Darras tome 41 p. 379
57. Du 20 au 24 novembre, il y eut, à Rome, assemblée consistoriale des évêques venus à Rome pour la définition. Aux évêques furent adjoints quinze théologiens du clergé séculier et régulier, sons la présidence des cardinaux Brunelli, Santucci et Caterini. On lut successivement les divers paragraphes du projet de décret dont les évêques avaient tons reçu une copie. Les évêques faisaient leurs observations, soulevaient les difficultés et demandaient les-
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(1) Daaaurs et Imtmetiont ptutorelet, t. II, p. 838.
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explications nécessaires. Les théologiens romains répondaient aux difficultés et aux observations des évêques. Évêques et consulteurs firent ainsi usage de tout ce que peuvent fournir la raison et la critique, pour vérifier de nouveau si l'Immaculée-Conception est réellement contenue dans le dépôt de la révélation, telle qu'elle nous est parvenue soit par la tradition écrite, soit par la tradition orale, soit par l'une et l'autre à la fois. Les cardinaux n'assistèrent pas à ces réunions ; ils devaient avoir leurs conférences, après la discussion des évêques, en consistoires secrets, sous la présidence du Pape lui-même. On voit que l'assistance de l'Esprit d'en haut, qui dirige l'Église, n'exclut pas les moyens humains, loin de là, elle veut qu'on les emploie et l'Église n'a garde d'y manquer.
Il serait difficile de se rendre compte de la majesté que présentait une si noble assemblée. Quand ces évêques, ayant à leur tête trois représentants du Vicaire de Jésus-Christ et assistés par l'élite des théologiens de la Ville Sainte, invoquaient ensemble les lumières du Saint-Esprit et discutaient les termes d'un décret dogmatique de cette importance, on conçoit aisément que toute l'assemblée ait été pénétrée d'un respect religieux et qu'elle ait éprouvé sensiblement des impressions bien supérieures à tout sentiment terrestre. Au terme de leurs travaux, ils furent comme électrisés par ces touches de l'Esprit-Saint, qui avaient fait tressaillir déjà les Conciles de Nicée et d'Éphèse. C'était le 24 novembre. Midi sonnait. Toute l'assemblée se jette à genoux pour réciter l’Angélus. Puis chacun reprend sa place, et l'on avait à peine échangé quelques paroles, qu'une acclamation au Saint-Père, un cri d'éternelle adhésion au Saint-Siège, au siège de Pierre, s'élève, se propage, éclate et sort de tous les cœurs : Pater, doce nos; confirma fratres tuos. Et l'enseignement qu'au nom de l'Église, ces pasteurs demandaient au pasteur suprême, c'était la définition de la Conception Immaculée. Et ces paroles vibraient dans les âmes avec une telle et si ineffable vertu, que ce fut comme un cri de supplication de toute l'assemblée, supplication si manifestement partie des cœurs, si sublime, que, pour la comprendre, il faut l'avoir entendue ; ni la plume ni la parole ne sauraient en donner une idée.
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Le 1er décembre eut lieu un consistoire secret où le Pape prononça l'allocution suivante :
« Parmi les graves et nombreuses angoisses et douleurs dont nous sommes affligés, le Père très clément des miséricordes, le Dieu de toute consolation nous prépare, à nous et à l'Église entière, une joie assurément très grande. Car il semble être proche ce jour tout à la fois si désiré et si heureux, où la Conception Immaculée de la Vierge Marie Mère de Dieu doit être décrétée par notre suprême autorité. Il ne pouvait y avoir pour nous, en cette vie, plus grand sujet de joie, puisqu'un décret de cette nature est très-propre à augmenter et à faire fleurir de plus en plus, sur la terre, l'honneur, le culte, la vénération envers la Vierge très glorieuse qui, élevée au-dessus de tous les chœurs des anges, de tous les ordres des saints, et toute puissante auprès de celui qu'elle a enfanté, intercède au ciel par une prière assidue pour le peuple chrétien tout entier. Vous savez parfaitement combien la piété, le culte envers l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu se sont manifestés de plus en plus chaque jour dans l'univers catholique, avec quel zèle l'Église et nos prédécesseurs se sont glorifiés de défendre, de nourrir, de développer cette piété, cette doctrine, et par combien de prières instantes et répétées non seulement les pontifes catholiques, mais encore les princes souverains ont demandé que l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu fût définie dogme de foi par le Siège apostolique. Ces demandes ayant été présentées à Grégoire XVI, notre prédécesseur d'heureuse mémoire et à nous-même dès le commencement de notre pontificat, nous avons appliqué avec le plus grand zèle à cet objet nos soins et nos pensées : mais voulant, dans une affaire de cette importance, employer toute la maturité possible, nous avons institué, comme vous le savez parfaitement, une congrégation particulière composée de plusieurs membres de votre Ordre illustre, et avons choisi dans le clergé tant séculier que régulier des hommes parfaitement instruit dans les sciences théologiques, avec ordre de soumettre cette question à un examen très attentif et de nous en exposer leurs sentiments. Ensuite nous avons aussi envoyé une Lettre
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encyclique, datée de Gaète, le 2 février 1849, à tous les évêques de l'univers catholique, afin qu'ils nous fissent connaître par écrit quelle était la piété de leur clergé et de leurs fidèles envers l’Immacuiée-Conception de la Mère de Dieu, et surtout ce qu'ils pensaient eux-mêmes ou désireraient touchant cet objet. Après avoir appris avec une consolation singulière de notre âme, par les suffrages de la Congrégation particulière mentionnée, soit par les réponses de presque tous les Évêques, soit par les vœux desdits théologiens, que cette définition nous était ardemment demandée, nous avons ordonné de vous communiquer un exemplaire de nos lettres apostoliques. C'est pourquoi, après toutes ces mesures prises, nous demandons aujourd'hui volontiers, conformément à l'usage de nos prédécesseurs, votre avis sur ce très grave sujet, tandis que nous implorons très humblement le secours de la lumière divine. En conséquence, vous plait-il que nous portions un décret dogmatique touchant l'Immaculée-Conception de la très heureuse Vierge Marie? »
Ayant pris tous les suffrages, le souverain Pontife ajouta : Vénérables frères, c'est avec le sentiment d'une vive joie que nous voyons que vos suffrages répondent à nos vœux. C'est pourquoi, dès ce mois de décembre, ou l'Église universelle célèbre la fête de la Conception de la très glorieuse Vierge, nous choisirons ce jour pour porter et promulguer ce décret, et nous le ferons avec pompe et solennité dans notre basilique patriarcale du Vatican. Cependant ne cessez de demander à Dieu, par d'instantes prières, qu'avec sa faveur et sous son inspiration, nous puissions achever cette œuvre si grande pour la gloire de son divin Nom, pour l'honneur et l'ornement de la Bienheureuse Vierge, pour l'exaltation de la foi catholique et le progrès de la religion chrétienne. »
58. La définition solennelle de l'Immaculée-Conception eut lien le 8 décembre 4854, dans la basilique de Saint-Pierre du Vatican, en présence de deux cents évêques et d'une immense foule. Dès le matin, les évêques s'étaient réunis au palais du Vatican. En chape et mitre blanches, ils se rendirent à la chapelle Sixtine, où
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le Pape ne tarda pas à les rejoindre. Les évêques se mirent en rang par ordre d'ancienneté, et, chantant les litanies des Saints, se rendirent processionnellement, de la Sixtine à Saint-Pierre, par le grand escalier du Palais. Le Souverain Pontife, précédé des Cardinaux, fermait la marche. Au milieu de la basilique, la procession s'arrêta ; les évêques rangés en demi-cercle devant la chapelle du Saint-Sacrement, attendirent le Pape, et s'agenouillèrent tous avec Sa Sainteté. Après les oraisons, la procession se reforma et se rendit derrière le maître autel de la basilique. An fond du chœur, s'élevait le trône Pontifical, comme pour les chapelles papales ordinaires. Pie IX, monté sur son trône, reçut l'obédience des cardinaux et des évêques. Ensuite commença l'office pontifical.
Après que l'Évangile eût été chanté en latin et en grec, le cardinal Macchi, doyen du Sacré-Collège, se présenta au pied du trône et adressa en latin ces paroles au Souverain Pontife :
« Ce que l'Église catholique, Très-Saint-Père, désire ardemment et appelle de tous ses voeux depuis si longtemps, c'est que votre suprême et infaillible jugement porte sur l’Iimmacnlée Conception de la très-sainte Vierge Marie Mère de Dieu, une décision qui soit pour elle un accroissement de louanges, de gloire et de vénération. Au nom du Sacré-Collège des cardinaux, des évêques du monde catholique et de tous les fidèles, nous demandons humblement et instamment que les vœux universels de l'Eglise soient accomplis dans cette solennité de la Conception de la bienheureuse Vierge. Lors donc que s'offrira l'auguste sacrifice des autels, dans ce temple consacré au prince des Apôtres et au milieu de cette réunion solennelle du Sacré-Collège, des évêques et du peuple, daignez, Très-Saint-Père, élever votre voix apostolique et prononcer ce décret dogmatique de l'Immaculée Conception de Marie, qui sera un sujet de joie pour le ciel et de la plus vive allégresse pour la terre».
Le Saint-Père répondit qu'il accueillait volontiers la prière du Sacre-Collège, de l'épiscopat et des fidèles, mais que, pour l'exaucer, il fallait d'abord invoquer les lumières de l'Esprit-Saint. Aussitôt on entonna le Veni Creator. Après le chant de cet hymme, le
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Pape, debout devant son trône, prononça, d'une voix pleine de foi et d'autorité, la définition attendue :
« Après avoir offert sans interruption à Dieu le Père, par son Fils, nos humbles prières accompagnées de jeûnes, et les prières publiques de l'Église, afin qu'il daignât diriger et confirmer nos pensées par la vertu de l'Esprit-Saint ; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste, invoqué par nos gémissements l'Esprit consolateur dont le souffle est venu jusqu'à nous ; à l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, et l'honneur et la gloire de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, et par la Nôtre... »
Ici la voix du Pape parut un instant défaillir ; ses yeux se remplirent de larmes; mais bientôt reprenant d'une voix forte :
« Nous déclarons, dit-il, prononçons et définissons, que la doctrine qui affirme que la Bienheureuse Vierge Marie a été préservée et affranchie de toute tache du péché originel dès les premiers instants de sa Conception, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur des hommes, est une doctrine révélée de Dieu ; que, pour ce motif, tous les fidèles doivent croire avec fermeté et confiance. Si quelqu'un osait donc, que Dieu l'en préserve ! admettre dans son âme une croyance contraire à celle que nous avons définie, qu'il remarque et même qu'il sache qu'il est condamné par son propre jugement, qu'il a souffert un naufrage dans la foi, et qu'il s'est séparé de l'unité de l'Église ; et qu'en outre, par le fait même, il encourrait les peines fixées par le droit, s'il osait manifester par paroles, par écrit, ou d'une autre manière sensible quelconque, ce qu'il pense dans son cœur ».
Le cardinal-doyen, prosterné aux pieds du Souverain Pontife, le remercia au nom de l'Église universelle, du décret qu'il venait de rendre et le supplia de le publier par bulle authentique. Le promoteur de la foi, accompagné des Protonotaires Apostoliques, s'approcha du trône pontifical et pria le Souverain Pontife d'ordonner qu'il fût dressé un procès-verbal de cette définition. Le
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Saint-Père accéda à cette demande. Cependant le canon du fort Saint-Ange et les cloches de la ville éternelle, annonçaient à la ville et au monde, le triomphe de Marie. Après l’Ite missa est, on chanta le Te Deum et la bénédiction Pontificale vint clore la cérémonie.
Le lendemain se tint un consistoire secret où furent admis les évêques. Par l'allocution Singulari quâdam, Pie IX témoigna sa joie et voulut exhorter les évêques à multiplier de plus en plus leurs efforts, pour éloigner les loups de leurs troupeaux. Dans cette allocution, le Pontife signale comme ennemi particulièrement dangereux de la vérité, les incrédules dont le nombre va diminuant, ceux qui subordonnent l'Église à l'État et ceux qui, niant le péché originel, assujettissent la foi à la raison, pour tomber, en ce qui regarde le salut, dans un absurbe latitudinarisme. Le Pape attribue ces erreurs surtout à l'ignorance, et recommande, comme moyens efficaces pour les combattre, le zèle du clergé, la bonne tenue des séminaires et l'union de l'épiscopat. Avant d'offrir, pour terminer, ses vœux et ses bénédictions, le Pape exprime ses motifs particuliers de confiance :
« L'espoir du secours céleste, dit-il, nous relève et nous ranime ; le zèle ardent dont vous avez donné tant de preuves pour la religion et la piété est aussi un appui sur lequel nous comptons avec confiance, dans de si grandes et si nombreuses difficultés. Dieu protégera son Église, Dieu exaucera nos vœux communs ; il les exaucera, surtout, si nous obtenions l'intercession et les prières de la très-sainte Vierge Marie, mère de Dieu, que nous avons, avec l'aide de l'Esprit-Saint, proclamée exempte de la tache du péché originel, pendant qu'à notre grande joie, vous nous encouragiez de votre présence, et de vos applaudissements. Certes, c'est un glorieux privilège, mais il convenait pleinement à la Mère de Diec d'être restée saine et sauve au milieu du désastre universel de notre race. La grandeur de ce privilège servira puissamment à réfuter ceux qui prétendent que la nature humaine n'a pas été gâtée par la suite de la première faute, et qui exagèrent les forces de la raison pour nier ou diminuer le bienfait de la religion révélée.
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Daigne enfin la bienheureuse Vierge qui a vaincu et détruit tontes les hérésies, anéantir aussi et extirper entièrement cette pernicieuse erreur dn rationalisme ; car, à notre malheureuse époque, elle ne tourmente pas seulement la société civile, elle afflige encore profondément l'Église. »
Après l'Allocution, un prélat français, le cardinal de Bonald, remercie le Souverain Pontife, au nom de tous les cardinaux et de tous les Evêques:
« Permettez que je rende grâce à Votre Sainteté de l'honorable et magnifique hospitalité qu'Elle a daigné accorder aux évêques accourus pour déposer à ses pieds l'hommage de leur profond respect et de leur dévouement. J'ose dire que les évêques étaient dignes de cette marque de bienveillance par leur obéissance absolue à Vos décisions. Oui, ô Saint-Père, dans votre autorité, nous vénérons l'autorité même de Jésus-Christ, et dans vos paroles, nous entendons les paroles de la vie éternelle. Devant les décrets portés pour le monde catholique tout entier, nous inclinons nos fronts, comme devant l'oracle de Celui qui a promis d'être toujours avec son Église. Notre reconnaissance éclatera dans les prières que nous ferons pour Votre félicité, pour la prospérité de Vos travaux apostoliques et pour la tranquillité de Vos États. »
Le surlendemain, 10 décembre, avait heu, en présence des évéêques et des cardinaux, la nouvelle consécration de Saint-Paul hors des murs. Cette basilique, consacrée à l'Apôtre des nations, avait été élevée d'abord par Constantin, puis restaurée et agrandie par Valentinien, par Théodose, par Arcadius et Honorius. Les Souverains Pontifes l'avaient magnifiquement ornée et enrichie ; elle pouvait-être considérée comme uns œuvre admirable de grandeur et de beauté artistique. En 1831, un incendie l'avait presque totalement anéantie. Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI, poussés par leur amour pour le grand Apôtre, n'avaient rien de plus à cœur que de réparer de si grandes ruines. Dans ce sentiment, ils n'avaient épargné ni soins, ni conseils, ni dépenses. Grégoire XVI avait vu s'élever les murs et les colonnes du temple ; il avait été assez heureux pour en consacrer le maître-autel. Cest
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à Pie IX que la divine Providence avait réservé de donner, à cet édifice grandiose, par des rites solennels, la consécration définitive.
Dans le petit discours qu'il fit à cette occasion, le Pontife exalta l'Apôtre «vase insigne d'élection, la plus brillante lumière de la loi chrétienne, le plus illustre héraut de l'Évangile, qui fut, même dans une chair mortelle, l'heureux hôte du ciel. Profond scrutateur des décrets de Dieu, maître très sage des nations, supportant et méprisant pour l'amour de Jésus-Christ, et sur terre et sur mer, tant de travaux, tant de périls, tant de difficultés, tant de tourments, il annonça le très-saint nom de Jésus aux rois, aux peuples, aux nations, et, confondant les synagogues, écrasant la philosophie païenne, frappant l'idolâtrie et la renversant de son propre trône, se faisant tout à tous, pour sauver tout le monde, par ses admirables actions, par ses admirables écrits, il a illustré et agrandi l'Église, qu'il a arrosée et fécondée de son sang.» Après cet éloge, le Pape adressait à son auditoire, une exhortation à laquelle on n'a peut-être pas donné une attention suffisante. De nos jours, les épîtres du grand apôtre sont l'objet d'incessantes études ; avec l'Évangile, autant et plus peut-être que l'Évangile c'est la portion des Écritures dont on veut le plus pénétrer les mystères. Mais, autant nous étudions Saint Paul comme docteur, autant nous l'invoquons peu comme patron, avec Pierre, de la sainte Église, comme chevalier porte-glaive spécialement voué à sa défense. « En accomplissant cette cérémonie sacrée, disait Pie IX, nous désirons surtout que vous ne cessiez pas d'implorer avec confiance, le secours de l'apôtre Paul, dans les nécessités si pressantes de l'Église et de la société, afin que grâce à ses prières auprès de Dieu, la tempête de tous ces maux se dissipe et que la sainte Mère Église et la société civile jouissent de la paix et de la tranquillité, afin que tous les peuples, toutes les nations, se rencontrant dans l'unité de la foi et dans la connaissance de Notre-Seigueur Jésus-Christ, et possédant la même eharité, ne pensent et n'agissent que selon la pureté, la justice et la sainteté».
Ainsi se terminait, à Rome, la solennité de la définition dogma-
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tique de l'Immaculée-Conception. Mais au moment où elle s'achevait dans la ville sainte, elle se renouvelait dans toutes les églises de la chrétienté. Cette définition fut accueillie partout avec un élan de joie; partout se célébrèrent de pieuses fêtes que couronnaient de splendides illuminations, symhole expressif de la pure lumière que cette définition répandait sur le monde. Dans ce concert d'allégresses la France catholique sut se montrer toujours comme royaume de Marie et comme Fille ainée de l'Église. Paris Lyon, Bordeaux, Marseille, Lille, Boulogne, Chartres rivalisèrent, si l'on peut ainsi dire, d'enthousiasme dans l'expression de leur piété. Les plus humbles églises des plus humbles hameaux imitèrent, proportion gardée, l'empressement religieux des grandes villes. Des collèges, des congrégations, des diocèses furent spécialement consacrés à l'Immaculée. Les âmes saintes sentirent redoubler leur amour pour la Vierge et s'accroître encore le doux souci d'imiter ses vertus. Par là commençaient à s'accomplir, les saintes croyances qui attachaient, à la définition de la conception sans tache, les plus grandes espérances.
Autant l'Église triomphait par l'exaltation de Marie, autant ceux du dehors s'irritaient contre l'honneur rendu à Celle qui a détruit seule toutes les hérésies et dont le pied vainqueur écrase toujours l'éternel serpent. Il ne semble pas qu'il y eut, en pareille matière, possibilité loyale d'élever une objection. Attaquer un décret qui déclare Marie hors des atteintes de la corruption, c'est montrer un goût singulier pour la fange. Hé quoi ! l'humanité est-elle donc si fatalement vouée à l'ignominie, qu'on refuse à Dieu même le droit d'en exempter une créature et qu'on revendique pour l'humanité le droit sans réserve de se vautrer dans tous les siècles sous les boues du même bourbier. Quand il n'y aurait ici qu'une erreur, ce serait encore une erreur noble, et ne fut-ce qu'à titre de fiction, je préférerais, pour mon compte, la Vierge Immaculée à la Vierge un instant souillée, estimant que cette idéal pur, proposé à l'admiration de tous les hommes, vaut mieux, pour élever les esprits et purifier les cœurs, que toutes les objections du rationalisme. Mais nous savons que cette pureté n'est pas
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fabuleuse ; nous avons appris de la tradition générale et constante, nous avons discerné dans les Écritures, l'ImmacuIée-Conception de la Vierge. Nous avons vu cette croyance se développer, se confirmer, s'expliquer, se défendre, se mûrir enfin progressivement, jusqu'à ce que Pie IX, la définissant, lui assigne sa place dans le trésor de nos symboles. C'est Dieu qui a fait cela; le miracle de sa compatissante bonté s'est accompli sous nos yeux.
Les protestants, les rationalistes et les néo-catholiques, tels que Huet et Bordas-Dumoulin élevèrent, contre la conception sans souillure deux objections : d'après eux, le dogme était nouveau, et fut-il ancien, il n'y avait pas, dans sa définition, opportunité.
La prétendue nouveauté du dogme est une erreur de droit et une erreur de fait ; une erreur de fait, car il y a, dans tous les siècles, en l'honneur de cette croyance, d'explicites et nombreux témoignages ; une erreur de droit, car un dogme, par là même qu'il est dogme, ne peut pas être nouveau ; il est nécessairement ou un principe éternel ou une vérité consignée de tout temps, sous une forme ou sous une autre, dans le dépôt de la tradition. La définition tardive d'un dogme n'empêche pas son existence ancienne; au contraire, elle la suppose. Ce dogme non défini et anciennement existant a pu être moins accusé d'abord ; il a pu, il a dû même se mieux déterminer par la suite ; il a été l'objet d'une piété plus empressée. Avec le temps, le germe a grossi et grandi ; le grain de sénevé est devenu un arbre où se nourrissent et s'abritent les oiseaux du ciel, les enfants de l'amour et de la lumière. Alors l'Église constate le développement providentiel de ce dogme, elle en détermine l'objet précis, elle en impose la croyance obligatoire. Il n'y a pas nouveauté, mais accroissement de vie (1).
Le défaut d'opportunité n'est pas plus justifiable que l'accusa-
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(1) Outre l'ouvrage du cardinal Gousset.- La croyance générale et constante, etc., voir le aavant traité de Jean-Baptiste Maloo : L’ Immaculée-Conception de le /}. V, Marie, considérée comme dogme de foi, 2 vol. in-8 ; le Sylloge menu* mumtarum du P. BaUerini et le traité dogmatique et historique du P. Carlo
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tion de nouveauté. « Au fond de tous les systèmes en apparence contradictoires de notre temps, dit Alexandre de Saint-Albin, an fond de toutes nos erreurs, il n'y a qu'une erreur, mère de toutes les erreurs, et de toutes les folies, la déification de la raison humaine. Qu'on nie expressément le dogme du péché originel, anneau nécessaire de la chaîne des vérités nécessaires, ou qu'on évite de s'expliquer à cet égard, on ne tient aucun compte de cette vérité première, et on attribue à l'homme la mission d'accomplir l'œuvre divine, c'est-à-dire de donner au genre humain des croyances et des lois. Et l'homme, faible et borné de toute part, devient ainsi son Dieu à lui-même. Et si l'expérience ne lui révèle pas bientôt que sa raison est courte et fragile, son aveuglement est une folie que nulle folie ne surpasse, Et si ses méprises lui apprennent à se défier de lui-même, comme il ne croyait qu'en lui-même, il ne croit plus à rien, il tombe dans un scepticisme universel qui est aussi le comble de la folie.
« La définition dogmatique de l'Immaculée Conception renverse toutes les erreurs monstrueuses de ce temps, le panthéisme, le communisme et le socialisme, erreurs que bien des hommes condamnent sans prendre garde que leurs propres systèmes ne sont que des variétés de ceux-là ; la définition dogmatique les renverse en affirmant de nouveau la faiblesse de l'homme, sa chute, la Rédemption et la nécessité de la grâce pour être sages, pour être intelligents des grandes vérités, pour être purs, à l'exemple de Marie » (1).
Depuis longtemps, les pouvoirs de la terre s'étaient réservés le triomphe des pompes publiques. La Religion a eu les siennes et le XIXe siècle a revu les fêtes populaires de la foi. La journée du 8 décembre, couronne donc l'attente des siècles passés, bénit le siècle présent, appelle la reconnaissance des âges à venir, et laissera une impérissable mémoire. Elle satisfait chacun et ne blesse personne ; c'est la première définition qu'aucun dissentiment n'aura marquée, à l'heure de sa promulgation, la première qu'aucune hérésie ne suivra. Elle laissera le monde catholique unanime
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(1) Alex, de Saint-Albin, Histoire de Pie IX, t.1", p. 285.
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comme elle l'a trouvé. Elle confirme tout et ne brise rien ; elle resserre plus que jamais les liens entre Rome et l'Église de France, entre l'Orient et l'Occident, entre le Successeur de Pierre et tous les Évêques du monde, elle fait éclater la force et l'unité, l'énergie et la foi, l'expansion et la charité. Elle est pour le présent une irrésistible preuve de vie, au lendemain de tant de cruelles tempêtes. L'Église, qu'on croyait abattue par cinquante années de persécutions et d'outrages, se relève plus forte et plus libre que jamais ; et cette immortelle Épouse du Dieu vivant, que quelques-ans disaient épuisée par ce demi-siècle d'indifférence et de dédain, se déclare aussi puissante qu'aux anciens jours, en faisant, sans effort, et avec cette simple majesté qui lui est propre, un acte nouveau et solennel de sa plus haute souveraineté.
60. La définition du dogme de l'Immaculée Conception était la victoire remportée par le catholicisme sur toutes les erreurs ; c'était une nouvelle apparition du pontificat romain dans le monde, une démonstration de la puissance et de la force de l'unité catholique. Pie IX avait parlé, et dans ce siècle de rationalisme, deux cent millions de raisons humaines s'étaient inclinées devant sa définition ; et, au milieu du bruit des batailles, tous les catholiques de l'univers, unis dans une seule foi et dans un seul amour, se livraient à la joie et à l'espérance.
Les sectes religieuses et politiques donnaient au peuple de grands scandales, et se montraient impuissantes à s'entendre ensemble sur un seul point. Les protestants réunis à Berlin en 1846, s'étaient séparés plus désunis que jamais. Réunis à Stutggart en 1830, ils ne furent pas plus heureux. Les journaux de 1854, de 1855, de 1857 à 1878 nous ont appris de nouvelles tentatives de conciliation aussi infructueuses faites par les hérétiques. Les sectes politiques n'ont pas mieux réussi. Elles ont toujours à la bouche les grands mots d'union et de fraternité, mais elles vivent dans une éternelle discorde ; elles ont même fait de la discorde une condition nécessaire à leur existence, et elles ont représenté comme le meilleur gouvernement celui qui repose sur la guerre civile non sanglante. Les assemblées ne s'entendent pas,
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les journaux s’injurient réciproquement ; les congrès s’assemblent, et le lendemain leurs membres sentent le besoin de se réunir de nouveau pour se mettre d'accord. C'est au milieu de cette confusion des langues, de cette Babel religieuse et sociale, que le Pontife parla solennellement, et tous crurent unanimement à la parole de l'Église : ils y croiront toujours.
Un rationaliste avait écrit : « Les principes qui dirigent la société moderne ne sont plus les dogmes surnaturels ni les oracles mystérieux de quelque révélateur ; le rationalisme est la foi nouvelle des peuples, la religion intime des cœurs, et il sera dans l'avenir le seul culte des individus et des États ». Les peuples ont protesté contre cette foi nouvelle, en s'inclinant devant la foi antique. Les savants et les ignorants ont montré quelle était la religion intime de leur cœur, en redoublant d'ardeur pour le culte de Marie et de respect pour les oracles du Vatican. La science a concentré ses lumières pour éclairer le dogme défini, et le peuple a proclamé la foi catholique par les élans de sa prière et par l'allégresse de ses fêtes ; il a accepté la parole du Révélateur que la plume des savants avait défendue. Les blasphèmes de la Révolution n'ont fait que démontrer l'influence qu'exercerait sur la société la glorification de Celle dont le poète a dit:
Êpouse, mère et fille.
Elle tient ces trois noms chers et doux.
On avait brisé le triple lien de la famille humaine : l'autorité, l'obéissance et l'amour, dernier lien qui unit celui qui commande à celui qui obéit, qui ennoblit l'obéissance et tempère la dureté du commandement. Le dogme défini par Pie IX raffermit ces lient et montra l'autorité surhumaine de l'Église, le filial dévouement des catholiques et la sublime alliance de la raison et de la foi (1).
C'est particulièrement en Espagne que les révolutionnaires manifestèrent la haine qu'ils ressentaient pour la Vierge Immaculée et pour le pouvoir pontifical : ils arrêtèrent quelque mois la promulgation de la bulle définitive, puis la revêtirent d'un exeguatur
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(1) Ce sujet s été excellemment traité par le prêtre génois Gaétan Alimonda sans ses Ragionamenti, sur le dogme de l’Immaculée-Conoeption, Gênes 1856.
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injurieux en termes qui attentaient au droit divin de la Sainte Église. Mais la Vierge ne tarda pas à renverser du pied la révolution espagnole. En 1836, la reine et ses sujets, unanimes dans leur joie, saluèrent Marie, la Vierge de Lépante, de Cavadonga et le Santa-Fé. La révolution passera, mais la foi à l'Immaculée-Conception ne passera pas. On verra peut-être, en Espagne et ailleurs, se renouveler les attaques contre l'Église et le pontificat romain. Ce sont les Papes qui ont chassé du Panthéon tous les dieux du paganisme, c'est-à-dire tous les vices, et qui l'ont consacré au culte de tous les saints, c'est-à-dire de toutes les vertus ; il est naturel que ces vices tentent de recouvrer le temple qu'ils ont perdu, et qu'ils s'insurgent contre leur ennemi commun. Il est naturel que les adorateurs de Vénus se soulèvent contre Pie IX qui a tant glorifié la Vierge Immaculée. Mais les nouvelles luttes comme les anciennes, ne serviront qu'à préparer de nouvelles victoires (1).
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(i) Mragitti, Le» victoire» de l'Êglite, p. 17a,