La foi chrétienne hier et aujourd’hui 53

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   En guise de conclusion générale, voici encore un texte d'Augustin, qui met admirablement en lumière ce que nous avons voulu exprimer. Le texte se trouve dans le Commentaire de Jean et se rattache à la phrase de l'Évangile : “Mea doctrina non est mea ‑, ma doctrine n'est pas de moi, mais de mon Père qui m'a envoyé » (7, 16).

 

Partant de ce paradoxe, Augustin va expliquer le caractère paradoxal de l'image chrétienne de Dieu ainsi que de l'existence chrétienne.

 

Il se demande d'abord s'il n'y a pas là un véritable non-sens, un manquement aux règles élémentaires de la logique : le

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mien n'est pas le mien.

 

Mais, continue Augustin, qu'est‑ce exactement que la « doctrine » de Jésus qui est à la fois sienne et pas la sienne? Jésus est «Parole », sa doctrine, c'est donc lui‑même. Si, partant de cette idée, on relit la phrase, elle dit ceci Je ne suis pas simplement Moi; je ne suis pas « mien », mon Moi appartient à un autre.

 

Et nous voilà arrivés, au‑delà de la christologie, à nous-mêmes « Quid tam tuum quant tu, quid tam non tuum quant tu qu'est‑ce qui t'appartient autant que toi et qu'est‑ce qui t'appartient si peu que toi‑même 32 ? »

 

Ce qui nous est le plus propre- ce qui en définitive nous appartient réellement à nous seuls ‑ notre propre Moi, est en même temps ce qui nous est le moins propre, car précisément notre Moi ne provient pas de nous, et n'est pas pour nous. Le Moi est à la fois ce que je possède entièrement et qui pourtant m'appartient le moins.

 

Ainsi le concept de la pure substance (== ce qui subsiste en soi) éclate une fois de plus; l'on peut voir comment un être qui se comprend vraiment lui‑même comprend en même temps que dans son être propre, qui le fait être lui‑même, il ne s'appartient pas lui‑même; qu'il ne se trouve lui-même qu'en se quittant lui‑même, pour retrouver, comme être relationnel, sa vraie originalité.

 

   La doctrine trinitaire n'est pas débarrassée pour autant de son mystère; mais ces réflexions auront montré comment elle introduit une nouvelle compréhension du réel, de ce qu'est l'homme et de ce qu'est Dieu.

 

Là où l'on semblait se trouver en pleine théorie, voilà qu'apparaît l'exigence la plus pratique; en parlant de Dieu, on découvre qui est l'homme; ce qu'il y a de plus paradoxal est en même temps ce qu'il y a de plus clair et de plus salutaire.

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon