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56. Ces alarmes n'étaient que trop fondées. L'impératrice Théophano fut tout d'abord écartée de la tutelle et de la régence de son fils. Elle se rendit à Pavie près de sa belle-mère sainte Adélaïde : réconciliées un instant par leur commune douleur ces deux illustres veuves confondirent leurs larmes et leurs déchirants souvenirs. L'ambitieux Henri de Bavière, emprisonné pour avoir porté deux fois la main sur la couronne, se fit remettre en liberté par l’évêque d'Utrecht, Poppo, à la garde duquel il avait été confié depuis l'an 978. Il prit possession de la régence et s'empara du jeune Othon III que la diète d'Aix-la-Chapelle avait remis aux soins de l'archevêque de Cologne Varin. En même temps, il affichait la prétention de se faire associer lui-même à la couronne. Bientôt toute l'Allemagne, partagée en deux camps ennemis, fut en feu. Les seigneurs restés fidèles à l'orphelin impérial firent appel au roi de
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grande importance pour établir la tradition de l'Eglise relativement aux indulgences applicables à l'âme des défunts : Equidem sortis memor humana multumque indigent indulgenhœ, ccelx lerrœque Deum et hominem supplex effla-gito, t quicquid hic in mea unquam jeccaverit ecclesia, démens remittal, pro teneficiis autem eentuplum largiotur, potestateque immerito mihi concessa indul-</eo ; le obnixe successorem postulant ut huic veniam nemini in utlimis denegandam semper ex corde trituas. (Thietmar. Chror.ic, lib. II[, cap, xv. Pair. Lat., *om. CXXXIX, col. 1242).
2. Thietmar, Chronic, lib. III, cao. xvi.
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France Lothaire, le conjurant d'intervenir pour la cause du droit royal indignement outragé. Le contre-coup de ces révolutions in-testines se fit ressentir en Italie d'une manière terrible. On en peut en juger par la lettre suivante que Gerbert, le malheureux abbé de Bobbio, adressait alors à Jean XIV. «De quel côté tournerai-je mes pas, très pieux père ? J'ai beau en appeler au siège apostolique; les ennemis en armes occupent toutes les routes et ne me laissent ni la faculté de me rendre près de vous, ni celle de sortir d'Italie. Cependant il me paraît difficile de rester dans un monastère où l'on ne nous a laissé absolument rien, sinon le bâton pastoral et la bénédiction apostolique. Dans l'impossibilité d'établir avec votre sainteté des communications régulières, je vous supplie de me faire transmettre vos instructions verbales ou écrites par l'intermédiaire de la dame Imiza, qui mérite toute la confiance que vous avez en elle et que je partage moi-même. De mon côté, je vous ferai par le même moyen savoir tout ce que je pourrai apprendre d'intéressant sur l'état des affaires politiques. Adieu 1. » Cette dame Imiza dont Gerbert parle ici avec tant d'éloges était attachée à la cour de l'impératrice Théophano. Grâce à son dévouement et à une capacité exceptionnelle, il lui fut donné de rendre à cette époque les plus grands services à la papauté et à l'empire. Dans une lettre que lui adres¬sait plus tard Gerbert, il lui disait : «Je m'estime trop heureux d'être connu et apprécié par un esprit aussi supérieur que le vôtre. » Ce fut sans doute par son influence qu'il put se réconcilier avec l'ancien évêque de Pavie devenu pape et en obtenir la per-mission tant désirée de quitter son exil de Bobbio. Les sentiments de tristesse amère qui remplissaient son cœur, au moment où il lui fut donné de se dérober aux poursuites de ses ennemis et de re¬prendre le chemin de la France, débordent dans ce billet à Gérald, abbé d'Aurillac, son ancien maître : « Elle est éteinte, ô mon père, elle est morte la prospérité des églises du Seigneur. La république chrétienne a sombré, le sanctuaire de Dieu est envahi, le peuple est en proie à tous les tyrans en armes. Je me préparais à mettre les vassaux de mon abbaye en état de défense et à fortifier nos châteaux. Mais en perdant le père de la patrie, j'ai perdu ma dernière espé-
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rance. Je sais maintenant ce que valent la fidélité, les mœurs, le courage des Italiens. Il faut donc céder à la fortune. Je retourne à mes études interrompues, mais toujours chères à mon cœur1. » Il revint en effet à Reims, à son monastère de Saint-Remy, où repre¬nant les fonctions d'écolâtre, il retrouva l'amitié fidèle de l'archevêque Adalbéron et avec lui intervint activement pour la pacification de l'Europe.
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§ VIII. Gerbert archevêque de Reims,
71. Le concile de Saiut-Basle ne fut qu'une assemblée politique, décorée du nom de synode. Ce n'était pas un archevêque, mais un vassal félon, que les pères condamnaient dans la personne d'Arnult. Par un trait de politique fort habile, Hugues Capet voulut que l'odieux du jugement retombât tout entier sur les évêques. Avec un peu plus décourage, ceux-ci auraient pu lui répondre: C'est vous qui avez, pour des raisons d'Élat, promu Arnulf au siège métropolitain de Reims, Les conditions que vous lui avez imposées furent exclusivement politiques ; l'Église, obligée de subir les évêques indignes qu'il vous plaît de nommer, n'a rien à voir dans vos difficultés avec eux. Mais les pères de Saint-Basle étaient bien loin de ces sentiments. Ils subissaient avec orgueil le joug du pouvoir royal; ils trouvaient le moyen de se venger sur la prétendue tyrannie du pape de la profonde servitude où les tenait le roi de France. Les fameuses libertés gallicanes ne furent jamais autre chose. On les nomme gallicanes, on pourrait tout aussi bien les appeler byzan¬tines. Grâces immortelles soient rendues à l'église romaine, mére et maîtresse de toutes les autres, pour l'énergie et l'indomptable courage qu'elle a su, même aux époques de ses plus grands dé¬sastres, déployer pour l'honneur et la véritable liberté des églises particulières ! Sans elle, sans les promesses faites par Jésus-Christ au prince des apôtres et à ses successeurs jusqu'à la fin des siècles, l'épiscopat de toutes les provinces de la catholicité serait aujourd'hui courbé comme celui du schisme russe et oriental sous l'épée d'un czar, ou la verge d'un musulman. Les pères du concile de Saint-Basle frémirent d'indignation quand les clercs de Langres racontaient que Jean XVI, informé de la détention de leur évêque
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Bruno, emprisonné comme otage après la défection d'ArnuIf dont il avait garanti la fidélité sur sa tête, n'avaient reçu du souverain pontife que cette réponse ironique : « C'est à celui pour lequel il s'est porté garant de le faire délivrer. » Authentique ou non, la réponse du pape était profondément juste. Y avait-il rien de moins ecclésiastique que le pacte intervenu entre Hugues Capet et les descendants de la race carlovingienne? S'était-on inquiété le moins du monde, pour transformer un adolescent, bâtard du roi Lothaire, en un primat de la Gaule Belgique et métropolitain de Reims, des qualités qu'il pouvait avoir, de sa capacité, de ses vertus ? N'avait-on pas, au contraire, publiquement déclaré dans l'assemblée élec¬torale de Reims, que ses mœurs étaient suspectes, sa fidélité connue seulement par la trahison de Laon, enfin que sa jeunesse n'inspirait ni sécurité ni confiance ? En vérité, ces évêques gallicans qui fulminaient des imprécations contre Rome parce que deux antipapes, Octavien et Francon, y avaient quelque temps imposé leur domination sacrilège, voyaient la paille dans l'œil du voisin et non la poutre qui obstruait le leur.
72. Quel avait été le rôle de Gerbert dans l'assemblée de Saint-Basle? Les auteurs de l' «Histoire littéraire de France1» prétendent qu'il y tint la plume en qualité de secrétaire, mais ils n'appuient cette assertion que sur le témoignage de Duchesne2, lequel avait conclu du titre de Acta concilii Sancti Basoli, donné depuis par Gerbert au mémoire justificatif publié pour sa propre défense, à sa prétendue qualité de secrétaire officiel. La vérité est qu'aucun témoignage ancien, aucun texte des lettres si nom¬breuses de Gerbert, n'autorisent cette interprétation. Pour notre part, nous la croyons erronée. Il nous paraît impossible que si Gerbert avait assisté avec une qualité officielle au synode, les pères n'eussent pas une seule fois receuru à ses lumières et à son expérience. On n'est pas impunément le plus grand docteur de son siècle» Or Gerbert l'était, de l'aveu de tous. Son titre d'abbé de
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1. Hist htt. de France, tom VI, p. 565.
2. Aadré Duchesne. HUtor. Frantor. tsrlptoru cwtanti, tom. IV, p. 101.
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Bobbio le rendait indépendant du clergé de Reims; il n'était lié par aucune des considérations de convenance ou de droit strict qui retenaient les anciens subordonnés d'Arnulf. Il nous semble donc très-probable que Gerbert n'assista point au concile de Saint-Basle1. Tout au plus y parut-il le dernier jour avec les seigneurs de l'escorte de Hugues Capet. Il n'en était pas moins, dans la pensée de tous, désigné d'avance comme successeur d'Arnulf. L'élection eut lieu selon les formes canoniques: les évêques qui avaient pris part au synode recueillirent les vœux du clergé et du peuple ; ils furent témoins des acclamations dont le nouvel élu fut l'objet. On se souvenait qu'Adalbéron, de grande et glorieuse mémoire, l'avait sur son lit de mort recommandé aux suffrages de ses diocésains. La lettre de notification, que les évêques de la province rédigèrent sous forme de mandement, était ainsi conçue : « Les jugements de Dieu toujours justes, ont cependant, nos très-chers frères, un côté mystérieux qui échappe souvent à la prudence humaine. C'est ainsi qu'après la mort de notre père Adalbéron de bienheureuse mémoire, nous avons promu au siège de Reims un clerc issu de race royale, nommé Arnulf. Les acclamations de la multitude nous imposèrent ce choix. Il nous sembla que «la voix du peuple », en cette circonstance, « était la voix de Dieu. » Nous nous trompions, notre jugement s'est égaré pour avoir suivi imprudemment la lettre de l'Écriture sans en pénétrer plus exactement le sens. A coup sûr quand la multitude juive vociférait aux oreilles de Pilate : Crucifige, crucifige ! elle n'était pas l'interprète de la voix de Dieu. Donc, toute voix du peuple n'est pas l'expression de la volonté di¬vine. Dans une élection épiscopale, les vœux du clergé et du peuple n'ont de valeur qu'autant qu'ils ne sont pas inspirés par des considérations d'intérêt personnel ou des brigues de parti. Il n'est pas permis, disent les canons, de laisser à la foule l'élection aux fonctions du sacerdoce catholique ; c'est aux évêques qu'il appartient
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1. Dans une lettre écrite plus tard à l'abbé d'Aurillac, Gerbert semble dire formellement qu'il était absent lors de son élection sur le siège de Reims : Dum urbem Remorum eauta Dti fUgio, urbi Rtinorum gratta Dei pmlatuttwn ^Epist. cxcix, p. 134).
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de prononcer, après avoir examiné soigneusement si le candidat est instruit dans la foi, les saintes lettres et les devoirs du ministère épiscopal. Voulant donc nous conformer aux constitutions des saints pères, avec le concours de nos deux augustes rois Hugues et Robert, après nous être assurés du consentement de ceux qui, dans le clergé et le peuple, sont vraiment des hommes de Dieu, nous avons élu pour archevêque l'abbé de Bobbio, Gerbert, ce docteur illustre dont la maturité, la prudence, le talent, l'affabilité et la mansuétude sont universellement connus. Il est passé le temps où un jeune ambitieux, par son inconstance et sa témérité, a bouleversé l'église métropolitaine. Gerbert, ce savant et modeste religieux dont l'expérience et les vertus n'ont pas besoin d'éloges, nous dirigera sûrement dans les voies du salut1.» Tel est cet acte de notification, sorte Je procès-verbal officiel de l'élection de Gerbert. L'écolâtre de Reims, ancien secrétaire d'État sous Adalbéron, et depuis conseiller intime de Hugues Capet, méritait surabondamment les éloges dont il est ici l'objet. Mais son élection, quoi qu'en disent les évêques dans leur lettre, ne pouvait être régulière sans l'approbation préalable du souverain pontife. Avant d'y procéder cauoniquement, il aurait fallu que le siège apostolique, centre et foyer de l'apostolat, eût ratifié la déposition d'Arnulf. Gerbert eut donc tort d'accepter la dignité qui lui était offerte. Il est vrai que plus tard il déclara qu'on l'avait contraint, hoc officium me suscipere coegerunt ; qu'on avait tout fait à son insu, me inscio2. Certes, quand Gerbert s'exprime ainsi, nul n'aurait le droit de suspecter sa parole; nous ne doutons point de sa véracité. Mais s'il opposa la résistance de la modestie et de l'humilité chrétiennes aux vœux du roi, des évêques et du peuple, il eut le tort de ne pas dire la seule parole qui aurait été décisive : Mon élection est nulle tant qu'elle n'aura point reçu la confirmation du vicaire de Jésus-Christ. Ajoutons qu'il était alors bien loin d'avoir de tels scrupules, et que de bonne foi il partageait les idées d'Arnould d'Orléans sur la papauté, dont il
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1 Gerbert, Epist. CLXXVII. Edit. OUeris, p. 97.
2. Ibid. Epist. cxcui, p. 128.
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allait bientôt devenir l'un des plus glorieux représentants. Il finit donc par céder aux instances qui lui furent adressées, fit la profession de foi1 exigée de tous les évêques élus, et fut sacré solennel¬lement en qualité de métropolitain de Reims (991). Hugues Capet renouvela en sa faveur ce qu'il avait fait pour Adalbéron et lui donna le titre de grand-chancelier du royaume2.
73. Tant d'honneurs accumulés sur sa tête ne tardèrent pas à se changer en d'effroyables calamités, Les deux premières années de son pontificat furent cependaut prospères; le nouvel archevêque déploya une énergie peu commune pour la répression des abus dans le ressort de sa province3. On le choisissait pour arbitre dans les conflits malheureusement trop fréquents à cette époque entre les évêques et les principaux monastères, pour des revendications de territoire, des droits de juridiction et de dîmes. C'est ainsi qu'il dut intervenir dans un différend entre les religieux de Saint-Denys et l'évêque de Paris, Renaud de Vendôme 4, ainsi qu'entre l'archevêque de Tours Archambaud et les religieux de Saint-Martin 5. Dans cette double discussion, Gerbert, zélé défenseur des privilèges épiscopaux, se prononça en faveur des évêques contre les prétentions monastiques, « et peut-être, dit M. Lausser, pourrait-on trouver cdans ce fait l'explication des insinuations calomnieuses et des attaques violentes dont il fut l'objet de la part de certains chroniqueurs appartenant à ces ordres religieux qu'il avait peu ménagés 6. » Du reste, dans le différend des moines de Saint-Denys avec leur évêque diocésain, Gerbert eut à lutter contre l'influence de Hugues Capet, qui avait pris parti pour les religieux 7. Il y a donc tout lieu de croire que son jugement fut impartial. Quant aux démêlés de l'archevêque de Tours avec les moines de Saint-Martin, un concile provincial, réuni
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1 Le texte nous en a été conîcrvô. Epitt-, ctxxrai, p. 98.
2. Gall. Christiana, tom. IX, p. 62.
3. Cf. Gerbert. Epist. CLXXIVUI. Edit Olleris.p. 105.
4. Ibid. Epitt. CLXXXIX.
5. Epitt. cxc.p. 106.
6. Lausser. Gerbert, p. 245.
7. Gerbert. Epist, CLXXXIX, p. 106.
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dans l'église de Saint Paul à Cormery, confirma la sentence de Gerbert1. Au milieu de ses occupations extérieures et de ses sollicitudes pastorales, le nouvel archevêque sut trouver encore assez de loisirs pour composer un traité « du Corps et du sang du Seigneur, » qui est, sans contredit, l'une des plus éloquentes expositions du dogme eucharistique. On aime à voir ce puissant génie, qui faisait de la science l'auxiliaire obligé de la foi, reconnaître à la raison des bornes infranchissables, et en présence du mystère, avouer son impuissance avec cette humilité qui est un des plus nobles caractères des esprits supérieurs. « L'amour et le culte de la justice, dit-il, engendrent la piété dont la science est un des fruits les plus précieux; c'est ainsi que nous voyons souvent des âmes simples et naïves, mais riches en vertus et en bonnes œuvres, pénétrer plus avant dans la science des mystères que les intelligences les plus cultivées. C'est moins par des arguments que par la prière et les aspirations du cœur que nous sentirons combien est réelle et non figurée la présence du Seigneur dans le sacrement de l'autel. La foi commence où s'arrête la raison 2.»
74. Ces nobles études pouvaient distraire quelque peu la pensée de Gerbert des complications qui s'annonçaient fort menaçantes, mais bientôt il dut les abandonner pour concentrer toute son énergie, ramasser toutes ses forces et déployer les ressources de son éloquence en faveur dune mauvaise cause qui avait en outre le tort de lui être trop personnelle. Dès le mois de mai 991, quelques semaines avant la tenue du concile de Saint-Basle, Jean XVI, échappé enfin à la captivité où Crescentius le retenait à Rome, s'était réfugié en Toscane, et de là il se hâtait de faire partir pour la Germanie, en qualité de légat apostolique, le supérieur du monas¬tère romain de Saint-Boniface, le vénérable abbé Léon. Le légat devait supplier le jeune Othon III de venir promptement en Italie pour mettre fin aux criminelles tentatives de Crescentius, et rendre la paix à l'église de Rome. Crette première mission accomplie, il
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1. Gerbert, Epùtn 2xc.
2. lbid.. De corp. et sanguine Domini, cap. vu, édit. Olleris, p. 286.
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p279 CHAP. III. — GEBBERT ARCHEYÊQUB DE REIMS.
avait ordre de se rendre en France pour faire une enquête au nom du souverain pontife sur les accusations portées par Hugues Capet contre l'archevêque Arnulf. Favorablement accueilli à la cour d'Allemagne, le légat obtint la promesse formelle d'une prochaine expédition du jeune roi en Italie. Il était encore à Aix-la-Chapelle, lorsqu'il apprit à la fois la condamnation d'Arnulf au synode de Saint-Basle, sa déposition et l'élection de Gerbert. Il écrivit aussitôt à Hugues Capet une lettre véhémente, pour protester contre des actes aussi attentatoires aux droits du saint-siége. Le roi ne lui répondit pas, et Léon retourna sur-le-champ en Italie pour rendre compte à Jean XVI du résultat de sa double mission. Hugues Capet, qui n'avait pas jugé à propos de répondre au légat, crut devoir écrire directement au pape. Il le fit en ces termes : « Votre béatitude recevra de la part des évêques de mon royaume et de la mienne, par Tendon, archidiacre de l'église de Reims, un récit détaillé du procès et de la condamnation d'Arnulf. Nous y joignons notre instante prière, vous suppliant de vouloir bien reconnaître nos droits, sans vous arrêter à des rapports erronés ou malveillants. Nous n'avons en rien agi contre votre autorité apostolique. S'il vous restait sur ce point quelque inquiétude, la ville de Grenoble, située sur les confins de l'Italie et de la Gaule, pourrait être fixée comme lieu de rendez-vous. Nous accueillerons votre sainteté avec tous les honneurs et le respect filial qui lui sont dus. Nos paroles sont l'expression d'un amour sincère ; elles sont de plus la preuve manifeste que nous ne cherchons point à nous soustraire à votre jugement. Nous vous prions donc de rece¬voir favorablement l'archidiacre notre envoyé, afin que le succès de sa mission réjouisse le cœur de vos fils très-dévoués1. » A cette missive royale,assez hautaine dans le fond et la forme, Gerbert joignit un petit billet ainsi conçu : « J'ai ressenti la plus amère dou-leur en apprenant qu'on m'a dépeint aux yeux de votre sainteté comme coupable d'intrusion sur Je siège de Reims. Jusqu'à ce jour je n'ai cherché dans l'Église de Dieu qu'à être utile à tous et à ne
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1 Gerbert. O/iera. Epist. CLXXIX, p. 100.
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léser personne. Je n'ai point divulgué les fautes d'Arnuif dans le dessein, comme le prétendent mes ennemis, d'usurper «on siège. Dieu m'en est témoin, et tous ceux qui me connaissent savent que j'en serais incapable 1. »
75. Entre ces deux missives qui se rapportent l'une et l'autre à l’an 991 et la réponse définitive de Jean XVI, il s'écoula deux ans. Cet intervalle fut absorbé par les négociations que Crescentius entama avec le souverain pontife exilé et qui se terminèrent, ainsi que la notice du Codex Regius nous l'apprend, par le retour du Pape à Rome. Ce ne fut donc qu'en janvier 993 que le pape put formuler sa réponse. Elle fut terrible. Dans un concile romain tenu à Saint-Jean-de-Latran, le même où il fut procédé à la canonisation de saint Udalric, le souverain pontife prononça une sentence d'interdit contre les évêques qui avaient pris part à la déposition d'Arnulf. Cette nouvelle retentit comme un coup de foudre dans toutes les Gaules. Gerbert éclata en imprécations, et, il faut bien le dire, dépassa toute mesure. « On prétend, écrit-il à l'archevêque de Sens Siguin, que Rome justifie ce que vous avez condamné et qu'elle réprouve ce que vous avez justifié. Moi, je dis avec l'apôtre : C'est Dieu qui justifie, et quand il le fait qui donc oserait condamner2?» De quel droit voudrait-on soutenir que pour la déposition d'Arnulf nous devions attendre le jugement de l'évêque de Rome? Est-ce que le jugement de l'évêque de Rome l'emporte sur celui de. Dieu ? Parce que le pape Marcellin brûla de l'encens devant la statue de Jupiter, est-ce que tous les évêques sont obligés d'en faire autant? L'évêque de Rome peut nous séparer de sa communion, mais il ne saurait nous séparer de la communion et de la charité du Christ 3. » A l'évêque de Strasbourg, Wilderode, il adressait un véritable réquisitoire, plus violent encore que n'avait été le discours du promoteur au concile de Saint-Basle. « 0 Christ, l'unique salut des hommes ! s'écriait-il. On dit que Rome, jusqu'ici
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1. Gerbert Eptst, axa.
2. Rom., vin, S.
3. Gerbert. Epist, exem, p. 131.
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considérée comme la mère de toutes les églises, vient de maudire les bons, de bénir les méchants, de communiquer avec ceux auxquels l'apôtre défend dédire ave. Elle condamne les zélateurs de votre loi, ô Christ mon Dieu ! elle abuse du pouvoir de lier et de délier qu'elle a reçu de vous. Elle oublie que vous examinez non la forme de la sentence, mais la conduite des accusés, et qu'il n'est donné à aucun homme sur la terre de justifier l'impie et de condamner le juste 1. » Non content d'écrire, Gerbert voulut faire approuver de nouveau ses principes par un synode, qui se tint à Chelles en 993. « Le roi Robert y présida, dit Richer. Les archevêques Siguin de Sens, Archambaud de Tours, Daïbert de Bourges, y assistèrent avec quelques-uns de leurs suffragants. Gerbert de Reims y fit les fonctions de promoteur. Ou convint de s'unir dans une ligue commune, afin de n'avoir en tout qu'un cœur et qu'une âme. Il fut statué que si le pape de Rome venait à rendre un décret contraire à l'enseignement des Pères, ce décret serait considéré comme nul et non avenu, et qu'on lui appliquerait la parole de l'apôtre : Hœreticum hominem devita. Enfin l'abdication d'Arnulf et la promotion de Ger-bert furent de nouveau sanctionnées, et l'on rappela à ce propos la parole des canons : «Nul ne doit infirmer témérairement ce qui a été établi par un concile provincial 2. »