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39. Ce n'était point là ce qu'attendait Valens. Par ses ordres, le gouverneur d'Egypte, Palladius, à la tête d'une foule composée en majorité de juifs et de païens, envahit la basilique d'Alexandrie, et tint le nouveau patriarche assiégé dans l'église, menaçant de massacrer tous les fidèles, si le pontife ne se constituait prisonnier.
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39. Une autre question dont l'importance vraiment capitale n'échappera point au lecteur fut traitée dans les conciles présidés par Candidus, soit dans le midi des Gaules, soit dans les provinces septentrionales de l'Espagne. On se rappelle que sous le pontificat de Sergius IV (1000) la destruction par les Musulmans de l'église du Saint-Sépulcre, cet acte de barbarie auquel les intrigues des Juifs ne furent point étrangères, attira sur ces derniers une violente persécution en France et en Allemagne2. L'islamisme régnait sans partage sur la Palestine, l'Egypte, l'Afrique entière; il avait fait de la Sicile et des provinces méridionales de l'Espagne ses postes avancés, menaçant l'Europe et la civilisation chrétienne. Partout les fils d'Ismaël trouvaient dans la race juive des auxiliaires plus ou moins avoués : non pas que les juifs eussent la moindre sympathie pour la doctrine du Coran qui répugnait à toutes leurs traditions; mais entre Jésus-Christ et Mahomet la race déicide ne pouvait hésiter. Tout ce qui combattait l'Église catholique avait droit à son alliance. On comprend donc la haine que les chrétientés d'Espagne et du midi de la France portaient aux trafiquants hébreux qui entretenaient avec les califes de Cordoue des relations fort lucratives au point de vue commercial mais fort suspectes au point de vue politique. Un désastre épouvantable qui eut lieu en 1065 et dont le retentissement devait à un court intervalle faire éclore les croisades et précipiter l'Europe armée contre l'Asie musulmane redoublait encore la défiance des chrétiens contre les Juifs. Voici en quels termes les chroniqueurs contemporains racontent le fait. « L'Allemagne livrée comme une proie à deux fléaux aussi redoutables l'un que l'autre, l'anarchie du conseil de régence et la peste de l'an 1064, n'avait plus d'espoir humain. Le vol à main armée, le pillage, le meurtre et l'incendie s'ajoutaient aux terreurs d'un tremblement de terre dont les se-
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1. labbe, Con-nl. lova. IX. col. 1197-1198. Cf. Torn. XX du cette Histoire, p. 416.
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cousses multipliées se firent sentir depuis les bords du Rhin jusqu'à la Vistule. Les peuples consternés s'attendaient à voir bientôt la fin du monde. «Cette terrible inquiétude rappela les esprits au sentiment religieux et provoqua le retour de la Germanie à l'unité catholique proclamée au concile de Mantoue. En Bavière, dans le courant de l'année 1064, les seigneurs élevèrent dix-neuf couvents d'hommes et de femmes, dans le but de conjurer par les prières des saintes âmes la colère de Dieu. Le conseil de régence lui-même fut obligé de s'associer au mouvement réparateur et de prodiguer à des œuvres pies les trésors dont chacun de ses membres s'était jusque-là montré personnellement si avide. L'idée expiatrice prit un tel développement qu'à l'automne plus de sept mille pèlerins partirent pour Jérusalem sous la conduite de Sigefrid archevêque de Mayence, des évêques Guuthier de Bamberg, Othon de Ratisbonne, Guillaume d'Utrecht et d'une foule de chevaliers Germains. Ils prirent leur route par Constantinople, où l'empereur Ducas leur fit un favorable accueil et donna ordre d'exposer en leur honneur toutes les reliques du palais impérial de Sainte-Sophie et de la basilique des Douze-Apôtres. Arrivés le samedi saint (26 mars 1063) à une demi-journée de Ramleh, presque en vue de Jérusalem, ils furent soudain assaillis par une troupe de douze mille arabes. Le combat dura jusqu'au lendemain, jour de Pâques, à trois heures de l'après-midi. L'évêque d'Utrecht resta sur le champ de bataille à demi-mort, dépouillé de tous ses vêtements et le bras droit fracassé; cinq mille chrétiens périrent en cette fatale rencontre, le reste ne fut sauvé que par l'intervention du gouverneur de Ramleh, lequel à prix d'or consentit à escorter les survivants jusqu'à Jérusalem. Ils y furent reçus par le vénérable patriarche Sophronius et conduits professionnellement à l'église du Saint-Sépulcre, au bruit des cymbales, à la lueur de mille flambeaux. Ils virent avec douleur les autres églises ruinées par le calife fatimite Hakem, et donnèrent ce qu'ils purent pour les rétablir. Ils eussent voulu parcourir le reste de la Terre Sainte et surtout se baigner dans les eaux du Jourdain ; mais des bandes de pillards tenaient toutes les routes et ne permettaient pas de s'éloigner de Jérusalem. Les pèlerins s'embarquèrent donc sur
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des vaisseaux génois; ils prirent terre à Bruudusium (Brindisi), s'arrêtèrent à Rome pour visiter le tombeau des apôtres, traversèrent les Alpes et rentrèrent en Allemagne au printemps de l'an 1066.
40. Sur leurs parcours, ils racontaient les cruelles péripéties de leur voyage aux lieux saints. Les juifs de Palestine n'avaient pointété étrangers au guet-apens de Ramleh. Ceux d'Espagne étaient de même les alliés secrets des califes de Grenade et de Cordoue. Dans toute l’Europe il se produisit contre eux un mouvement général d'indignation, qui pouvait déterminer des excès regrettables. Le pape Alexandre II conjura efficacement ce péril. Les instructions au légat Candidus portaient l'ordre de placer les juifs sous la sauvegarde du saint-siége. Promulguées au concile de Gerona, les charitables exhortations du souverain pontife furent docilement accueillies par le roi d'Aragon et les évêques espagnols. Les juifs reconnaissants de cette haute protection, s'offrirent à payer la dime pour les propriétés achetées par eux aux chrétiens. Cette convention fut sanctionnée par l'un des décrets synodaux. Informé par Candidus de cet heureux résultat, Alexandre félicitait le clergé d'Espagne en ces termes: « Nous apprenons avec joie que vous êtes résolus à protéger les juifs de vos provinces, menacés d'extermination par les chevaliers qui vont en votre pays combattre les Sarrasins. Ce ne peut être qu'une profonde ignorance ou une aveugle cupidité qui inspire des sentiments si opposés à la piété chrétienne. Ces hommes qu'on veut massacrer, la miséricorde divine les a prédestinés au salut. Jadis le bienheureux Grégoire le Grand prit de même les juifs sous sa sauvegarde : « La miséricorde de notre Dieu les a laissés vivre, disait-il. Chassés de leur patrie, dispersés sur tous les points du monde, ils portent le poids du sang rédempteur versé par leurs ancêtres. Tel est leur châtiment providentiel, ce serait un crime épouvantable de les vouer à la proscription et à la mort. Ainsi parlait cet illustre pontife. Ses actes étaient conformes à son enseignement. Un évêque lui ayant écrit qu'il se disposait à renverser une synagogue juive, Grégoire le lui défendit en termes exprès. La condition des juifs diffère entièrement de celle
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des Sarrasins. Ces derniers toujours armés contre le nom chrétien attaquent nos villes, dévastent nos campagues, traînent les populations en servitude. Nous avons donc à notre tour le droit de les combattre; mais les juifs inoffensifs qui vivent au milieu de nous obéissant aux lois du pays ne sauraient être traités en ennemis 1. » Le pape tenait le même langage au vicomte Bérenger et à l'archevêque de Narbonne Wifred (Guiffroi de Cerdagne). «Sache votre prudence, disait-il au premier, que nous la félicitons sincèrement des mesures efficaces prises par elle pour empêcher le massacre des juifs fixés sur son territoire. Notre Dieu a en horreur ces vengeances sanguinaires 2.» — « Vous n'ignorez pas, disait-il à l'archevêque, que toutes les lois ecclésiastiques et civiles sont d'accord pour flétrir le meurtre et l'homicide 3. »