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54, En effet, comme Notre Saint Père Pie IX le dit dans la balle lneffabilis Deus, les Pères et les écrivains ecclésiastiques, nourris des paroles célestes, n'ont rien eu plus à cœur, dans les livres qu'ils ont écrits pour expliquer l'Écriture, pour défendre les dogmes et instruire les fidèles, que de louer et d'exalter à l'envi, de mille manières et dans les termes les plus magnifiques, la parfaite Sainteté de Marie, son excellente dignité, sa préservation de toute tache du péché, et sa glorieuse victoire sur le cruel ennemi du genre humain. Cette éclatante et incomparable victoire de la Vierge, cette innocence, cette pureté, cette sainteté par excellence cette exemption de toute tache du péché, cette grandeur et cette ineffable abondance de toutes les grâces, de toutes les vertus, de tous les privilèges, dont elle fut comblée, les mêmes Pères les ont vues, soit dans l'arche de Noé qui, seule divinement édifiée, a complètement échappé au commun naufrage du monde entier; soit dans l'échelle que contempla Jacob, dans cette échelle qui s'éleva de la terre jusqu'au ciel, dont les Anges de Dieu montaient et descendaient les degrés, et sur le sommet de laquelle s'appuyait Dieu lui-même ; soit dans ce buisson ardent que Morse vit brûler dans un lien saint, et qui, loin d'être brûlé par les flammes pétillantes, loin d'éprouver la moindre altération, n'en était que plus vert et plus florissant ; soit, dans cette tour inexpugnable à l'ennemi, et de laquelle pendent mille boucliers, et toute l'armée des Forts ; soit dans ce jardin fermé qui ne saurait être profané et qui ne craint ni les souillures, ni les embûches ; soit dans cet auguste temple de Dieu tout rayonnant des splendeurs divines et tout plein de la gloire du Seigneur ; soit enfin dans une foule d'autres figures de ce genre, qui, suivant les Pères, ont été les emblèmes éclatants de la haute dignité de la mère de Dieu, de sa perpétuelle Innocence et de cette sainteté qui n'a jamais souffert de la moindre atteinte. Pour décrire cet assemblage de tous les dons célestes, et cette originelle intégrité de la Vierge de laquelle est né Jésus, les mêmes Pères, empruntant la parole des prophètes ont
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célébré cette auguste Vierge, comme la colombe pure, comme la sainte Jérusalem, comme le trône élevé de Dieu, l'Arche de la sanctification et la demeure que s'est bâtie l'éternelle Sagesse ; comme la Reine qui, comblée des plus riches trésors et appuyée sur son bien-aimé, est sortie de la bouche du Très-Haut, parfaite, éclatante de beauté, entièrement agréable à Dieu, sans aucune tache, sans aucune flétrissure...
« Les Pères n'ont point cessé d'appeler la Mère de Dieu, ou bien un lys entre les épines, ou bien une terre absolument intacte, une terre vierge, dont aucune tache n'a même effleuré la surface, une terre toujours bénie, libre de toute contagion du péché, et dont a été formé le nouvel Adam ; ou bien un irréprochable, un éclatant, un délicieux paradis d'innocence et d'immortalité; planté par Dieu lui-même, et inaccessible à tous les pièges du serpent venimeux ; ou bien un bois incorruptible, que le péché, le ver rongeur, n'a jamais atteint ; ou bien une fontaine toujours limpide et scellée par la vertu du Saint-Esprit ; ou bien un temple divin, un trésor d'immortalité ; ou bien la seule et unique fille, non de la mort, mais de la vie ; une production, non de colère, mais de grâce ; une plante toujours verte, qui, par une providence spéciale de Dieu et contre les lois communes, est sortie florissante d'une racine flétrie et corrompue (1). »
Les Pères et les anciens auteurs ecclésiastiques ne se contentent pas d'appliquer à l'auguste Mère de Dieu les figures de l'Ancien Testament, ils ont recours aux livres sacrés pour prouver le glorieux privilège qui exempte Marie du péché originel. Ils s'appuient d'abord sur le troisième chapitre de la Genèse. Nos premiers parents, séduits par le serpent infernal, ayant introduit le péché dans le monde par leur désobéissance, Dieu leur promit une libération pour eux et pour leur postérité. Il dit à ce même serpent : « Je mettrai une iniquité entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; tu dirigeras ton dard contre son talon, et elle te brisera la tête (2) ». Ces paroles prophétiques annoncent assez clai-
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1. Bulle Ineffabilis
2. . fl) Ge». III, 15.
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rement que Dieu n'a pas voulu que Marie fut atteinte de la morsure venimeuse du serpent, qu'elle fût un seul instant sous la domination du démon, qu'elle contractât le péché d'Eve et d'Adam ; car, si elle avait contracté le péché originel, comment se vérifierait la perpétuelle inimitié entre elle et le serpent? C'est en vain que l'esprit tentateur a cherché à l'atteindre ; malgré son astuce, il a été vaincu par celle qui lui a brisé la tête de son pied pur et sans tache. C'est ainsi que l'entendent saint Justin, saint Irénée, Tertullien, Origène, saint Grégoire de Néocésarée, saint Éphrem, saint Épiphane, saint Ambroise, saint Maxime de Turin, Hésychius, saint André de Crète, saint Jean Damascène, saint Pierre, évêque d'Argos, saint Bruno d'Asti, et d'autres anciens auteurs ecclésiastiques.
On connaît ces paroles du Cantique de» Cantique» : Vous êtes toute belle, ma bien-aimée et il n'y a pas de tache en vous (1). Or, les Pères, y faisant allusion, proclament à l'envi la vierge Marie comme Immaculée, très Immaculée; comme pure, très pure; comme ayant toujours été entièrement exempte de toute tache ; comme la plus belle, la plus sainte de toutes les créatures. C'est le langage d'Origène, de saint Grégoire Thaumaturge, de saint Méthodius, de saint Éphrem, de saint Proclus, de saint Jacques de Bathna, de saint Sabas, de Timothée de Jérusalem, de saint André de Crète, de saint Germain de Constantinople, d'AIcuin, de saint Jacques de Syracuse, de saint Pierre d'Argos, de saint Fulbert de Chartres, d'Hildebert, de Hugues de saint Victor, d'Honorius d'Autun, de saint Pierre Paschase de Jaen, de Raymond Jordan et généralement de tous ceux qui ont parlé des louanges de Marie : ce qui s'accorde parfaitement avec les anciennes liturgies grecques, qui nous représentent la Mère de Dieu comme ayant été sans faute à tous égards : Omni ex parte inculpata : ainsi qu'avec les Ménologes des Orientaux, qui appellent la Très Sainte Vierge pure de toute tache, Omni nœvo intacta, toujours pure, pure selon les décrets éternels du Créateur, ab œterno munda. Tous les docteurs, parlant de la sainteté suréminente de Marie, répè-
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(1) Cant. iv, 7.
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tent le texte sacré : Vous êtes toute belle, et il n'y a point de tache en vous.
Enfin, nous lisons dans l'Évangile selon saint Luc, que l'Ange Gabriel, annonçant à Marie le mystère ineffable, qui devait s'opérer en elle, lui adressa ces paroles : « Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes (1) ». Cette salutation avait quelque chose d'extraordinaire : aussi Marie en fut troublée. En effet, ces paroles, vous êtes pleine de grâces, vous êtes bénie entre toutes les femmes, sans révéler encore à Marie les desseins que le Seigneur avait sur elle, exprimaient le privilège unique en vertu duquel elle avait été prévenue de la grâce, comblée de grâces et formée en grâce, à la différence des autres enfants d'Adam, qui sont tous formés dans le péché, c'est le sens du mot grec, que la Vulgate rend par gratta plena : c'est le sens de cette bénédiction toute spéciale qui distingue Marie entre toutes les femmes, sans en excepter Eve créée dans l'état d'innocence, de justice et de sainteté.
Aussi, les Pères ont-ils invoqué les paroles de l'ange à Marie, comme les autres textes sacrés que nous venons de citer, pour confirmer le peuple chrétien dans la croyance qu'il tenait d'ailleurs de la tradition, touchant l'Immaculée-Conception de la Mère de Dieu. Les anciennes liturgies nous représentent Marie comme comblée de bénédictions super omnes benedicta. Saint Denis d'Alexandrie s'exprime dans le même sens, disant que Marie a été bénie des pieds â la tête, a pedibus usque ad caput benedicta, bénie tout entière, bénie depuis le premier instant de son existence jusqu'à la fin (2). Origène n'est pas moins exprès. Sophronius l'ancien, ami de saint Jérôme, insiste sur la plénitude de la grâce et de la bénédiction accordée à la Vierge Marie (3). Saint Pierre Chrysologue, saint Basile de Séleucie, saint Anastase le Sinaïte, saint Fulgence, Paschase Ratbert, Fulbert de Chartres, Pierre de Blois, saint Bonaventure, Hugues de Saint-Cher, saint Pierre Paschase,
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(1) Lue, i, 28.
<2) Épitt. ad Paulum Sommât.
(3) Épitt. de Attumpt. B. M. V.
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Denys le Chartreux, nous donnent la même interprétation ; et saint Augustin, dans son célèbre passage que nous avons cité plus d'une fois, parait faire allusion à la plénitude de la grâce, dont parle l'Ange Gabriel, lorsqu'il dit qu'il a été donné à Marie plus de grâce pour vaincre le péché de toutes parts, parce qu'elle devait concevoir et enfantée le Saint des Saints. Au reste, personne n'ignore que le texte de saint Luc, comme ceux de la Genèse et du Cantique des Cantiques, a passé dans l'Office de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie.
La croyance de la Conception sans tache de la Mère de Bien, est fondée tout à la fois sur l'Écriture et la tradition. La doctrine qui exempte Marie du péché originel, consignée d'abord dans les Livres Saints, a été développée de vive voix par les Apôtres à qui l'Esprit Saint a enseigné toute vérité, et nous a été transmise par l'enseignement des Évêques, par les institutions liturgiques qui remontent, dans l'Église, à la plus haute antiquité ; par les pratiques pieuses, sanctionnées par le Siège Apostolique, par les Écrits des Pères et des Docteurs de tous les temps. Aussi, déjà depuis des siècles, on désirait généralement que cette doctrine fût proclamée par un décret solennel, comme un dogme de la foi catholique. Déjà les Évêques, les Chapitres, les Ordres monastiques, les Rois et les princes chrétiens avaient sollicité cette définition pour la plus grande gloire de Dieu, pour l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie et l'utilité de l'Eglise, depuis quelques années surtout, l'Épiscopat renouvelait de jour en jour ses instances auprès du Saint-Siège, priant et conjurant le Vicaire de Jésus-Christ de déclarer, de définir, de décréter dogmatiquement que l'Auguste Mère de Dieu a été entièrement exempte de toute tache du péché originel. Et, comme on a pu le remarquer, de tous les Prélats qui ont fait la demande ou exprimé le désir d'une définition, d'un décret qui oblige tous les chrétiens, il n'en est aucun qui ait réclamé la convocation du Concile général, aucun qui ait cru ce Concile nécessaire, malgré la grande, la très grande importance de cette question, que le Concile de Trente lui-même n'avait pas cru devoir définir au XVIe siècle ; et, à l'exception de
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quatre ou cinq au plus, qui semblaient faire dépendre leur pleine adhésion au jugement du souverain pontife, du jugement de la majorité de leurs collègues dans l'Épiscopat, tous les Évêques, quel que fût leur sentiment, tant sur la définibilité de l'Immaculée-Conception de Marie que sur l'opportunité d'une définition, déclaraient s'en rapporter à la hante sagesse et à l'autorité suprême du successeur de Saint-Pierre ; tous, généralement parlant, professent ouvertement, et font entendre assez clairement, dans leurs lettres à Grégoire XVI et à Pie IX, que le chef de toute l'Église, qu'ils regardent comme celui qui tient la place de Jésus-Christ sur la terre, comme le successeur du prince des Apôtres, comme le Père et le Docteur de tous les chrétiens ; que celui qui a reçu de Dieu, dans la personne de Pierre, le plein pouvoir de paître et de gouverner l'Église universelle, ne peut enseigner l'erreur ; que les décrets émanés de la Chaire Apostolique sont irréformables, infaillibles, obligatoires, par conséquent, pour tous les chrétiens ; pour les prêtres comme pour les simples fidèles ; pour les Évêques comme pour les simples prêtres; pour les Archevêques, les Primats, les Patriarches, les Cardinaux, comme pour tout autre Prélat.
53. Abstraction faite des arguments théologiques ; il y a les raisons du cœur ; « car le cœur, dit Pascal, a ses raisons que la raison ne connaît pas. » Parmi les questions qui font l'objet des controverses humaines, quelques-unes veulent être tranchées par l'effort du raisonnement. « Mais il y en a d'autres, dit Bossuet, dans le premier des trois admirables sermons qu'il a consacrés à l'Immaculée-Conception de la Vierge Marie, il y en a d'autres qui jettent an premier aspect un certain éclat dans les âmes, qui fait que souvent on les aime avant même que de les connaître. De telles propositions n'ont pas besoin de preuves. Qu'on lève seulement les obstacles, que l'on éclaircisse les objections, s'il s'en présente quelques-unes; l'esprit s'y portera de soi-même et d'un mouvement volontaire. » « Je mets en ce rang, ajoute ce grand docteur, celle que j'ai à établir aujourd'hui ». Et plus loin : Je ne sais quel instinct, dit-il encore, me pousse à vous assurer que cette conception est sans tache...
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Cette opinion a, je ne tais quelle force qui persuade les âmes pieuses ; après les articles de foi, je ne vois guère de chose plus assurée ».
Cet instinct, cette force dont parlait Bossuet et qui faisaient une impression si profonde sur son cœur et sur son génie, avaient agi, avec un entraînement irrésistible sur la masse des fidèles. Pendant que les docteurs subtilisaient, la dévotion de l'Immaculée-Conception de Marie était déjà profondément enracinée dans tous les cœurs ; et elle pénétrait jusque dans les liturgies, ces poésies populaires des âges de foi, qu'une main pieuse recueille, qu'un pontife consacre, mais qui n'en sont pas moins les fruits des traditions et de la coutume, l'œuvre collective des générations catholiques. Avertis par une sorte de pressentiment mystérieux, les fidèles ne pouvaient concevoir que la Reine des anges put être moins pure que les anges eux-mêmes ; que la mère de Dieu ait pu un seul moment être pour Dieu un objet d'aversion ou d'horreur ; que l'Eve nouvelle, par qui l'humanité devait renaître à la vie, ait pu être formée moins pure que l'Eve pécheresse en qui l'humanité avait été condamnée à la mort. D'un autre côté, éclairés par le même pressentiment, ils se disaient que la miséricorde infinie avait dû réserver, après la chute, un point pur et sans tache digne de recevoir un rayon du céleste amour, où l'Esprit-Saint put se reposer comme la colombe au milieu des eaux universelles, et par lequel Dieu put saisir notre pauvre humanité pour la relever et l'attirer à lui. Ainsi pensait la foule des fidèles, et les Souverains Pontifes, loin de s'opposer à cette pieuse croyance, la couvraient de leur égide sacrée et la comblaient de leurs faveurs, tantôt en révélant d'une approbation solennelle les liturgies où elle se trouvait formulée, ou les ouvrages qui, comme le catéchisme du cardinal Bellarmin, l'enseignaient positivement aux fidèles, tantôt par des consécrations encore plus formelles et plus directes. Ainsi en 1483, Sixte IV frappe d'excommunication ceux qui oseraient accuser d'hérésie les fidèles qui professent la doctine de l'Immaculée-Conception et le concile de Trente renouvelle cet anathème pontifical. Saint Pie V condamne de nombreuses propositions en-
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seignées par le docteur flamand, Michel Baïus, parce que l'une d'elles nie la Conception Immaculée de Marie. Paul V défend, sous peine d'excommunication d'enseigner que Marie a été conçue dans le péché. Grégoire XV renouvelle cette défense. En 1625, le roi d'Espagne s'étant adressé à Urbain VIII pour obtenir une définition de foi en cette matière, il lui est répondu: « Que les prédécesseurs de Sa Sainteté s'étaient assez avancés en faveur du « sentiment qui professe l'Immaculée-Conception pour qu'il ne reste plus qu'à définir la question. » Enfin Alexandre VII, dans un acte rendu le 8 décembre 1661, se chargea de montrer à quel degré de faveur Sollicitudo omnium était parvenue à cette époque la croyance en l'Immaculée-Conception. Nous voulons parler de la célèbre bulle Ecclesiarum après laquelle il ne restait plus au Saint-Siège qu'à formuler une définition dogmatique.
Quelques pieuses impatiences se sont élevées contre la sage lenteur qui, depuis Alexandre VII, a cru devoir ajourner une définition si ardemment désirée par la masse des fidèles. Elles oubliaient que, dans leur infaillibilité, les Souverains Pontifes, ne sont pas libres, comme le reste des hommes de suivre toujours l'entraînement de leur cœur, qu'avant de prendre motu proprio une de ces décisions souveraines devant lesquelles les fidèles n'ont qu'à s'incliner, il faut que la vérité leur apparaisse sans voiles, que les plus légers nuages soient dissipés, en un mot que la lumière soit faite dans leur esprit comme dans leur cœur, mais une lumière sans tache et dont rien n'obcurcisse le radieux éclat.
36. Outre la consultation doctrinale, Pie IX avait mandé aux évêques d'ordonner, dans leurs diocèses, des prières publiques pour que l'Esprit de Dieu daignât communiquer, au Souverain Pontife, la définition qui, dans cette affaire toute pieuse, devait le plus contribuer à la gloire de Dieu, à l'honneur de Marie et à l'utilité de l'Église militante. De plus, les évêques devaient transmettre l'autorisation de réciter, même pour le culte public, un office particulier de l'Immaculés-Conception. Lorsque le moment fut venu de prononcer l'exécution de ces ordonnances, le 1er août 1834, par l'Encyclique: Apostolicae nostrae
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caritalis, Pie IX voulut accorder un jubilé universel. Les motifs de ce jubilé étaient: la guerre qui agitait l'Europe entière, les dissensions intestines qui troublaient plusieurs pays, les fléaux qui se multipliaient, les progrès de l'indifférentisme et de l'incrédulité, enfin la définition dogmatique de l'Immaculée Conception. « Nous souhaitons ardemment, ajoutait le Saint-Père, que, pendant qu'on adressera des prières ferventes au Père des miséricordes, pour les causes énoncées plus haut, vous ne cessiez pas, selon le vœu de nos lettres encycliques du 2 février 1849, en date de Qaëte, d'implorer, de concert avec tous les fidèles, par des supplications et des vœux plus ardents que jamais, la bonté de ce même Père, afin qu'il daigne éclairer notre âme de la lumière de son Esprit-Saint, et que nous puissions ainsi porter au plus tôt sur la Conception de la Très-Sainte Mère de Dieu, l'Immaculée Vierge Marie, une décision qui soit à la plus grande gloire de Dieu et de cette même Vierge, notre Mère bien-aimée». Des œuvres d'expiation, des prières, des aumônes, un surcroît de vertu dans toute la chrétienté, c'est là ce que le Souverain Pontife cherchait dans le jubilé préparatoire de la définition dogmatique. En exhortant ses diocésains à profiter de cette grande grâce du jubilé, Louis-Edouard Pie, évêque de Poitiers, illustre dès le commencement de son épiscopat et dont on peut dire sans flatterie : Unus est instar omnium, concluait ainsi son Instruction pastorale : « Nous ne pouvons nous dissimuler qu'il y a là, pour notre cœur un immense sujet de joie et d'espérance. Et quant à notre esprit, après la décision du Siège Apostolique, il ne fera nulle difficulté de son adhésion, comme à un dogme de foi, à une vérité que Suarez, en qui Bossuet résume toute l'École, jugeait être déjà définissable, dès que l'Église le croirait expédient ; à une vérité que, par un décret rendu dans ses plus beaux jours, l'ancienne Sorbonne, ce Concile permanent des Gaules, avait obligé tous ses membres, sous la loi du serment et sous peine d'exclusion el de dégradation, d'enseigner et de défendre comme un dépôt de famille emprunté de la vénérable antiquité ; à une vérité enfin que ses rares adversaires n'ont combattue quelquefois que parce
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qu'elle ne se présentait pas encore au monde avec la sanction de l'Église romaine……. La question si longtemps étudiée semble arrivée à son point de maturité ; l'Église romaine a recueilli tous les avis ; la chaire de Pierre n'a plus qu'à prononcer, et la cause sera finie. Appelons de tous nos vœux ce grand et solennel résultat, et purifions nos âmes pour les rendre dignes de recevoir une part abondante dans les grâces qui vont découler à torrents de cette source bénie (1). »
Pendant que le peuple s'humiliait dans la pénitence, Pie IX caressait la pensée de définir l'Immaculée-Conception le jour même de cette fête, le 8 décembre, et voulut donner à l'acte de la définition, une solennité qui répondit à tous les vœux de la piété-catholique. A cette fin une simple invitation fut adressée à tous les évêques du monde chrétien, non pas pour que tous y répondissent comme à un ordre, mais pour qu'il en vint un nombre suffisant à la magnificence de la fête. Deux cents envion accoururent de toutes les parties de la chrétienté, entre autres Emmanuel de Mosquera, évêque de Bogota, qui mourut à Marseille, en vue de Rome, martyr de la discipline ecclésiastique, et Jean-Baptiste Bouvier, évêque du Mans, savant théologien, qui, plus heureux, mourut à Rome, près du tombeau des Saints Apôtres, après avoir vu, de son regard prêt à s'éteindre, cette fête dont le retentissement se prolongera à travers les siècles. Un plus grand nombre se serait rendu à l'invitation, si cela eût été rigoureusement nécessaire; mais l'âge, la maladie, l'éloignement, les affaires pressantes durent en arrêter plusieurs. Rien, du reste, ne devait manquer au triomphe de Marie.