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7. Ce jour même, le prêtre Zacharie, envoyé l'année précédente comme ambassadeur de Charlemagne près du calife Haroun-al-Raschid, arrivait à Rome, accompagné de deux moines orientaux délégués par le patriarche de Jérusalem. Ils apportaient au roi des Francs de la part du successeur de Mahomet un étendard de soie brodé d'or, et les clefs du saint sépulcre dont le calife lui cédait la possession à perpétuité pour lui et ses successeurs. C'est en effet, de cette époque que date le protectorat de la France sur les lieux saints. Toutes les croisades avec leurs péripéties diverses étaient renfermées dans les plis de la robe du prêtre ambassadeur Zacharie. Haroun-al-Raschid l'avait reçu avec la magnificence orientale qu'aimaient à déployer les califes. II lui avait dit que de tous les princes portant couronne dans le monde entier, le seul dont il ambitionnât non-seulement l'alliance mais l'amitié était le roi Charles, parce qu'en effet, seul il en était digne. « À un roi chrétien, avait-il ajouté, le présent le plus agréable que je puisse offrir, ce sont les clefs du saint sépulcre. Portez-les-lui de ma part et dites-lui qu'en toute occasion il peut compter sur le fidèle dévouement d'Haroun-al-Raschid, fils de Mohammed-al-Mahdi. » Ces récits que les ambassadeurs d'Orient eurent bientôt semés dans toute la ville de Rome exaltèrent encore l'enthousiasme populaire. Charlemagne, roi des Francs, patrice des Romains, apparaissait comme le bouclier vivant de l'Europe chrétienne. Tous les coeurs, toutes les voix saluaient en sa personne un nouveau Constantin le Grand.
8. « Or, dit la Chronique de Moissac, durant ces jours une ambassade venue de Constantinople apporta la nouvelle que les Grecs venaient de déposer leur empereur et de remettre aux mains d'une femme le sceptre des Césars. On disait que, nouvelle Athalie, Irène, après avoir fait crever les yeux de son propre fils, l'avait relégué dans un cloître pour régner à sa place. C'était donc la déchéance du titre d'empereur, tombé aux mains débiles d'une femme. L'apostolique Léon, avec tous les pères du précédent concile1 et les pa-
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1. Cum universis patribus qui in ipso concilio aderant. Le choniqueur donne ici le nom de concile à l'assemblée devant laquelle Léon III avait, par serment, attesté son innocence et repoussé les accusations calomnieuses formulées contre lui.
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triciens de Rome, concerta les mesures à prendre en pareille occurence. Unanimement ils furent d'avis que Charles, roi des Francs, devait être proclamé empereur. C'était lui en effet dont les armes et la puissance protégeaient la ville de Rome, métropole de l'empire, résidence officielle des anciens Césars et empereurs. En Italie, dans les Gaules, en Germanie, tout lui obéissait. Dieu lui-même, en donnant à Charles pour la défense du peuple contre les infidèles, un pouvoir jusque-là sans précédent, indiquait ainsi sa volonté de faire revivre le titre impérial dans la personne du roi des Francs. Il paraissait juste que le nom fut attaché à la charge, et tels étaient les vœux de tout le peuple chrétien1. » Cette importante délibération dont la Chronique de Moissac nous fait connaître la teneur eut lieu sans que Charlemagne y prît aucune part. Nous savons d'ailleurs par le témoignage d'Eginhard que s'il y avait assisté, il en aurait énergiquement repoussé les conclusions. Le moine de Saint-Gall, non moins explicite, affirme que Charlemagne ne se doutait absolument de rien, Nihil minus suspicantem. La fête de Noël approchait. « Des points les plus reculés de l'Italie, ajoute le moine de Saint-Gail, l'apostolique Léon avait convoqué le plus grand nombre possible d'évêques2. »Charlemagne lui-même avait à sa suite une partie de la noblesse et de l'épiscopat des Francs, une foule de leudes et de guerriers allemands, avares, huns, boariens, saxons, frisons, bavarois, aquitains et visigoths d'Espagne. L'armée de son fils Pépin, après une rapide et victorieuse expédition, venait elle-même, sous les ordres du jeune roi, de prendre ses quartiers d'hiver à Rome et dans la campagne voisine. À cette immense agglomération d'hommes représentant toutes les races occidentales, il faut joindre le nombre prodigieux de pèlerins et d'étrangers que la présence du héros avait attiré à Rome et la double ambassade d'Irène et d'Haronn-al-Raschid, simultanément venue des rives du Bosphore et de celles du Tigre, de Constantinople et de Radgad.
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1. Chronie. Molssiac. Histoire des Gaules, toiu. V, p. 7S.
2.Monnrh. San-Gall. Deyesi. Carol. Mayn., Pair, ht., tom.XCYIÏI, col. 1387.
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8. De son côté, l'empereur d'Orient, Michel le Bègue, n'était occupé qu'à persécuter les catholiques. Il assistait froidement au démembrement de l'empire. Les Sarrasins fixèrent le siège de leur domination dans les mers de l'Archipel, en Crète, où ils bâtirent la ville de Candie, qui donna depuis son nom à toute l'île. D'un autre côté, les Musulmans d'Afrique, appelés par la trahison d'un lâche officier des troupes impériales, envahirent la Sicile. De même qu'au temps de l'invasion d'Espagne, ce fut la plus honteuse passion qui attira ce désastre. Euphémius, général de l'empire, qui commandait en Sicile, avait, par un audacieux sacrilège, enlevé une religieuse de son couvent pour l'épouser. Michel le Bègue avait à se reprocher le même scandale, car il avait, lui aussi, épousé malgré elle une vierge consacrée au Seigneur, Euphrosine, petite-fille de l'impératrice Irène. Par une contradiction, dont l'histoire fournit du reste assez d’exemples, Michel voulut punir, dans son lieutenant, un crime qu'il avait commis lui-même. Euphémius ne lui en laissa pas le temps. Il appela à son aide l'émir d'Afrique, qui s'empara de toute la Sicile (827). Lorsqu'on apprit à Constantinople la perte de cette île, Michel II dit à Irénée, l'un de ses ministres : « Je vous
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félicite de n'avoir plus le soin d'administrer une île si éloignée ; vous voilà délivré d'un lourd fardeau. — Seigneur, répondit Irénée, il ne vous faut plus que deux ou trois soulagements pareils pour être vous-même débarrassé de l'empire. » Mais, pourvu qu'il lui restât des bourreaux, Michel le Bègue se croyait assez puissant. Le saint moine Méthodius, qui devint plus tard le patriarche de Constantinople, reçut par son ordre sept cents coups de fouet et fut jeté ensuite dans un cachot où il languit quinze ans. Saint Euthymius, évêque de Sardes, expira dans les tourments. Saint Théodore Studite mourut dans l'exil pour la cause de la foi qu'il avait si éloquemment et si courageusement défendue. Le patriarche saint Nicéphore ne lui survécut pas longtemps.
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A la date où le retour de l'Orient à la vraie foi s'accomplissait d'une manière si providentielle, Rome avait vu des nuées de Sarrazins venus de la Sicile et de la Calabre investir ses remparts. La cité sainte, courageusement défendue par le pape
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1. S. Method., Vite. Pair, grwc, tom. C, col. 1254.
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roi, échappa à la dévastation ; mais la basilique de Saint-Pierre, laquelle était encore en dehors de l'enceinte fortifiée, fut livrée au pillage. Le monastère du Mont-Cassin subit le même sort, avec une circonstance plus affligeante encore. La situation de l'abbaye sur un point culminant rendait l'attaque dangereuse pour des pirates armés à la légère, qui n'avaient ni les moyens ni la volonté d'entamer un siège en règle. Le duc de Bénévent, Siconulf, se fit l'allié des Sarrasins et leur épargna la peine de risquer les hasards d'une bataille. Il leur livra lui-même les trésors du monastère, cent trente livres d'or massif, huit cent soixante-cinq d'argent, tant en croix historiées qu'en lampadaires, couronnes, reliquaires, calices ou autres vases précieux; trente-doux mille solidi d'or monnayé, la couronne d'or enrichie d'émeraudes qui avait appartenu à Arigise et estimée seule cinq mille solidi d'or, en un mot tous les dons accumulés depuis deux siècles sur le tombeau de saint Benoît par la piété des princes de l'Europe, furent par l'infâme trahison de Siconulf livrés à la rapacité des fils de Mahomet.
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8. « En l'indiction XIIe (850), la race des Sarrasins, vrais fils de Satan, encouragée par le gain énorme que lui avaient valu ses pirateries précédentes, reparut avec des navires sans nombre sur les côtes de Toscane. La flotte ennemie s'était donné rendez-vous à Tozar, petit îlot voisin de la Sardaigne. De là elle rayonnait sur
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le littoral italien, et enfin elle mit à la voile pour aborder dans la campagne romaine et venir assiéger la ville sainte. A cette nouvelle l'effroi s'empara de tous les cœurs. Mais le Dieu tout puissant qui protège son Eglise et veille à son salut nous suscita une légion de défenseurs. Les soldats des provinces de Naples, d'Amalfi et de Gaëte se concertèrent pour venir au secours de Rome, et vinrent débarquer à Ostie avant l'arrivée des Sarrasins. Ils informèrent aussitôt le bienheureux pape de leurs intentions bienveillantes. Les députés qu'ils lui envoyèrent avaient pour chef Césarius, fils du maître des milices. Léon les reçut avec honneur au palais patriarcal de Latran, et lui-même escorté par toutes les troupes romaines partit avec eux pour Ostie, dans l'intention de rendre grâces aux étrangers de leur généreux concours. A l'approche du pontife, les Napolitains se prosternèrent en grande dévotion ; ils vinrent tous baiser les pieds du vicaire de Jésus-Christ, et bénissaient le Seigneur d'avoir donné à son Église un tel pontife, si dévoué à la défense de son peuple. Des prières ferventes eurent lieu dans le camp, afin d'obtenir du ciel la victoire sur les fils de Bélial. Tous les soldats voulurent recevoir des mains du pape le corps de notre Seigneur. Une messe pontificale fut célébrée dans la basilique de Sainte-Aurea, et tous y communièrent. L'armée napolitaine jointe à celle des Romains fit escorte au pontife pour l'aller et le retour en chantant les psaumes et les hymnes usités dans les litanies solennelles. A genoux devant le maître-autel, Léon implora le secours du Tout-Puissant sur les armes des chrétiens. Puis se retournant vers le peuple, il prononça, les yeux baignés de larmes, l'oraison suivante qu'il avait composée pour la circonstance: « 0 Dieu dont la droite releva jadis le bienheureux Pierre, en le maintenant sur les flots, et arracha l'apôtre saint Paul aux dangers de trois naufrages, exaucez notre prière et soyez-nous propice. Donnez, par l'intercession des deux apôtres vos fidèles serviteurs, la force à nos bras, la vaillance à nos cœurs, afin de combattre et de vaincre les ennemis de votre sainte Église, afin d'exalter votre nom au milieu des nations infidèles. »
9. « Après avoir ainsi fortifié par la vertu divine des sacrements
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et par l'ardeur de ses prédications saintes l'armée chrétienne, le pontife revint à Rome. Deux jours après les Sarrasins parurent en vue d'Ostie et la mer semblait couverte de leurs vaisseaux. L'armée napolitaine se porta sur le rivage, tuant tous ceux des ennemis qui tentèrent de débarquer. Ce premier succès réjouit le cœur des soldats chrétiens, mais les fils de Mahomet redoublèrent d'énergie, firent signe à tous leurs navires de se porter sur un même point de la côte, afin d'écraser les assaillants sous le nombre. Le combat prit alors des proportions gigantesques. Dans la chaleur de l'action, pendant que de part et d'autre on ne songeait qu'à vaincre ou à mourir, il s'éleva tout à coup un vent violent qui repoussait de terre les barques des Sarrasins, les brisant les unes contre les autres, ou les engloutissant sous les vagues furieuses. Ce fut, nous n'en doutons pas, la protection divine qui envoya ce secours à l'armée des chrétiens, par l'intercession des bienheureux apôtres Pierre et Paul. Plusieurs fois de nos jours, ces faveurs signalées de la clémence de notre Dieu envers son peuple fidèle ont aussi éclaté dans les conjonctures les plus critiques, et nous ne saurions trop en témoigner notre reconnaissance au Seigneur. Les ennemis, en voulant regagner leurs navires, tombèrent sous le glaive de nos soldats ou furent engloutis dans les flots. Quelques-uns se dispersèrent dans les rochers du voisinage où ils moururent de faim pour la plupart. Quelques-uns, même après leur défaite et la disparition de leur flotte, commirent encore des déprédations dans nos campagnes, ils furent saisis et pendus. Les autres captifs furent amenés à Rome et retenus sous bonne garde dans l'espoir qu'ils pourraientun jour se convertir à la foi véritable. On les employa à travailler aux fortifications déjà commencées sous les pontificats précédents autour de la basilique de Saint-Pierre.
10. « Le très-bienheureux pape voulut perpétuer le souvenir de ces triomphes dus à la miséricorde divine, en comblant de riches offrandes les principales églises de Rome. Ce fut à cette occasion qu'il donna à perpétuité au saint-siége la maison où il était né et qu'il possédait à titre patrimonial. Il y établit un monastère de religieuses et le dédia sous le vocable des saints Démétrius et Cé-
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p360 fONTIFlCAï' DE SALVf LEOS IV (H-H-Soo).
saire. — Cependant toute la noblesse et le peuple de Rome, épouvantés par les fréquentes incursions des Sarrasins, vivaient dans des alarmes continuelles. On craignait surtout pour la basilique du bienheureux apôtre Pierre. Non-seulement les remparts dont on voulait l'environner n'étaient point encore achevés, mais l'eussent-ils été, la basilique isolée par le Tibre du reste de la cité et bâtie dans une sorte de désert, n'aurait pu résister à une attaque soudaine, à un coup de main imprévu. L'aimable pontife partageait l'anxiété des Romains à cet égard, et il se préoccupait vivement de pourvoir aux périls d'une telle situation. Dieu daigna lui envoyer une inspiration surnaturelle. Dès l'époque de son prédécesseur Léon III, on avait eu le dessein de relier la basilique vaticane à la ville de Rome par une cité qui se fut du nom de son fondateur appelée « cité Léonine » et aurait communiqué à la Rome centrale par le pont Saint-Ange et le môle d'Adrien (aujourd'hui fort Saint-Ange). Des constructions avaient été commencées par Léon III, mais abandonnées ensuite, leurs matériaux mêmes avaient disparu, enlevés par les particuliers qui s'en étaient servis à d'autres usages, en sorte qu'il n'en restait nulle trace. Léon IV reprit ce plan et résolut avec l'aide de Dieu de le mettre à exécution. Une seule difficulté restait. Après tant de travaux de tout genre, le bienheureux pape était dans l'impossibilité de fournir aux dépenses que celui-ci allait entraîner. Il s'adressa par une lettre touchante au seigneur Lothaire, empereur auguste, son fils en Jésus-Christ, lui exposa l'importance de l'œuvre qu'il méditait et le supplia de lui ouvrir ses trésors. Le très-pieux et sérénissime César accueillit avec grande joie cette requête ; dans sa réponse conçue en termes pleins de vénération pour le pontife, il le félicitait de son zèle et de sa charité, déclarant que de son côté il contribuerait largement à une entreprise si nécessaire à la sécurité de Rome. En effet, lui et les rois ses frères, mirent à la disposition du pape des sommes considérables. Dès lors Léon IV se mit à l'œuvre et dit aux Romains que si Dieu lui prêtait encore quelques années de vie, leurs voeux seraient accomplis et la nouvelle cité terminée. Tous les fidèles de la sainte Église furent convoqués par le pontife afin de délibérer avec lui sur les moyens
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de mener à bonne fin ce grand travail. Il fut convenu que, pour subvenir aux frais qui devaient être énormes, chaque cité, chaque praedium, chaque monastère, contribuerait pour une quote-part, et il fut fait ainsi. »
11. « Les travaux commencèrent dès la seconde année du pontificat de Léon (818) et six ans après (854), la nouvelle cité était construite avec une magnificence et sur un plan également merveilleux. Non-seulement les édifices intérieurs étaient achevés avec les rues et les places, mais toute l'enceinte des murs et des fortifications extérieures. Ce que le vigilant pontife dépensa d'activité pour obtenir un tel résultat est inexprimable. Il ne se reposait ni jour ni nuit; sa vie se partageait entre les divins offices et la surveillance des travaux. Ni le froid des hivers, ni les chaleurs de l'été ne le retenaient. Par tous les temps : pluie, grêle, vent ou neige, on le voyait courir à son œuvre de prédilection. Il suppliait le Seigneur de lui accorder avant de mourir la consolation d'avoir pourvu à la sécurité de Rome. Tous nous nous souvenons de ses visites quotidiennes sur les remparts ou parmi les constructions de la nouvelle cité. Quand l'œuvre fut entièrement terminée, il convoqua tous les évêques, prêtres et clercs de la sainte Eglise romaine afin de procéder en grande dévotion à la solennité de la dédicace. Au chant des litanies et des psaumes, tous, pieds nus, la tête couverte de cendres, firent le tour des remparts. Les évêques-cardinaux 1reçurent du pontife l'ordre de bénir l'eau pour la cérémonie et d'en asperger durant la procession toute l'enceinte des murailles. Ils le firent avec un recueillement et une piété qui émurent tous les assistants. Trois fois du haut de la plate-forme des remparts le vénérable pontife dont les larmes et les sanglots entrecoupaient les paroles, s'arrêta pour appeler sur la ville le secours de Jésus-Christ, la protection de tous les anges et de tous les saints, afin que, dans la suite des âges, Rome et sa nouvelle annexe fussent à l'abri des invasions hostiles. La première oraison fut prononcée au-dessus de
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1 Ab cptscopis ennUnalibus aquam jieri prweejnt benedictam. C'est la première explicite et formelle des cardinaux titulaires que nous ayons jusqu'ici rencontré dans le texte du Liber Pontificalis.
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la porte de Saint-Peregrinus, en ces termes : « 0 Dieu, qui avez remis à votre apôtre Pierre les clefs du royaume des cieux et lui avez confié le privilège pontifical de lier et de délier, accordez-nous par son intercession la grâce d'être délivrés du lien de nos péchés, faites que cette cité nouvelle fondée par votre aide toute-puissante n'encoure jamais votre colère et qu'elle triomphe à jamais des ennemis contre lesquels nous l'avons élevée comme un boulevard. » La seconde oraison du pieux pape fut dite au-dessus de la porte qui regarde le château Saint-Ange. « 0 Dieu, qui dès les premiers jours du christianisme avez daigné garder et protéger contre tous ses ennemis cette sainte, catholique et apostolique Église romaine, effacez, nous vous en prions, le « chirographe » de nos iniquités, et permettez à la cité nouvelle que nous consacrons à votre saint nom par les suffrages de vos apôtres Pierre et Paul de traverser tous les âges sans être jamais la proie de l'ennemi. » En face du vicus Saxonum, au-dessus de la porte dite des Saxons, une troisième oraison fut prononcée en ces termes: « Dieu tout-puissant et miséricordieux, nous vous en supplions par l'intercession du bienheureux Pierre votre apôtre, ouvrez pour nous les trésors de vos grâces célestes. Etendez votre bras protecteur sur cette cité nouvelle, que moi, votre serviteur Léon, je viens d'édifier avec votre aide, et qui doit s'appeler de mon nom « Léonine. » Ordonnez qu'à jamais elle demeure inexpugnable et qu'elle soit en sûreté sous la garde de votre clémence. » Après avoir ainsi parlé, le bienheureux pontife, suivant la promesse et le vœu qu'il en avait faits antérieurement, procéda à une distribution générale de subsides et d'aumônes soit aux Romains, soit aux étrangers qui étaient accourus de toutes parts à la solennité. Il se dirigea ensuite processionnellement, au chant des hymnes sacrés et au milieu des acclamations de la multitude, vers la basilique du bienheureux Pierre. Là il offrit le sacrifice de la messe pour le salut du peuple, la sécurité de la ville et la paix du monde chrétien. Après la cérémonie sacrée, il distribua aux sénateurs et aux grands des manteaux de soie et de pourpre, avec des dons considérables en or et en argent. Cette mémorable solennité eut lieu le 27 juin 854, veille de la fête de saint Léon le
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Grand, avant-veille de celle des bienheureux apôtres Pierre et Paul. »