le point de lui échapper. Écartant donc ces diplômes fictifs, ces écrits imaginaires, nous
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p341 CHAP. V. — DÉCRETS D'OTHOH III
entendons prendre sur nos propres domaines les donations qu'il nous plait de faire à l'Église. Or, comme par amour pour saint Pierre nous avons élu pape le seigneur Sylvestre notre sérénissime maître, et qu'avec la grâce de Dieu nous l'avons ordonné et créé : Sicut enim pr<r a'nore sancti Pétri dominum Sylvestrum magis-tiiim nostrum p.apam elegimus, et Deo volente ipsurn serenissimum ardinavimus et creavimm ; nous conférons et donnons à saint Pierre par amour pour notre maître le pape Sylvestre les huit comtés de Posaro, Fano Sinigaglia, Ancône, Fossombrone, Gallese et Osimo 1. » Telle est cette pièce apocriphe. Il en est peu qui portent aussi visiblement l'empreinte de la fausseté. On peut dire que l'imposture y éclate à chaque ligne. Mais elle se révèle surtout dans cette phrase étrange, où l'empereur déclare qu'il a « élu, ordonné et créé, » le pape Sylvestre II. Ce langage blasphématoire pouvait couvenir à un Henri IV d'Allemagne ou à un Frédéric II, lesquels prétendaient en effet créer le pape de toutes pièces, l'élire et l'ordonner selon leur bon plaisir impérial. Mais Othon III n'a jamais parlé ainsi ; le pape Sylvestre II qui se montra tellement attaché aux privilèges de l'église romaine, qu'il n'en eût pas laissé enfreindre le plus léger sans une résistance héroïque, ut nec levis-sima prcetermùteret in his quœ spectarent ad defensionem, aurait rejeté bien loin cet injurieux décret.
9. Bennon, au contraire, avait besoin d'un précédent de ce genre pour autoriser son antipape Guilbert, élu, ordonné et créé par l'empereur Henri IV. Il ne résista point à la tentation de forger l'acte qu'on vient de lire et qui renferme, selon l'expression de Pagi, autant de mensonges que de mots. La formule initiale dans laquelle Othon III se nomme « serviteur des apôtres, » servus apostolorum, est absolument étrangère à la chancellerie impériale des Othons : elle ne se trouve dans aucun de leurs diplômes authentiques. Les accusations de péculat, de simonie, de dilapidation des biens de l'Église, de spoliation des autels de saint Pierre et de saint Paul,
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1 Gerbert, Opéra. Edit, Olleris, p. 551. Cf. Pair. ïal., fom. GXXXV1II, col. 842,
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p342 P0XTJF1CAT.DE.-SÏLVESTBE H (Q09<;10Q3).
jetées in globo à la mémoire des prédécesseurs de Sylvestre II, constituaient un mensonge historique contre lequel Rome tout entière aurait protesté. Deux intrus, Octavien et Francon, avaient l'un et l'autre donné ce scandale ; mais les papes légitimes en étaient innocents. Que dire de l'ignorance du faussaire qui fait remontera une donation de Charles le Chauve les droits du saint-siége sur les États pontificaux? Jamais Charles le Chauve ne fit de donation semblable. Que signifie, au point de vue historique, l'allégation au faussaire qui fait détrôner Charles le Chauve par un autre Charles « meilleur que Lui,» a Carolo meliore fugatum ? Selon la remarque de M. Olleris, cette assertion renferme deux erreurs. Charles le Chauve conserva jusqu'à la mort la couronne et la dignité impériale ; l'adversaire qui aurait voulu les lui ravir, ne se nommait point Charles, mais Carloman. Par quelle étrange ineptie le faussaire a-t-il pu confondre la donation de Charlemagne, toujours rappelée dans le serment prêté par les trois Othons le jour de leur sacre, avec une prétendue donation de Charles le Chauve qui n'exista jamais? Nous avons encore le texte de ce serment, dont Othon Ier et après lui son fils Othon II et son petit-fils Othon III donnèrent lecture dans la basilique de Saint-Pierre en recevant des mains du vicaire de Jésus-Christ le diadème de Charlemagne. «Au nom du Seigneur Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, disaient-ils, nous jurons et promettons à vous, bienheureux Pierre prince des apôtres, porte-clefs du royaume des cieux, et par vous au seigneur pape votre vicaire, de vous maintenir dans la possession des territoires, domaines, cités et villages de la Toscane et de l'exarchat de Ravenne, tels que les très-excellents Pépin et Charlemagne de bienheureuse mémoire les ont énumérés dans leur charte de donation. » L'acte de serment reprenait cette énumération et ajoutait : « Nous confirmons de même par ce pacte de la délégation impériale et maintenons à vous, bienheureux Pierre, et à vos vicaires ici bas, les îles, cens, pensions, et revenus annuels de l'église de Rome, tant en Lombardie que dans tous les États soumis à notre domination, tels qu'ils sont énumérés dans les chartes passées entre Pépin de glorieuse mémoire et le pontife Etienne IV, ainsi
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p343 CHAP. V. —-> DÉCHETS D'OTCON lfl.
qu'entre Charlemagne et le seigneur pape Adrien Ier 1. » Tel était le langage authentique des Othons. Le lecteur se rappelle que les cens, pensions et revenus annuels dont l'église romaine jouissait en Italie et dans tout l'Occident, se référaient, d'après le texte même des diplômes de Pépin et de Charlemagne ainsi que des rescrits d'Etienne IV et d'Adrien ler, à la donation primitive de Constantin le Grand. Ce qui n'empêche pas le faussaire de rejeter comme un « mensonge suranné, » la donation de Constantin le Grand, dont il attribue la transcription en lettres d'or à un diacre manchot. Il faut donc, dit M. Olleris, reléguer parmi les pièces apocryphes le Decretum electionis Sylvestri 2. C'est aussi le sentiment du docteur Wilmans, dans ses remarquables travaux sur le pontificat de Gerberts.
10. Si l'on veut savoir comment Othon III comprenait sa mission d'empereur très-chrétien et en quels termes il s'exprimait à cet égard, on peut lire la constitution suivante qu’il faisait approuver à Pavie, dans un concile tenu en 998 pour mettre un terme aux dilapidations dont les églises et les monastères étaient si souvent victimes, et dont Gerbert en particulier avait tant souffert à Bobbio. «Othon par la grâce de Dieu empereur auguste des Romains, aux consuls du sénat et du peuple de Rome, aux arche-vêques, abbés, marquis, comtes et à tous les juges constitués en Italie, à perpétuité. Il est venu à notre connaissance que trop souvent, par un pernicieux abus, les évêques et les abbés aliènent les biens des églises au moyen de baux passés à certaines personnes soit à titre rémunératoire, soit simplement pour cause d'affinité ou d'amitié. Ils placent ainsi leurs successeurs dans l'impossibilité absolue d'entretenir la maison de Dieu, de pourvoir à sa restauration, à son entretien, de subvenir aux charges et aux divers services que notre majesté impériale a le droit d'exiger des bénéfices accordés par nous aux églises et aux abbayes. Un tel état de
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1. Patr.Lat., tom. CXXXVIII, col. 841-846.
2. Gerbert. O/iera, p. 554.
3. Roger Wilmans. Jahrbùcher des deutschen Reichs unter dem Sacksischen Hanse.
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p344 POHTlTtfÀT DE SYLVESTRE II Ç8t)fM003).
choses n'est pas moins préjudiciable à l'honneur de la sainte Église de Dieu qu'à la majesté de notre empire. En conséquence, nous décrétons et statuons qu'à l'avenir les obligations, baux emphytéotiques et autres, souscrits au détriment des églises et des monastères par les titulaires de bénéfices, seront personnels et ne pourront jamais engager leurs successeurs, lesquels resteront toujours libres de les annuler s'ils le jugent à propos. Toute loi, droit, coutume ou écrit, contraires à l'utilité de l'Église, ne sauraient avoir de valeur ; nous ne confirmerons jamais par notre autorité impériale des usages qui offensent la majesté souveraine du Dieu tout-puissant, instituteur et protecteur de notre empire. Désormais aucun texte , aucun écrit, n'aura de force qu'autant qu'il ne sera point attentatoire à la sainte Eglise de Dieu. Si quelqu'un avait la témérité d'enfreindre notre présente constitution, qu'il soit jugé comme rebelle, et s'il ne vient à résipiscence qu'il encoure l’anathema maranatha prononcé contre lui par tous les évêques et prêtres qui ont approuvé et souscrit notre présent décret impérial. Donné le douze des calendes d'octobre, indiction douzième (21 octobre 998), l'an troisième du pontificat du seigneur pape Grégoire V, après promulgation par Gerbert archevêque de la sainte église de Ravenne, au synode tenu à Pavie dans la basilique de Saint-Pierre-au-Ciel-d'Or 1. »
11. On retrouve dans ce diplôme les sentiments de piété et de filial dévouement à l'Église, que tous les historiens s'accordent à reconnaître dans l'empereur Othon III. Une autre constitution dont il ne nous reste qu'un fragment respire la même foi et le même zèle pour les lois et la discipline ecclésiastiques. Il est relatif aux vacances abusives que les tribunaux prenaient en Italie à l'époque des moissons et des vendanges. « Faire le bien, dire la vérité, aimer la justice et en formuler les arrêts, dit l'empereur, sont des devoirs de tous les jours et de tous les temps; de même que nous devons sans cesse pratiquer les bonnes œuvres et nous abstenir du mal. Nous réprouvons donc la coutume abusive qui
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1. Oth. III, Comtilut. Pair. La'., tom. GXXXVIII, col. 855.
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p345 CHAP. V. <-? PIEMIÉKE ANNÉE DE POSÏIFICAT.
fait suspendre les séances des juges au temps de la récolte du blé et du vin. « Bienheureux, disait le prophète David, ceux qui gardent le jugement et pratiquent en tout temps la justice 1. » D'un autre eôté, comme il convient que les solennités chrétiennes soient partout observées avec le même respect et la même ferveur, nous interdisons absolument, par l'autorité de Dieu et la nôtre, toute espèce de procédures et d'actes judiciaires les jours de dimanche et de fêtes solennelles, tels que Noël, l'Epiphanie, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, ainsi que durant les jours de jeûne fixés par l'Église2. »