Arius 41

Darras tome 10 p. 373

 

82. Quand ces détails furent connus à Antioche par un message da gouverneur de Mésie, Valens, qui avait tremblé d'abord à la pensée que les Huns étaient déjà aux frontières, se sentit plus à l'aise vis à vis des Goths. Il répondit sur-le-champ par l'ordre d'accorder à cette nation la faveur qu'elle sollicitait, mais à deux conditions formelles; la première, que l'évêque Ulphilas souscrirait la formule de Rimini et s'engagerait à la faire adopter par tous les chrétiens de sa patrie; la seconde, qu'avant de passer le Danube, les Goths remettraient leurs armes entre les mains du gouverneur de Mésie. Des évêques ariens se rendirent près d'Ulphilas, porteurs de ces deux conditions. La première fut seule remplie, bien que toutes deux eussent été également acceptées. Ulphilas, séduit peut-être par la duplicité fourbe et captieuse des prélats de cour, peut-être aussi pressé de conclure une négociation d'où dépendait la vie d'un peuple entier, finit par donner la signature qu'on exigeait de lui. Je vois bien, dit-il, que toutes ces disputes sont affaires d'intrigues et d'ambition plus que de théologie, et qu'il n'y a au fond point de différence essentielle dans la doctrine. Je ferai donc ce que l'empereur demande! — « Là où passait Ulphilas, dit M. de Broglie, il n'y eut, on le conçoit, point de Goth qui fit difficulté de le suivre, et la nation entière se trouva ainsi devenue arienne presque sans le savoir, ne croyant pas acheter trop cher, à ce prix dont elle ne sentait pas l'importance, le bonheur de devenir romaine 1. » Quant à Ulphilas, en dehors de cette malen-

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4 M. de Broglie, L'Église et l'Emp. rotn., tom. V, pag. 322.

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p374 PONTIFICAT   UE SAl.Vf  DA4IASE   (35U-3G6).

contreuse formule de Rimini qu'il venait d'introduire au milieu de son troupeau, comme un germe de tant d'erreurs et de discordes pour l'avenir, il ne changea rien à son enseignement et continua prêcher à ses ouailles la divinité de Jésus-Christ, sans s’inquiéter s'il y avait une lettre de plus ou de moins dans l’omousios du  symbole, qu'il traduisait du grec en gothique comme il pouvait.

 

   83. La cour arienne de Valens fut toute entière à la joie d'un pareil triomphe. Une flotte romaine alla chercher les Goths sur la rive droite du Danube. Le passage eut lieu avec un désordre et une précipitation qui ne permirent pas de faire effectuer la remise des armes précédemmeut stipulée. Les Goths n'attendaient pas que bateaux fussent amarrés sur la rive, ils se jetaient à la nage pour aller à leur rencontre ; hommes, femmes, enfants, vieillards, guerriers, tous se jetaient pêle-mêle dans les embarcations bientôt remplies, et virant de bord, se dirigeaient à force de voiles et de rames vers la côte romaine. Le comte Lupicinus et le duc Maxime, chargés de surveiller le transbordement, avaient essayé le premier jour de compter cette immense émigration. Mais le chiffre atteignit bientôt deux cent mille âmes. Le flot humain se renouvelait sans cesse : il fallut renoncer au dénombrement, comme on avait renoncé au désarmement. Derrière les Goths, arrivèrent les Greuthongues, autre race avec laquelle on n'avait point traité et qui passèrent de même. On dit que quelques escouades de l'avant-garde des Huns se glissèrent parmi les autres, et mirent pour la première fois le pied sur le sol de l'empire. Que faire de cette multitude? On avait cru pouvoir lui assigner divers points d'internement. Les barbares n'en acceptèrent aucun autre que celui qu'ils s'étaient d'avance assigné eux-mêmes : savoir le littoral du Danube et les plaines de Thrace, avec leurs gras pâturages si bien faits pour la vie pastorale. On ne put les en déloger. Ce n'étaient point des hôtes qu'avait reçus Valens; mais déjà des ennemis, bientôt des vainqueurs, et plus tard des maîtres. Lupicinus essaya d'une résistance à main armée. Il échoua et crut devoir recourir aux voies diplomatiques. Il engagea les deux rois Friligera et Alavive à venir conférer avec lui à Marianopolis, capi-

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p375 CHAP.   II-     MORT DE   VALENS.


tale de la basse Mésie, pour y débattre à l'amiable leurs prétentions. La conférence eut lieu (377). Mais au moment où les deux chefs barbares, confiants dans la foi jurée, s'asseyaient à la table hospitalière du gouverneur romain, un grand bruit d'armes se fit entendre ; c'était leur escorte qu'on massacrait. Comment s'était engagée la querelle? On ne le sut jamais. Cependant le souvenir de la trahison de Marcellin vis à vis de Gabinius, roi des Quades, était encore si récent que Fritigern et Alavive crurent à un guet-apens du même genre. Ils sortirent en hâte du palais, regagnèrent leur camp, déployèrent le drapeau national et aux accents de la conque barbare appelèrent tous les Goths à leur défense.

 

84. En quelques heures, Marianopolis, mollement défendue par Lupicinus, tombait aux mains des barbares qui la pillèrent. Un cri d'effroi retentit dans tout l'Orient. Andrinople, la clef de l'empire du côté du Danube, par une imprudence inouïe de Valens, n'avait pas été fortifiée. Elle avait précisément alors pour uniques défenseurs un corps de Goths mercenaires, qu'on avait enrégimentés depuis quelques années, et qui jusque-là contents de leur solde avaient assez bien rempli leurs rôles d'auxiliaires de l'empire. Mais, à la nouvelle des succès de leurs compatriotes, ces Goths firent eux-mêmes défection, et invitèrent Fritigern à venir sous les murs d'Andrinople, promettant de lui livrer la place à son arrivée. Le roi barbare ne se souciait pas beaucoup de tenter l'aventure. «Je n'aime pas à faire la guerre aux murailles, » répondit-il. Au lieu de venir mettre le siège devant des remparts qui l'effrayaient par leur masse imposante, il donna libre carrière à son peuple indiscipliné et lui permit de se répandre dans toutes les provinces à sa convenance. En un clin d'œil, la Mésie fut dévastée; les villages incendiés ; les villes ruinées; les populations entières réduites en esclavage. Les Romains apprirent ainsi que leurs aigles étaient désormais impuissantes à les défendre contre les barbares. A mesure qu'un nouvel essaim de pillards s'était abattu sur une contrée, il en revenait d'autres qui franchissaient le Danube et demandaient leur part de conquête et de butin. On vendait partout à vil prix des esclaves chrétiens. Ce fut alors qu'Am-

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broise, le nouvel évêque de Milan, vendit les vases d'or et d'argent de son église pour racheter les membres de Jésus-Christ. L'Illyrie et les Alpes étaient envahies et voyaient chaque jour les esclaves en longues files se diriger vers les marchés de l'Orient. Les Ariens milanais se plaignaient des dilapidations de leur saint évêque, l'accusant de sacrilège, parce qu'il faisait fondre les calices et les patènes de l'église, pour avoir de quoi payer la rançon des captifs. «Laissez-moi, leur disait Ambroise, sacrifier de l'or pour conquérir des âmes1 ! »

 

   85. Valens au désespoir fit appel à l'Occident tout entier, et demanda à son neveu Gratien de lui venir en aide pour expulser les barbares du sol de l'Asie. Gratien venait de conquérir sa majorité par un glorieux exploit sur les bords du Rhin, où il avait anéanti toute une armée d'Allemands. Il répondit à son oncle qu'il était prêt à voler à son secours et qu'il dirigeait ses troupes victorieuses sur Sirmium, dans l'intention de joindre ses forces aux siennes, pour écraser les Goths. Cependant les deux généraux gaulois Ricomer et Frigerid, se substituant à l'incapacité du romain Lupicinus, prenaient les devants et opposaient à l'invasion une résistance obstinée. Malgré leurs efforts, quelques escadrons détachés des troupes barbares apparurent tout à coup sous les murs de Constantinople. Ce fut alors un désarroi universel. Le comte Trajanus, ami de saint Basile, fut expédié d'Antioche avec deux légions, pour aller couvrir la capitale; il fut vaincu. « Vous n'êtes qu'un lâche ! lui dit Valens à son retour. Vous n'avez rien su faire des troupes que je vous avais confiées. — Seigneur, répondit Trajarius, si je n'ai pas été vainqueur, ce n'est pas moi qu'il faut en accuser, c'est vous-même ! C'est vous qui avez ouvert l'empire aux barbares; c'est vous aussi qui en prenant parti contre Dieu l'avez irrité contre vous. Vous avez chassé ses serviteurs de leurs églises; il vous chasse aujourd'hui de votre empire! — Valens se sentait fort enclin à faire décapiter Trajanus. Il n'osa point, parce que sa politique consistait en ce moment à ménager les catholiques autant qu'il les avait précédemment persécutés. Il se contenta de remplacer le général malheureux par le duc Sébastien, le

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p377 CHAP.   II.     MORT  DE   VALENS.

 

même qui, vingt ans auparavant, s'était signalé à Alexandrie par ses violences contre saint Athanase. Sébastien ne réussit pas mieux que Trajanus; il fut vaincu par les Goths, dont l’avant-garde triomphante fit une nouvelle pointe sur Constantinople.

 

86. Cette fois, il n'était plus question pour Valens de déléguer à un général quelconque l'honneur de sauver l'empire. Il lui fallut, à son grand regret, prendre en personne le commandement de l’armée. C’était, pour une nature aussi peu militaire que la sienne, le plus grand de tous les sacrifices. En homme prévoyant, il commença par assurer ses autres frontières, et sollicita de Sapor une trêve qui lui fut accordée. En même temps, il lançait dans tout l'Orient des proclamations où il déclarait, qu'abusé longtemps par une faction perfide, il avait persécuté le catholicisme. «Revenu aujourd'hui des piéges tendus à ma bonne foi, disait-il, je reconnais mon erreur. Je jure de réparer, autant qu'il sera en mon pouvoir, les injustices qu'on m'a fait commettre. » Ainsi parlait Valens; mais ce n'était de sa part qu'une nouvelle feinte. Il espérait effacer du souvenir des hommes vingt ans de cruautés persévéramment accomplies, et il se promettait, à sa première victoire, de revenir sur l'édit d'amnistie. Sa tardive proclamation ne trompa personne que lui-même. Encore faut-il ajouter que son illusion à cet égard, s'il en conserva quelqu'une, fut très-volontaire. Le 11 juin 378, au moment où il traversait le faubourg de Constantinople, à la tête de ses légions, un solitaire, nommé Isaac, connu dans toute la ville pour un thaumaturge, vint se placer devant l'escorte impériale. « Où allez-vous, ennemi de Dieu? dit-il à Valens. Vous voulez combattre, et Jésus-Christ n'est point avec vous. Cessez d'abord la guerre que vous faites au Seigneur, alors le Seigneur fera lui-même cesser la guerre que les barbares vous ont déclarée. Rendez les évêques à leurs églises ; si vous le faites, vous serez vainqueur sans combat, mais si vous refusez, vous apprendrez à vos dépens qu'il est dur de regimber contre l'aiguijon. Vous perdrez votre armée, et ne remettrez jamais le pied à Constantinople. — Insolent! s'écria Valens, tu t'apercevras bien de mon  retour. Je te ferai   trancher la tête  en rentrant  dans

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cette ville. — Pour mieux assurer l'exécution du serment qu'il se faisait à lui-même, Valens donna l'ordre de jeter en prison le pieux solitaire, et de l'y garder jusqu'à la fin de l'expédition.

 

87. Six lieues plus loin, à Mélanthiade, le farouche empereur reçut la nouvelle d'un engagement favorable, dans lequel les troupes romaines avaient eu l'avantage contre les Goths. Ce message le confirma dans ses espérances et sa folle présomption. A marches forcées, il se transporta sur le théâtre de la guerre, ne parlant que d'engager immédiatement le combat et d'exterminer les ennemis. Victor et Arinthaeus, deux anciens généraux célèbres sous Julien l'Apostat, lui firent observer que la circonstance demandait plus de ménagements; que l'armée romaine était inférieure en nombre dans la proportion de un contre dix. On lui disait que Gratien ne tarderait point à arriver avec ses recrues de l'Occident. On ajoutait que l'évêque Ulphilas, désolé d'une lutte internationale qu'il n'avait pu ni prévoir, ni empêcher, travaillait énergiquement dans le camp ennemi à une réconciliation. En réalité, Ulphilas venait d'expédier aux avant-postes romains un de ses prêtres, muni d'un blanc-seing de Fritigern, et chargé de négocier la paix. Valens n'écouta rien; à ceux qui lui conseillaient d'attendre l'arrivée de Gratien et de ses troupes auxiliaires, il répondit qu'il ne voulait rien devoir à l'obligeance de son neveu; à l'envoyé de Fritigern, il dit qu'un empereur romain n'avait pas d'autre manière de traiter avec les barbares que de les faire égorger par ses légions. L'armée campait alors sous les murs d'Andrinople, dans une plaine dont l'extrémité était défendue par la petite ville de Nice, transformée quelques années auparavant par l'intrigue des évêques ariens en un pseudonyme de Nicée. Les Goths étaient massés au delà, non point comme une armée régulière, mais comme une nation d'émigrants. Fritigern engagea le combat par une manœuvre de cavalerie. Les légions se portèrent en avant, aux cris de : Vive l'empereur ! Repoussés une première et une seconde fois, les barbares se replièrent, et découvrirent par leur retraite, non plus des escadrons ou des bataillons, mais une forêt d'hommes ran-

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p379 CHAP. II. — MORT DE VALENS.

 

gés en bataille, dans un nombre tel que leurs lignes se reformaient à mesure qu'on croyait les avoir enfoncées. C'était le 9 août 378. Une chaleur accablante faisait tomber les armes des mains des légionnaires; ils combattirent ainsi jusqu'à trois heures de l'après-midi, débordés de toutes parts, sur leurs flancs et jusque sous les murs d'Andrinople, par une véritable inondation de Goths. Tout à coup la ceinture d'ennemis qui les enveloppait s'élargit autour d'eux et leur fit une large place. Les Romains épuisés croyaient à une victoire inattendue. Valens, au milieu des rangs, parlait déjà de triomphe. Tout à coup un cercle de feu se dessina à l'horizon et succéda au cercle de fer. Fritigern, profitant des broussailles et des steppes desséchées dont la plaine d'Andrinople était couverte venait d'y mettre le feu. Activée par une sécheresse impitoyable, la flamme se resserrait autour des Romains consternés. A partir de ce moment, le combat se changea en déroute. Les légions débandées fuyaient de toutes parts, Valens leur en donnait l'exemple. Sur son cheval lancé au galop, il essayait de franchir la barrière enflammée qui le cernait. Peut-être en ce moment il se souvint de tant de catholiques qu'il avait fait brûler à petit feu. Bientôt atteint d'une flèche lancée par un archer ennemi, il tomba à la renverse. Des serviteurs fidèles le ramassèrent, et sur un brancard, le transportèrent sanglant dans une chaumière abandonnée. On le jeta sur un lit de paille, et on allait s'occuper de bander sa plaie, lorsque l'incendie toujours croissant se déclara au toit de chaume du modeste abri. Tous alors abandonnèrent le blessé qui expira quelques minutes après dans les flammes; son corps réduit en cendres ne put jamais être retrouvé. Valens était mort. Son fanatisme arien avait perdu l'empire; un empereur catholique allait bientôt le sauver.

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CHAPITRE III.

SOMMAIRE.


PONTIFICAT DE SAINT DAMASE (366-384). Deuxième période (378-381).

 

§ I. AVÈNEMENT DE L'EMPEREUR THÊODOSE.

 

1. Funestes conséquences de la bataille d'Andrinople. — 2. Caractère de Gratien. Christianisme d'Ausone, son précepteur. — 3. Consulat d'Ausone en 379. — 4 Prologue du Traité de la vraie foi adressé par saint Ambroise à Gratien. — 5. Résumé de la foi catholique par saint Ambroise. — 6. Édit de Gratien coutre les hérétiques. — 7. Réaction coutre les Goths. Dernières paroles d'Ammien Marcellin dans son histoire. — 8. Proclamation de Théodose, empereur d'Orient.

 

§  II.  ŒUVRES  DE  SAINT BASILE.

 

Lettre de félicitation adressée par saint Ambroise à Gratien. — 10. Retour des évêques catholiques sur leurs siéges. — 11. Mort de saint Basile. Caractère général de ses Ascetica et de ses Constitutiones monasticœ. — 12. Appréciation de la vie érémitique et du cénobitisme. — 13. La vie active et la vie contemplative. — ti. Prétendue contradiction de saint Basile. — 15. Véritable esprit de la règle de saint Basile. — 16. Saint Basile et saint Ephrem. — 17. Saint Epiphane et saint Basile. — 18. LHexameron de saint Basile. — 19. L'antiquité profane. Vision de saint Jérôme. — 20. L'éloquence servante de la foi. — 21. Fondation du ptochotrophium de Césarée, par saint Basile. — 22. Saint Basile, apôtre de la charité. — 23. Orthodoxie de la doctrine de saint Basile sur le devoir de l'aumône. — 24. Panégyrique de saint Basile par saint Grégoire de Nazianze. — 55. Martyre de saint Eusèbe de Samosate. — 28. Mort de saint Ephrem. — 27. Mort de sainte Macrina, sœur de saint Basile. — 28. Fécondité spirituelle de l'église d'Orient.

 

§  111.  SAINT GRÉGOIRE  DE NAZIANZE A  CONSTANTINOPLE.

 

29. Quarante ans de domination arienne à Constantinople. Appel des cathodiques à saint Grégoire de Nazianze. — 30. Saint Grégoire accepte la mission de rétablir le catholicisme à Byzauce. — 31. Fureurs des Ariens de Cons-tantinople contre saint Grégoire. — 32. L'Anastasie. Premier discours de saint Grégoire sur la Modération dans les controverses. — 33. Les Theologica de saint Grégoire. — 34. Discours de saint Grégoire sur la divinité du

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Saint-Esprit. — 35. Irruption des Ariens dans l'Anastasie. — 36. Maxime le Cynique. Discours de saint Grégoire à sa louange. — 37. Ordination clandestine dans l'Anastasie. Maxime le Cynique se fait sacrer évêque de Constantinople. —  38. Baptême de Théodose le  Grand  par saint Asmoleus évêque de Thessaionique. Loi Cunctos populos. — 39. Condamnation de Maxime le Cynique par le pape saint Damase. — 40. Arrivée de Théodose le Grand à Constantinople. Expulsion de Démophile de Bérée. —41. Entrée de saint Grégoire de Nazianze dans la basilique des Apôtres. Tentative d'assassinat. — 42. Loi de Théodose contre les hérétiques. — 43. Athanaric, roi des Goths, à Constantinople.

 

§ I. Avènement de l'empereur Théodose.

 

1. La défaite d'Andrinople semblait marquer la chute définitive de l'empire. « L'univers romain s'écroule ! » disait alors saint Jerôme.  « Depuis la journée de Cannes, écrit Ammien Marcellin, 
jamais la république n'avait été frappée d'un coup pareil. » Les
généraux les plus illustres, Trajanus, Sébastien, Équitius, étaient morts sur le champ de bataille ; l'armée impériale avait succombé presque tout entière. La Thrace, la Scythie, la Thessalie, étaient livrées sans résistance aux barbares dont les premières colonnes se montraient déjà en Illyrie, se dirigeant vers Rome, tandis que le gros de leurs forces menaçait Constantinople sans défense. Pour surcroît de malheurs, les Perses et les Arméniens se disposaient à franchir l'Euphrate et le Tigre pour venir prendre leur part de la curée. Les Allemands faisaient des démonstrations semblables sur le Rhin. Derrière eux, les redoutables Huns, escortés des Taïphales et des Alains, races inconnues aux premiers Césars, descendaient du grand plateau de la Tartarie, prêts à chasser les Goths vainqueurs d'Andrinople, aussi bien que les tribus des Francs, des Allemands et des Suèves, qui leur servaient d'avant-garde. Contre tant d'ennemis, Gratien, un prince de dix-huit ans, était seul à soutenir le fardeau du pouvoir, à cette heure solennelle où la faute la plus légère pouvait entraîner un désastre universel.

 

2. Gratien, l'histoire lui doit cette justice, eut l'honneur  de sauver la civilisation romaine. Ce jeune prince avait été élevé, nous l'avons dit, par l'illustre rhéteur bordelais Ausone, tour à tour comte du palais impérial, questeur, préfet du prétoire et consul.     

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382 ÏOXTIFICAT  DE   SAINT  DAMASE  (3GG-3S4)

 

Ausone était, quoi qu'en ait dit M. Guizot, autre chose qu'un épicurien, « vivant magnifiquement dans ses belles terres de Saintonge, n’ayant point de parti pris et se souciant peu d'en prendre aucun en matière religieuse 1. » Ausone était un chrétien fervent, un catholique convaincu. Ses écrits, incomplètement étudiés sans doute par l'illustre auteur de l’Histoire de la civilisation en France, offrent à ce sujet les preuves les plus nombreuses et les plus irrécusables. Voici comment, sous le titre d'Ephemeris, Ausone nous rend, en vers charmants, compte de l'emploi d'une de ses journées. « Enfant2, lève-toi. Apporte ma chaussure et ma tunique de lin. Fais couler de la fontaine l'eau pure où je me laverai les mains, le visage et les yeux. Fais ouvrir les portes du sacrarium (chapelle). Nul appareil extérieur ne décore ce lieu, où la grâce divine aime à répondre à mes pieuses prières et à mes vœux innocents. Là je ne brûle point d'encens, comme les païens je ne fais aucune libation de lait ou de miel ; je n'élève point de tertre gazonné à de vaines idoles. Le Dieu que j’invoque est le Père Tout-Puissant, uni au Fils, majesté semblable à la sienne dans l'association de l'Esprit-Saint. Je vais commencer ma prière. En présence de cette Trinité auguste, ma pensée se déconcerte et je tremble. Mais pourquoi ce trouble? Est-ce que rien résiste à l'espérance et à la foi? Dieu Tout-Puissant, vous que le cœur seul peut connaître, vous qu'ignorent les méchants et que les âmes pieuses révèrent; vous n'eûtes jamais de commencement, vous n'aurez jamais de fin. Vous êtes plus ancien que tous les âges écoulés et que tous les siècles à venir. L'intelligence humaine ne saurait concevoir, ni la parole décrire le mode et la forme de votre être. Seul il a le privilège de vous voir et de vous entendre, Celui que vous avez fait asseoir à votre droite paternelle, le Verbe de Dieu, le Verbe Dieu,

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1 Guizot, llisl. de In civilis. en France, tom. 1, leçon III, pag. 92.

2.Puer; c'était le nom dont les anciens s'étaient servis comme synonyme d'esclave. L'abbé Gorini, de regrettable mémoire, a cru devoir rendre ce puer d'Ausone par le mot païen « esclave. » Nous nous permettons ds maintenir au puer du poête chrétien son sens littéral et rigoureusement exact. (Cf. Gorini, Défense de l'Église, toin. 1, pag. 155, édit. ISjO.)

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p383 CHAP. III. — AVENEMENT DE L EMPEREUR THEODOSE.  

 

créateur de toutes choses, cause efficiente de toute création, architecte du monde, engendré dans les jours éternels quand les temps n'étaient pas ; lumière préexistante à toute splendeur spirituelle, à toute lumière sidérale. Sans lui rien n'existe; par lui tout a été fait, son trône est au ciel; la terre, les mers et les abîmes de l'insondable chaos lui servent de marchepied. Jamais sa providence ne cesse d'agir; il meut tout, il anime même les choses inanimées; Dieu engendré d'un Père qui n'a point de père. Touché de nos misères plus encore qu'irrité de nos offenses, il lui a plu de descendre ici-bas pour appeler les nations à son royaume, et se faire le chef d'une race adoptive, meilleure que l'ancienne. Nos trisaïeux ont pu le voir. Sous les traits de ce Verbe fait homme, ils ont pu contempler le Père à jamais invisible. C'est le Verbe qui a porté la contagion de nos fautes ; il a souffert la mort pour nous rouvrir les chemins de l'éternelle vie. Ce ne sera point l'âme seule qui le suivra dans les célestes demeures ; le corps tout entier l'y accompagnera, loin de la terre déserte et des vaines horreurs du tombeau vide. 0 Fils d'un  Père tout-puissant, Sauveur de notre monde, vous que le Géniteur a investi de sa toute-puissance, prêtez l'oreille à mon humble prière, donnez-moi une âme invincible au péché, détournez le venin de l'antique et mortel serpent! Qu'il lui suffise d'avoir perdu Eve, d'avoir séduit Adam. Nous sommes, nous, la race privilégiée, prédite par les Prophètes; l'enfer a perdu sur nous son empire. Ouvrez-moi donc le chemin qui me conduira aux cieux, après que j'aurai dépouillé les entraves de ce corps mortel. Alors il me sera donné de parcourir ces hautes régions où la voie lactée se prolonge au-dessus de l'errant flambeau des nuits. Nos pieux ancêtres nous y précédèrent. C'est par là qu'Enoch d'abord, puis Élie, s'élancèrent vivants sur un quadrige de feu. Accordez-moi, ô Père, de respirer un jour dans cette lumière éter-oelle. Vous le savez, je ne jure point par des dieux de pierre; mes regards suppliants ne s'adressent qu'à l'autel du mystère adorable, et j'y dépose l'offrande d'une vie pure 1. »

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1.          Ausouii Ephaneris; Fatr. lat., tom. XX, col. 839, 840.

 

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