Darras tome 14 p. 210
§ II. Retour des Burgondes à la foi catholique.
5. L'événement tragique auquel nous venons de faire allusion est intimement lié à l'histoire de la conversion des Burgondes. On se rappelle l'inutilité des efforts tentés par saint Avit pour amener
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1 Du Roure.. Hist. de Théodoric, Jiv. Vil, chap. i, tom. Il, pag. 107-108.
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Gondebaud à la profession de la foi catholique. L'illustre évêque de Vienne, secondé par les conseils et les prières de saint Rémi, multipliait les exhortations et redoublait de zèle, sans aboutir au résultat désiré. Gondebaud avait deux fils, Sigismond et Gondomar. L'expérience personnelle, non moins que l'exemple de ce qui se passait chez les Francs, ses dangereux voisins, avait appris au vieux roi le danger des divisions territoriales entre princes cohéritiers d'une même couronne. Il voulait donc éviter, après sa mort, le partage légal de la Burgondie entre ses deux enfants. Cette pensée était d'un sage et habile politique. Nous ne savons les moyens qu'il employa pour la réaliser sans secousses violentes, et sans protestations de la part du puîné. Mais il est certain que Sigismond fut associé au gouvernement de l'état du vivant même de son père, et qu'il porta conjointement avec lui le titre de roi. Gondebaud lui fit épouser Ostrogotha, seconde fille de Théodoric et sœur d'Amalasonthe, dans l'espoir de créer un lien plus étroit entre la monarchie burgonde et le puissant roi d'Italie. A cette époque, Sigismond était lui-même arien, et, s'il faut en croire les actes de saint Apollinaire de Valence, frère de saint Avit, il portait jusqu'au fanatisme l'attachement à cette erreur héréditaire.
6. « Etienne, un des principaux officiers du roi Sigismond, intendant général du fisc, disent ces actes, avait épousé en secondes noces sa belle-sœur. Ce fonctionnaire professait la foi catholique, et dès lors relevait de la juridiction spirituelle de l'évêque de Valence. L'alliance qu'il venait de contracter était absolument interdite par les canons. De concert avec saint Avit, Apollinaire réunit un concile où l'incestueux fut solennellement excommunié. Sigismond prit cette mesure comme un outrage personnel : il éclata en menaces contre les évêques catholiques, déclarant qu'il ne voulait plus voir jamais Apollinaire. Celui-ci demeura quelque temps dans une bourgade des environs de Lyon 1, s'attendant de jour en jour
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1 lnopptdo civitalis Lugdunensium,guod nuncupatur Sardinia. (Bolland., Âct. S. Aviii, 5 febr.) Nous n'avons pu rétablir l'identification de cette localité.
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à être envoyé en exil. Sur les entrefaites, Sigismond fut pris d'une fièvre violente qui mit sa vie en danger. La reine Ostrogotha ne partageait pas les sentiments hérétiques de son époux l : elle vint se jeter aux pieds d'Apollinaire, le suppliant de visiter l'auguste malade et de prier sur lui, afin que le Seigneur lui rendît la santé. L'humble pontife ne consentit point à une telle démarche. Il se croyait indigne d'obtenir du ciel un miracle. La reine redoubla d'instances : fondant en larmes, elle lui demanda comme unique faveur de pouvoir emporter son manteau pour en couvrir le roi. L'homme de Dieu, touché de ses pleurs, le lui accorda. Elle retourna au palais, enveloppa le malade de cette relique ; et à l'instant la fièvre le quitta. Sigismond courut trouver l'homme de Dieu, il se prosterna devant lui : J'ai péché, dit-il, j'ai commis l'iniquité en persécutant les saints du Seigneur. Je me suis attaqué à la justice céleste, et cette justice, toujours plus forte à mesure qu'on l'outrage, s'est appesantie sur moi ! — A partir de ce jour, continue l'hagiographe, Sigismond voulut que le bienheureux Avit l'instruisît des vérités de la foi catholique, et bientôt il abjurait l'hérésie2.» On avait encore au temps d'Agobard l'homélie prononcée par l'évêque de Vienne, le jour où il eut le bonheur de recevoir au sein de l'Église ce converti royal3. Quelques fragments des discours de saint Avit, parmi ceux qui nous ont été conservés, pourraient se rapporter à cette solennité glorieuse. « Jadis le chef des apôtres, Pierre, le prince des princes 4, disait Avit, au moment où l'orage soulevait les flots, marchait vainqueur sur les
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1 Tune regina, fide accensa. Ces paroles sont significatives : elles laissent supposer qu'Ostrogotha, fille d'un roi arien et épouse d'un prince arien lui-même, aurait la première abjuré l'erreur, probablement sous l'influence de saint Avit. Les Burgondes devraient ainsi, comme les Francs, leur conversion à une reine catholique.
2. Bolland., Act. S. Avit., 5 febr.
3 Avitus,ipso Gontiohado
in sua perfidia perdilo, successorem ejus Sigismundum
regem ad fidem catholicam convertit : in cujus conversione recitavit homiliam
in
populo sensuum suavitate plenissimam, et verlorum compositionc dulcissimam.
(Agobard., Advers. legem Gondobadam, cap. xlll; Patr. lat., tom.
Cl V, eol. 125.)
4 Sic quondam Pcirus,
apostolorum caput, id est princeps principum, etc.
(S. Avit., Homiliar. Fragment.; Patr. lat, tom. UX, col. 295.)
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ondes furieuses. Avant l'époque où il monta sur le siège indéfectible de la vérité, sa foi remportait de pareils triomphes. Devant lui la tempête se calmait et la sérénité renaissait sur les mers. Quelque chose d'analogue se produit parmi nous. La foi de Pierre inaugure ici un nouveau règne ; elle l'ouvre avec les mêmes clefs qui ouvrent le royaume des cieux. Le Testament Ancien nous parle du bois merveilleux avec lequel Moïse adoucit l'amertume des fontaines au désert1. Il nous raconte un prodige semblable, opéré par Elisée le prophète 2. Mais aujourd'hui votre évêque, et pourtant il est bien loin d'approcher de ces grands hommes ! votre évêque, dis-je, peut se féliciter d'un événement non moins extraordinaire et non moins heureux. Que la prière change la nature des choses inanimées, c'est un prodige dans l'ordre physique. Mais convertir un être raisonnable, c'est un prodige dans l'ordre moral. La foule des païens idolâtres et des ariens hérétiques est frappée de stupeur. Les premiers s'indignent de voir abandonner la pluralité des dieux ; les seconds gémissent de voir adorer un seul Dieu en trois personnes. Qu'ils cessent, les uns et les autres, leurs lamentations et leurs plaintes. Le Christ est la pierre fondamentale des sociétés et des empires; c'est lui qu'il faut adorer, et non les rochers, objets de la vénération des druides (Recognoscat nunc Christum petram, quisquis hic dudum saxa veneratus est). Livrons-nous donc à l'allégresse, en ce jour où le sceptre refleurit dans une main catholique. Les oratoires, les temples des martyrs, les portiques sacrés vont reprendre leur splendeur primitive ; les villes reconnaîtront leurs patrons célestes, sous l'égide desquels les bourgades elles-mêmes deviennent des villes. C'est ainsi qu'autrefois la prison du pêcheur d'hommes, Pierre, resplendissait d'une lumière divine; ses chaînes, instrument de supplice, devenaient plus précieuses que l'or ou le diamant; l'ange ouvrait les portes du cachot et transformait en un temple immortel un séjour d'ignominie et de tortures 3. »
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1 Exod., xv, 23. Cf. tom. I de cette Histoire, pag. 571. — 2 IV Reg., iv, 41. Cf. tom. II de cette Histoire, pag. 637.
3. S. Avit., Homiliar. fragment.; Pat. lat., tom. LIX, col. 295.
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7. Ces quelques fragments échappés au naufrage des siècles, et se rapportant peut-être à d'autres circonstances que celle de la conversion du jeune roi des Burgondes, suffisent cependant pour nous donner une idée de l'éloquence de saint Avit, « orateur incomparable, dit Agobard, vif et ardent génie, exégète consommé, poète fécond1. » L'abjuration de Sigismond dut précéder de quelques années la mort de son père Gondebaud, survenue en 516. Elle eut pour conséquence immédiate de ramener toute la nation burgonde à la foi catholique. L'évêque de Vienne l'avait prédit autrefois à Gondebaud lui-même. A cette époque, les sujets se faisaient gloire d'imiter leur roi. Le principe de la souveraineté populaire n'était pas encore en usage. Sigismond se distingua tout d'abord par son zèle pour l'orthodoxie qu'il venait d'embrasser. Saint Avit le secondait de tous ses efforts. Il obtenait vers ce temps une parcelle de la vraie croix, qui lui fut envoyée de Jérusalem par le patriarche Elie2. Le culte des reliques était particulièrement cher aux Burgondes. Sous ce rapport, l'arianisme ne semble pas avoir exercé sur leur esprit d'influence pernicieuse. Sigismond, encore arien, s'était adressé au pape Symmaque pour en obtenir quelques-uns de ces pieux trésors, dont Rome a toujours été la gardienne vigilante et la maternelle distributrice. La dévotion du nouveau roi catholique des Burgondes se montra surtout libérale envers le monastère d'Agaune, ot la mémoire du martyr chrétien saint Maurice, qui en était le patron. Les origines du monastère d'Agaune, aujourd'hui Saint-Maurice-en-Valais, d'où le pieux Séve-lin, comme nous l'avons dit précédemment, sortit un jour pour aller rendre la santé à Clovis, se rattachent aux plus anciens souvenirs de l'évangélisation des Gaules. L'un des sept premiers évêques envoyés dans ce pays, « le romain Austremoinc, dit M. de Mon-talembert, avait placé au sein des forêts conservées et consacrées par la superstition druidique et au pied des volcans éteints de l'Auvergne, de nombreuses associations chrétiennes. Issoire fut
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1 S. Avit., Epist. xxlti; tom. cit., col. 239. — 2. S. Avit., Epist. xxvn; tom. cit., col. 243.
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la première de ses fondations, en même temps que le lieu de sa propre retraite et le théâtre de son martyre. On sait l'histoire de son successeur Urbicus, et de cette fatale nuit où l'épouse qu'il avait quittée pour devenir évêque, vint réclamer sa place dans le lit du pontife déshonoré 1. Éloigné de son siège à la suite de ce scandale, il trouva dans un de ces nouveaux monastères un asile et une tombe qui lui fut commune avec sa femme et la fille qui leur était née. La plupart des villes et des villages modernes de l'Auvergne doivent leur origine à des communautés 2 qui se formèrent à travers les invasions du Ve et du VIe siècle, et où les Arvernes catholiques, dont Sidoine Apollinaire nous a dépeint la civilisation un peu efféminée, cherchaient un refuge contre la persécution arienne et contre les calamités dont ils étaient les trop dociles victimes. Il y en eut un, fondé vers 523, qui reçut le nom de monastère Arverne, comme si toute la nationalité du pays s'y fût réfugiée. Les anachorètes et les stylites même y apparurent comme dans les déserts de la Mésopotamie et comme dans le pays de Trêves, où Grégoire de Tours rencontra un moine lombard qui avait longtemps vécu sur le haut d'une colonne d'où il prêchait aux populations, en bravant les intempéries d'un ciel moins clément que celui de l'Orient3. Au monastère de Randan, ce même Grégoire connut un prêtre qui vivait debout et qui en avait les pieds tout malades4. De là, il alla rendre hommage de loin à un religieux nommé Galuppa, qui passait sa vie dans une caverne au haut d'un des pics du Cantal, en proie aux extases et aux tentations diabo- liques. Des pâtres avaient vu un jour de très-loin un vieillard age-
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1 Greg. Tur., Hist. Franc.,\ih. Pair, iat., I, cap. xxxix; tom. LXX1, col. ISi.
2. « Entre autres Issoire,
Randan, Brioude, Thiers, Combronde, Mauriac, Menât, Kbreuil, etc. Ou consultera avec fruit, sur les commencements de l'ordre monastique en Auvergne, un bon ouvrage de M. Branche, l'Auvergne
au moyen âge, dont le tome 1er seul a paru et est exclusivement
consacré aux monastères de cette province. » (Note de M. de Montaletnbert, Moines d'Occident, tom. 1, pag. 255.)
3 « Voir l'histoire de Wulflaïch, racontée par Grégoire de Tours, Hist. Franc, vm, 15, et traduite par M. Guizot, Hist. de la civilisation en France, leçon 14. >• (Note de M. de Montaletnbert.)
4. S. Greg. Turon., Hist. Franc, lib. IV, cap. xxxil.
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nouille sur un sommet, les bras levés vers le ciel. Ils avaient révélé son existence sans pouvoir l'aborder, car, même quand les évêques venaient le visiter, cet austère solitaire ne leur permettait que d'approcher du pied de son rocher, tandis que lui, à genoux sur le rebord de sa grotte, recevait d'en haut leurs paroles et leur bénédiction l. Bien avant cette récente végétation du grand arbre monastique et pendant toute sa durée, un nouveau foyer de vie religieuse s'était allumé à l'extrémité orientale de la Gaule, sur ces monts du Jura qui la séparent de l'Helvétie, et au cœur de la province Séquanaise, qui, après avoir été le théâtre des premiers exploits de César en deçà des Alpes, allait devenir la Thébaïde des Gaules. Un Séquanais nommé Romain, élevé au monastère d'Ainay près Lyon, quitta à trente-cinq ans la maison paternelle (423), emportant avec lui la Vie des pères du désert, quelques semences de légumes et des outils, s'enfonça dans les hautes montagnes et les forêts inhabitées qui dominent son pays natal, rencontra enfin un emplacement resserré entre trois sommets escarpes, au confluent de deux ruisseaux, et y établit, sous le nom de Condat (aujourd'hui Saint-Claude), un monastère destiné à devenir l'un des plus célèbres de l'Occident. Il y trouvait une terre assez peu propre à la culture, mais qui était, à cause de son accès difficile, au premier occupant2. Il s'abrita d'abord sous un énorme sapin, dont les épais rameaux lui représentaient le palmier qui servait de tente à l'ermite Paul dans le désert d'Egypte ; puis se mit à prier, à lire, et à planter ses légumes, avec la certitude d'être protégé contre les curieux et les importuns par la roideur extrême des sentiers qui traversaient ces précipices, et aussi par ces amas d'arbres abattus
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1 S. Greg. Turon., Vit. Pair., cap. il.
2 « Ce droit du premier occupant se prolongea sur les hauteurs du Jura pendant tout le moyen âge, et fut reconnu comme ancienne coutume dans une charte de 1126. (Guillaume, Hisl. de Salins, tom. I, preuves, pag. 36.) La chronique en vers, reproduite par Mabillon (Annal, bénédictin., tom. 1, app , n° 3), s'inspirant évidemment d'idées plus modernes, dit que la forêt du Jura, située entre le Rhône et l'Ain, n'appartenait qu'à l'empire et n’était comprise dans aucun royaume. » (Note de M. de Jlontalembertjil/omesd'Oc-cident, tom. I, pag. 257.)
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et entrelacés qu'on appelle chablis, tels qu'on en rencontre souvent dans les bois de sapins non encore soumis à une exploitation régulière. Sa solitude n'était troublée que par les bêtes fauves, et de temps à autre par quelque hardi chasseur 1. Cependant il y fut rejoint par son frère Lupicin et d'autres, en si grand nombre qu'il leur fallut bientôt s'étendre et créer de nouveaux établissements dans les environs2-. Les deux frères gouvernaient en commun ces monastères, et maintenaient non sans peine l'ordre et la discipline au milieu de cette multitude croissante de novices, contre laquelle protestait un vieux moine qui se plaignait qu'on ne lui laissait plus même la place de se coucher. Les femmes, comme toujours, ne voulurent pas rester en arrière, et sur une roche voisine, suspendue comme un nid au bord d'un précipice 3, la sœur des deux abbés gouvernait cent cinq vierges si sévèrement cloîtrées, qu'une fois entrées au couvent, nul ne pouvait les entretenir, si ce n'est pendant le trajet de leur corps du lit de mort au cimetière. Pendant les dernières années de Romain (450-460), on vint lui présenter un enfant de sept ans, qui devait un jour le remplacer et donner pendant plusieurs siècles son nom à Condat4.
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1 Porreciis in orbitam ramis densissimam abietem, quœ.... velut quondam palma Paulum, texit ista discipulum. Congeries arborum caducarum.... Nullo, nisi fe-rarum et ra.ro venantium frueretur aspectu. (Vit. S. Romani, ap., Act. SS., Bolland., 28 febr., pag. 741.) — Cf. Vie des saints Francs-Comtois, par les professeurs du collège Saint-François-Xavier; Besançon, 1855, excellent recueil, le meilleur qui ait paru dans ce genre depuis la renaissance des études catholiques. (Note de M. de Montalembert, tom. cit., pag. 258.)
2. « La première de ces colonies fut Lauconne, à une lieue de Condat, qui est devenue le village actuel de Saint-Lupicin. Une autre donna naissance, selon l'opinion la plus probable, à l'abbaye de Romain-Moutier, au delà du Jura, vers le lac Léman.» (Note de M. de Montalembert, tom. cit., pag. 258.)
3. « Cet emplacement est aujourd'hui occupé par l'église de Saint-Romain-de-Roche, où reposent les reliques du saint fondateur de Condat. » (M. de Montalembert, note, tom. cit., pag. 259.)
4. « Condat porta le nom de Saint-Eugende ou Saint-Oyand jusqu'au XIIe siècle, et même dans certains actes publics, jusqu'au XVIe. C'est sous ce nom que saint Bernard recommande cette abbaye à Eugène III. (Epist. ccxci.) » Elle prit ensuite le nom de Saint-Claude, en mémoire d'un autre abbé, qui, vers l'an 688, quitta le siège archiépiscopal de Besançon pour se retirer dans le monastère de Saint-Oyand, où ses vertus le firent peu de temps après élever à la dignité abbatiale.
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Eugende. quatrième abbé, s'occupa surtout de faire fleurir l'enseignement dans sa communauté. On y enseignait avec succès les lettres grecques et latines, non-seulement aux futurs religieux, mais à des jeunes gens destinés à rentrer dans le monde, et Condat devint la première école de la Séquanie, et l'une des plus célèbres de la Gaule. L'étude des orateurs anciens 1 s'y mêlait à la transcription des manuscrits, sous la direction de Viventiole, l'ami du célèbre saint Avit, évêque de Vienne. Ces travaux intellectuels n'entraînaient pas l'abandon du travail manuel, et Viventiole envoyait à son ami une chaise en buis fabriquée de ses propres mains, et qui indique les commencements de cette précieuse industrie qui subsiste encore, après quatorze siècles, dans les montagnes du Jura. Avit lui répondit gracieusement : « Je vous souhaite une chaire en retour du siège que vous m'envoyez ; » et le présage fut accompli, puisque Viventiole devint métropolitain de Lyon dans les premières années du VIe siècle et sur la désignation d'Avit. Lorsque Sigismond, après avoir renoncé à l'arianisme et rendu la liberté à l'Église dans son royaume, voulut relever de ses ruines le monastère d'Agaune, ce fut à Condat en même temps qu'à Lérins qu'il demanda des religieux pour le peupler. Le sanctuaire d'Agaune s'élevait à l'entrée du principal passage des Alpes, dans un des plus beaux paysages du monde, là où le Rhône, après avoir fourni la première étape de sa course, s'échappe des gorges du Valais pour aller précipiter ses eaux bourbeuses dans le limpide azur du lac de Genève. Il était destiné à honorer l'emplacement du martyre de saint Maurice et de la légion thébéenne, qui s'étaient arrêtés là et avaient mieux aimé y être égorgés que d'aller massacrer les chrétiens engagés clans la grande insurrection nationale des Bagaudes contre l'effroyable oppression de la fiscalité et de la conscription romaines 2. Leurs reliques y furent recueillies et
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1 Prœtcr lalinis
voluminibus ctiam grœca facunda. {Vit. S. Eugendi, cap. ni.)
Ds priscis oratoribus guos discipulis merito Iraditis. (S. Avit., Epist.
lxxi. )
Note de M. de Montalembert.
2 Act. SS., Dollacd-,
22 sept., pag. 33G-3U. Rettberg, KirchengeschicMe
Deutsctilands, tom. I, pag. 96. Ce dernier auteur a fort justement
caractérisé
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déposées dans une église plus d'une fois écrasée par les éboulements de rochers qui se déchirent à peine pour laisser passer le fleuve impétueux. Agaune a pris et gardé jusqu'à nos jours le nom de Saint-Maurice 1. Il fut dès lors la métropole monastique du royaume de Bourgogne, tant de fois détruit et tant de fois restauré. Cent moines descendirent de Condat pour y habiter ; leur ancien abbé Viventiole, déjà évêque de Lyon, présida à la cérémonie d’inauguration, et fixa, dans un discours qui nous a été conservé, les principales conditions du genre de vie que les frères devaient y mener 2. »
