Darras tome 10 p. 4
§ I. Persécutions Ariennes.
1. le retour de Liberius à Rome fut le signal d'une réaction catholique en Orient et en Occident. L'empereur Constance prétendait imposer la formule de Rimini à toutes les chrétientés de l'univers. Peut-être cette ingérence tyrannique fut-elle, par son exagération même, un moyen dont Dieu se servit pour éclairer les consciences, et en arracher le gémissement qui s'échappa de toutes les poitrines, alors que, suivant la parole de saint Jérôme, le monde crut se réveiller arien 1. Nous avons encore l'encyclique de Liberius aux évêques d'Orient qui se séparèrent alors de la ligue des prélats de cour, et se rattachèrent spontanément à la communion catholique représentée par le Pontife de Rome. « Vos lettres, disait le saint Pape, ont été pour nous le gage trop longtemps désiré d'une paix et d'une concorde véritables. En nous les remettant de votre part, nos frères et co-évêques Eustathe, Sylvain et Théophile nous ont confirmé de vive voix la résolution où vous êtes de vivre et de mourir dans l'unité de foi avec ma médiocrité et avec toutes les églises de l'Occident. Or la foi que nous reconnaissons comme la seule catholique et apostolique, est celle qui s'est maintenue intègre et inviolable jusqu'au concile de Nicée, où elle fut proclamée solennellement. Vos délégués en ont fait devant nous profession publique. Ils ne se sont pas contentés de l'exposer de vive voix ; ils ont voulu l'attester dans un acte écrit, revêtu de leurs signatures, afin de prévenir jusqu'au soupçon de duplicité ou de supercherie. Nous vous en adressons un exemplaire authentique, qui vous servira de pièce de conviction vis-à-vis des hérétiques, et empêchera peut-être le feu de la discorde de se rallumer de ses cendres. Nos très-chers frères Eustathe, Sylvain et Théophile nous ont de plus donné l'assurance, tant en leur nom personnel qu'au nom de votre charité, que vous avez toujours professé la même doctrine, et que vous êtes
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1. Ingemuit totus orbis et Arianum miratus est se esse. (Hieronym., Dialog, advers. Lucifer., cap. XII.)
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prêts à la défendre jusqu'à la mort. Cette doctrine n'est autre que le symbole de foi promulgué par les trois cent dix-huit évêques orthodoxes de Nicée, symbole qui renferme la plénitude de la vérité, et qui suffit à ruiner toutes les prétentions de l'erreur. Ce ne fut point par l'effet d'un hasard aveugle, mais par une permission spéciale de la Providence divine que l'armée épiscopale, réunie contre les attentats sacrilèges d'Arius, se trouva exactement en même nombre que celle qui jadis, sous les ordres du patriarche Abraham, tailla en pièces les ennemis du père des croyants1. La foi de Nicée est essentiellement résumée dans le terme de consubstantiel ; il constitue le boulevard inexpugnable contre lequel viendront se briser impuissants tous les efforts de l'hétérodoxie. Le concile des évêques occidentaux rassemblés à Rimini sous la pression de l'arianisme, ou plutôt sous la contrainte de l'autorité séculière, a vainement omis dans sa profession de foi ce terme consacré. Vainement on a prétendu en dissimuler la portée, et même en nier indirectement la valeur théologique. La plupart des évêques qui cédèrent alors, soit à la violence, soit aux menaces, soit aux promesses, sont venus maintenant à résipiscence. Ils anathématisent la formule de Rimini; ils souscrivent publiquement celle de Nicée, comme représentant dans son intégrité la doctrine catholique. Ils s'empressent de rentrer dans notre communion, ils protestent de leur horreur pour Arius et ses adhérents. Vos députés ont pris connaissance des pièces authentiques qui nous arrivent chaque jour en ce sens. Ils ont, en votre nom, souscrit une déclaration de ce genre, dans laquelle ils anathématisent la doctrine arienne et la formule de Rimini, à laquelle, trompés vous-mêmes par des influences perverses, vous aviez d'abord donné votre assentiment. Nous croyons devoir, par cette présente lettre, informer votre charité de tous ces faits, en vous félicitant de l'heureuse détermination où vous êtes de mettre fin,
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1. *?/«*., cap. xiv, 14. Cette comparaison des trois cent dix-huit évêques de Nicée avec les trois cent dix-huit combattants de l'armée d'Abraham, est une nouvelle preuve de l'importance des études bibliques aux premiers siècles de l'Église.
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6. PONTIFICAT DE SAINT LIBERIUS (3j9-oB6).
au schisme et de rentrer dans la communion orthodoxe de l'Occident. Nous vous signifions donc, afin que nul ne puisse exciper d'ignorance sur ce point, que les blasphèmes du concile de Rimini sont en ce moment anathématisés par ceux-mêmes qui avaient eu la faiblesse de les souscrire ; que tous les esprits, dans un concert unanime, se sont ralliés à la foi de Nicée. Il vous appartient désormais d'éclairer les consciences séduites par la violence ou la ruse, de dissiper les nuages amoncelés par la perfidie arienne, et de faire éclater la pure lumière de la vérité catholique. Ceux qui, persistant à garder le venin de l'erreur, refuseraient d'anathématiser Arius et sa doctrine seront traités comme les Sabelliens, les Patripassiens, et les autres hérétiques notoires. Ils seront séparés de la communion de notre sainte mère l'Église, laquelle n'a jamais admis dans son sein de fils adultères. Frères bien-aimés, que Dieu vous protège et vous garde 1. »
2. On peut comparer, pour les pensées, le style et la majesté du langage, cette lettre authentique de Liberius avec les trois «misérables» épîtres qu'on croyait devoir attribuer à ce pape, d'après les documents ariens retrouvés au XVe siècle. L'invraisemblance, l'ineptie, la bassesse des unes tranchent tellement avec la noblesse, le calme, la sérénité de l'autre, qu'à moins d'admettre pour le pontife un accès passager d'aliénation mentale, on ne saurait prétendre qu'elles fussent émanées du même auteur. Quoi qu'il en soit, les protestations de l'épiscopat d'Occident, auxquelles Liberius fait allusion dans son encyclique, étaient réellement aussi solennelles qu'importantes. Saint Hilaire avait réuni tous les évêques des Gaules en un synode provincial, qui se tint, en 260, dans la cité Fariseat, disent les Actes. Sous ce nom, défiguré par l'orthographe du IVe siècle, les critiques s'accordent à reconnaître la capitale des Parisii, la ville gallo-romaine de Lutèce, résidence officielle du César Julien. La politique insidieuse de ce prince, qui
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1 Liber., Epitt. ad Orienlis orthodox. episcop.; Pair, lai., tom. VIII, co!.13S2-1386.
2. Incipil fi/Jes catholica exposiia apud Fariseum civilalem ab episcopis GallxcanU ad Orientales episcopot.
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p7 CHAP. I. — PERSECUTIONS ARIENNES.
songeait dès lors à secouer le joug de Constance, se prêta vraisemblablement à une démonstration hostile à la théologie impériale. De quelque côté que vinssent les résistances à un pouvoir qu’il se proposait de renverser bientôt à son profit, Julien devait se montrer prêt à les accueillir. Sans nul doute, cette circonstance permit aux évêques des Gaules de délibérer pacifiquement sur les matières de foi, dans une ville aussi directement soumise à l'influence du César, malgré l'intention avouée de combattre la thèse dogmatique imposée par l'empereur. Ce n'est ni le premier, ni le dernier exemple offert par l'histoire, de cette merveilleuse disposition du gouvernement de Dieu, qui fait servir au triomphe de l'Église les passions des hommes et les calculs les plus opposés d'une politique hostile. Nous n'avons plus les noms des évêques qui souscrivirent les actes du concile de Paris, mais leur lettre synodale nous a été conservée dans son entier, comme un glorieux monument de la foi de nos pères. Elle est ainsi conçue: «A leurs très-chers et bienheureux frères les évêques de toutes les provinces d'Orient, les évêques des Gaules, salut. — De toute l'énergie de notre âme, de notre foi, de notre reconnaissance, nous rendons grâces à Dieu le Père, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, de ce qu'il a daigné nous appeler à la lumière de sa doctrine par l'enseignement des Apôtres et des Prophètes. Il nous a arrachés aux ténèbres du siècle, afin de nous soustraire au jugement qui sera rendu un jour contre le siècle; puisque l'unique espoir de salut qui ait été donné aux hommes, c'est la confession d'un seul Dieu, Père Tout-Puissant, par Jésus-Christ son Fils unique Notre-Seigneur, en union avec l'Esprit-Saint. Mais ce n'est pas un moindre sujet de joie pour nous d'apprendre qu'à ce premier bienfait de notre rédemption, Dieu vient d'en ajouter un autre, en vous arrachant à l'exécrable tyrannie des hérétiques. Les lettres que vous avez adressées à notre frère et évêque Hilaire nous ont fait connaître les artifices vraiment sataniques et l'audacieux génie des Ariens, dans leur conspiration contre l'Eglise. Profitant de l'éloignement et des distances, ils ont cherché à tromper l'Orient et l'Occident, par de faux exposés de votre foi et de la nôtre. Ils sèment à profusion parmi les fidèles ces récits
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p8 PONTIFICAT DE SAIXT LIBERIUS (359-360).
mensongers. 1 Ainsi c'était uniquement pour se conformer à votre autorité, faussement alléguée par les Ariens, qu'un certain nombre d'entre nous avaient consenti à passer sous silence au concile de Rimini et à Nicée en Thrace2 le terme théologique de ousia, jadis introduit par vous-mêmes pour combattre le venin de l'erreur. Or, nous l'avions reçu nous-mêmes et fidèlement maintenu. L'expression d'omoousios consacrée par l'adhésion unanime de l'Eglise, est en effet la mieux appropriée pour désigner la vraie et légitime génération du Verbe, Fils unique du Père. Nous conservons ce terme, qui exclut, d'une part, la confusion blasphématoire introduite par Sabellius entre les personnes divines ; de l'autre, l'interprétation sacrilège qui voudrait faire du Fils une portion détachée du Père. Nous croyons que, de la plénitude d'un Dieu parfait et innascible, est né un Dieu, Fils unique, entier et parfait. Voila pourquoi nous proclamons que le Fils est de la même ousia (substance) que Dieu le Père, et ainsi nous écartons toute idée de créature, d'adoptivité, ou de simple attribut nominal. Étant de Dieu, comme le Fils du Père, comme Dieu de Dieu, comme puissance de puissance, comme esprit d'esprit, comme lumière de lumière, nous acceptons volontiers qu'on applique au Verbe le mot de semblable au Père omoiousios. En effet, saint Paul a dit que le Verbe est l'image du Dieu invisible 3. Mais par cette ressemblance nous entendons la seule qui soit digne du Père, c'est-à-dire la ressemblance d'un Dieu vrai à un Dieu vrai. Nous n'y voyons pas l'union dans la divinité, mais l'unité divine elle-même. L'union supposerait l'association de deux principes, tandis que l'unité est essentiellement le privilège du Fils dans la génération divine. Aussi Notre-Seigneur Jésus-Christ disait aux apôtres : « Le Père et moi
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1. Non» avons Ici un témoignage juridique qui constate officiellement la mauvaise foi avec laquelle les Ariens falsifiaient les pièces originales. Nous pouvons dès lors nous rendre compte du crédit qu'obtinrent par la suite leurs versions apocryphes répandues à profusion dans tout l'univers et recueillies par les auteurs subséquants comme des monuments contemporains.
2. Nous parlerons au no 4 de cette réunion de Nicée, de Thrace, qu’il ne faut point confondre avec le concile œcuménique tenu à Nicée, en Bythinie.
3. Coloss., 1, 13.
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p9 CHAP. I. — PERSÉCUTIONS ARIENNES.
sommes un, » ce qui ne signifiait pas seulement le lien d'amour qui unit le Fils au Père, mais l'unité réelle qui existe de Dieu à Dieu, ainsi que l'expliquent clairement ces autres paroles de l'Évangile : « Celui qui m'a vu a vu le Père 1, » et ailleurs : « Le Père est en moi, et moi dans le Père2.» Telle est la foi que nous avons toujours professée, et que nous maintiendrons inviolable. Nous anathématisons ceux qui disent : « Avant d'être né, le Fils n'existait pas. » Loin de nous cependant la pensée de déclarer que le Fils soit innascible. Mais nous regardons comme une impiété sacrilège d'assigner un temps quelconque qui ait été antérieur au Dieu du temps ; de dire qu'avant le temps de sa naissance ce Dieu n'existait pas. De même nous proclamons que, selon l'infirmité de la nature humaine épousée par lui, le Fils s'est montré obéissant au Père jusqu'à la mort et à la mort de la croix. Notre-Seigneur lui-même, avant son ascension glorieuse, disait aux apôtres : « Si vous m'aimiez, vous seriez joyeux de ce que je retourne à mon Père, car le Père est plus grand que moi3. » C'est donc par son incarnation qui l'a rendu notre frère, que le Verbe, tout en demeurant in forma Dei, a voulu prendre la forme d'esclave. Dans ces sentiments, bien-aimés Frères, nous avons été péniblement affectés d'apprendre, par vos lettres, qu'on se faisait une arme contre notre simplicité de l'omission du terme de consubstantiel, dans la formule de Rimini. Déjà notre frère et coévêque Hilaire, cet apôtre fidèle de la doctrine du Seigneur, nous a informés qu'à leur retour à Constantinople les légats du concile de Rimini ont persisté, malgré vos exhortations, à soutenir la doctrine arienne, et à interpréter en ce sens la formule souscrite trop légèrement par nous. Vos lettres sont venues nous confirmer explicitement le même fait. Dès lors, c'est un devoir pour nous de révoquer un acte commis par erreur ou par faiblesse. Nous nous associons à l'excommunication prononcée par vous contre Auxence, Ursace, Valens. Gaïus, Mégase et Justin. D'accord avec notre frère l'évêque Hilaire, nous déclarons notre volonté formelle de rompre toute
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1. Joan., nv, 9. — 2. Joau., x, 3S. — 3. Joau., sx, 17.
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p10 PONTIFICAT DE SAINT L1EERIUS (35'J-oCG).
espèce de rapports avec ceux qui suivraient les errements de ces sectaires. Nous condamnons avec vous leurs formules blasphématoires, dont votre lettre nous a fait connaître la teneur; nous anathématisons les évêques apostats qui ont été intronisés de vive force par les hérétiques, et mis en possession des églises dont les pasteurs légitimes ont été expulsés et envoyés en exil. Nous protestons devant Dieu de notre ferme résolution de déposer de l'épiscopat, ou du sacerdoce, tous les pontifes et les clercs qui, dans cette province des Gaules, prétendraient soutenir la cause de l'hérésie. Pour couper court à des abus dont nous n'avons eu que trop à gémir par le passé, nous avons unanimement décrété que tout évêque qui ne professerait pas explicitement la foi catholique au consubstantiel, ou qui laisserait prêcher contre cette foi, serait déposé. Ainsi votre charité a déjà pu apprendre, par nos lettres précédentes, que Saturnin d'Arles ayant refusé obstinément d'abjurer l'erreur a été excommunié d'après la sentence unanime des évêques de Gaule. Ce châtiment, hélas! n'était que trop mérité par ses crimes anciens, et par l'obstination impie dont il vient de donner un nouvel exemple 1. »
3. Saturnin d'Arles ne fut point le seul évêque arien déposé par les conciles qui se tinrent, à cette époque, dans les diverses provinces des Gaules. Paternus de Petrocora (Périgueux) vit aussi renouveler contre lui l’excommunication précédemment portée. Cette fois la sentence fut suivie d’exécution. Il est probable que Julien n'y mit aucun obstacle et laissa pleine liberté aux catholiques de chasser de leur siège les deux prélats hérétiques, jusque là soutenus par l'autorité de Constance. Le même mouvement de restauration orthodoxe se poursuivait en Italie, sous la surveillance immédiate de saint Liberius. La réaction de l'Occident contre l'arianisme se prononçait chaque jour avec une nouvelle énergie ; mais elle s'inspirait parfois des sentiments d'un rigorisme exagéré. Le pape sut à la fois maintenir l'intégrité de la doctrine et réprimer les écarts d'un zèle intempestif. La lettre suivante en
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1. Fides catholka exposita apud Fariseam; Patr. lat., tom. X, col. 710-713,
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p11 CHAP. I. ---- l'EHSÉCUTIOSS AUIESSES.
est la preuve : « Liberius aux évêques catholiques d'Italie, salut éternel dans le Seigneur. N'oubliez pas, frères bien-aimés, qu'un repentir sincère suffit pour obtenir le pardon d'une faute commise par légèreté, ou par ignorance. Ne perdons point de vue ce principe de miséricorde inscrit dans l'Écriture. Il en est qui croient devoir outrer la rigueur de la sentence portée par l'autorité apostolique ; ils prétendent qu'on ne saurait en aucun cas pardonner à ceux qui ont eu le malheur de faillir au concile de Rimini. L’ignorance, dit-on, ne leur était pas permise en matière de foi. C'est uniquement par faiblesse qu'ils ont donné au monde le scandale d'une souscription hérétique. Ils ne peuvent réparer le scandale que par un châtiment public et solennel. Ainsi l'on raisonne. Quant à moi, qui ai le devoir de tout peser au poids du sanctuaire, avec le sen-timent de modération qui convient à ma charge 1, je déclare qu'il faut pardonner à ceux d'entre nos frères qui ont agi par ignorance ou par entraînement. La sentence d'excommunication, ou de déposition, ne doit frapper que les chefs de la secte arienne, ces hérétiques fourbes et endurcis dont les intrigues coupables et les perfides manœuvres ont séduit tant de consciences innocentes, en déguisant la vérité sous un nuage de sophismes et d'équivoques. Telle est la règle que les récents conciles d'Egypte et de Grèce ont observée ; vous devez la suivre vous-mêmes. Maintenant donc, si l'un des évêques dont on a trompé la bonne foi revient docilement à la profession de la vérité, s'il reconnaît et déplore la perfidie dont il a été victime, abjurant l'erreur arienne avec tous ses subterfuges, ses détours et son virus satanique, tendez une main amie à cet évêque, votre frère, pour l'aider à se relever. Réhabilité par vous, il partagera toute votre indignation contre des sectaires dont il a subi la violence : avec vous, il les
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1. En regard de ces lignes authentiques du pape Liberius, si l'on exmine l’hypothèse de sa prétendue chute, on se convaincra facilement de l’impossibilité absolue de cette dernière. Dans l'hypothèse, le pape eût été lui-même l’un des faillis dont on réclamait la déposition. Cette situation personnelle eût été incompatible avec l'attitude sereine qu'il conserve ici, attitude de juge d'autant plus modéré qu'il est lui-même plus désintéressé dans la question.
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p12 PONTIFICAT DE SAINT L1CERIUS (359-306).
anathématisera ; il demeurera pour jamais attaché de cœur et d'âme à la foi catholique et à la formule de Nicée qui en est l'expression adéquate. Mais s'il se rencontrait, ce que je ne saurais croire, des esprits assez opiniâtres et assez pervers pour refuser l'antidote après avoir pris le poison, pour repousser la réhabilitation qui leur est offerte et persévérer dans l'erreur, vous aurez à leur exposer la vérité catholique. Après cette exposition simple et claire, s'ils persistent dans leur obstination, vous les mettrez au rang des chefs de secte, contre lesquels l'Église sévit par la rigueur de ses censures 1. »
4. Il nous semble que cette lettre du pape Liberius, outre qu'elle est un véritable monument de charité et de modération pontificales, ne s'accorde guères avec les trois misérables apochryphes faussement attribuées à ce pape. Du reste, si le réveil du sentiment catholique était ardent et sincère, les efforts de l'arianisme ne perdaient rien de leur intensité opiniâtre et fougneuse. Ursace, Valens, et les autres légats impériaux, à leur retour de Rimini, s'étaient arrêtés à Nixè (Nicée), petite bourgade de Thrace, obscure et inconnue. Là ils traduisirent en grec la profession de foi de Rimini, en la datant de ce nom de Nicée, célèbre dans tout l'univers par le concile œcuménique tenu dans la cité homonyme de Bithynie. La similitude des deux vocables avait été calculée de manière à tromper la bonne foi des ignorants, dit l'historien auquel nous empruntons ce détail 2. Mais la ruse fut bientôt percée à jour, et souleva le mépris des honnêtes gens. Malheureusement, à toutes les époques, les esprits sérieux sont en minorité. Si grossière que soit une perfidie, elle trouve toujours des passions intéressées à la soutenir, des nouvellistes pour la répandre, des gens crédules pour l'accepter. La formule de Rimini rehaussée par le faux nom de Nicée, fut insérée par Constance au registre officiel des lois de l'empire, expédiée à tous les gouverneurs de province, à tous les fonctionnaires, à tous les magistrats, en même temps qu'à toutes les églises de l'univers. Un décret en rendait la souscription obli-
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1. Liberii Em'siol. ad episcop. Ital.; Patr. lai., tom. X, col. 714. — 2. Socrat. Jist. ecclet., lib. II, cap. zivn.
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p13 CHAP. I. — PERSÉCUTIONS ARIENNES.
gatoire, sous peine de crime de lèse-majesté. Une persécution plus violente que celle de Néron, ou de Dèce, pouvait sortir de cette ridicule équivoque, imaginée par les deux coryphées de l'arianisme, Ursace et Valens. Le temps seul, non la volonté, devait manquer à Constance. Mais les jours de ce prince étaient désormais comptés.