Darras tome 36 p. 12
5. Les triomphes des Jésuites en Allemagne prouvent que les succès du protestantisme n'avaient été qu'un feu de paille. On avait enlevé par la violence des populations toujours faciles à séduire, lorsqu'on ne fait appel qu'aux passions ; au premier rayon de grâce, ces populations séduites revenaient à la foi des aïeux. On n'avait pas réussi, du reste, à mettre la constitution de l'Empire, essentiellement hiérarchique, en rapport avec les théories insolentes du libre examen. La paix de religion avait simplement accru les prérogatives de la souveraineté temporelle ; les États représentatifs avaient reçu, par là même, dans la sphère spirituelle, une grande indépendance. Depuis lors, la situation confessionnelle d'un pays dépendait uniquement de la conviction du prince et de la bonne intelligence qui régnait entre lui et les États. Cette situation avait été imaginée par Luther pour faciliter sa révolte ; mais Luther s'était fait une situation fausse ; les attributions spirituelles des États et des princes pouvaient tourner tout à l'avantage du catholicisme. Ce résultat se produisit d'abord en Bavière. Depuis longtemps il régnait des différends entre le prince et les États. Le duc éprouvait des embarras d'argent ; chaque fois qu'il demandait assistance, les États, en retour, lui demandaient des concessions religieuses. Cette opposition inspira des craintes et détermina l'appel des Jésuites. Albert était d'ailleurs catholique convaincu. Le Pape fixa son attention sur cette inévitable conséquence du libre examen qui entraînait la diminution de l'obéissance de ses sujets ; en lui cédant une dîme des biens du clergé, il appuya ses exhortations par des témoignages de faveur et le délivra des exigences des Etats. Pour désarmer l'opposition, le duc convoqua, en 1563, une diète à Ingolstadt. Les prélats étaient favorablement prévenus ; le duc s'adressa aux villes ; les villes, soit par conviction, soit par intérêt, se désistèrent de toute demande. Il ne restait plus à gagner que la noblesse ; elle se fit déposséder en conspirant contre le prince. Restaient quelques communes de la Basse-Bavière, le duc leur imposa silence. Bientôt il n'y eut plus, en Allemagne,
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de prince plus orthodoxe qu'Albert ; il se mit très sérieusement à l'œuvre pour ramener son pays au giron de l'Eglise. Les professeurs d'Ingolstadt durent signer la profession de foi de Pie IV, les fonctionnaires durent adhérer à la foi catholique ; les prédicants, de gré ou de force, évacuèrent la contrée. On fit un index de livres prohibés ; on brûla les livres défendus ; les auteurs furent encouragés à écrire des livres orthodoxes et le duc fit éditer lui-même des vies de saints. « Le désir le plus ardent de Sa Sainteté, écrivait Grégoire XIII, est de rétablir la discipline de l'Église qui est presque perdue ; mais il comprend en même temps qu'il lui faut s'allier avec les princes pour atteindre un but si important : la religion a été conservée par la piété des princes ; c'est avec leur secours qu'il peut rétablir la discipline de l'Église et les mœurs (1). » Le Pape confie au duc le droit de stimuler les évêques négligents, de faire exécuter les décrets d'un synode, d'encourager à l'érection des séminaires. Ce n'est pas un droit strict qu'il confère, mais un privilège, et il demande, en retour, des services. La Bavière acquit, par là, une grande importance politique ; elle représentait un principe qui acquérait chaque jour une nouvelle force ; les petits princes allemands regardèrent le roi de Bavière comme leur chef. Le duc s'efforçait de rétablir le catholicisme partout où s'étendait son autorité. Il le fit immédiatement dans le comté de Haag et à Baden-Baden. Ce mouvement de retour, cela va sans dire, s'effectuait avec non moins de décision dans les Etats ecclésiastiques. Les princes ecclésiastiques d'Allemagne étaient avant tout évêques, et les papes ne négligeaient aucune occasion de faire recevoir les décrets de Trente. Mayence, Trêves, Cologne, Osnabruck, Wurtzbourg se prêtèrent de grand cœur à cette discipline; les universités s'y soumirent également. Des séminaires furent fondés près des évêchés ; on commença la visite des églises ; les évêques rivalisèrent de zèle pour hâter les conversions. Les princes ecclésiastiques avaient les mêmes motifs que les princes temporels pour ramener leurs provinces à la religion ; ces motifs étaient encore plus pressants, puisqu'une population inclinée au protestantisme, à cause de leur
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(1) Legatio Gregoriï XIII, 1573.
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caractère sacerdotal, devait leur faire une opposition plus énergique. A Trêves, à Mayence, à Fulde, le clergé, les moines, les populations, tout se renouvela. C'est ainsi qu'au moment où il paraissait vaincu, le Saint-Siège releva sa puissance en Allemagne. « Les motifs les plus divers, dit Ranke, contribuèrent à ce succès : les progrès de la religion catholique, qui se propageait de plus en plus ; la subordination ecclésiastique renouvelée et réformée par les décrets de Trente, et encore la politique intérieure, intéressée au triomphe du catholicisme. Il était évident qu'un prince était bien plus puissant quand ses sujets professaient avec lui, une même religion. La restauration ecclésiastique ne s'était emparée, à la vérité, que des points isolés, épars, mais qui présentaient une perspective immense d'accroissement. De quelle importance n'était-ce pas, surtout pour les princes ecclésiastiques, de ne rencontrer aucune opposition générale. Les plus grands changements se réalisèrent donc sans bruit, sans qu'on les observât, sans qu'on en fit mention dans les livres d'histoire, comme si les choses n'avaient pu se passer autrement. » Non in commotione Dominus.
6. Ce mouvement de rénovation fut entravé en 1582, par l'apostasie de Gehbard Truchsès, archevêque de Cologne. La guerre éclata ; Truchsès fut vaincu. Cette défaite devait exercer, sur la consolidation du catholicisme, la plus heureuse influence. Les prêtres expulsés rentrèrent, le chapitre se réforma, la politique modérée des nonces fit le reste. La mort de l'évêque de Paderborn appela sur son siège, un catholique décidé, Théodore de Furstemberg. L'évêque appela des jésuites, leur présence était partout le signe et l'instrument de la régénération. Paderborn était un champ sec, qui donne des peines extraordinaires et qui cependant ne veut porter aucun fruit : il y eut du tirage, mais les Jésuites ne connaissent pas d'obstacles invincibles. Le duc Ernest de Bavière fut appelé au siège de Munster ; il possédait aussi l'évêché de Hildesheim ; à Hildesheim, il fit prêcher un jésuite et remporta les plus beaux fruits de conversion ; à Munster, il chargea la Compagnie de l'éducation de la jeunesse. Les écoles firent connaître le mérite extraordinaire des Jésuites : la troisième année, ils comptaient mille
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écoliers. « C'est ainsi que, dans une grande partie de la Basse-Allemagne, le catholicisme, s'il ne fut pas complètement rétabli, fut du moins maintenu et fortifié ; au milieu des grands dangers qui le menaçaient, il conquit une prépondérance, qui, dans la suite des temps, pouvait parvenir à une entière domination. » Cette conclusion est de Ranke. Dans la Haute-Allemagne, un mouvement analogue se déclara. En Franconie, l'évêque de Wurtzbourg, Jules Editer de Mespelbronn, accompagné de quelques jésuites, fit, dans un esprit tout catholique, et avec une énergie indomptable, la visite de toutes les églises. Dans chaque ville, il convoquait le bourgmestre et les conseillers, rejetait les prédicateurs protestants, écartait les fonctionnaires rebelles à ses volontés et obligeait à choisir entre la messe et l'émigration. «Mes scrupules ne viennent pas de ce que je fais, disait-il, mais de ce que je le fais si tard. » Toutes les anciennes institutions furent rétablies; les dévotions, les confréries, les pèlerinages furent ressuscités. Des processions parcouraient les rues ; le son des cloches avertissait à heures fixes pour l’Ave Maria; l'évêque fit rebâtir trois cents églises. Beaux fruits d'une noble résolution et preuve de ce que peut une bravoure qui s'élève au-dessus de toutes les prudences. L'exemple de Wurtzbourg fut suivi à Bamberg. L'évêque, Ernest de Mengersdorf, déclara, lui aussi, qu'il voulait diriger ses sujets vers la vraie religion catholique et qu'aucun danger ne le détournerait de l'accomplissement de son devoir. » A Salzbourg, le jeune archevêque, Loup de Raittenau, procéda même avec rigueur contre les récalcitrants. Dans les villes, l'œuvre de restauration catholique s'accomplissait de la même manière que dans les principautés ecclésiastiques et temporelles. Les conseils municipaux faisaient ce qu'avaient fait ailleurs les évêques et les princes. Les nonces qui commencèrent à cette époque à résider régulièrement en Allemagne, s'efforcèrent avant tout de favoriser et d'étendre les progrès de cette grande victoire du catholicisme. C'était une réaction immense. Le protestantisme était repoussé avec la même énergie qui l'avait fait auparavant triompher. La marée montante finit par atteindre les princes. En 1390, nous voyons Jacques de Baden
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abdiquer le protestantisme : il était le premier d'une longue série.
7. En Styrie, le changement commença l'année même où les États évangéliques obtinrent les mêmes libertés qu'en Autriche. Aussitôt que Rodolphe II eut reçu le serment de fidélité, on remarqua qu'il différait entièrement de son père; il pratiquait les actes de dévotion avec une entière rigidité et suivait les processions au cœur même de l'hiver, tête nue, un cierge à la main. Cette disposition d'esprit du souverain, les faveurs qu'il accordait aux Jésuites, excitèrent des mouvements de violente opposition. A la Fête-Dieu, les séditieux eurent l'audace de rompre les rangs de la procession. Ces excès provoquèrent une réaction catholique, qui, de l'Autriche, passa en Styrie. L'archiduc Charles avait été obligé de faire des concessions. Le duc Albert de Bavière lui avait donné trois conseils, savoir : de n'admettre aux emplois que les catholiques, de séparer dans les diètes, les divers États des uns des autres et de se mettre en bonne intelligence avec le Pape. Comme l'archiduc était privé d'argent, Grégoire XIII lui envoya 40,000 scudi. Le nonce Malespina fut dépêché de Rome pour l'éclairer et l'encourager dans sa politique. Charles avait déjà réussi à séparer les évêques du parti des prélats ; le nonce fonda entre eux, les fonctionnaires et les catholiques, une union étroite dont il fut le centre ; il sut ainsi former autour du prince, un fort parti. L'archiduc devint, par ces moyens, tout à fait inébranlable. Les mesures contraires à la réforme furent exécutées dans tous les domaines ; les paroisses, les conseils de villes furent occupés par les catholiques. Les princes ecclésiastiques, qui possédaient quelques domaines dans ces contrées, vinrent au secours des autorités temporelles. Cette réaction s'étendit à toutes les appartenances autrichiennes. Quoique le Tyrol fut resté catholique, l'archiduc Ferdinand ne négligea pas, à Inspruck, de tenir son clergé dans une sévère subordination et de veiller à ce que tout le monde se présentât à la table sainte. On établit des écoles le dimanche pour le bas peuple. Le cardinal André, fils de Ferdinand, fit imprimer les catéchismes et les distribua à la jeunesse des écoles ainsi qu'aux personnes peu
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instruites. Dans les contrées où le protestantisme avait pénétré, on ne s'en tint pas à des mesures aussi douces. Dans le margraviat de Burgau, quoiqu'il fut acquis depuis peu, dans la province de Souabe, quoique la juridiction y fut contestée, on procéda, comme avait fait l'archiduc Charles, en Styrie. Le Pape vantait les princes autrichiens comme les colonnes de la chrétienté. A Gratz, on considéra l'acquisition d'un comté, tombé en dévolution, comme une récompense pour de si nombreux services rendus à l'Eglise (1).
8. Pendant que le catholicisme regagnait tant de terrain en Allemagne, il se releva aussi dans les Pays-Bas, mais d'une manière différente. Cette différence fondamentale, provient de ce qu'il existait, dans ces pays, des pouvoirs centraux fortement constitués ; ils se mêlaient, avec une spontanéité énergique, à chaque mouvement, dirigeaient les entreprises religieuses ; d'où il résultait plus d'unité dans les rapports, plus de suite et de résolution dans les actes. On connaît déjà les différentes mesures que prit Philippe II pour introduire et maintenir, dans les Flandres, une obéissance parfaite ; il ne maintint avec sévérité que celles qui devaient servir à la conservation du catholicisme et de l'unité spirituelle. S'il eût accordé quelques concessions sur ce point, on lui en eût demandé de pareilles en Espagne, et cette relâche eût entraîné la dislocation de sa puissante monarchie. Depuis le Concile de Trente, les évêchés avaient acquis, par la réforme disciplinaire, une haute importance ; Philippe s'appuya toujours avec beaucoup d'intelligence sur ses évêques. Nous n'avons plus à parler ici des faits politiques, de la succession des gouverneurs et des incidents du combat.
Pendant que les soldats se battaient, les évêques agissaient avec un grand sens et un admirable zèle. A Arras, François Richardot, qui avait puisé au concile de Trente les principes de la restauration catholique; chez lequel on ne peut assez louer la rare union : dans les discours, de la solidité et de la vivacité, de l'élégance et de l'érudition, et, dans sa vie, l'austérité et l'ardeur, jointe à une parfaite connaissance du monde ; à Namur, Antoine Havet, domi-
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(1) Hist. de la Papauté, t. II, p. 173.
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nicain, peut-être moins profond politique, mais aussi ancien membre du concile, également infatigable à en faire observer les décrets; à Saint-Omer, Girard de Haméricourt, un des plus riches prélats de toutes ces provinces, en même temps, abbé de Saint-Bertin, préoccupé à cette époque du soin de faire étudier les jeunes gens, de fonder des écoles, et qui le premier, a établi sur un revenu assuré un collège de jésuites dans les Pays-Bas; tous, à côté des agissements de la force, faisaient marcher les bienfaits de la grâce divine. Tandis que les autres provinces étaient bouleversées, sous ces chefs et sous d'autres pareils, l'Artois, le Hainaut, Namur étaient à l'abri des fureurs des iconoclastes. Ces régions furent mises, par leur fidélité, à l'abri des rigueurs du duc d'Albe. Les réformes du concile de Trente, furent introduites par les conciles provinciaux et les synodes diocésains ; l'influence des Jésuites se répandit avec rapidité, rayonnant des centres de Saint-Omer et surtout de Douai. Philippe II était un homme politique : aux soldats pour combattre la sédition, il avait superposé des évêques, adjoint des professeurs et des moines. Afin de procurer à ceux de ses sujets qui parlaient français, le moyen de faire leurs études dans le pays, il avait fondé l'université de Douai. Non loin de Douai est Aveline, abbaye de bénédictins. Pendant que la plus grande partie des autres provinces était ravagée par les iconoclastes, l'abbé d'Anchin, Jean Leutailleur, se livrait avec les moines, aux exercices spirituels d'Ignace. La vive impression que ces exercices avaient produit sur les âmes, détermina l'abbé à fonder, dans l'université nouvelle, avec les revenus de l'abbaye, un collège de jésuites; ce collège fut ouvert en 1508; il obtint une certaine indépendance et prospéra bientôt d'une façon extraordinaire. Huit ans après, l'état florissant de l'université elle-même, sous le rapport des études et des lettres, était attribué aux jésuites : non seulement leur collège est rempli, disait-on, d'une jeunesse pieuse et studieuse, mais les autres collèges ont prospéré en rivalisant avec celui-ci ; par lui, l'université fut pourvue d'excellents théologiens et tout l'Artois, le Hainaut, d'un grand nombre de pasteurs. Ce collège devint insensiblement, pour toutes les contrées d'alentour, le centre et le foyer du catho-
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licisme. En 1578, les provinces wallonnes passaient, près des contemporains, pour très catholiques. Cette prospérité religieuse était, il est vrai, menacée par la prépondérance croissante du protestantisme gueux. Les moyens de propagande étaient l'abolition des évêchés, la confiscation des abbayes, la conversion des couvents en hôpitaux et en casernes. Les magistrats des villes, la noblesse du pays, le clergé, couraient tous des dangers imminents. Don Juan ne se borna pas à combattre les rebelles, il usa aussi de moyens de pacification; il réveilla les anciennes sympathies pour la maison de Bourgogne et attira dans son parti deux hommes puissants, Pardieu de la Motte, gouverneur de Gravelines et Mathieu Moulart; évêque d'Arras. De la Motte écarta les garnisons suspectes de gueuserie ; Moulart s'occupa surtout à amener une réconciliation avec le roi, et, par la grâce de Dieu, réussit complètement. Alexandre Farnèse, continua la même politique de persuasion; il était assisté par un neveu de l'ancien évêque d'Arras, Richardot, «un homme qui, suivant Cabrera, possédait un bon jugement dans diverses matières, était très exercé dans toutes et savait habilement diriger toutes les affaires, de quelque nature qu'elles fussent» ; et par Sarrazin, abbé de Saint-Waast, qui, d'après le portrait qu'en fait le même Cabrera, « était un grand politique sous une apparence calme et savait se faire considérer par tout le monde (1) ». Nous n'entrerons pas dans le détail de ces négociations. Il suffit d'observer que, du côté des provinces, l'intérêt et la religion les poussaient vers le roi, tandis que le prince savait tirer le meilleur parti possible de l'influence sacerdotale et de l'habileté diplomatique. Ici, nous devons constater un ensemble heureux de circonstances favorables aux bonnes volontés. Ailleurs, pour combattre la gueuserie, Philippe était obligé de supprimer les privilèges des provinces : dans l'Artois, pour défendre la foi, il devait respecter ces privilèges. Ces provinces tenaient beaucoup à leurs franchises; elles trouvaient donc, dans le roi, un protecteur. Dans toutes les questions politiques, les Espagnols se montraient modérés; dans les affaires de religion, ils étaient inexorables. On ne pensait pas seulement à la possibi-
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(1) Cabrera, Felipesegundo, p. 1021.
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lité d'accorder aux protestants une église, ou même l'autorisation de célébrer ; les prédicants saisis étaient pendus. « Sous un certain rapport, confesse Ranke, cette conduite était ce qu'il y avait de plus prudent, attendu la position dans laquelle on se trouvait. Jamais on n'eût obtenu une soumission parfaite des protestants et par cette politique décidée, on mit de son côté, tous les éléments du catholicisme encore vivant dans le pays. » Après chaque capitulation, la première et la dernière condition était de rappeler les prêtres et les moines, de rétablir les églises et chapelles. L'arrivée des Jésuites sauvegarda tous les fruits de la victoire. Autrefois, Philippe avait éprouvé, à leur égard, des hésitations ; par suite des événements de guerre, il les rappela, avec la faveur déclarée du pouvoir. Les Farnèse étaient d'ailleurs des protecteurs tout particuliers de la Compagnie ; Alexandre avait un jésuite pour confesseur; il vit dans cet Ordre le plus puissant instrument pour rendre entièrement au catholicisme le pays à demi protestant qu'il avait conquis. La première ville où les Jésuites se présentèrent, fut la première ville conquise, Courtray. Le curé de la ville, qui avait fait leur connaissance à Douai, entra dans l'Ordre et exhorta ses paroissiens à ne pas se priver plus longtemps des secours spirituels de la société. Aussitôt que Bruges et Ypres se furent rendus, les Jésuites y arrivèrent : le roi s'empressa de leur accorder quelques couvents ravagés pendant les troubles. A Gand, singulier retour de fortune, on restaura pour eux la maison d'un grand démagogue, qui avait été la cause de la ruine provisoire du catholicisme. Anvers dut aussi accepter les Jésuites et leur rendre les biens qu'ils avaient possédés auparavant. L'historiographe de l'Ordre raconte ce fait avec plaisir ; par une faveur spéciale, les biens qu'ils avaient laissés endettés, leur furent rendus sans dettes. A Bruxelles, il en fut de même; le prince de Parme accorda aux Jésuites, un secours des caisses royales, l'autorisation de posséder des biens fonds et d'user librement des privilèges octroyés par le siège apostolique. En 1583, les Capucins suivirent les Jésuites et s'établirent à Anvers; ils obtinrent aussi de merveilleux succès. La Belgique, déjà à demi protestante, devint un des pays les plus catholiques du monde. Ces résultats
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confirmèrent de plus en plus dans cette opinion, qu'on ne doit tolérer qu'une seule religion dans une société. « En matière de religion, disait un oracle du temps, Juste-Lipse, on ne doit admettre ni grâce, ni indulgence ; la véritable tolérance, c'est de n'en pas avoir; pour en sauver un plus grand nombre, il ne faut pas hésiter à en sacrifier quelques-uns. »