La foi chrétienne hier et aujourd’hui 74

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   Mais revenons à l'homme. Il est le maximum de complexité atteint jusqu'à présent. Mais lui non plus ne peut pas encore, en tant que simple monade‑humaine, représenter une fin en soi; pour devenir lui‑même, il exige une complexification ultérieure: “L'homme en même temps qu'un individu centré par rapport à soi (c'est‑à‑dire une «personne ») ne représente‑t‑il pas un élément, par rapport à quelque nouvelle et plus haute synthèse 28?”

 

C'est‑à-dire que l'homme, d'une part, représente déjà une fin que l'on n'a plus le droit de révoquer, de dissoudre, et cependant, dans la juxtaposition des hommes isolés, il n'est pas encore arrivé au but, mais se révèle pour ainsi dire comme un élément, aspirant à un tout qui l'intègre sans le détruire.

 

Prenons encore un autre texte, pour voir dans quelle direction ces idées nous conduisent: «Contrairement aux apparences encore admises par la Physique, le Grand Stable n'est pas au‑dessous ‑ dans l'infra‑élémentaire ‑, mais au‑dessus ‑ dans l'ultra‑synthétique 29. »

 

Ainsi l'on découvre que « Si les choses tiennent et se tiennent, ce n'est qu'à force de complexité, par en haut 30. » Je crois que nous nous trouvons là devant une affirmation capitale; l'image dynamique de l'univers ruine sur ce point la représentation positiviste qui nous est si naturelle et pour qui la réalité permanente est uniquement la « masse », la matière solide.

 

Le fait que l'univers est finalement construit et maintenu «par en haut » apparaît d'une manière d'autant plus impressionnante que nous y sommes moins habitués.

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p162 JESUS‑CHRIST

 

   Cela nous introduit à un autre texte ‑ pour esquisser au moins ici par quelques fragments mis bout à bout la vision globale de Teilhard: « Sous peine d'être moins évoluée que les termes que son action anime, l'Énergie universelle doit être une Énergie Pensante.

 

Et par suite.., les attributs de valeur cosmique dont elle s'irradie à nos yeux modernes ne suppriment en rien la nécessité où nous sommes de lui reconnaître une forme transcendante de Personnalité 31. »

 

A partir de là, on peut aussi comprendre la façon dont Teilhard voit le point d'aboutissement de tout le mouvement: la dérive cosmique se meut « en direction d'un incroyable état quasi 'mono‑moléculaire '... où chaque ego est destiné à atteindre son paroxysme dans quelque mystérieux super‑ego 32 ».

 

Il est vrai que l'homme, en tant qu'il est un ego, représente une fin, mais la direction du mouvement de l'être, de sa propre existence, le révèle comme un organisme destiné à un super‑ego qui ne le dissout pas mais l'englobe; seule cette intégration pourra faire apparaître la forme de l'homme à venir, dans laquelle l'homme aura atteint pleinement le but et le sommet de son être.

 

   On reconnaîtra certainement que cette synthèse, élaborée à partir de la vision actuelle du monde, avec un vocabulaire parfois sans doute par trop biologique, est cependant fidèle à la christologie paulinienne, dont l'orientation profonde est bien perçue et rendue à une nouvelle intelligibilité: la foi voit en Jésus l'homme dans lequel s'est réalisée en quelque sorte ‑ pour reprendre le schéma biologique ‑ la mutation suivante du processus d'évolution; l'homme en qui a eu lieu la percée hors de la condition limitée de notre être d'homme, hors de son isolement monadique; l'homme en qui la personnalisation et la socialisation ne s'excluent plus mais se confirment; l'homme en qui l'unité suprême ‑ le « Corps du Christ» comme dit Paul, ou d'une manière encore plus nette: “Car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28) et l'individualité suprême coïncident; l'homme en qui l'humanité touche son avenir et se réalise pleinement elle‑même, parce que par Lui elle touche Dieu‑même, participe à Dieu et parvient ainsi à ce qui fait ses plus intimes possibilités.

 

A partir de là, la foi verra dans le Christ le commencement d'un mouvement qui fait entrer de plus

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p163 JE CROIS EN JESUS‑CHRIST

 

en plus l'humanité divisée dans l'être d'un unique Adam, d'un unique « corps », dans l'être de l'homme à venir.

 

Elle verra dans le Christ le mouvement vers cet avenir de l'homme, où celui‑ci est totalement « socialisé », incorporé à l'Unique, de telle manière cependant que l'individu n'y soit pas dissous, mais parvienne à devenir lui‑même.

 

© Robert Hivon 2014     twitter: @hivonphilo     skype: robert.hivon  Facebook et Google+: Robert Hivon