CHAPITRE II
1. Il presse Crispin, évêque donatiste de Calame de
traiter avec lui par écrit, la question et la cause du schisme. - 2. Alype et Augustin traitent la même question par lettres avec Naucélion. - 3. Augustin s'efforce d'arracher du schisme Sévérin, son parent. - 4. Il écrit à Généreux pour l’empêcher de se laisser tromper par un prêtre donatiste.
1 - Pendant ce temps-là il s'occupait aussi activement d'amener à l'Église les amis de l'unité catholique; car il faut rapporter à ce but plusieurs gros volumes composés vers cette même année 400, sans compter diverses lettres au nombre desquelles nous placerons les deux à Crispin, évêque donatiste de Calame, la première fut écrite après la mort d'Optat et avant celle de Prétextat, on ne peut donc la placer à une autre date : il parle dans les mêmes termes de Prétextat et de Félicien, et ce qui est encore bien plus décisif, c'est qu'il dit en propres termes : « Tous ceux qu'ils ont baptisés
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sont maintenant avec eux et parmi vous (1). Or, Prétextat n’était plus de ce monde lorsqu'Augustin, vers cette même année, mit la dernière main à ses livres contre Parménien (2). Il faut donc rapporter aux lois promulguées avant 405 ce qu’il dit des plaintes que les donatistes faisaient au sujet des persécutions qu'ils enduraient des Catholiques et des princes de la terre; car il y en eut de publiées en 397 et plus tard. C'est bien certainement en 402 que les édits des empereurs ordonnèrent de veiller à ce que les donatistes ne demeurassent pas dans les villes (3). Quelquefois il invoque contre eux les lois portées contre les hérétiques en général (4). Augustin s'étant trouvé par hasard à Carthage avec Crispin, l'avait pressé vivement d'accepter une discussion avec lui sur le schisme que les donatistes avaient fait avec l'Église catholique (5). Mais après une conférence d'ailleurs assez aigre, Crispin avait présenté un empêchement pour ne point continuer, pour le moment, promettant de reprendre l'entretien plus tard s'il se présentait une occasion favorable. Chacun retourna en Numidie, dans son Eglise particulière; mais le bruit s'étant répandu qu'il ne dépendait pas de Crispin que la difficulté fût résolue, Augustin lui adressa une lettre pour le presser d'accomplir sa promesse, puisque rien ne s'y opposait et que le voisinage de leurs Églises leur permettait à l'un et à l'autre de s'écrire et de faire disparaître toute difficulté. Il avait résolu de traiter cette affaire par écrit, de peur qu'en le faisant seulement de vive voix, une partie de ce qui serait dit n'échappât à la mémoire; il voulait aussi que ceux qui auraient à cœur de connaître la question, pussent la suivre par écrit, s'ils ne pouvaient pas assister à la conférence. Bien plus, il ajoute que cette lettre jointe à la réponse qu'il sollicite vivement de Crispin, suffira seule pour dénouer toutes les difficultés. Il fait donc voir avant tout que le schisme, les divisions, sont un crime plus grave que celui de la tradition des Saintes Ecritures, le seul que les donatistes reprochassent, sans pouvoir toutefois s'appuyer sur la foi ou l'autorité d'aucun témoignage, à Cécilien, ou à celui qui l'avait ordonné, d'où il suit qu'il ne leur était pas permis de se séparer de l'Église, lors même que Cécilien eût été coupable. C'est d'ailleurs ce qu’ils avaient eux-mêmes reconnu en recevant Félicien et Prétextat comme évêques, bien qu'ils les eussent condamnés auparavant à cause de leur schisme. S'ils prétendent que ces deux hommes n'étaient point coupables de cette faute, il pouvait aussi se faire que Cécilien fût innocent du crime qu'on lui imputait. De plus ils avaient montré par leur propre conduite, à l'égard des maximianistes, qu'il n'est pas toujours juste de condamner tous ceux qui persécutent les autres et même qu'il n'est pas toujours nécessaire de baptiser une seconde fois ceux qui ont reçu le baptême de la vraie Église de Dieu. Après avoir établi ces points capitaux sur lesquels roulait toute la controverse entre l'Église et les donatistes, il les résume à la fin de sa lettre et prie Crispin de lui répondre, et, si toutefois il le peut, de lui montrer les plus légères difficultés s'il en reste une ombre, qui retiennent encore les ignorants. Sa lettre n'a point de titre, c'est qu'en effet il ne lui en avait pas donné ou du moins il ne lui en avait donné qu'un très simple. Il s'en excuse auprès de Crispin et dit qu'il a agi ainsi, parce que les donatistes, lorsque les Chrétiens les traitent avec plus de cérémonie, leur reprochent leurs formules pleines de modestie, et il assure à Crispin, qu'il ne trouvera pas mauvais qu'il agisse de même à son égard. Nous ne savons si Crispin répondit à cette lettre; mais on sait qu'il persévéra dans le schisme et qu'il oublia bien vite toute la retenue et la modération, dont il avait fait preuve dans le commencement. Il est juste que ceux qui abusent des grâces de Dieu qui leur sont offertes, soient dépouillés de celles mêmes dont ils semblaient comblés.
2. Il est à croire qu’Augustin et Alype eurent une discussion semblable avec Clarence qu'ils appellent «père » peut-être à cause de son âge. Il y eut un Clarence évêque donatiste
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(t) Lettre m, n. 4, (2) Contre la lettre de Parm, III, ch, vi, (3) Contre la lettre de Péoil., ii, n. 184. (4) C')iit2'e la lettre de Parm. 1, ch. xif. (5) Lettre LII, B. 1.
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de Tabraca (1). Dans cette discussion, ils se servaient du ministère de Nancélion. De cette affaire, nous savons seulement que Naucélion avertit nos deux saints évêques, que Clarence avait reconnu que Félicien de Mustis avait été rétabli dans sa charge après sa condamnation, attendu que le jugement qui l'avait condamné absent était injuste. Alype et Augustin s'emparèrent de ce fait, le tournèrent à l'avantage de leur cause et adressèrent à Naucélion, une lettre où il était fait mention de Prétextat; elle est sans doute postérieure à l'année 400.
3. Augustin eut un cousin donatiste nommé Séverin, qui, comme bien d'autres, ne demeuraient dans le schisme que par habitude. Depuis longtemps déjà le saint docteur le voyait avec peine et douleur misérablement retenu dans les liens du schisme, et désirait vivement lui parler et l'arracher à l'erreur. Il avait déjà écrit à ce sujet plusieurs lettres à Séverin, qui lui répondit enfin, mais bien tardivement comme Augustin s'en plaignit. Le contenu de la lettre de Séverin ne répondait point à ses voeux: il ne se réjouit cependant pas moins de l'avoir reçue, surtout quand il sut que Séverin n'avaient envoyé son secrétaire à Hippone que pour porter cette lettre, parce qu'il jugeait que Séverin n'aurait pas pris cette peine, s'il n'avait eu le cœur préparé à recevoir la vérité. Dans sa réponse, il lui oppose quelques-uns des arguments par lesquels il renversait ordinairement les fondements du schisme; il faisait surtout valoir que les donatistes avaient toléré parmi eux, pendant bien longtemps, une foule de gens perdus de mœurs dans la crainte de nuire à leur propre schisme; c'est ainsi que, très souvent, il faisait allusion à la tyrannie qu'Optat exerça pendant dix ans. Si cette considération ne nous en empêchait, nous assignerions cette lettre (2), dans laquelle il ne parle point des maximianistes, à l'époque où Augustin n'était pas encore évêque.
4. On peut aussi rapporter à la même époque sa lettre à Généreux (3). Elle est certainement du temps du pontificat d'Anastase, alors que Prétextat d'Assuris n'était pas encore mort; par conséquent elle est antérieure aux trois livres contre Parménien. Ce Généreux était un Catholique de Cirta; l'histoire le représente comme ayant été consulaire en Numidie (4), ce qui n'a pu avoir lieu qu'après la loi du 21 janvier 409 (5). Donc, s'il a exercé à Cirta quelque charge, il faut que ce soit une autre que la charge consulaire. Il y avait alors à Cirta un prêtre donatiste à qui vint la pensée d'écrire à Généreux, qu'un ange lui était apparu et lui avait ordonné de lui découvrir l'avenir de la religion chrétienne, à Cirta, et de l'engager de plus à embrasser le parti de Donat tel qu'il était exposé dans la lettre de Pétilien évêque de cette ville. Il lui fit voir aussi la succession des évêques de ce siège et lui parla surtout de Sylvain d'une manière très honorable. Il était évident que l'ange des ténèbres s'était transformé en ange de lumière pour le tromper, à moins que toute cette histoire ne fût une invention de ce prêtre donatiste qui, agissant comme un ministre de Satan, avait formé le dessein de tromper les autres par ce mensonge. Mais Généreux, en vrai catholique, ne fit que rire de cette lettre qu'il envoya à Fortunat, évêque catholique de Cirta, ainsi qu'à Alype et à Augustin, qui, par hasard, se trouvaient dans cette ville. Les trois évêques répondirent à Généreux, par la main d'Augustin, dans le désir et l'espérance de rappeler ce prêtre à la foi. (6). Ils prièrent Généreux de communiquer leur réponse à ce prêtre. Ils y font voir que, s'il faut s'en tenir à la succession des évêques, il valait mieux accepter celle des évêques de Rome ; en conséquence, ils dressent la liste de tous les évêques de cette ville jusqu'Anastase, qui y siégeait alors. Ensuite, ils citent les documents qui pouvaient le mieux faire connaître l'histoire des donatistes et particulièrement ceux qui montrent que Sylvain de Cirta avait été traditeur. Ils rappellent aussi l'histoire des maximianistes, et se gardent bien d'omettre de parler de Félicien et de Prétextat, qu'ils avaient accueillis parmi eux après les avoir condamnés ; ils en parlent en termes qui
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(1) Confer. de Carthage. I, Ch. CLXXXVII. (2) Lettre LI. (3) Lettre LIII. (4) Lettres CXV-CXVI. (5) Comme on l'ob. dans la pref. II, à Cep. CXV-CXVI. (6) Lettre LIII,Ch. I, n. 1.
(2) Lettre LIII dans la pref. II, à 1'4. CXV-CXVI. (6) Lettre LIII,Ch. I, no. I.
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montrent qu'ils vivaient encore à cette époque. Comme ils ne renvoient point Généreux à l'ouvrage d'Augustin contre la lettre de Pétilien, on peut juger par là qu'Augustin n'avait encore rien écrit à ce sujet ; car il est hors de doute que la lettre de Pétilien, citée par le prêtre donatiste ne soit la même que celle qu'Augustin a réfutée.
CHAPITRE III
1. Pétilien, évêque donatiste. - 2. Sa lettre contre l'Eglise catholique. - 3. Augustin en réfute la première partie. - 4. À quelle époque il entreprit cette réfutation. - 5. Il réfute la lettre de Parménien contre Tichonius et pour le schisme. 6. Ses livres du baptême contre les donatistes. 7. Le livre d'Augustin contre ce qu'avait apporté Centurius de la part des donatistes. - 8. La lettre à Céler.
1. Pétilien, auteur de la lettre dont nous venons de parler, était un des plus célèbres évêques donatistes de ce temps-là, et avait autrefois plaidé au forum. C'est à cause de cela que, dans la conférence de Carthage, un évêque catholique lui dit avec raison de retourner à son forum. Il avait coutume de rappeler avec jactance ses succès au barreau, et, dans sa folie, il répétait qu'ils lui avaient valu le même nom qu'à l'Esprit Saint, c'est-à-dire celui du Paraclet (1). Il avait commencé par être catéchumène dans l'Église catholique, mais les donatistes l'enlevèrent de force et se l'attachèrent par un lien de mort en même temps que d'honneur en l'élevant à la dignité épiscopale. C'est en parlant de la violence qui lui avait été faite qu'Augustin disait, dans un sermon au peuple de Césarée : « A l'époque où la secte de Donat était puissante à Constantine, elle s'empara d'un laïque nommé Pétilien, catéchumène, né de parents catholiques; elle lui fit violence, le chercha après sa fuite, le trouva dans sa retraite, l'en retira plein de frayeur, le baptisa tout tremblant et l'ordonna contre son gré (2).» Bon gré, mal gré, il fut établi, par les donatistes, évêque de Constantine ou de Cirta (ces deux noms désignent une seule et même ville, la capitale de la Numidie), et placé sur le siège épiscopal, de cette cité, du vivant même d'Optat. Quoique Pétilien passât, parmi les siens pour un homme supérieur par sa science et son éloquence (3), Augustin reproche à ses discours d'être prétentieux, violents et composés quelquefois de manière à soulever les passions de la foule, et, quelquefois aussi, semés de mots ineptes et extravagants (4). Il fut le principal champion du schisme dans la conférence, où il employa à défendre le mensonge, tout ce que peuvent inspirer la finesse et la ruse, la mauvaise foi et l'opiniâtreté; il voulait faire traîner les choses en longueur, et il empêcha d'arriver à aucune conclusion, jusqu'à ce qu'un enrouement causé par la fatigue le forcât enfin au silence.
2. Longtemps avant la conférence, Pétilien avait osé écrire aux prêtres et aux diacres de Carthage, qui lui étaient soumis, une lettre pastorale, contre l'Église catholique qu'il attaquait audacieusement, sans apporter aucune preuve, et chargeait d'infâmes outrages; il prétendait que le baptême véritable et légitime ne se trouvait qu'au sein de sa secte (5). On peut recomposer cette lettre en entier, en réunissant avec soin les commencements de tous les chapitres du second livre d'Augustin contre Pétilien. Sans s'appuyer sur aucun document, il représente les orthodoxes comme traditeurs ou nés de traditeurs. Il se plaint des injustes traitements qu'il en a essuyés, bien qu'alors sa faction n'eût éprouvé aucune persécution, les magistrats se contentant seulement alors, sans doute en vertu de la loi de Gratien, de l'année 377, de leur enlever les édifices sacrés. À la vérité, les Catholiques leur avaient repris à cette époque plusieurs églises que les donatistes leur avaient enlevées de force, ou qu'ils avaient construites depuis leur schisme; cependant il leur en restait encore un certain nombre qui avaient appartenu aux Catholiques. Il voulait dépouiller l'Église de son titre de catholique; mais perdant tout espoir d'y réussir, il finit par tirer gloire de former, avec les siens, le petit nombre
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(1) Confre la lertre de Pétil. III, ch. xvi, n. 19. (2) la lettre de Pétil . 1, ch. 1. (4) ibid., II, ch. LXXIII. (5)
Sermon au peup. de l'Eglise dc Ceg. n. 8. (3) Contre; Ibid.~. 1, eh. i, n. 2,
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de ceux qui marchaient dans la voie étroite. Il reprochait aux Catholiques d'avoir réclamé, auprès des empereurs, la restitution des biens que l'Église avait possédés autrefois. Déjà à cette époque, existaient les lois qui interdisaient aux donatistes le séjour des villes; il n'est pas douteux qu'on pourrait retrouver encore plusieurs édits portés à cette époque contre eux par Honorius. Pétilien se plaignait même amèrement que les Catholiques eussent recours à l'autorité royale. Pendant ce temps-là, il n'en exhortait pas moins les siens à conserver l'innocence qu'il leur attribuait pour l'abandon des biens d'ici-bas. Il se comptait, lui et les siens, au nombre de ceux que le Christ appelle les pauvres d'esprit, qui redoutent les richesses au lieu de les convoiter. Cependant de telles louanges convenaient bien peu à quelques évêques donatistes, et Pétilien lui-même n'avait éprouvé aucun dommage dans ses biens; s'en était-il dépouillé? c'est ce qu’Augustin ignorait certainement. Pétilien en était venu à un tel point de démence et d’orgueil qu'il semblait croire que les évêques de l'Église sont impeccables, et n'ont pas besoin des prières du peuple, et que, par conséquent, il était lui-même plus juste que saint Paul, que Jean l'évangéliste, que Daniel et les autres.
3. Cette lettre se trouvait entre les mains de beaucoup de donatistes qui en citaient certaines phrases par cœur, comme tirées d'un ouvrage très fort contre la doctrine catholique (l). C'est à Cirta que, pour la première fois, Augustin en lut une partie (2) peut-être même, comme nous l'avons dit, était-ce à l'époque où il reçut, de Généreux, une lettre d'un prêtre donatiste, qui parlait de cette lettre (3). Quelques orthodoxes la lui présentèrent au moment où il était dans l'Église avec Fortunat, évêque catholique du lieu, en présence d'Absent, peut-être faut-il lire, d'Alype, qui répondit à Généreux de concert avec Augustin et Fortunat. Ce qu'on montra à Augustin n'était que le commencement de la lettre ce n'en était même qu'une très petite partie, attendu que les Catholiques n'avaient pu se la procurer tout entière. Augustin fait remarquer que, dès le début, cette lettre détruit le fondement même du donatisme, puisqu'il fait dépendre la justification des baptisés de la pureté de la conscience de ceux qui les baptisent : aussi quoiqu'elle portât le nom de Pétilien, il ne pouvait croire qu'elle fût réellement de lui ; mais ceux qui connaissaient le style de ce donatiste, lui donnèrent l'assurance qu'elle était bien de lui (4). Il résolut donc de la réfuter par écrit, ce qu'il fit avec toute la diligence, la clarté et l'exactitude possibles, afin que les ignorants ne crussent pas qu'elle renfermait quelque chose de sérieux contre la foi catholique; sa modestie ne l'empêche pas d'avancer que la vérité est si solidement établie dans sa réponse, rendue si claire et si lumineuse, que Pétilien ne pourra rien trouver pour la renverser (5). Il dédie cette réponse au peuple fidèle de son diocèse, et l'appelle non un livre, mais une lettre (6). Il y rappelle l'histoire d'Optat, et principalement celle des maximianistes, et exhorte son peuple à la bien méditer comme très propre à répondre, sans le secours d'aucun autre argument, à toutes les réclamations des donatistes. Puis il ajoute : « Mes frères, souvenez-vous de retenir ceci avec soin et avec douceur : Aimez les hommes: tuez les erreurs : reposez-vous sur la vérité sans orgueil, combattez pour elle sans cruauté. Priez pour ceux que vous reprenez et à qui vous montrez leur erreur (7). » Augustin fit sans doute tout ce qu'il put pour se procurer le reste de la lettre de Pétilien, mais les donatistes en ayant vu le commencement réfuté par lui, aucun ne voulut lui en communiquer la suite, tant ils craignaient que leurs écrits ne tombassent entre les mains des Catholiques. Bien plus, Augustin pensait que Pétilien ne consentirait jamais à reconnaître cette lettre pour être de lui et à la signer de sa main. Augustin était loin d'agir ainsi, il prie au contraire les Chrétiens de ne point refuser sa lettre à ceux qui la demanderont et même de la présenter à ceux qui ne la demanderont pas. Il fournissait ainsi aux dona-
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(1) Sur l'uriilé de l'Eq1ise n. i. ContPe la &ttre de Pélil. I, n. 1. (3) LeffiT L111 (4) Contre la letti,e de
Pét'l- Il n- l' (5) Ib'd- , n- (6) Rél"«ct., 11, eh. xxv. (7) Contre la l~Wre de Pétil. i, n. 31.
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tistes le moyen de lui répondre, ou du moins d'adresser une réponse à leurs coreligionnaires pourvu qu'ils ne leur défendissent point de la lui communiquer. Il engage les donatistes à ne pas lui cacher, avec tant de soin, la lettre de Pétilien, car disait-il, avec ironie, c'est peut-être dans ce qu'il n'en a pas vu que se trouvent les choses auxquelles il ne pourrait répondre (1).
4. Ce premier livre fut composé après la mort de Gildon et d'Optat, c'est-à-dire au plus tôt vers la fin de 398 (2). Lors même qu'il eût été précédé de la lettre à Généreux, écrite sous le pontificat d'Anastase, on ne pourrait fixer sa publication avant l'an 399; attendu qu'Anastase ne fut élevé au souverain pontificat que vers la fin de l'année 398. D'après les Rétractations, où ce livre est réuni au second publié cette même année, on pourrait le placer un peu avant l'année 402 si Augustin n'y parlait en plusieurs endroits de Prétextat d'Assuris et de Félicien de Mustis comme existant encore (3) ; car Prétextat mourut avant qu'Augustin eût terminé son ouvrage contre Parménien (4), qu'on ne peut, croyons-nous, placer au-delà de 400. Aussi serait-on fondé à dire que les deux livres d'Augustin ont été réunis par la ressemblance du sujet, et que, pour la date de chacun d'eux, il n'a été tenu compte que du second, non du premier, qu'Augustin lui-même regardait comme une simple lettre, et qu'il ne plaçait au rang de ses livres qu'à cause du second et du troisième. Comme le premier livre contre les donatistes fuit suivi à peu de distance par les deux autres, on a cru devoir le placer immédiatement avant les trois livres contre Parménien.
5. Parménien, dont je viens de parler est celui que les donatistes mirent sur le siège épiscopal de Carthage à la place de Donat, quand il fut mort (5). Parménien lui-même était mort aussi (6); mais, sa lettre à Tichonius étant tombée entre les mains d'Augustin, celui-ci ne put refuser aux prières, ou plutôt, comme il le dit lui-même, aux ordres de ses frères, la réfutation qu'on lui demandait comme au vengeur de l'Eglise, surtout à cause de quelques endroits des saintes lettres dont Parménien abusait pour justifier le schisme des siens. Augustin entreprit donc de justifier l'Église catholique de toutes les accusations et de toutes les calomnies, par lesquelles les donatistes s'efforçaient de légitimer leur séparation d'avec elle. C'est à ce sujet qu'il traite la célèbre question de savoir si les méchants souillent les bons avec qui ils sont unis dans la même Église par la communion aux mêmes sacrements, et fait voir qu'ils ne les souillent en rien. Il se sert en particulier du schisme des maximianistes, et fait un heureux usage des armes que les donatistes lui avaient eux-mêmes fournies en admettant dans leur communion avec tous ceux qui avaient été baptisés dans le schisme de Maximien, Féliciende Mustis et Prétextat d'Assuris. À cette époque, il n'y avait pas longtemps que ce Prétextat était mort, mais Félicien existait encore. Augustin parle aussi longuement d'Optat le gildonien et de ses actes de violence, et indique clairement combien de temps a duré sa tyrannie (7), qui finit en 398 et nous apprend qu'à l'époque où il écrivait ces choses, où rasait les temples des faux dieux et on brisait leurs images dans tout l'univers, en vertu de lois récentes, et que leurs cérémonies et leurs sacrifices étaient interdits (8), ce qui se passait vers l'an 399. Aussi ne peut-on placer avant cette année cet ouvrage qu'Augustin lui-même met après le livre de l'accord des Evangélistes.
6. Dans cet ouvrage contre Parménien, le saint docteur promet de traiter plus longuement ailleurs la question de baptême. En effet il composa dans la suite, sur le baptême, des livres qu'il place immédiatement après celui-ci dans ses Rétractations (9). Ce fut pour être fidèle à sa promesse, qu'il fit cet ouvrage : toutefois il n'aurait point refusé de le faire à la prière de ses frères, quand même il ne l'aurait point promis, dans le livre contre Parménien. Dans ces sept livres, il se propose de résoudre les objections des donatistes contre la doctrine
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(1) Ibid, n. 27. (2) Rid., n. 10-27. (3) AH., n. 10-26. (4) Contre la lettre de Parnì. III, eh. vi. (5) Rétract., 11, eh. xvii. (6) Contre la 1eUre de Parm. (7) Ibid, 11, n. 4. (8) Ibid,, I, n. 15. (9) Rctract., 11, eh. xviii.
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de l'Église au sujet du baptême, et surtout de répondre à l'autorité de Cyprien qu'ils opposaient aux armes de la vérité comme un solide bouclier. Il se proposait aussi de montrer que pour quiconque apprécie les choses, avec justice, rien n'est plus propre à les réduire au silence et à renverser les fondements de leur schisme avec l'Église, que le jugement et la conduite de ce bienheureux martyr dans la controverse même du baptême. Il se fait également une arme de l'autorité des donatistes qui, en accueillant Félicien, avaient brisé les soutiens de leur propre cause en sorte qu'il n'y avait plus de raison de discuter sur ce point avec la plus grande et la principale partie des donatistes, mais seulement avec quelques petites fractions de cette secte, qui, séparées de leur tronc, en quelque sorte, reprochaient aux autres qui étaient plus nombreux, d'avoir approuvé le baptême des maximianistes, chacune s'arrogeant à elle seule le vrai baptême, prétendant qu'il n'existait ni ailleurs ni dans l’Église catholique, ni dans la plus grande fraction des donatistes, ni dans la plus petite, mais chez elle seulement. Dans la dernière partie de l'ouvrage, il examine le sentiment émis par chaque évêque au concile de Carthage sous la présidence de Cyprien concluant au rejet du baptême des hérétiques : il les explique et y répond mot pour mot.
7. Comme à cette époque Augustin parlait souvent contre les donatistes, un laïque appelé Centurius, apporta dans l'Eglise contre les Catholiques quelques écrits qui n'étaient autre chose qu'un recueil de passages des saintes Écritures que les hérétiques prétendaient être favorables à leur cause. Augustin y répondit brièvement dans un écrit qu'il intitula : « Contre ce qu'apporta Centurius de la part des donatistes ;» Possidius l'intitule de même dans sa table (1). Car c'est de cet ouvrage qu'il semble vouloir parler dans la vie de notre saint (2). Cet ouvrage est perdu.
8. C'est probablement un de ces livres contre les donatistes dont nous avons fait mention plus haut, que notre saint évêque envoya à Céler, pour lui montrer que les donatistes n'avaient eu aucune bonne raison de se séparer de l'Église catholique, qui est répandue par tout l'univers (3). Or il parle toujours de ce Céler comme d'un homme d'une naissance distinguée, et remarquable, par les dignités dont il avait été revêtu. Constamment fidèle à la foi du Christ, il avait tenu dans sa condition une conduite exemplaire. Cependant il avait de grandes relations avec les donastistes, des erreurs desquelles il ne paraissait pas complètement exempt. Il avait quelques possessions dans les environs d'Hippone, ce qui lui avait fourni l'occasion d'avoir des relations avec Augustin qui lui avait promis, à sa demande, de lui donner quelques renseignements de nature à lui bien faire connaître leur schisme. Augustin s'en acquitta plus tard qu'il ne l'avait désiré parce qu'il avait été obligé de faire la visite de son diocèse. Mais il chargea le prêtre Optat de lire ce qui avait trait à cette affaire à Céler à qui il récrivit une première lettre qui y avait uniquement trait aussi (4). Il lui en écrivit une autre plus tard (5) pour l'informer qu'il avait pris le moyen de lui faire parvenir le manuscrit qu'il lui avait demandé par Cécilius, son fils. La lecture de cet écrit devait lui prouver combien les donatistes avaient eu tort de se séparer de l'Église catholique. Il lui promettait en même temps que s'il lui restait encore sur ce sujet, quelque doute dans l'esprit, il y satisferait aussitôt que cela lui serait possible. Il faut croire que Céler était déjà à cette époque retiré du parti de Donat, car, Augustin le prie de recommander l'unité catholique à ses clients du territoire d'Hippone ; et comme il désirait s'accorder avec un ami qui se trouvait alors dans sa propriété, il le prie de favoriser cette entreprise. Dans ces lettres, il n'est fait aucune mention de la conférence de Carthage, ce qui fait croire qu'elles ont été écrites peu après la promotion d'Augustin à l'épiscopat. Spondée qui était chargé de l'administration des biens de Céler, en 402, était, pour les donatistes, un redoutable adversaire (6). L'an 423, quand Au-
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(1) POSSW., tab. eh. 111. (2) Poss., eh. ix. (3) Leltre
LVIL (4) Lettre LVI. (5) Letire LVIL (6) Lettre cxxxix, n. 4.
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gustin écrivit au pape Célestin, Céler n'exerçait aucune fonction (1). Mais, en l'an 429, comme l'indique le titre de certaines lois, qui lui sont adressées (2), il fut chargé d'administrer l'Afrique en qualité de consul.
CHAPITRE IV
1 - Augustin écrit son livre du bien conjugal, à l'occasion de l'hérésie de Jovinien.- Son livre de la sainteté de la Virginité. - 3. Commentaire littéral de la Genèse.
1. Dès que parut l'hérésie de Jovinien, qui commença vers l'an 390 à prêcher que la virginité n'est pas plus méritoire que la chasteté conjugale (3), elle fut vivement attaquée et condamnée d'abord à Rome, puis à Milan, et Jérôme l'attaqua si fortement dans deux livres célèbres, écrits en 392, que personne n'osait plus la défendre ouvertement. Cependant on pouvait en trouver encore à cette époque quelques vestiges dans certains discours qui se débitaient en secret, aussi y avait-il à s'opposer aux progrès de ce poison qui pour s'insinuer dans l'ombre, n'en était que plus dangereux. Augustin écrivit donc son livre sur Le bien conjugal et choisit ce sujet à dessein, parce qu'il y avait des hommes qui prétendaient qu'il n'était possible de confondre Jovinien qu'en blâmant le mariage, comme ils disaient bien haut que Jérôme l'avait fait. Augustin, fit voir la sainteté du mariage contre les manichéens, tout en montrant que quelque bon qu'il fût, il le cédait néanmoins à la virginité. Nous ne voyons nulle part Jovien cité dans cet ouvrage, si ce n'est dans un endroit sous le nom de questionneur impudent (4). Non seulement il fait voir que, d'après la coutume alors en vigueur à Rome, il était défendu à l'homme de contracter un second mariage du vivant de sa femme et d'avoir ainsi plus d'une épouse en vie; mais il montre encore qu'il était interdit de renvoyer une épouse stérile pour en prendre une autre. Il touche en même temps la question de savoir pourquoi on éloignait (de) l'épiscopat ceux qui, avant ou après la grâce du baptême, avaient contracté plusieurs mariages (5). Il fait mention de cet ouvrage dans son neuvième livre sur la Genèse, et en parle comme d'un livre récemment publié (6).
2. Après avoir loué le mariage et recommandé aux vierges chrétiennes de ne pas se préférer aux antiques épouses du peuple de Dieu (7), il n'avait plus à craindre de paraître blâmer le mariage s'il embrassait la cause de l'excellence de la virginité contre les restes de l'erreur de Jovinien. Aussi, sans appréhender ce soupçon, il publia ensuite un second livre sur la sainte virginité, dans lequel il s'efforce, selon la grâce qui lui avait été accordée du ciel, d'exciter les hommes à la pratique de cette vertu et de leur inspirer de modestes sentiments d'eux-mêmes, pour ne point s'enorgueillir de la dignité de leur profession. Il leur montre, d'un côté, l'excellence du don que Dieu leur a fait; et, de l'autre, le soin et l'humilité pieuse avec lesquels ils doivent se conserver.
3. À la même époque, il entreprit ses douze livres de la Genèse selon le sens littéral qu'il intitula ainsi parce que, mettant de côté le sens allégorique, il y expose l'Ecriture selon la vérité des faits (8). Nous avons déjà fait remarquer plus haut, que, n'étant encore que prêtre, il avait entrepris le même travail, et écrit alors un livre à ce point de vue. Mais cet essai lui avait fait reconnaître qu'il n'était pas encore de force à mener une pareille entreprise à bonne fin. Il n'y revint que longtemps après et composa sur la Genèse, depuis le commencement jusqu'à l'expulsion d'Adam du paradis terrestre, onze livres auxquels il en ajouta un douzième sur le paradis lui-même. Dans ce dernier livre, il s'étend longuement pour expliquer comment les choses corporelles sont perçues par les yeux de l'esprit. Il avoue franchement que bien que ce livre soit supérieur en plusieurs endroits à celui qu'il avait écrit n'étant encore que prêtre, il a plutôt cherché dans beau-
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(1) Lettre ccix, n. 5. (~) C(de de Theod. loi xxxiv. (~) Réiraci., II, eh. xxii. (4) Du bien cong. n. 27.
(b) Ibid., ch. vii, n. 7, ch.- xviii, n..21. (6) Sur la lett au sujet de li Genèse., ch. lx, n. 12. (7) Sur la sainte
virgi. n. 1. (8) Mid., rh. xxiv,
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coup de chapitres, que trouvé la vérité: il dit même que lorsqu'il l'a trouvée, il ne la proposait pas néanmoins comme certaine, se contentant le plus ordinairement de renvoyer la décision définitive des choses à un examen plus sérieux. «Nous décidons moins, dit-il, ce que chacun doit penser sur les choses obscures que nous ne faisons voir que nous avons besoin qu'on nous éclaire sur nos doutes, nous gardant bien de donner au lecteur aucune affirmation téméraire quand nous ne pouvons lui donner la certitude de la science (1) » Il ne se propose pas d'expliquer le sens caché des mots du texte; il se contente de montrer qu'il ne s'y trouve rien qui ne puisse être vrai, à la lettre, comme on dit, et au point de vue de l'histoire ou qui répugne aux notions acquises par les lumières naturelles, qu'enfin, si quelque chose semble inutile, c'est que le mystère le réclame (2). Il pense que cette méthode doit être avantageuse et utile à l'Église et à ceux qu'il désirait instruire dans l'intérêt de leur salut. Il ne se met pas en peine cependant de résoudre les difficultés de la physique, le temps lui manquant pour cela, de même qu'il doit manquer à tous ceux, dit-il, « qu'il se propose de former pour leur salut, et pour l'utilité et les besoins de l'Église (3).» Cet ouvrage ne fut pas terminé tout d'un trait (4) et quoique ses amis le pressassent de le faire paraître, il le garda longtemps avant d'y mettre la dernière main, comme il avait fait pour son travail sur la Trinité (5); soit à cause de la difficulté des questions qu'il y traite, soit parce qu'il espérait, avant de les publier, pouvoir toujours y faire quelques corrections. Dans le onzième livre, il promet sur la cité de Dieu quelques ouvrages qu'il écrivit à l'occasion de la prise de Rome en 410 (6). Mais il n'avait pas encore publié son travail sur la Genèse, lorsqu'il écrivit à Marcellin vers la fin de 412 (7); et à Évode (8), vers l'an 414 ou 415. Toutefois il termina cet écrit avant d'avoir achevé son ouvrage sur la Trinité (9). Il parle de son douzième livre dans une autre lettre à Évode de l'an 414; il pressait de tout son pouvoir, à cette époque, la correction de l'ouvrage entier pour le publier le plus tôt possible, ne voulant point, par de plus longs délais, contrarier l'attente et le désir d'un grand nombre de personnes. Augustin, dans ses Rétractations place les livres dont nous venons de parler avant ceux contre Pétilien qui ne remontent pas au-delà de 402. C'est pourquoi nous pensons que les ouvrages précédents ont été composés les uns en l'an 400, les autres en 401.
CHAPITRE V
1. Le concile de Carthage décrète, le 16 de juin, que des évêques seront envoyés au-delà des mers pour régler que les donatistes qui reviennent à l'unité, puissent être admis dans le Clergé, et pour demander plusieurs choses à l'empereur. - 2. Un second concile de Carthage s'occupe, le 13 septembre de la même année, de rappeler ces mêmes shismatiques à l'Eglise et décide que leurs clercs seront reçus avec tous leurs honneurs - 3. Pourquoi et comment les donatistes doivent être reçus par l'Eglise. - 4. Quelques constitutions du concile de Carthage.
1. La collection des conciles d'Afrique, mentionne deux conciles à l'année 101 ; le premier le 16 ou le 18 juin, le second le -13 septembre. Tous les deux se tinrent à Carthage dans la sacristie de la basilique Restitute. Aurèle qui parle seul dans le premier, dit qu'une partie seulement de ceux qui devaient s'y rendre y assistèrent. Il expose d'abord la pénurie des ministres dont souffre l'Église d'Afrique, elle est telle que, dans certaines églises, c'est à peine si on trouve un seul diacre, encore est-il illettré, ce qui porte à croire que dans les grades supérieurs qui exigent plus de qualités que celui de diacre, la pénurie de ministres capables était plus grande encore. « Nous ne pouvons pas, dit-il, supporter plus longtemps les gémissements des diverses populations qui sont presque mourantes : si nous ne venons à leur secours, nous serons sans excuse, nous aurons un compte sévère à rendre à Dieu pour tant
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(1) Lettre sui, la 9eìiè~e XII, eh. i, n. 1. (-2) IIid., IX, eh. xir, n. 20-22. (3) Ibid., 1, eh. XL-XLI., II, Oh. X, n.
23. (4) Ré~'ract., li, eli. xxiv, il 1. (5) Lettre XLiii, n. 4. (6) Lettre sur la Genése., II, eh. xv, n. 20. (7) Lettre XLIII, 11. 4. (8) Lettre GLIX. 11. ~. Lettre MII, n. 2. (9) 1ìctract-, 11, eli. xxiv, n. I.
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d'âmes qui hésitent. » Il ne doutait pas qu'il fût possible de remédier au mal en acceptant dans les dignités ecclésiastiques les donatistes qui reviendraient dans le sein de I'Eglise. Mais cela avait été défendu en particulier par les sièges de Rome et de Milan, et, vers l'an 392, dans le synode de Capoue. Aurèle demande donc qu'on délègue quelques évêques d'entre eux aux évêques de Rome et de Milan, Anastase et Vénère, pour leur exposer la pensée de l'Église d'Afrique et les prier de consentir à ce qu'on admette parmi les clercs, ceux qui étaient enfants quand ils ont été baptisés par les hérétiques; pourvu toutefois qu'ils soient doués de la piété que réclame une semblable dignité, ainsi qu'il avait été réglé par l'Église d'Afrique dans un concile antérieur. En effet, il est certain que déjà auparavant, soit au concile d'Hippone en 393, soit à celui de Carthage en 397, on avait agité la question de recevoir les donatistes qui revenaient à l'Église, dans leurs honneurs et dans leurs charges, pourvu toutefois qu'ils n'eussent point rebaptisé dans le schisme, ou qu'ils ramenassent avec eux leur peuple à l'Église. Mais on ne voulut rien décider à ce sujet avant d'avoir consulté les Églises d’outre-mer. Ensuite, Aurèle proposa d'autres choses non moins nécessaires qu'il fallait demander à l'empereur ; entre autres la suppression des festins profanes qui se célébraient encore en plusieurs endroits, non seulement à cause des danses et autres actions imprudentes et honteuses par lesquelles les païens outrageaient la religion chrétienne mais encore parce qu'ils forçaient les Chrétiens à y assister. Ainsi, sous des empereurs chrétiens, on persécutait encore en quelque sorte les Chrétiens. D'après Aurèle, ces festins étaient une suite des erreurs des gentils et contraires à la loi de Dieu. On voit par ces paroles qu'il s'agit ici de désordres semblables aux festins contre lesquels Augustin s'est si fort élevé dans son sermon LXII, qui se rapporte en beaucoup de choses au discours dont nous parlons. En outre, Constantin avait, par un triple décret, qui n'était probablement pas encore reçu en Afrique, ordonné que quiconque voudrait affranchir ses esclaves, le ferait à l’Église en présence de l’évêque, sans autre formalité civile; mais néanmoins cet usage n'avait pas encore prévalu. Aurèle demande donc que les délégués qu'on devait envoyer en Italie s'informassent de la pratique des évêques d'Italie en cette matière, afin de s'attribuer les mêmes droits en Afrique. Dans le concile du 13 septembre, il fut décidé qu'on demanderait à l'empereur la permission d'affranchir les esclaves dans l'Église. Augustin nous apprend que cette permission fut accordée.
2. Comme le second concile de Carthage du 13 septembre 401, était un concile général de toute l'Afrique, il s'y trouva un très grand nombre d'évêques, aussi pour une affaire privée, on ne nomma pas moins de vingt délégués, parmi lesquels étaient Alype, Augustin et Évode. Il est certain que c'est particulièrement le génie d’Augustin qu’on voit briller dans les décrets de ce concile. On y lut d'abord la lettre du pape Anastase aux évêques d'Afrique, qu’ll engageait à ne pas dissimuler la perversité des donatistes, les injustes traitements et les dommages qu'ils faisaient subir à l'Église d'Afrique. Ensuite on rendit grâces à Dieu, qui avait enflammé ce saint évêque d'une si grande charité à leur égard. Puis on rechercha avec soin quelle était la meilleure règle de conduite à tenir à l'égard des donatistes. On prit, sous l'inspiration de Dieu, le parti de les traiter avec beaucoup de bonté et de douceur et de leur mettre, autant que possible, devant les yeux, le misérable état où ils étaient tombés (1). On espérait que, par ces corrections amicales, Dieu dissiperait les ténèbres de leur intelligence, adoucirait leurs cœurs, et romprait les liens et les filets dans lesquels le démon les tenait enlacés. Pour la même raison, on décida que le concile écrirait aux magistrats d'Afrique pour les prier de faire parvenir les monuments authentiques de ce qui s'était passé entre les donatistes et les maximianistes (2). On choisit aussi des évêques qui devaient inviter à la paix
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(1) Code des Can. a'Afríq. Cali. LXVI- (2) Ibid., eli. LXVIL
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et à l'unité les évêques donatistes et les populations qu'ils avaient séparées de l'Église et entraînées dans leur schisme, et leur faire voir qu'ils n'ont aucun motif d'accuser l'Église catholique, surtout depuis que leur propre indulgence, à l'égard des maximianistes, avait réduit à néant toutes les raisons par lesquelles ils justifiaient leur séparation (1). On jugea également à propos de remettre aux évêques qu'il s'agissait de déléguer aux donatistes, dans toutes les provinces d'Afrique, un pouvoir sous forme d'instruction, dont ils ne pourraient s'écarter (2). Rien n'était plus propre à rétablir la concorde que d'admettre dans leurs dignités les clercs donatistes qui reviendraient à l'Eglise (3). Cette conduite avait été observée, comme le pouvaient attester la plupart des Églises d'Afrique, dès le commencement du schisme et depuis le rétablissement de l'unité par Macaire, vers l'an 347. Mais elle avait été condamnée dans la suite, par différents synodes, et en particulier par celui d'Hippone et celui de Capoue, ce dernier en 392. Les évêques africains désiraient vivement rétablir cet ancien usage, principalement en faveur de ceux qui ramèneraient leurs peuples avec eux; toutefois, ils n'avaient rien osé décréter sur ce sujet, avant d'avoir obtenu l'assentiment des évêques d'Italie. Leurs dispositions étaient les mêmes au concile du 15 juin de la présente année, dans lequel on décida de remettre la décision de toute cette affaire aux évêques de Rome et de Milan. On décida donc, dans ce concile, qu'on ferait savoir aux évêques d'Italie et principalement au pape Anastase, par une lettre, que la paix et l'utilité de l'Église d'Afrique exigeaient que les évêques des divers lieux eussent le pouvoir de recevoir avec tous leurs honneurs, les donatistes qui reviendraient à l'Église, pourvu que cela parût propre à ramener les autres à l'unité ; le décret des évêques d'outremer ne serait applicable qu'à ceux dont le retour à l'Église ne serait pas assez utile pour compenser le dommage causé à la discipline. Cependant, le titre de cet article (pour la réception des clercs donatistes dans le clergé de l'Église catholique) paraît indiquer qu'il était considéré comme une constitution définitive de l'Église d'Afrique, indépendante du consentement des Églises d'outre-mer.